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  • Ian Brossat Chef de file des communistes

    Européennes

    Le nouveau monde :
    D'un coté, on prétend "responsabiliser" les gens modestes en augmentant le prix du #carburant.
    De l'autre, on déresponsabilise les riches en baissant leurs impôts sans rien leur demander en échange.
    Moins tu as, plus tu donnes.
    Plus tu as, moins tu donnes.

La misère se mesure à l’aune du développement et de la richesse d’un pays : chez nous elle devient chaque jour plus grande. Et les puissants qui nous gouvernent l’amplifient avec une remarquable inconséquence…

Posté par jacques LAUPIES le 18 janvier 2019

 

 

Des manifestants rassemblés, mardi à Grand Bourgtheroulde (Eure), lors de la visite d’Emmanuel Macron. Gonzalo Fuentes/Reuters<br /><br />

Des manifestants rassemblés, mardi à Grand Bourgtheroulde (Eure), lors de la visite d’Emmanuel Macron. Gonzalo Fuentes/Reuters
 

Gilets jaunes. L’acte X s’immisce dans le grand débat

Vendredi, 18 Janvier, 2019

Pour le 10e samedi de manifestations, plusieurs villes devraient être le théâtre de rassemblements que le grand débat national ne semble pas affaiblir.

C’est désormais sur les réseaux sociaux et dans des campements improvisés sur des terrains privés que ça se passe. Délogés des ronds-points ces dernières semaines, les gilets jaunes et ceux qui soutiennent leurs revendications prévoient encore de nombreux rassemblements pour l’acte X qui a lieu ce samedi 19 janvier. L’épicentre des manifestations hors de Paris, situé la dernière fois à Bourges (Cher), choisi pour sa position géographique centrale, pourrait bien cette fois se déplacer vers l’ouest. La ville d’Angers (Maine-et-Loire) est en effet de plus en plus évoquée. La station de radio Vibration, qui émet dans le centre-ouest de la France annonce d’ores et déjà que « les militants des villes du Mans, de Laval, Vannes, Lorient, Rennes, Niort, Poitiers, La Rochelle, Nantes, Saumur, Cholet, Saint-Nazaire et Tours » ont l’intention de converger vers la cité angevine.

Une « marée humaine  » pour la venue de Macron dans le Lot

Sur le réseau social Facebook, de nombreux événements appellent à manifester également à Paris. Les pages « Acte X, les gilets jaunes triompheront » ou encore « Acte X, le million à Paris » comptent plusieurs dizaines de milliers de personnes « intéressées » et arborent en haut de page les principales revendications. Outre le référendum d’initiative citoyenne (RIC), celles-ci revêtent toujours le même besoin de justice sociale et fiscale : « Zéro SDF, retour de l’ISF, le Smic à 1 300 euros net, pas de retraite en dessous de 1 200 euros », peut-on y lire. Maxime Nicolle, un des meneurs du mouvement, qui fait l’objet de critiques du fait de ses déclarations conspirationnistes, annonce de son côté une grande manifestation à Toulouse (Haute-Garonne), tandis qu’à Souillac (Lot), où doit se rendre Emmanuel Macron ce vendredi, les gilets jaunes devraient avoir le renfort d’organisations politiques et syndicales. Une « marée humaine » est même annoncée, à laquelle appellent notamment Attac, la CGT, la Confédération paysanne, ou encore la FSU et Solidaires. Côté politique, le PCF, Génération.s, Ensemble 46, Europe Écologie-les Verts, le Parti de gauche et la FI se joindront aux collectifs lycéens et à l’Union des étudiants communistes (UEC).

Autant de rassemblements qui risquent de se voir encadrés par des troupes conséquentes de gendarmes et de policiers. Comme à Grand-Bourgtheroulde (Eure), où le président de la République avait tenu la première partie de son grand débat, Souillac était déjà cadenassée jeudi. Les habitants, avec ou sans gilets, doivent même présenter une pièce d’identité et un justificatif de domicile pour rentrer chez eux.

Olivier Morin

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L’Humanité à la pointe de l’information sur l’action des gilets jaunes, un mouvement qu’il faut renforcer et soutenir…

Posté par jacques LAUPIES le 17 janvier 2019

L'Humanité à la pointe de l'information sur l'action des gilets jaunes, un mouvement qu'il faut renforcer et soutenir... dans POLITIQUE 63083.HR

eue de Bordeaux. N. Tucat/AFP
 

Gilets jaunes. Soixante jours qui ont tout bousculé

Jeudi, 17 Janvier, 2019

Depuis le 17 novembre, les gilets jaunes ont remis sur le devant de la scène le monde populaire, révélé l’ampleur de la crise démocratique. Une mobilisation inédite qui a donné un coup d’arrêt au quinquennat d’Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron aime, décidément, les petits villages normands. Avant de débattre sept heures durant dans un gymnase du Grand-Bourgtheroulde, mardi, il avait fait une halte au Berd’huis, petite bourgade de l’Orne, en avril 2018, pour un rendez-vous avec Jean-Pierre Pernaut. Cela semble d’un autre temps. Un an après son élection, le président se sentait puissant. Aux syndicats qui luttaient contre la transformation de la SNCF, il prévenait qu’il irait « jusqu’au bout ». Aux étudiants et lycéens qui ferraillaient contre la logique de sélection de Parcoursup, il balançait qu’ils feraient mieux d’aller réviser. « Il n’y aura pas d’examen en chocolat dans la République », ajoutait-il, depuis une classe de CE2. Sans vergogne, il disait « merci » aux retraités de perdre des revenus du fait de la hausse de la CSG.

« Beaucoup de chemin a été parcouru mais il y a encore immensément à faire », disait-il alors. Les capitalistes ne pouvaient lui donner tort. Pour eux, le bilan était déjà amplement positif. L’ISF portant sur les placements financiers a été rayée d’un trait de plume. La flat tax, anglicisme utile pour masquer la fin de la progressivité de la fiscalité sur le capital, venait de passer comme une lettre à la poste. En 2019, le Cice gravé dans le marbre va rendre 40 milliards d’euros aux entreprises. Les difficultés ? Elles « ne m’arrêtent pas et, je ne suis pas naïf, je les avais même préméditées », déclarait, gonflé à bloc, le président des ultrariches. Il n’avait pas prémédité, visiblement, que la colère sociale jaillirait sur les ronds-points, que le cri d’une plus grande justice fiscale retentirait sous les fenêtres de l’Élysée, entièrement barricadé. Ni que cette contestation ruissellerait partout, sortant du lit habituel des défilés République-Nation, pour inonder les rues huppées de la capitale.

« C’est un moment central du quinquennat »

L’histoire dira quand le quinquennat d’Emmanuel Macron aura basculé réellement. Le 17 novembre ? Le 1er décembre, quand les émeutes enflammèrent les quartiers chics de l’Ouest parisien ? Ou le 10 décembre, lorsque, pour la première fois, Emmanuel Macron a reculé, après un exercice de contrition télévisé. « Le monarque a perdu de sa superbe », confiait à l’Humanité, ce soir-là, un gilet jaune de Montabon. Pour le président de la République, tout a changé lorsqu’il fut contraint de fuir sous les lazzis la préfecture incendiée du Puy-en-Velay, encore fumante. « C’est un moment central du quinquennat », confiera-t-il ce soir-là à des députés LaREM.

Plus rien, en effet, ne sera comme avant. Parce que l’on a vu surgir des visages, des figures jusqu’ici restées invisibles. Il fallait voir, sur les barrages ou dans les manifs, les gilets jaunes connectés sur les lives de BFMTV – ses cartons d’audience expliquant peut-être la position conciliante de cette chaîne au début du mouvement – pour comprendre la satisfaction des couches populaires et moyennes de se voir enfin représentées sur le petit écran. A refait surface tout un peuple que certains croyaient englouti pour toujours dans le « cauchemar pavillonnaire » (1), où un « prolétariat pacifié » aurait succombé au culte de la marchandise et de la propriété des zones périurbaines. Un « huis clos de l’ego » où l’on vivrait « ensemble séparé » dans une routine bien balisée, loin des manifs et des luttes collectives. Raté. Des milliers d’employés, d’ouvriers, de salariés ont fraternisé et manifesté pour la première fois. À l’image de Dimitri, menuisier de 31 ans, croisé samedi dernier sur les Champs-Élysées. « Je n’avais pas voté depuis Chirac et encore, parce que ma grand-mère m’y avait poussé ! Je ne m’intéressais pas à la politique mais j’ai participé dès le 1er acte des gilets jaunes parce que je ne peux plus continuer à vivre dans cette société inégalitaire. À Poissy, on s’est organisé en collectif, on fait des distributions de tracts dans la région pour éveiller les consciences. En manifestation, j’ai rencontré tous les métiers, des chômeurs, des brancardiers, des jeunes, des vieux… » Ce mouvement laissera des traces chez lui, et pas simplement parce qu’il a été violenté par la police, lors de l’acte IV. Cet habitant de Carrières-sous-Poissy (Yvelines), gagnant 1 700 euros par mois, en est sorti avec une blessure au genou, un téléphone cassé et la détermination qu’il ne lâcherait rien. « J’étais choqué, mais je suis passionné par ce mouvement, par cette volonté de trouver la bonne manière d’être juste. Comme Macron a déjà reculé sur la taxe carbone, il faut continuer. » Cette politisation expresse le pousse, aujourd’hui, à réclamer un changement de Constitution, estimant désormais que le référendum d’initiative citoyenne (RIC) ne « va pas assez loin ».

Plus rien ne sera comme avant, car ce mouvement mêle les revendications sociales et démocratiques. Là encore, c’est du jamais-vu. Le mouvement n’est pas né dans une entreprise, soulignait, visiblement soulagé, le patron des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux, le 12 décembre, lors d’une cérémonie à l’hôtel Georges V. « Et d’ailleurs, le siège du Medef, souvent la cible des manifestations de travailleurs, a été totalement épargné par les gilets jaunes », ajoutait-il, avant de remettre un prix à plusieurs PDG, dont ceux de la Française des Jeux, de Veolia, d’Atos (Thierry Breton) ainsi qu’à Frédéric Oudéa (Société générale) (2). Sauf que ce mouvement, s’il a effectivement débordé les grandes centrales syndicales, ne peut toutefois être détaché du monde du travail, confiait, au début du mouvement, Benoît Coquart, sociologue à l’Inra. « J’ai échangé avec une salariée d’Amazon, croisée sur un rond-point. Autour du brasero, elle racontait comment il est très difficile de se syndiquer, de porter des revendications, dans cette entreprise où il y a beaucoup d’intérimaires et de CDD. Ce qu’ils ne peuvent plus faire dans leur entreprise, ils peuvent le faire via ce type de mouvement qui, à première vue, se déroule hors du monde du travail », rapporte ce chercheur. « Macron on assurera l’intérim », pouvait-on lire sur un mur de Dijon, entre deux slogans demandant la démission du chef de l’État.

« Le premier mouvement social du nouvel âge global »

Quant aux concessions lâchées par Emmanuel Macron, le 10 décembre, elles n’ont pas ému le patron du Medef. « C’est vrai que 15 milliards d’euros, cela fait beaucoup. Mais si cela permet de retrouver la paix civile, cela vaut le coup », a-t-il déclaré, avant de citer Lénine : « Il faut toujours être un pas devant les masses. »

Plus rien ne sera comme avant, car, pour la première fois depuis longtemps, les classes dominantes ont eu peur devant ce « monstre qui a échappé à ses géniteurs », ces « factieux », « séditieux » (Christophe Castaner) ou face à cette « foule haineuse » (Emmanuel Macron). Mais la stratégie répressive (lire ci-contre) n’a pas suffi à éteindre les défilés qui ont continué entre Noël et le Nouvel An. « C’est peut-être le premier mouvement social du nouvel âge global, défini par Saskia Sassen. Cet âge où les États ont volontairement délégué certains de leurs pouvoirs à l’Union européenne ou à des agences administratives indépendantes, éloignant d’autant la décision du citoyen », analysait Danielle Tartakovsky, historienne et spécialiste des mouvements sociaux, aux Échos. Mais la grande force de ce mouvement, qui a fédéré sous l’accessoire protecteur du gilet jaune des individus aux visions politiques très larges, pourrait constituer sa faiblesse pour la suite. Et s’il porte pour l’instant des revendications égalitaires et plutôt progressistes, c’est encore loin des forces qui inscrivent leur pas dans la longue histoire du mouvement ouvrier. Reste à savoir aussi quels en seront les débouchés sur le terrain de la politique institutionnelle. Bref, tout reste à faire pour inscrire définitivement 2018 dans la lignée de 1995, 1968, 1936 et 1789, comme le clamait récemment une pancarte de gilets jaunes.

(1) Le Cauchemar pavillonnaire, Jean-Luc Debry, l’Échappée, 2014. (2) Challenges, 12 décembre 2018.
Pierre Duquesne avec Cécile Rousseau

 

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Macron se débat, mais à l’aise, dans une débat d’où l’essentiel (pouvoir d’achat) est évacué.

Posté par jacques LAUPIES le 16 janvier 2019

 

 

J’ai suivi avec intérêt le « grand débat »  organisé avec les élus de Normandie. 

Malgré les interventions souvent pertinentes des maires présents qui ont tout de même rappelé que les difficultés sont de plus en plus grandes pour la gestion, ou parfois la mise en œuvre des services publics, malgré le talent indiscutable déployé par Macron pour répondre à leur préoccupation, on constate une fois de plus que les solutions possibles aux vraies questions que se posent les français et que les gilets jaunes ont permis de faire émerger, que ces solutions sont éludées.

Emportés par l’exercice de séduction du Président tous ces élus l’ont finalement chaleureusement applaudi, oubliant un instant que rien n’est réglé. Mais à quoi bon s’étonner de cette contradiction que portent un certain nombre d’entre eux qui, sans que soit mis en cause leur mérite, fait partie du jeu médiatique organisé par les tenants du pouvoir. Des élus pour la plupart issus d’une petite bourgeoisie lesquels, même conscients et éclairés, sont plus préoccupés par leur fonction de gestionnaire que par les causes profondes des problèmes soulevés par les gilets jaunes et d’autres catégories de la population en souffrance qui n’étaient pas invités…

En tous cas Macron amorce, sans avoir l’air d’y toucher, une campagne électorale pour les européennes en faveur de son camp !

 

Macron se débat, mais à l'aise, dans une débat d'où l'essentiel (pouvoir d'achat) est évacué. dans POLITIQUE 63057.HR

 

Élysée. Dans l’Eure, un lancement qui freine déjà le grand débat

Mercredi, 16 Janvier, 2019

Des élus de l’opposition mis à l’écart, des interventions triées sur le volet… ce premier rendez-vous d’Emmanuel Macron pour lancer le grand débat, devant des édiles dubitatifs, a montré les limites d’un exercice cadenassé par l’exécutif….

Le secteur est verrouillé. Aux ronds-points qui cernent les villages avant Bourgtheroulde, cette commune de l’Eure choisie pour accueillir le lancement du grand débat national par Emmanuel Macron, les gendarmes ont remplacé les gilets jaunes. Il faut montrer patte blanche pour s’approcher du gymnase Benedetti, où les maires (entre 600 et 800 ont été invités) sont conduits par d’incessantes rotations de bus. Devant l’église, il y a pourtant quelques dizaines de manifestants vêtus de leur signe de ralliement qui tapent du pied dans la froidure normande. Le grand débat ne les satisfait pas, mais ils profitent calmement des nombreuses caméras de télévision, des micros tendus des radios pour le dire.

Faire « le service après-vente de Macron »

Ils ne sont pas les seuls à exprimer leur méfiance, voire leur défiance. Dans le grand gymnase du collège, les maires appelés à « faire remonter le réel », nous dit l’un d’eux, sourire en coin, ont un peu l’impression de faire « le service après-vente de Macron ». Le matin même, le vice-président (PS) de l’Association des maires de France, André Laignel, avait prévenu : ce débat, « les maires ne l’ont jamais demandé ». Selon lui, il doit avoir lieu « entre l’État et les citoyens ». D’autant que certains dénoncent un biais. C’est le cas de Pierre Mouraret, maire de Dives-sur-Mer, premier vice-président de la communauté Normandie-Cabourg-Pays d’Auge. Contacté par le président de l’Association des maires du Calvados pour faire partie de la délégation départementale d’une centaine de maires, il apprenait « par le journal (Ouest-France – NDLR) qu’il n’y en aurait que deux qui prendraient la parole » : Joël Bruneau, le maire LR « macron-compatible » de Caen, et Sophie de Gibon, maire divers droite de la commune rurale de Canteloup. Il a décidé de boycotter. « Beaucoup d’élus se posaient la question de venir ou pas », abonde la sénatrice PCF de Seine-Maritime Céline Brulin : « On les a ignorés, insultés. Certains nous ont dit avec raison que cette rencontre n’avait de débat que le nom. »

« L’ISF, pas touche. Le Cice, pas touche »

Car voilà : dans sa lettre aux Français rendue publique dimanche soir, le président de la République a donné le cadre, « contraint, forcément », grincent les élus : « L’ISF, pas touche. Le Cice, pas touche. L’exit tax, la flat tax, pas touche. Autrement dit, Macron ferme le ban à propos des mesures qui ont provoqué et accentué la colère des oubliés, des humiliés de la République », déplorait le député PCF de Seine-Maritime Sébastien Jumel lors d’une conférence de presse organisée lundi par les élus communistes normands à Brionne. Dans cette commune de 4 300 habitants de l’Eure, ce sont ces « revendications de justice fiscale qui arrivent en tête » des cahiers de doléances, expliquait à l’Humanité le maire communiste Valéry Beuriot avant le débat. Hasard de la journée, ses administrés en gilets jaunes étaient reçus hier en début d’après-midi à la mairie de Bourgtheroulde par la secrétaire d’État à la Transition écologique Emmanuelle Wargon. « Nous avons voulu participer à la grand-messe car on était étonnés que les gilets jaunes ne soient pas associés à une réunion provoquée par leur propre mobilisation », commence Bruno Di Giusto, partisan de laisser « toute sa place au débat ». Voilà un point d’accord avec la ministre, qui plaide pour que les débats se déplacent des ronds-points vers « le débat qu’on propose », renvoyant vers la plateforme du débat qui devait être mise en place hier soir. Pour le reste, entre deux réponses technocratiques (en matière de justice fiscale, comme l’a écrit le chef de l’État, il faut dit-elle « un équilibre » entre les recettes et les dépenses), elle évoque les pertes des commerçants dues au mouvement, la sécurité des manifestations…

Emmanuel Macron lui aussi caressera son public dans le sens du poil. « Vous êtes les dépositaires d’attentes de vos citoyens », commence le président de la République, évoquant la « fracture sociale », sans oublier le clin d’œil à un illustre « prédécesseur », la « fracture territoriale », la « fracture économique », mais aussi la « fracture démocratique » qui sans doute a connu « un tournant en 2005 »… Ces « fractures », certains maires les lui ont pourtant rappelées sans détour. D’abord, assez timidement, Vincent Martin, le maire sans étiquette de Bourgtheroulde, en lui remettant son cahier de doléances qui porte haut la question du pouvoir d’achat. « Quand arrêtera-t-on la machine à broyer la proximité ? » s’interroge ainsi Jean-Paul Legendre, le président de l’Union des maires de l’Eure, ouvrant la voie à un autre front de mécontentement. Comme lui, plusieurs maires éreintent la loi Notre et sa restructuration forcée des territoires, renforçant parfois « l’isolement à seulement 160 kilomètres de Paris ». Valéry Beuriot l’a ensuite interpellé sur « la contradiction » entre deux de ses propos : « Aucune question taboue » et « on maintient le cap ». Et sur la destruction des services publics de proximité, prenant pour exemple « la fermeture programmée » de la maternité de Bernay. Des « attentes » que ce maire PCF a traduites en deux questions : « Ce débat est-il entièrement libre en matière de fiscalité, de distribution des richesses ? » et « Pensez-vous que la reconquête des services publics fait partie des priorités pour refonder notre contrat social ? »

« Cahier de droits et de devoirs »

Mais, au bout de deux heures, le chef de l’État a recadré le débat en répondant à la première salve de questions. Les cahiers de doléances ? Il ne renie pas « la référence historique », mais préfère le terme « cahier de droits et de devoirs ». Emmanuel Macron conclut ce premier round en disant qu’il n’a « pas de réponse sur tout », avant de brosser un portrait global, façon ENA, du paysage politique, économique et social de la France qu’il faut « réorganiser » sur tous les sujets. Sauf l’ISF. « Ni tabou ni totem », dit le président. Mais « ce n’est pas en le remettant comme il était il y a un an et demi qu’on améliorera la situation d’un seul gilet jaune », prévient-il. Ce premier débat a donné le ton : il n’y a peut-être « aucune question taboue », mais l’exécutif a une réponse toute faite : « On maintient le cap. »

Grégory Marin

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le texte ci dessous démolit totalement les campagnes dirigées contre la légitimité de l’élection de MADURO. De plus ce texte met en évidence que l’élection des dirigeants politiques de nombre de puissances occidentales est, de fait complètement truquée par les systèmes électoraux existants, la France n’étant pas épargnée avec celle de Macron. Edifiant !

Posté par jacques LAUPIES le 15 janvier 2019

 

Pour tout comprendre à la nouvelle offensive contre le Venezuela

Samedi 12 janvier 2019, par  auteurs à lire , popularité : 75%
 le texte ci dessous démolit totalement les campagnes dirigées contre la légitimité de l'élection de MADURO. De plus ce texte met en évidence que l'élection des dirigeants politiques de nombre de puissances occidentales est, de fait complètement truquée par les systèmes électoraux existants, la France n'étant pas épargnée avec celle de Macron. Edifiant ! dans POLITIQUE
Benjamín Netanyahu (Israël), Sebastián Piñera (Chili) et Mike Pompeo (Etats-Unis) réunis pour la prise de fonctions du président brésilien Jair Bolsonaro, le 1er janvier 2019

L’investiture de Nicolas Maduro, ce 10 janvier, provoque déjà des remous politiques et médiatiques. Élu le 20 mai 2018, le président vénézuélien doit faire face à une opération concertée et planifiée des Etats-Unis et de leurs alliés. Prenant pour prétexte initiale les conditions électorales qui ont permis la victoire de Maduro, une poignée de gouvernements, très minoritaires par rapport aux gouvernements qui reconnaissent le verdict des urnes au Venezuela, a été repeinte par les médias occidentaux en « communauté internationale ». Le journaliste Romain Migus décortique ce qui est, pour lui, une énième tentative de destabilisation de Caracas par Washington.

Comme c’est devenu l’habitude dans le cas du Venezuela, la plupart des médias dominants se vautrent dans les fausses informations et oublient jusqu’au sens même de la déontologie journalistique. Il convient, pour le lecteur scrupuleux et avide de démêler le vrai du faux, d’exposer les faits, de revenir sur les conditions de l’élection de Maduro, et d’analyser la stratégie de Washington pour punir un peuple jugé, depuis maintenant 20 ans, trop rebelle et encombrant.

Des prétextes fallacieux pour une nouvelle offensive politique

Dans ce nouveau scénario de déstabilisation du Venezuela, les justifications principales invoquées par les gouvernements opposés à Caracas tournent toutes autour des conditions de l’élection de Nicolas Maduro en mai dernier.

 dans POLITIQUE

Lire aussi : Le Mexique se désolidarise du groupe de Lima, qui refuse de reconnaître la victoire de Maduro

Afin de comprendre ces prétextes fallacieux, il nous faut revenir un peu en arrière.

En mai 2016, quelques mois après la victoire de l’opposition aux élections législatives, un processus de dialogue entre le chavisme et ses opposants a débuté en République Dominicaine. Une série de 150 réunions, sous l’égide de l’ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, de l’ancien président de la République Dominicaine, Leonel Fernandez et l’ancien président du Panama, Martin Torrijos, a abouti en janvier 2018, à la rédaction d’un accord portant sur la convocation à une élection présidentielle anticipée ainsi que sur ses garanties électorales.

Un storytelling médiatique qui obéit à des desseins bien peu démocratiques

Or comme l’a souligné Jorge Rodriguez, chef de la commission de dialogue pour le gouvernement : « Tout était prêt [pour la signature de l’accord] jusqu’au pupitre où nous devions faire nos déclarations officielles. Et puis, dans l’après-midi, Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale, a reçu un appel téléphonique de la Colombie de l’ancien secrétaire d’État américain, Rex Tillerson […] L’opposition nous a alors annoncé qu’elle ne signerait pas l’accord. De retour à Caracas, José Luis Rodriguez Zapatero a envoyé une lettre à l’opposition pour lui demander quelle était son alternative dès lors qu’elle refusait de participer à une élection présentant les garanties sur lesquelles elle avait elle-même travaillé. » (1)

L’opposition vénézuélienne se scinde sur la stratégie à adopter. Alors que sa frange la plus radicale décide de ne pas participer, la partie de l’opposition qui n’a pas renoncé à reconquérir le pouvoir par la voie démocratique présentera un candidat, Henri Falcón. Deux autres prétendants participeront à cette élection (2). Il est donc tout simplement faux de prétendre que l’opposition a boycotté ce scrutin ou que Nicolas Maduro s’est présenté tout seul (3). Il s’agit là d’un story-telling obéissant à des desseins politiques bien peu démocratiques.

Un système électoral transparent et démocratique

Une des rengaines de Washington et de ses satellites latino-américains ou européens est d’affirmer que les élections au Venezuela ne s’alignent pas sur les standards internationaux en la matière. Ce qui est évidemment faux, mais nécessaire dans ce processus politico-médiatique visant à ne pas reconnaître la légalité de l’élection du 20 mai 2018, et la légitimité du résultat. Pour saisir l’hypocrisie de ces gouvernements sur le pied-de-guerre, attardons nous un instant sur les conditions électorales offertes au peuple vénézuélien depuis l’approbation par référendum de la Constitution bolivarienne, le 15 décembre 1999. Notre lecteur pourra aisément se faire une idée de la transparence des élections au Venezuela en comparant ces mécanismes électoraux avec ceux à l’oeuvre dans son propre pays.

Ivan Duque, le nouveau président de Colombie sous haute influence d’Alvaro Uribe, réuni récemment avec le Secrétaire d’Etat états-unien Mike Pompeo. Lire aussi Etats-Unis et Colombie entendent rétablir « la démocratie » au Venezuela

Au Venezuela, pour éviter les fraudes, les élections ne sont pas organisées par l’exécutif via le ministère de l’intérieur. La Constitution de 1999, qui reconnaît l’existence de cinq pouvoirs indépendants – l’exécutif, le législatif, le judiciaire, le moral et le pouvoir électoral- laisse à ce dernier la tâche d’organiser les processus électoraux, en fonction de la Loi organique des processus électoraux.

Ce cadre légal, adopté en 2009, n’a pas été modifié depuis (4). Il a notamment permis l’élection de multiples représentants de l’opposition à des pouvoirs publics. Aucun d’entre eux n’a d’ailleurs jamais émis de doute sur le bon déroulement du suffrage qui l’a donné vainqueur, et l’opposition n’a elle-même jamais remis en cause le cadre légal des processus électoraux. Ce qu’elle aurait pourtant pu faire au moyen d’un référendum d’initiative citoyenne, prévu pour abroger des lois par l’article 74 de la Constitution. Elle s’est toujours contentée de dénoncer les résultats des élections lorsqu’elle perdait, ou préventivement lorsqu’elle savait qu’elle allait perdre.

En ce qui concerne le vote des citoyens (5), le Venezuela utilise un double système électronique et manuel. Lorsqu’on entre dans le bureau de vote, on s’identifie aux assesseurs avec sa carte d’identité et l’on active la machine à voter au moyen d’une reconnaissance biométrique. Il est donc impossible de voter deux fois. Après avoir choisi le candidat de son choix, la machine à voter émet un ticket avec le nom du candidat, que l’électeur place dans une enveloppe et dépose dans une urne. Pour finir, après avoir signé le registre électoral, il trempe son petit doigt dans de l’encre indélébile pour s’assurer une deuxième fois qu’il ne répètera pas son vote.

Ces garanties pour blinder le résultat ont conduit l’ancien président étasunien Jimmy Carter à définir le système électoral vénézuélien comme étant « le meilleur du monde »

Dans les jours précédant l’élection, Le Centre National Electoral (CNE), organe recteur du pouvoir électoral, convoque tous les partis politiques participants à l’élection à une série de 14 audits préalables. Ainsi, sont mis à l’épreuve les listes d’électeurs, le logiciel utilisé pour la collecte des données électorales, les machines à voter ainsi que leur mode d’assemblage, le système biométrique de reconnaissance des électeurs, l’encre indélébile, le réseau de transmission des données électorales ainsi que le système de totalisation des données (6). Des observateurs de chaque parti politique participent à ces différents audits précédant le vote des citoyens. Chaque étape doit être approuvée préalablement par tous les participants pour assurer la plus grande transparence de l’élection. Et de fait, elles ont toujours été acceptées jusqu’à maintenant. Ajoutons à cela que tous les partis politiques en présence ont le droit de postuler leurs partisans comme assesseurs, ainsi que de faire participer les observateurs nationaux et internationaux de leurs choix à la surveillance des bureaux de vote.

Le soir des résultats, le CNE procèdera à un nouvel audit où seront tirés au sort, devant les responsables des différents partis, 54,4% (au minimum selon la loi) des bureaux de vote ou l’on vérifiera le résultat électronique. Il s’agira alors de comparer les résultats obtenus dans l’urne après dépouillement avec le résultat électronique. Jamais une erreur n’a été détectée au cours des multiples processus électoraux.

Ces garanties pour blinder le résultat a conduit l’ancien président étasunien Jimmy Carter à définir le système électoral vénézuélien comme étant « le meilleur du monde » (7). Ce sont les mêmes procédures qui ont assuré la transparence de toutes les élections au Venezuela, que se soit par exemple, pour les élections législatives du 5 décembre 2015 (gagnées par l’opposition) ou pour l’élection présidentielle du 20 mai 2018 (gagné par le chavisme).

Comme on peut le voir, le Venezuela apporte plus de garanties électorales que dans de nombreux pays occidentaux, pour ne pas parler des pays du groupe de Lima. La transparence de l’élection de Nicolas Maduro a d’ailleurs été validée par plus de 2000 observateurs internationaux provenant notamment de la Communauté Caribéenne (Caricom), de l’Union Africaine et du Conseil des Experts Electoraux Latino-Américains (Ceela).

Au vu de ce système, on comprend aussi pourquoi une partie de l’opposition a refusé de se présenter à une élection qu’elle aurait perdue. Accepter de participer aux élections revient à s’associer aux audits et à valider la transparence du système électoral vénézuélien. Ce refus de prendre part au processus démocratique a ouvert la voie à la tentative de déstabilisation que nous voyons aujourd’hui.

Au delà des garanties électorales, les pays qui contestent la légitimité du président vénézuélien s’emploient à critiquer les résultats de l’élection présidentielle. Une fois encore, il ne s’agit que d’un prétexte pour légitimer la déstabilisation du Venezuela. Attardons nous un instant sur ces résultats.

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L’élection présidentielle au Venezuela est une élection au suffrage universel direct à un tour. Le président est élu non pas en fonction d’accords parlementaires ou par le choix de « grands électeurs » mais directement par le peuple.

Le 20 mai 2018, 9 389 056 électeurs se sont exprimés dans les urnes, soit 46,07% des citoyens inscrits sur les listes électorales. Le taux d’abstention élevé est encore aujourd’hui utilisé par les adversaires de la Révolution Bolivarienne pour disqualifier la victoire de Nicolas Maduro. Bien évidemment aucun de ces critiques ne mentionnera les dizaines de sanctions financières et de rétorsions à l’économie du pays depuis 2014 (8). Une persécution qui a fortement découragé nombre de Vénézuéliens, et a augmenté leur défiance face à une solution électorale de sortie de crise. De plus, l’appel au boycott des urnes par plusieurs partis de l’opposition a eu aussi une conséquence sur le taux de participation.

Malgré cela, 30,45% des électeurs inscrits ont voté pour Nicolas Maduro au premier tour. Soit un résultat supérieur à ceux du président chilien Sebastián Piñera (26,5%), du président argentin Mauricio Macri (26,8%) ou du président Donald Trump (27,20%). Sans parler des scores réalisés au premier tour par le président colombien (21%) ou par le président Emmanuel Macron (18,19%). Personne évidemment ne conteste la légitimité de leurs élections malgré la faible proportion d’électeurs qui les a choisi.

Une stratégie coordonnée et planifiée depuis Washington

Dès l’élection de Nicolas Maduro, les Etats-Unis vont renforcer la coalition contre le Venezuela dans la région. Le 27 juin 2018, le vice-président américain, Mike Pence, annonçait déjà la couleur depuis le Brésil  : « La liberté et la démocratie seront restaurés au Venezuela. Les Etats-Unis demande au Brésil d’adopter une attitude ferme contre le régime de Nicolas Maduro. » (9) Lui faisant écho, le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, affirmera, le 21 septembre 2018, que les Etats-Unis « continueront d’accroître le niveau de pression » contre le pays bolivarien. Ce même Pompeo réalisera plusieurs rencontres avec les responsables des gouvernements brésiliens, péruviens et colombiens afin de préparer l’opération du 10 janvier.

Le document approuvé à Lima est une véritable déclaration de guerre

Mais c’est la réunion du Groupe de Lima, tenue le 4 janvier 2019, qui va véritablement définir le scénario. Au cours de ce cénacle, les gouvernements membres de cette internationale anti-bolivarienne (10), se sont accordés sur une série d’actions à mener contre Caracas. Notons que le gouvernement mexicain, désormais dirigé par le président progressiste Andrés Manuel López Obrador, n’a pas souscrit à ce document et a réaffirmé la volonté de son pays de ne pas s’immiscer dans les affaires internes d’une autre nation, tranchant avec les positions bellicistes du gouvernement précédent et du groupe de Lima.

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Le document approuvé à Lima est une véritable déclaration de guerre (11). En présence du secrétaire d’Etat des Etats-Unis (par visio-conférence), les gouvernements opposés à la révolution bolivarienne se sont entendus pour augmenter la pression diplomatique contre le Venezuela, et persévérer dans leur intention de faire ouvrir une enquête à la Cour Pénale Internationale contre l’Etat vénézuélien. Une demande soutenue, d’ailleurs, par la France (12).

Les membres du groupe de Lima condamnent la crise économique au Venezuela mais adoptent une résolution pour renforcer le blocus financier contre ce pays. Le texte adopté prévoit d’établir des listes de personnalités juridiques avec lesquels ces pays « ne devront pas travailler, devront empêcher l’accès à leur système financier, et si nécessaire congeler leurs actifs et ressources économiques ». De même, la résolution oblige les pays membres du groupe de Lima à faire pression sur les organismes financiers internationaux auxquels ils appartiennent pour empêcher l’octroi de nouveaux crédits à la république bolivarienne du Venezuela.

Plus surprenant encore, cette déclaration commune exige que le gouvernement « de Nicolas Maduro et les Forces Armées du Venezuela renoncent à tous types d’actions qui violeraient la souveraineté de ses voisins ». Cette accusation se base sur une réaction récente du Venezuela à une exploration pétrolière autorisée par le Guyana dans une zone territoriale réclamée par les deux nations voisines (13). Il s’agit là encore d’un prétexte qui fait écho à des fait dénoncés par le président du Venezuela, le 12 décembre 2018.

Maduro révèlera aussi que le conseiller national à la sécurité des Etats-Unis, John Bolton a incité le nouveau vice-président brésilien, Hamilton Mourao, à organiser des provocations militaires à la frontière avec le Venezuela

Lors d’une allocution télévisée, Nicolas Maduro avait dévoilé la présence de 734 mercenaires sur les bases militaires d’Eglin en Floride et de Tolemaida en Colombie. Leur but étant d’agresser le Venezuela ou de préparer une attaque sous faux drapeau dans le but de justifier une intervention militaire contre la nation bolivarienne. Maduro révèlera aussi que le conseiller national à la sécurité des Etats-Unis, John Bolton a incité le nouveau vice-président brésilien, Hamilton Mourao, àorganiser des provocations militaires à la frontière avec le Venezuela (14). La déclaration du Groupe de Lima semble donc renforcer les suspicions d’agression émises par l’État vénézuélien.

Après avoir rappeler que l’élection de Nicolas Maduro était illégitime, le groupe de Lima exhorte le président vénézuélien à ne pas assumer la présidence et à « transférer le pouvoir exécutif, de manière provisionnel, à l’Assemblée nationale ». Peu importe que Nicolas Maduro ait été élu grâce au même système électoral qui a permis l’élection du pouvoir législatif. Le but recherché par Washington et ses alliés n’est pas d’ordre démocratique, il est politique : remettre l’opposition à la tête du pays pétrolier.

Cette tentative de coup d’Etat institutionnel, déjà mise en œuvre dans d’autres pays de la région (15), s’inscrit dans une stratégie de substitution des pouvoirs politiques légitimes. Dés juillet 2017, en toute illégalité, l’opposition a crée un Tribunal Suprême de Justice « en exil » basé au Panama, ainsi qu’un poste de Procureur Général de la Nation « en exil » depuis Bogota. Ces instances fantoches essaient depuis de se substituer aux pouvoirs légitimes vénézuéliens.

En lien avec une Assemblée nationale, elle même déclarée en outrage judiciaire (17) par son refus de reconnaître les fraudes dans l’élection de députés de l’Etat d’Amazonas, avérées par des enregistrements audio, en mars 2017, ces parodies de pouvoirs publics réaliseront un simulacre de procès depuis le siège du Parlement colombien (sic), et condamneront le président vénézuélien Nicolas Maduro à une peine de 18 ans et 3 mois de prison.

Le but recherché par Washington et ses alliés n’est pas d’ordre démocratique, il est politique : remettre l’opposition néo-libérale à la tête du pays pétrolier

Pour illustrer cette situation saugrenue, imaginons un instant qu’un groupe de Gilets jaunes français désigne un Garde des Sceaux et une Cour de Cassation « en exil » et que, celles-ci organisent un simulacre de procès pour condamner Emmanuel Macron à 18 ans de prison depuis la Douma russe. Cela prêterait à sourire, mais que ce passerait-il si plusieurs états de par le monde reconnaissaient comme légitimes ces pouvoirs judiciaires « en exil » ? Il y a fort à parier que l’on entendrait un grand nombre de voix crier, à juste titre, à l’ingérence étrangère voire à la tentative de coup d’Etat. L’exemple que nous venons de mentionner peut paraître ridicule mais c’est bien ce qui est en train de se dérouler au Venezuela.

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Il ne faut pas prendre ces manœuvres à la légère. L’attentat manquée au moyen d’un drone chargé de C4, qui a eu lieu le 4 août 2018, ne visait pas seulement à éliminer Nicolas Maduro mais tous les pouvoirs publics de la nation, dans le but de leur substituer leurs homologues fantoches etillégaux (18). La constitution de pouvoirs parallèles n’est pas un cirque politico-médiatique mais fait partie intégrante d’un coup d’Etat institutionnel en préparation.

De même, déclarer Nicolas Maduro illégitime est un message virulent pour les principaux partenaires économiques de Caracas (la Chine, la Russie ou la Turquie) leur notifiant que les accords signés avec le gouvernement bolivarien ne seront pas reconnus dès lors que Nicolas Maduro aura été renversé. Un conflit avec le pays caribéens pourrait avoir des répercutions bien au delà de ses frontières. Sergueï Riabkov, le vice-ministre des Affaires étrangères russes a, en ce sens, appelé « les exaltés de Washington à ne pas tomber dans la tentation d’une intervention militaire » au Venezuela. (19)

D’autre part, c’est aussi un message destiné aux forces armées nationales car, si le président Maduro est illégitime, cela revient à décapiter le pouvoir militaire de son commandant en chef.

C’est dans cet optique qu’il convient de décrypter le scénario élaboré par les Etats-Unis et ses alliés. En conformité avec la résolution du Groupe de Lima, l’Assemblée Nationale du Venezuela, en outrage judiciaire et dont les décisions sont nulles et non avenues (20), a déclaré que la prise de fonction de Nicolas Maduro était une « usurpation de pouvoir ». En conséquence, elle s’apprête illégalement à assumer le pouvoir exécutif durant « une période de transition ». Le 8 janvier, une loi sur la transition a été discuté au sein de l’hémicycle vénézuélien dans le but de s’emparer du pouvoir exécutif à partir du 10 janvier.

Durant les discussions, le député Americo de Grazia a appelé tous les secteurs à s’aligner sur les autorités parallèles crées par l’opposition et appelé à prendre la rue pour « harmoniser les actions internationales, nationales et institutionnelles » (21).

Quant au nouveau président de l’instance législative, Juan Guaidó, il a appelé les militaires vénézuéliensà renverser le gouvernement à partir du 10 janvier (22).

Le décor est planté. L’épreuve de force imminente. Reste à savoir quelles personnalités politiques et médiatiques justifieront la violation de la souveraineté du Venezuela et le non respect de ses institutions.

Notes : 

(1) Cathy Dos Santos, “Venezuela. « Il faut diversifier notre économie sans toucher au social »”, L´Humanité, 03/04/2018,https://www.humanite.fr/venezuela-il-faut-diversifier-notre-economie-sans-toucher-au-social-652993

(2) Bertucci, pasteur évangélique mouillé dans le scandale des Panama Papers se présentera en candidat indépendant, ainsi que Reynaldo Quijada, soutenu par une fraction du trotskysme vénézuélien. Ils réaliseront respectivement 10,82% et 0,39% des voix.

Notons ici que le score de Bertucci s’explique plus par la nouveauté de cette offre électorale dans un climat de méfiance face aux partis politique que par une percée de l’évangélisme politique au Venezuela. En effet, le vote des évangélistes est lui-même divisé. Le parti évangéliste Organisación Renovadora Auténtica (ORA) soutenait Nicolas Maduro.

(3) À propos de la fake news sur l’interdiction des partis politiques au Venezuela, lire Thierry Deronne, “L’interdiction d’un parti qui n’existe pas”, Venezuela Infos, 29/01/2018, https://venezuelainfos.wordpress.com/2018/01/29/venezuela-linterdiction-dun-parti-qui-nexiste-pas/

(4) Cette loi complète la loi Organique du Pouvoir électoral approuvée en 2002.

(5) L’auteur de ces lignes a déjà participé aux élections municipales et régionales de 2013.

(6) Lire la liste des audits sur le site du Centre National Electoral, http://www.cne.gov.ve/web/sistema_electoral/tecnologia_electoral_auditorias.php

Nous invitons les lecteurs courageux à se plonger plus en profondeur dans ces systèmes d’audit en lisant les longs rapports techniques du CNE (en espagnol) http://www.cne.gov.ve/web/media/biblioteca/AUDITORIAS/libro-auditorias-del-sistema-automatizado-de-votacion.pdf

(7) “Jimmy Carter : « El sistema electoral venezolano es el mejor del mundo », RT, 20/09/2012, https://actualidad.rt.com/actualidad/view/54145-jimmy-carter-sistema-electoral-venezolano-mejor-mundo

(8) Romain Migus, « Chronologie des sanctions économiques contre le Venezuela »,Venezuela en Vivo, actualisé le 07/01/2019, https://www.romainmigus.info/2019/01/chronologie-des-sanctions-economiques.html

(9) « Mike Pence : La libertad será restaurada en Venezuela », El Nacional, 27/06/2018, http://www.el-nacional.com/noticias/latinoamerica/mike-pence-libertad-sera-restaurada-venezuela_241757

(10) Les gouvernements membres du groupe de Lima sont ceux d’Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Guyana, Honduras, Panama, Paraguay, Pérou et Sainte Lucie. Ainsi que celui du Mexique qui a refusé de signer la dernière déclaration.

(11) Document disponible sur https://www.gob.pe/institucion/rree/noticias/24270-declaracion-del-grupo-de-lima

(12) Palais de l’Elysée, « Communiqué relatif à la situation au Venezuela », 30/09/2018, disponible sur https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2018/09/30/communique-relatif-a-la-situation-au-venezuela

(13) Manuel Palma, “Los buques de la discordia : Venezuela y Guyana reavivan la disputa por su diferendo territorial”, RT, 28/12/2018, https://actualidad.rt.com/actualidad/300448-buques-discordia-venezuela-guyana-reavivar

(14) Luigino Bracci, “Maduro denuncia : Más de 700 paramilitares entrenan en Colombia para ejecutar golpe de Estado en su contra”, AlbaCiudad,12/12/2018, http://albaciudad.org/2018/12/maduro-golpe-de-estado-john-bolton/

(15) Notamment au Honduras (2009), au Paraguay (2012), au Brésil (2016) ou en Equateur (2017).

(16) Après l’élection des députés en décembre 2015, une plainte a été déposé par les candidats du Psuv dans l’Etat d’Amazonie pour achat de voix de la part de leurs opposants élus. Le tribunal judiciaire ayant sanctionné par la suite cette malversation, le tribunal du pouvoir électoral a exigé que l’élection de ces trois postes de députés soit à refaire. La présidence de l’Assemblée Nationale ayant refusé de se plier aux pouvoirs judiciaire et électoral, l’Assemblée Nationale a été déclaré en outrage judiciaire. Les décisions et votes qui émanent du pouvoir législatif sont donc nuls et non avenus tant que la présidence de l’Assemblée Nationale n’autorise pas le retour aux urnes. Précisons que l’opposition détient une majorité absolue de 122 députés sur 167 postes.

(17) “TSJ en el exilio condenó a Maduro a 18 años y 3 meses de prisión”, El Nacional, 15/08/2018, http://www.el-nacional.com/noticias/crisis-humanitaria/tsj-exilio-condeno-maduro-anos-meses-prision_248160

(18) Romain Migus, ”Le drone médiatique explose en plein vol”, Venezuela en Vivo, 08/08/2018, https://www.romainmigus.info/2018/08/le-drone-mediatique-explose-en-plein-vol.html

(19) “El Gobierno ruso advirtió a Estados Unidos contra una posible intervención militar en Venezuela”, SputnikNews, 09/01/2019, https://mundo.sputniknews.com/politica/201901091084610873-politica-de-eeuu-respecto-venezuela/

(20) Voir explication en point 16.

(21) Maritza Villaroel, “Asamblea Nacional arranca proceso para Ley de Transición”, Site de l’Assemblée Nationale du Venezuela, 08/01/2019, http://www.asambleanacional.gob.ve/noticias/_asamblea-nacional-arranca-proceso-para-ley-de-transicion

(22) “El golpismo venezolano no descansa”, Pagina12, 05/01/2019, https://www.pagina12.com.ar/166485-el-golpismo-venezolano-no-descansa?fbclid=IwAR3-4Oe_vnJzRq_FCnpTW0sbBoFUmWispXhMDOk0PxwTt82jbXm2sT2eHdM(traduction française disponible sur http://venesol.org/2019/01/07/juan-guadio-president-du-parlement-venezuelien-appelle-a-un-coup-detat-contre-nicolas-maduro/)

Source : article initialement publié par RThttps://francais.rt.com/opinions/57702-tout-comprendre-nouvelle-offensive-contre-venezuela?fbclid=IwAR0eo2qRXzJa6rRijRMqfMXJJ4f5BLt_IR6EYq8uOQ01AskzYAa_pGX5vQk

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L’histoire est toujours bonne à connaitre pour le présent…

Posté par jacques LAUPIES le 15 janvier 2019

Rosa Luxemburg lors du congres Socialiste a Stuttgart en aout 1907 hommage au philosophe et economiste socialiste allemand Ferdinand Lassalle (1825-1864) --- Rosa Luxemburg at socialiste congress in Stuttgart in august 1907 tribute to german socialist economist and philosopher Ferdinand Lassalle

 

Le récit. La révolution assassinée

Mardi, 15 Janvier, 2019

Il y a cent ans, la semaine sanglante de Berlin mettait fin à l’espoir d’un changement révolutionnaire en Allemagne né en octobre-novembre 1918. Le 15 janvier 1919, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg étaient assassinés sur ordre du ministre SPD de la Guerre, Gustav Noske. Un acte qui pèsera très lourd lors de la montée du nazisme.

« Est-il vrai que Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg soient morts ? Est-il vrai qu’ils aient été tous deux abominablement assassinés ? Nous voudrions pouvoir douter de l’authenticité de l’atroce nouvelle. Hélas ! Il semble bien qu’aucun doute n’est permis. » Le 18 janvier 1919, l’Humanité exprime sa stupéfaction et sa tristesse. « Par quelle fatale loi faut-il que le sang des martyrs soit nécessairement la semence d’où sortiront les temps nouveaux ? » observe Amédée Dunois. Une communauté de destin liait Jean Jaurès, tué par un nationaliste le 31 juillet 1914 au café du Croissant, et les deux dirigeants spartakistes abattus par des membres des Freikorps, à Berlin, ce 15 janvier 1919. Entre ces deux crimes, la Première Guerre mondiale, qu’ensemble ils avaient voulu empêcher, avait décimé toute une génération de jeunes Français et Allemands.

Autant de conditions pour réussir une révolution socialiste

Cette exécution sommaire va frapper à mort la révolution de novembre, qui avait suscité tant d’espoirs dans le mouvement ouvrier, chez les penseurs marxistes. Un haut niveau de développement, une classe ouvrière nombreuse et organisée, un Parti social-démocrate le plus ancien et le plus puissant d’Europe étaient autant de conditions pour réussir une révolution socialiste. Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg n’ont pas été assassinés par des ennemis de classe traditionnels, monarchistes ou nationalistes, leur mort a été commanditée par des dirigeants sociaux-démocrates, des hommes qui peu de temps auparavant siégeaient au Reichstag dans le même groupe parlementaire que Karl Liebknecht.

Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, tous deux nés en 1871, appartenaient à l’aile gauche du SPD, le mouvement spartakiste qui en avril 1917 s’est constitué en une structure autonome, l’USPD (« unabhängig » : indépendant). Karl est le fils de Wilhelm Liebknecht, qui fut un dirigeant de la Ligue des communistes aux côtés de Karl Marx et Friedrich Engels à partir de 1847, puis cofondateur du SPD. Avocat, Karl Liebknecht est député au Reichstag. Rosa Luxemburg est née dans une famille juive à Zamosc, en Pologne, à l’époque intégrée à l’Empire russe. Son père est marchand de bois. Brillante élève, elle s’engage en politique dès l’adolescence en intégrant un groupe socialiste clandestin. Après le lycée à Varsovie, Rosa s’installe en Suisse pour échapper aux discriminations antisémites et y poursuivre des études de philosophie et d’économie. Ayant obtenu la nationalité du Reich, elle adhère au SPD, où elle travaille comme journaliste pour la presse socialiste et comme enseignante à l’école du parti.

En août 1914, Karl Liebknecht est le seul député qui se prononce contre la guerre. À la mi-juillet, quelques jours avant l’assassinat de Jean Jaurès, il avait participé à un meeting franco-allemand à Condé-sur-l’Escaut (Nord). Le groupe l’Internationale, du nom de la revue dirigée par Rosa Luxemburg, à l’origine du mouvement spartakiste, mène clandestinement une propagande pacifiste. En mai 1915, un tract popularise un texte de Liebknecht : « L’ennemi principal du peuple allemand est en Allemagne : l’impérialisme allemand, le parti de la guerre allemand, la diplomatie secrète allemande. C’est cet ennemi qu’il s’agit pour le peuple allemand de combattre dans une lutte politique, en collaboration avec le prolétariat des autres pays, dont la lutte est dirigée contre ses propres impérialistes. » Le 1er mai 1916, les spartakistes réussissent à organiser un rassemblement, le député y prononce un discours antiguerre qui lui vaut la prison jusqu’en 1918. Embastillée à Breslau (aujourd’hui Wroclaw) depuis 1915, Rosa Luxemburg ne retrouvera Berlin que le 10 novembre 1918, au lendemain de l’abdication de Guillaume II et à la veille de l’armistice. Berlin est alors en pleine révolution.

De port en port, la révolte se propage

1918, qui s’achève, a été marquée par une montée de la contestation. Sur le front et dans toutes les contrées sous domination germanique, l’opposition à la guerre est renforcée par la perspective d’une possible défaite. De plus, la révolution russe d’octobre 1917 a un grand écho dans les couches populaires. Depuis Brest-Litovsk, les combats ont cessé à l’Est, des scènes de fraternisation entre soldats allemands et russes inquiètent l’état-major. La chute du tsar affaiblit la position du Kaiser. Pour pouvoir présenter un visage plus avenant aux puissances de l’Entente en vue des négociations de fin de conflit, un nouveau gouvernement présidé par le prince de Bade est constitué avec la participation du SPD.

Mais dans les tranchées, les usines, les quartiers ouvriers aux Mietskasernen surpeuplées et insalubres, la colère monte contre la monarchie, les capitalistes, l’armée et les junkers, l’aristocratie foncière qui domine la vie politique. Un simple ravalement de façade institutionnel suffira-t-il à calmer les attentes ? Faut-il au contraire un changement révolutionnaire ? Sur ce débat qui traverse le mouvement ouvrier dans tous les pays, le socialisme allemand va se fracasser au cours d’une confrontation sanglante.

Fin octobre. Les marins de Kiel se mutinent contre l’ordre qui leur a été donné d’entreprendre une sortie contre la flotte anglaise. De port en port, la révolte se propage. Les régions du Sud lui embrayent le pas. Dans de nombreuses villes jusqu’en Bavière, on proclame la République. Sur le modèle des soviets, se sont constitués des conseils d’ouvriers et de soldats (Arbeiter und Soldatenräte) qui se manifestent au grand jour comme des structures délibératives, alternatives au pouvoir qui s’effondre.

Berlin, capitale d’un empire en perdition, vit une situation chaotique. Les tensions politiques tournent à l’affrontement. Défilés d’ouvriers drapeaux rouges déployés soutenant les spartakistes et réclamant le pouvoir des conseils ouvriers, automobiles armées de mitrailleuses en patrouille, soldats en déshérence prêts à se vendre comme mercenaires pour rétablir l’ordre dans les quartiers rouges et qui seront plus tard les premières recrues du parti nazi. On chante l’Internationale et l’hymne socialiste « frères en avant vers le soleil et la liberté », mais on ne fait pas que chanter, on se bat aussi, ouvriers contre membres des corps francs mais aussi entre sociaux-démocrates et spartakistes.

Face à l’armée, le courage des révolutionnaires ne suffira pas

Signe de cette division, le 9 novembre, la République est proclamée deux fois : le social-démocrate Philipp Scheidemann, au Reichstag, annonce la « République allemande », prenant de vitesse Karl Liebknecht, qui du balcon du château de Hohenzollern lance devant la foule enthousiaste « Vive la République socialiste et libre ! ». Deux options vont s’avérer inconciliables. Le pouvoir aux conseils et le socialisme défendu par le Parti communiste allemand (KPD), qui naît le 1er janvier 1919, les spartakistes en formant la composante essentielle. En face, la social-démocratie choisit l’alliance avec l’armée pour réprimer l’aile révolutionnaire. Dans un télégramme aux troupes, le maréchal Hindenburg annonce que le haut commandement est disposé à agir avec Ebert pour empêcher l’extension du bolchevisme en Allemagne. Le 10 novembre, une assemblée des conseils ouvriers et soldats n’apporte pas au camp de la révolution le soutien attendu. La majorité souhaite la fin de la guerre fratricide dans le camp ouvrier.

Début janvier, la destitution du préfet de police Emil Eichhorn, membre de l’USPD, va être l’occasion saisie par le gouvernement pour écraser la révolution. 150 000 manifestants défilent en soutien à Eichhorn à l’appel du Parti communiste et de l’USPD. Face à l’armée, le courage des révolutionnaires ne suffira pas. Du 6 au 15 janvier, la troupe sous les ordres de Gustav Noske se livre à un massacre, les révolutionnaires arrêtés sont abattus sur place. Noske, ministre de la Guerre et dirigeant du SPD, avait déclaré : « Il faut que quelqu’un fasse le chien sanguinaire : je n’ai pas peur des responsabilités. »

Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht refusent d’abandonner les ouvriers berlinois. Arrêtés, emmenés à l’hôtel Eden, ils sont mis à mort par les nervis des corps francs, dirigés par le commandant Waldemar Pabst aux ordres de Noske. Assommée à coups de crosse, Rosa Luxemburg est jetée dans le Landwehrkanal, Karl Liebknecht est abattu dans le Tiergarten.

La semaine sanglante frappe le monde ouvrier de stupeur. Mais la révolution continue dans les régions. À Brême, déclarée « république socialiste », les affrontements avec l’armée font une centaine de morts. Dans la Ruhr, les ouvriers veulent socialiser les charbonnages et occupent le siège du patronat à Essen. Et partout, le ministre SPD réplique par la terreur (tirs sur la foule, exécutions sommaires…).

Les spartakistes ont mal apprécié le rapport de forces et commis des erreurs tactiques. Dans les deux articles publiés par Die Rote Fahne la veille et le jour même de leur disparition, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg analysent lucidement leur échec. Mais c’est bien le SPD qui porte devant l’Histoire l’immense responsabilité d’avoir creusé dans la gauche allemande une fracture irrémédiable qui contribuera quelques années plus tard à son incapacité à faire front contre la montée du nazisme. Et avec quelles conséquences !

Poursuivre la lecture avec : – Histoire de l’Allemagne contemporaine, de Gilbert Badia, deux volumes. Éditions sociales, 1987. – Lettres et textes choisis, de Rosa Luxemburg. Le Temps des cerises, 2014. – Rosa Luxemburg, l’étincelle incendiaire, de Michael Löwy. Le Temps des cerises, 2018. – Alfred Döblin, Novembre 1918, Agone, 2010.
Jean-Paul Piérot

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