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Le cul entre deux chaises

Posté par jacques LAUPIES le 31 décembre 2012

Le cul entre deux chaises dans POLITIQUE picture-6-300x225

L’interview de Rémi Lefebvre, pose sans le dire la problématique à laquelle est confronté Hollande. Par certains aspects cet interview met en évidence les difficultés auxquelles se trouve confronté le gouvernement, lesquelles ne sont pas sans incidence sur le comportement des différentes tendances qui coopèrent ou s’affrontent au sein du PS.

Une chose est sure : Hollande s’était engagé à gouverner selon un programme exposé pendant sa campagne électorale. Il est trop apparu comme déterminé à l’appliquer pour ne pas souffrir d’une certaine navigation  à vue et des changements de cap qu’il opère.

Car ces changements ont l’inconvénient de raffermir la droite qui au lieu d’adopter une attitude discrètement complaisante, ne cesse d’exiger encore plus de concession de sa part et se livre à des attaques politiciennes de grande envergure qui affaiblissent le pouvoir pendant que la gauche radicale (FDG avec les communistes, extême gauche toujours médiatisée à l’excès) a de bonnes raisons de ne pas être tendre avec lui. D’ou affaiblissement général du PS comme l’ont démontré les élections législatives partielles que confirment les sondages.

On ne reste pas ainsi longtemps le cul entre deux chaises. De plus il n’y a pas de tabouret entre les deux pour évider un risque de dégringolade. Le recours à Bayrou ne constitue même pas un strapontin crédible.

En fait comme le souligne à sa façon Rémi Lefebvre il va falloir choisir entre un recentrage avec la droite ou un recentrage avec la gauche (celle du PS et celle du FDG). La première solution parait peu probable car nous ne sommes pas en Allemagne. La seconde peut-être une possibilité mais les forces économiques et financières dominantes dans le pays vont se mobiliser, accéler et poursuivre une entreprise sabotage que laisse augurer les attitudes symboliques d’un acteur ou de quelque PDG en fuite et surtout utiliser les courants socio libéraux du PS pour les entrainer hors de toute alliance avec la gauche radicale.

Alors qui peut décider le PS à trouver des élans fondateurs d’une république sociale ? Vous chers lecteurs, à condition que vous partagiez la présente analyse et en tiriez quelques conclusions d’action.

Il y a bien des mois de cela je suggerais que nous puissions être 4 millions sur les Champs Elysée avec quelque chose à défendre qui ressemblerait au programme qu’a présenté Jean Luc Mélenchon pendant la campagne des présidentielles. Et j’ajouterais, toutes proportions gardées, aussi nombreux dans les métropoles régionales. Le tout assorti de grèves et d’occupation d’entreprises.  

Douce utopie direz-vous ? Mais chers amis  vous pouvez disserter dans vos cuisines, vos salons, vos repas de famille, vos bistrots, vos comités, vos assemblées, vos meetings même et espérer un Hollande révolutionnaire, pour qu’il s’assoie sur la bonne chaise. C’est peut-être un premier pas indispensable.

Bon courage tout de même  !

Car pour qu’il s’asseoie sur la bonne chaise, notre cher Président, il en faut surement un peu plus : d’abord virer la mauvaise de droite autant que les tabourets du centre possibles entre les deux. Et faire de la chaise de gauche une chaise populaire capable de bien caler celui qui prétend s’y asseoir. Se nomma-t-il Hollande. Ce qui n’est pas forcément une obligation.

«La radicalisation à gauche du pouvoir se fera par réalisme, pas par idéologie»

Mots clés : Entretiens,           François Hollande,           gouvernement,           marchés financiers,           remi lefebvre,           libéralisme,           politique sociale,           gauche au pouvoir,      

Pour le politologue Rémi Lefebvre, l’aggravation de la crise pourrait ramener François Hollande à un discours plus musclé à l’égard des forces économiques.

Rémi Lefebvre est professeur de sciences politiques à l’université Lille-II, 
auteur en 2011 des Primaires socialistes. La fin du parti militant, aux éditions Raisons d’agir.

Huit mois après son accession au pouvoir, y a-t-il chez François Hollande un hollandisme qui 
lui serait propre, ou la définition de sa politique doit-elle emprunter d’autres références ?

remi_lefebvre dans POLITIQUE

Rémi Lefebvre. S’il y a un hollandisme, c’est un pragmatisme, il n’est pas un idéologue – il n’a d’ailleurs pas de texte fondateur, alors qu’il a été à la tête du PS durant plus de dix ans. Il y a chez lui une forme de syncrétisme, 
de synthèse d’éléments disparates qui empruntent tout autant 
à Chevènement qu’à la deuxième gauche, voire à la première, doublé d’un côté radical-socialiste, 
et incontestablement social-libéral sur le plan économique. Son obsession du point d’équilibre choque beaucoup à gauche car, 
en huit mois, il n’y a eu aucune réelle rupture, seulement 
des inflexions sur le plan économique de prime abord. 
Or la tradition d’un gouvernement de gauche au pouvoir, c’est 
de marquer des ruptures.

Même sur le sociétal, le mariage 
pour tous n’est pas sa conviction selon vous ?

Rémi Lefebvre. Je crois qu’il n’a pas 
d’idées très arrêtées sur un certain nombre de sujets, mais qu’il cherche à apaiser la société, 
en vraie rupture, là, avec le mandat d’hystérisation de la société 
qui fut celui de Sarkozy. Il a 
une approche non idéologique 
des questions, veut passer des réformes dans une espèce d’harmonie. Avec le risque 
de déplaire à tout le monde ; 
on le voit quand il entend rester 
au milieu du gué concernant 
la procréation médicalement assistée (PMA). Hollande incarne en somme une gauche complexée, on l’a vu à propos de Depardieu par exemple, face à une droite décomplexée. Il est pris entre des injonctions contradictoires, alors que, sur ces thèmes, il n’a aucune excuse pour ne pas agir, contrairement aux questions sociales où la crise, le critère 
des 3 % de déficit, permet 
une rhétorique des contraintes.

Comparé au programme sur lequel il a été élu, assiste-t-on à différents reculs ?

Rémi Lefebvre. Sans doute le pacte de compétitivité et la thématique du coût du travail, absolument pas inscrits à son programme, marqueront-ils un vrai tournant 
du mandat. Tournant qui correspond à ses aspirations profondes : dès la fin des années 1980, quand il enseignait à Sciences-Po avec Pierre Moscovici, c’était un social-libéral assumé. Il ne croit globalement pas à l’économie administrée, il est pour une politique de l’offre. Ce fut subtilement 
mis en suspens durant la campagne, où il insista au contraire sur 
des marqueurs de gauche, comme la tranche de l’impôt sur le revenu à 75 % qui a joué un rôle très important dans sa victoire, 
en donnant l’illusion qu’il pouvait incarner une forme de volontarisme.

Est-il alors social-démocrate ?

Rémi Lefebvre. Je ne crois pas. Dans le modèle allemand ou scandinave, les forces sociales sont très organisées, les forces syndicales capables de peser sur le patronat. Or aujourd’hui, on le voit avec la négociation sur le marché du travail, nous ne sommes pas dans le donnant-donnant social-démocrate qui aurait été de conditionner 
le crédit d’impôt (Cice) du pacte 
de compétitivité à des embauches.

Le centre de gravité ne s’est-il pas déplacé avec des parlementaires 
qui prennent, sur l’amendement 
dit des pigeons ou la PMA, 
le contre-pied de l’Élysée ?

Rémi Lefebvre. C’est encore timide, il y a eu l’appel de la Gauche populaire, des députés qui voulaient conditionner l’octroi du Cice. De jeunes députés, élus de justesse en juin, se sentent concrètement sur un siège éjectable, ceux-là voient bien les risques électoraux de la politique économique menée et tâchent 
de construire un rapport de forces. Le groupe à l’Assemblée est bien tenu 
par Bruno Le Roux, et je suis surpris 
en fait de la domination encore 
très forte de François Hollande 
sur sa majorité, tandis qu’Harlem Désir n’a pas encore construit un leadership critique, dans un rapport dialectique avec l’Élysée. L’horizon du hollandisme est une baisse 
du chômage fin 2013. Si elle n’arrive pas, je n’exclus pas une inflexion 
de Hollande, rappelé par le principe de réalité qui le contraindrait notamment à un rapport de forces différent avec l’Allemagne. 
Sa radicalisation à gauche se fera par réalisme, pas par idéologie.

  • A lire aussi:

Hollande à l’Elysée: la pente résistible du social-libéralisme

Hollande marche sur des oeufs

Entretien réalisé par  Lionel Venturini

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Si ma France en avait…

Posté par jacques LAUPIES le 30 décembre 2012

Et si on appliquait la suppression de la propriété privée des grands moyens de production et d’échange ? Et si on l’appliquait avec une hierarchie de revenu selon les compétences de 1 à 20 (c’est déjà beaucoup accorder aux plus hauts niveaux de responsabilité) au dela de 340 000 € on prend tout ? Les planqués du conseil Constitutionnels auraient la tâche simplifiée et le législateur aussi. Encore faudrait-il de nouveaux et bons législateurs…
Si, si ma tante France en avait, mais voilà elle en a pas. Pardon Mesdames la métaphore n’est que pour la forme et rire un peu !

 

Si ma France en avait... dans POLITIQUE riches

-   humanitefr dans POLITIQUE le 29 Décembre 2012

 

Budget 2013: le Conseil constitutionnel au secours des très riches

Mots clés : tva,           budget,           outre-mer,           impôts,           retraites chapeau,           hauts revenus ,           François Hollande,           gouvernement,           corse,           évasion fiscale,           fraude fiscale,           isf,           conseil constitutionnel,           politique budgétaire,      

Le Conseil constitutionnel a annulé samedi plusieurs mesures phares du budget 2013 qui visaient à imposer plus fortement les très hauts revenus, notamment la taxation à 75% des revenus supérieurs à 1 million d’euros.

Ces annulations viennent relancer la polémique sur l’évasion fiscale. Le détail des mesures retoquées:

  • Taxation à 75%.

Cette dernières mesures emblématique de François Hollande durant la campagne présidentielle, appelée « contribution exceptionnelle de solidarité », devait s’appliquer pendant deux ans aux revenus d’activité excédant 1 million d’euros. Dans son communiqué , le Conseil a fait valoir que celle-ci était « assise sur les revenus de chaque personne physique » alors que l’impôt sur le revenu est prélevé « par foyer ». En conséquence, il a jugé qu’il y avait là « méconnaissance de l’égalité devant les charges publiques ».

Avec cette taxation, un ménage, dont chaque membre percevrait un revenu de 900.000 euros, se trouverait exempté, tandis qu’un autre, dont un seul membre gagnerait 1,2 million d’euros et l’autre rien, devrait l’acquitter, ce qui constituerait à l’évidence une « rupture d’égalité au regard de la faculté contributive », a-t-on expliqué, à titre d’exemple, au Conseil.

Si cette mesure avait un faible rendement – elle devait toucher environ 1.500 personnes, qui auraient payé en moyenne 140.000 euros à ce titre-, elle avait une forte valeur symbolique et constituait un marqueur de la présidence de François Hollande.

  • Plafonnement de l’impôt sur la fortune (ISF).

Le Conseil a retoqué également les modalités de calcul du plafonnement de l’impôt sur la fortune (ISF), en particulier l’intégration des revenus ou bénéfices capitalisés, « que le contribuable n’a pas réalisés ou dont il ne dispose pas ».

  • Retraites chapeaux.

S’il a validé l’instauration d’une nouvelle tranche marginale à 45% de l’impôt sur le revenu, le Conseil a considéré que pour les « retraites-chapeau » la taxation particulière à 75,04% en 2012 et 75,34% en 2013 était « confiscatoire » et a ramené la taxation à 68,34%.

  • Droits sur les donations-successions.

Les sages ont « censuré l’article 19 de la loi relatif aux donations-cessions », estimant qu’il entraînait « une rupture caractérisée de l’égalité des charges publiques », indique encore le communiqué du Conseil. « Cet article prévoyait que la valeur retenue pour déterminer le gain net de cession de valeurs mobilières ayant fait l’objet de donations dans les dix-huit mois précédant la cession était la valeur d’acquisition de ces valeurs mobilières par le donateur », explique-t-il. « Cette orientation faisait peser sur le donataire de valeurs mobilières une imposition sans rapport avec sa situation mais liée à l’enrichissement du donateur antérieur au transfert de propriété des valeurs mobilières », ajoutent les sages pour expliquer leur décision.

  • Crédit d’impôt compétitivité-emploi validé.

Le Conseil constitutionnel a validé cette mesure phare du pacte de compétitivité issu du rapport Gallois. Les entreprises devraient ainsi recevoir les premiers chèques de 20 milliards d’euros du Trésor public correspondant à ce crédit d’impôt en 2014 au titre de 2013, mais peuvent en tenir compte dès le début 2013 dans leur budget.

La mesure sera financée par une hausse de la TVA, refondue en trois taux de 5, 10 et 20% (6,4 milliards d’euros en 2014), par des économies sur les dépenses publiques pour 10 milliards d’euros et des mesures de fiscalité écologique.

Revenus du capital/ revenus du travail. Le Conseil a jugé conforme le principe de soumettre les revenus du capital au barème de l’impôt sur le revenu. « Le législateur n’a pas créé une rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques » a t-il estimé.

En revanche, deux niches fiscales ont été retoquées.

  1. Outre-Mer. Le Conseil constitutionnel a en revanche décidé de réduire l’avantage fiscal pour les investissements outre-mer. Alors qu’il était prévu de plafonner à 10.000 euros la plupart des avantages fiscaux des différentes niches fiscale, le budget 2013 comprenait un plafond majoré de 18.000 euros et 4% du revenu imposable pour les investissements en outre-mer ou pour le financement en capital d’oeuvres cinématographiques. Le Conseil a estimé que ce système « permettait à certains contribuables de limiter la progressivité de l’impôt sur le revenu dans des conditions entraînant une rupture d’égalité devant les charges publiques ». En conséquence, il a annulé « la fraction de l’avantage d’un montant égal à 4% du revenu imposable ».
  2. Corse. Les membres du Conseil ont en outre décidé de supprimer le régime dérogatoire applicable aux successions sur les immeubles situés en Corse. Ce dispositif, ancien, conduisait, « sans motif légitime » pour le Conseil, à ce que la transmission d’immeubles soit exonérée de droits de succession.

A lire aussi:

Ménages, entreprises, fiscalité: ce qui va changer dans le budget 2013

Eric Bocqet: « Le budget encourage une visée spéculative au lieu de l’investissement »

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Le philosophe et internet

Posté par jacques LAUPIES le 29 décembre 2012

Le philosophe et internet dans POLITIQUE michel-serres

 

Culture – humanite dans POLITIQUE le 16 Novembre 2012

l’Humanité des débats. L’entretien

Michel Serres : « Mon expérience d’enseignant m’a montré la victoire des femmes »

Mots clés : philosophie,           sciences humaines,           michel serres,           guy debord,      

Professeur à Stanford University (États-Unis), membre de l’Académie française, Michel Serres est un des rares philosophes contemporains à proposer une vision du monde qui associe les sciences et la culture. Auteur de nombreux essais philosophiques et d’histoire des sciences, dont le dernier, Petite Poucette (éditions le Pommier), vient de faire couler beaucoup d’encre…

Si l’on vous dit que beaucoup 
de personnes vous ont parfois confondu avec Lucien Sève, 
est-ce que cela vous vexe ?

Michel Serres. Non, mais je n’ai jamais été marxiste et je vais vous expliquer pourquoi. J’étais à l’École normale supérieure à l’époque d’Althusser. Je sortais moi-même d’une prépa sciences, et non pas lettres. Or, les marxistes, à cette époque-là, soutenaient en science des thèses impossibles. Une sorte de déterminisme absolu (basé sur la physique quantique), et du coup « le principe d’incertitude », soutenu par Werner Heisenberg (physicien), était hors la loi… Je me suis longtemps opposé à Althusser sur des questions scientifiques, pas politiques.

Pourquoi appelez-vous « Petite Poucette », cette génération née avec un téléphone 
mobile dans les mains ?

Michel Serres. C’est parce qu’elle est très habile avec ses pouces pour écrire des textos, et parce que c’est plutôt une fille entre un et trente-deux ans… Ce n’est pas la génération née « avec » le numérique, elle vit « dans » les nouvelles technologies. La population qui est extérieure à ce phénomène, comme moi, elle travaille « avec » ces techniques. Eux vivent « dans ». Il y a là une différence de vision qui, à mon avis, va changer la face du monde. Il peut naître une nouvelle démocratie. Les voies du virtuel sont ouvertes.

Pourquoi «Petite Poucette» au féminin ?

Michel Serres. J’enseigne depuis maintenant un demi-siècle et mon expérience d’enseignant m’a montré la victoire des femmes. Elles sont plus travailleuses. Elles ont plus à montrer, prouver, dans une société qui n’est pas pour elles. Du coup, elles travaillent mieux, sont plus appliquées. Voilà pourquoi, j’ai mis Poucet au féminin. Je suis féministe, du point de vue de la lutte des sexes. Elles prennent une place extraordinaire.

À rebours d’une idée reçue, selon laquelle 
les jeunes sont illettrés et qu’Internet 
nous tire vers le bas, vous expliquez que, 
au contraire, nous n’avons jamais autant vécu avec les mots, l’écrit, les messages publicitaires ou politiques et que le savoir est enfin 
à la portée de toutes les mains…

Michel Serres. La révolution numérique, qui date de trente ans environ, est la troisième révolution : il y a eu la première, avant Jésus-Christ, lorsque l’oralité est passée à l’écrit. Tout a changé à partir de là, en politique, comme en économie (on peut faire des chèques, par exemple), et la littérature est née (la poésie). Puis il y a l’imprimerie, à l’époque de Montaigne (avoir une tête bien faite plutôt que bien pleine). Nous sommes à la troisième où tout change. Les historiens, comme Karl Marx, donnent beaucoup d’importance aux révolutions techniques « dures »…  Les techniques industrielles. Mais cette fois-ci, c’est autre chose, on peut parler de techniques « douces ». Mais elles ont réinventé beaucoup de choses.

Que répondez-vous à ceux qui accusent Internet de favoriser le nivellement par le bas (Marc Lévy = Gustave Flaubert) et la paranoïa, voire de favoriser la théorie du complot, 
par le biais de documents falsifiés, tronqués…

Michel Serres. Je réponds qu’à l’époque de Gutenberg, déjà, il y avait autant de porno que de bibles ! Et de mauvais textes. Cette mise à égalité, elle a déjà eu lieu. Dans les bibliothèques et les médiathèques, les livres sont placés par ordre alphabétique, pas par ordre d’importance. Il faut un professeur pour expliquer la différence entre Lévy et Flaubert. Et qui sont les imposteurs… Les mauvais faiseurs.

Il existe de nouveaux modes d’action, 
de lutte, d’engagement politique. Desquels vous sentez-vous le plus proche : les Indignés, les Anonymous, les «pirates», les faucheurs d’OGM, ou Greenpeace ? Autrement dit, pensez-vous toujours que les organisations politiques 
et syndicales sont un peu dépassées ?

Michel Serres. Je crois que oui, à moyen ou long terme. Je suis philosophe. Il y a deux sortes de philosophes : l’engagé, au sens sartrien, qui va jusqu’à prendre sa carte au Parti. Et qui milite en suivant les directives du Parti, qu’il se trompe ou pas… Et il y a le philosophe qui cherche à savoir qu’est-ce que c’est que le contemporain ? Mon engagement à moi est d’étudier le contemporain. En 1960, j’ai annoncé que la société de demain serait dirigée par Hermès et non pas par Prométhée. Et je me suis fait vider par Althusser à cause de ça… Je disais que la communication serait plus importante que la production.

La société du spectacle, évoquée 
par Guy Debord…

Michel Serres. Et qui avait raison ? J’étais sur ce front-là depuis longtemps, puisque j’étais épistémologue (l’étude des sciences – NDLR). Ça n’empêche pas d’utiliser l’intuition, n’est-ce pas…

Quelle est la devise de Petite Poucette ?

Michel Serres. Elle a appris le sens réel du mot « maintenant ». Main tenant… Tenant en main le monde. Son téléphone mobile en main, avec son pouce, elle a un ordinateur, donc accès aux médias, à des lieux, via GPS, et Internet, des chansons, des images, Wikipédia, Google, Facebook, Twitter, etc. Elle a quasiment accès à tous les lieux et tous les « hommes » du monde entier. Il existe un calcul : le « théorème du petit monde », qui pose la question suivante à quelqu’un pris au hasard, dans la rue : en combien d’appels peut-il joindre un autre quidam, à San Francisco, par exemple ? C’était en sept appels avant les grands connecteurs comme Facebook. Aujourd’hui, c’est en quatre appels… Petite Poucette lambda peut joindre n’importe qui dans le monde en quatre tentatives. C’est extraordinaire.

Beaucoup de petites filles, de l’âge de votre Petite Poucette, ont du mal à se concentrer 
au collège… N’est-ce pas à cause du téléphone mobile et d’Internet ?

Michel Serres. La déconcentration vient de la télévision. Les messages publicitaires ont été imposés exprès pour déconcentrer les gens, afin qu’ils consomment, achètent les produits présentés. Ces images passent vite. On a calculé qu’actuellement, lorsqu’on pose une question à quelqu’un à la télévision, la durée moyenne de réponse est de dix secondes. Par conséquent, les gens ne se souviennent pas de ce que j’ai dit à la télé.

À part votre fameux : «Je suis pauvre et je vous emmerde !», qui est passé en boucle au zapping. C’était sur le plateau de Ce soir ou jamais, animé par Frédéric Taddeï, sur France 3.

Michel Serres. Oui, ça, on l’a retenu ! (Il rigole – NDLR.) Mais la télé est faite pour supprimer l’attention et faire de l’argent. D’autre part, Petite Poucette – votre fille – peut faire trois choses en même temps. C’est une performance nouvelle mais elle peut le faire. C’est une intelligence supérieure. Ne confondons pas « faire trois choses en même temps » et « perte de concentration ». Quand on regarde la télé, on est en position « passager », avachi sur le canapé. Devant l’ordinateur, on est en position conducteur, assis et attentif. La première position est passive, l’autre active. Ne confondons pas les médias de papa (voire de pépé) et les nouvelles technologies : Petite Poucette est née « avec », n’oubliez pas. Observez un enfant d’un an devant un ordinateur ou un téléphone mobile…

Et le problème de l’addiction ? Facebook 
et Twitter sont addictifs, comme les SMS. On voit des adolescents, et des adultes, marcher dans la rue comme des automates, des zombies hypnotisés, ou des couples, des amis, 
qui textotent au lieu de se parler à table…

Michel Serres. Ça me rappelle ma grand-mère, qui me disait : « Michel ! Tu es toujours plongé dans tes livres… » J’étais drogué à mes livres. À chaque nouvelle révolution, il y a des nouveaux modes de comportement. On peut être addict à bien d’autres choses. C’est un vieux problème. Pas celui des nouvelles technologies.

Aux «réactionnaires» qui répètent 
«c’était mieux avant…», vous répondez : 150 millions de morts !

Michel Serres. Je les surnomme les vieux grognons. Il n’est pas prouvé que les révolutions du « printemps arabe » sont arrivées grâce aux nouvelles technologies mais elles ont eu une influence évidente. Ce sont les jeunes, les Petites Poucettes, qui ont donné l’impulsion en diffusant les images des violences et autres massacres, comme en Syrie actuellement. Ces nouvelles technologies ont été créées dans un monde qui n’était pas celui qu’il est devenu. Il y a donc un décalage. Petite Poucette est l’héroïne du monde contemporain.

Vous vous dites fils d’Hiroshima…

Michel Serres. Oui, car ma question, plus jeune, était : jusqu’où la science peut-elle aller ? Déontologiquement… Il fallait créer une éthique des sciences. C’est moi qui l’ai fondée. Aujourd’hui, il y a des comités d’éthique partout. Les meilleures innovations tiennent toujours compte du passé et de la tradition. Petite Poucette n’est que la résultante des deux premières révolutions citées plus haut.

Vous êtes pour le métissage et la multitude. Et vous dites que les jeunes ne sont pas apolitiques mais politisés différemment, à leur façon…

Michel Serres. Depuis trente ans, il y a un nouvel amphithéâtre mondial. Un amphi mélangé. N’oubliez pas que j’enseigne à la Sorbonne également. Sont arrivés à mes cours, non plus des Français seulement, mais des Allemands, des Américains et aussi des gens d’Europe de l’Est et de l’Afrique du Nord, etc. Tout à coup, mon amphi français est devenu multiculturel. Même chose à Stanford, aux États-Unis, avec un métissage plutôt du côté de l’Asie. J’ai assisté à des mélanges. C’est ce qui se passe sur Internet et dans le monde.

Comment voyez-vous le monde actuel ?

Michel Serres. Tel qu’il est… Fou et merveilleux. La vraie révolution, c’est le célèbre tableau de Michel-Ange sur la création du monde (le doigt de Dieu s’approchant de celui de l’homme – NDLR). Ce nouveau monde arrive par les doigts… de Petite Poucette, mais aussi par le codage – c’est d’ailleurs la couverture de mon livre.

On a l’impression que le monde moderne accélère de manière exponentielle, 
de plus en plus vite…

Michel Serres. Comme des marées, il y a des hauts et des bas. La marée des trentenaires pousse la génération d’avant : ils envahissent toutes les couches de la société, avec leur nouvelle manière d’appréhender le monde. Ils sont dans le marché du travail et les DRH ont du mal à les comprendre. Mais ce n’est pas une lutte de générations, c’est une rupture historique. Les nouvelles vagues qui vont arriver ont « main tenant en main le monde ». Qui pouvait dire ça autrefois ? Le richissime. L’empereur, l’homme de pouvoir. Or, maintenant, il y a 3 milliards 750 millions de Petites Poucettes qui sentent tenir en main ce monde.

N’oublions pas la grande partie de l’humanité qui n’a pas encore accès à l’eau…

Michel Serres. Bien sûr, mais les enfants de Calcutta apprennent à lire sur ordinateur ! La science, c’est ce que papa apprend à Petite Poucette. La technologie, c’est ce que Petite Poucette apprend à son papa.

Votre livre a eu un succès d’estime 
et fait grincer pas mal de dents…

Michel Serres. Oui, les vieux ronchons, comme je les appelle, sont inquiets. Ils ont peur parce qu’ils ne comprennent pas ce qui se passe.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

Michel Serres. À une sorte de suite à Petite Poucette. Vous savez, les cordonniers font toujours des chaussures…

Le philosophe des sciences. Né le 1er septembre 1930 à Agen (Lot-et-Garonne), 
fils de marinier, Michel Serres entre à l’École navale 
de Brest en 1949, puis l’École normale de la rue d’Ulm en 1952, où il obtient l’agrégation de philosophie, 
en 1955. En 1968, il obtient un doctorat de lettres. 
Il fréquente le philosophe Michel Foucault, qui enseigne comme lui à Clermont-Ferrand, puis part enseigner 
aux États-Unis (Stanford), tout en enseignant 
à la Sorbonne. Il est l’auteur de nombreux essais philosophiques, dont Temps des crises (éditions 
du Pommier) et Musique (idem), largement salués 
par la presse. Ses chroniques sur France-Info sont très écoutées et il fait le bonheur des plateaux de télévision quand on l’invite pour ses talents de pédagogue
et de vulgarisateur de la philosophie.

  • En vidéo : « Je suis pauvre et je vous emmerde ». Michel Serres à Ce soir ou jamais, sur France 3, le 3 avril 2012

COMMENTAIRE

Jacques Laupies

Si j’ai « piqué » cet interview dans l’Huma c’est qu’il y est dit des chose qui m’intéressent, par une célébrité du monde que l’on appelle parfois « des grands intellectuels ». Comme je le disais à un ami à ne pas confondre avec les OS de la pensée dont nous abreuvent bien des médias !

Evidemment je n’ai aucune prétention à juger ces personnages dont le savoir dépasse mon entendement. Sans être cependant capable d’entrer dans l’analyse de ce philosophe qui fait de temps à autre des apparitions à la télé et dans d’autres médias – je voudrais bien qu’il en fut autant pour Lucien Seve dont le nom est évoqué – je me permettrai de partager sa vision de l’effet que peuvent avoir les nouvelle techniques de communications et en particulier internet.

Par delà les mésaventures où peut entrainer l’usage généralisé (et peut-être abusif) des claviers il faut bien se rendre compte que pour la première fois l’humanité dispose d’un outil d’information et de communication fantastique et que probablement, aussi révolutionnaire soit-elle, l’imprimerie au temps de son invention, n’a pu atteindre. Mais est-ce comparable ?

D’ailleurs internet, redonne à l’écriture ce deuxième bond qualitatif qui suit celui que fut la publication imprimée. Mais nous ne sommes qu’au début des effets de cette extraordinaire révolution technologique qui ne peut, comme effectivement ont pu le dire nombre de marxistes, au sujet de la révolution industrielle, qu’aboutir à une évolution intellectuelle fantastique base essentielle d’un transformation sociale profonde.

Révolution sociale qui ne se fera pas sans l’intervention « concrète » des hommes, et donc sans leur organisation en parti politique, laissant les philosophes à leur réflexion, progressiste ou réactionnaire, en phase avec la science ou l’obscurantisme. Libre donc à eux de réfléchir et d’observer. Ils nous sont utiles, voire indispensables mais ils ne sont qu’un élément dans le processus d’humanisation (au sens ou j’entends la perspective communiste) et ils ne peuvent suffire !

Merci quand même à eux …Et au net !

 

 

 

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Tuons le capitalisme

Posté par jacques LAUPIES le 28 décembre 2012

Rallumer les étoiles

Dites-vous Camarades

De cette mascarade

Je ne vois que des voiles

Couvrant dans une nuit

L’éclairage lunaire

Qui envahit la terre

Quand au ciel rien ne luit

 

J’aurais mieux entendu

Que l’on dise des mots

Qui auraient convenu

A mon esprit falot

Ce que le communisme

Dit à l’humanité

« Pour ta vraie liberté

  Tue le capitalisme »

 

Les barbares ont bâti

Avec du sang d’esclave

Les féodaux ont pris

La sueur du servage

Le bourgeois récupère

L’intellect et les mains

De tous les prolétaires

Qu’il étouffe à deux mains

 

Le poète vit seul

Il a des mots pour lui

Qui seront le linceul

De sa pensée enfouie.

Le peuple c’est le nombre

Il a des mots à lui

Et  lorsqu’il y a pénombre

Son action éblouit

 

Les étoiles la nuit

Nous éclairent si peu

Qu’il nous faut des bougies

Pour que s’ouvrent nos yeux

Que l’on ne parle pas

A coups de métaphore

Pour que naisse la foi

Du peuple qui s’endort

 

Rallumer le regard

De celui qui a faim

Doit se faire sans fard

En ouvrant des chemins

Dans l’urgence il faut dire

Que chacun a son rôle

Et qu’il faut interdire

Que le travail se vole

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Extrait du Bestiaire de Guillaume Apollinaire (nrf-1994)

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Hollande ça ne me fait pas rire !

Posté par jacques LAUPIES le 27 décembre 2012


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2013, rallumons les étoiles par CN-PCF

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Mali : attention au bourbier

Posté par jacques LAUPIES le 26 décembre 2012

Je n’ai évidemment pas tous les éléments pour juger de l’opportunité d’une action militaire. Sauf si elle se fait sous couvert de l’ONU, car seule cette institution malgré ses imperfections peut intervenir, en premier lieu pour éviter qu’un pays sombre dans la guerre civile, en second lieu en cas d’atteinte à son indépendance.

Cela, comme le suggère l’article ci-dessous publié dans l’Humanité, suppose de priviilégier les solutions politiques dont comme chacun le sait les armes ne sont qu’un prolongement en cas d’échec. Ce qui donne souvent au plus fort une légitimité internationale.

Mais est-ce possible de discuter avec les adeptes d’un extrémisme religieux qui s’apparente au fascisme ? Difficile mais comme on le sait, le rapport des forces fait toujours réfléchir les pires  extrêmes.

En tous cas les amener autour d’une table n’est peut-être pas impossible  ? On devrait s’y employer car l’enjeu est de taille !

L’article sélectionné du jour

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Monde –   humanitefr dans POLITIQUE le 26 Décembre 2012

Ce mercredi dans l’Humanité : le douloureux exode des Maliens vers le Niger

Mots clés : onu,           islamistes,           mali,           niger,           sahel,           intervention militaire,           touaregs,           nord mali,      

Plus de 12 000 personnes ont quitté le nord du Mali et se sont réfugiées à Niamey, dans la capitale nigérienne, pour fuir les exactions commises par des groupes islamistes qui se sont installés dans leur région. Reportage de notre envoyée spéciale. Pour Maurice Ulrich, qui signe l’édito du jour : « On peut s’interroger sur la lecture que fait la France de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU ».

Les témoignages que nous publions dressent un tableau effarant de la  situation au nord du Mali. Les groupes armés qui ont pris le pouvoir  violent, rançonnent, mutilent, détruisent en se réclamant d’une  caricature monstrueuse de l’islam. Comment ne pas comprendre ces jeunes  Maliens contraints de fuir leur pays mais qui n’ont qu’une idée, y  retourner pour en finir, par les armes, avec cette barbarie. On comprend  de même l’inquiétude et le sentiment d’urgence absolue du député  touareg Bajan Ag Hamatou, et particulièrement en ce qui concerne le  recrutement des jeunes Maliens, par force ou par corruption, par le  Mujao (Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest). Il  faut mettre un terme à cette situation, dont on peut rappeler qu’elle  est une des conséquences de l’intervention franco-anglaise en Libye.

La résolution adoptée jeudi dernier par le Conseil de sécurité de  l’ONU, à l’unanimité, valide le principe de l’envoi d’une force  africaine, baptisée Afisma, au nord du Mali, et émanant de la Cedeao (la  Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest). Mais, et ce  n’est pas une figure de style, la même résolution précise bien qu’il ne  s’agit que d’une option en dernier recours. En revanche, elle insiste  toujours sur la recherche d’une solution politique, passant par des  accords entre Bamako et les groupes islamistes ou touareg, désormais en  conflit entre eux, assortis de leur renoncement au terrorisme.

On peut trouver cette perspective insatisfaisante, mais on peut  s’interroger sur la lecture par la France et par la voix du ministre de  la Défense, Jean-Yves Le Drian, de cette position du Conseil de  sécurité, dont la France fait pourtant partie. Dans une interview  publiée par la Croix, ce dernier déclare non seulement que  l’intervention militaire pourrait avoir lieu dans les prochains mois,  mais aussi que « pour l’instant, il n’y a pas de solution politique ».  En d’autres termes, le choix de la France semble fait, qui annule même,  de fait, la recherche de toute solution politique, quand bien même elle  n’existerait pas « pour l’instant ».

Mais il y a plus. Car quoi que l’on ait dit, la France serait bel et  bien partie prenante de l’opération militaire, au-delà d’un simple rôle  de conseil et de coordination. 400 hommes des forces spéciales  françaises viendraient s’ajouter aux 3 300 hommes annoncés de la force  africaine. C’est dire que se rejoue ici un scénario déjà éprouvé où la  France, sous couvert de l’ONU, entend gérer à sa main les affaires  africaines. On peut se demander d’ailleurs si l’obtention d’un feu vert  n’était pas l’un des buts officieux du voyage de François Hollande à  Alger si l’on remarque que l’Algérie, jusqu’alors réticente à toute  intervention, a approuvé sans plus attendre la résolution de l’ONU, dont  le président avait pu présenter sa version.

Déjà, dans une déclaration commune, dix ONG engagées sur le terrain  mettent en garde sur une telle opération qui aurait, selon elles « de  graves conséquences humanitaires ». Elles insistent sur la recherche  d’une solution politique. Comment ne pas s’interroger en effet, et  l’Afghanistan devrait nous y aider, sur les risques d’une telle  opération ? Tout autre chose serait d’aider le Mali à reprendre la main  sur tout son territoire, avec ses propres forces, combattantes et  démocratiques, avec la légitimité de l’État. Les jeunes qui témoignent  ci-contre y sont prêts à l’évidence et sans doute aussi les forces  sociales et politiques qui, au Mali, sont opposées à l’aventure.

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Révoltes armées

Posté par jacques LAUPIES le 25 décembre 2012

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Monde –   humanitefr dans POLITIQUE le 24 Décembre 2012

 

Les Zapatistes réapparaissent?

Mots clés : mexique,           zapatistes mexique,           Sous-commandant Marcos,           armée zapatiste,      

 

Les chiens de garde s’esbaudissent… Les Zapatistes, comme la Vierge Marie, sont réapparus! En plus d’être au service de leur maître, ces mercenaires du papier et de l’image n’y connaissent rien. Depuis plusieurs années, l’EZLN, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale, et le sous-commandant Marcos, volontairement, se taisaient. Il y a des silences plus bruyant que le vacarme.

Les Zapatistes se sont « repliés » sur leurs communautés (les « caracoles ») dotées de « juntes de bon gouvernement ». Dans ces espaces autogérés, ils mettent en place des relations sociales nouvelles, des logiques solidaires, des modèles alternatifs, loin des lois iniques du marché. Et nous aurions beaucoup à y apprendre.

Le 21 décembre, 40 000 Indiens zapatistes venus de la forêt lacandonne, des Hauts du Chiapas, de la Zone Nord, ont manifesté silencieusement dans les rues de San Cristobal de las Casas, Palenque, Ocosingo… et en ont occupé les places centrales. C’était la mobilisation la plus importante depuis le soulèvement zapatiste du 1 janvier 1994. C’est que malgré les pseudo-accords, sur le fond, rien n’est réglé. L’assassinat de 45 Indiens tzotzils à Actéal, il y a 15 ans, reste impuni.

Plus de 10 millions d’Indiens vivent dans de conditions de misère épouvantable. Les « Accords de San Andrés », qui marquaient une avancée dans la conquête des droits, sont restés lettre morte. La nouvelle « irruption » pacifique de l’EZLN met toutes les grandes forces politiques au pied du mur. Ces dernières se fichent du Chiapas comme de leurs premières chaussettes; seuls quelques élus et militants du PRD, et les militants du nouveau parti de gauche (scission du PRD) dirigé par Lopez Obrador (Morena), et au sein duquel militent des intellectuels comme Paco Ignacio Taibo II, soutiennent le mouvement. Il faut entendre ce « Basta ya » : huit Indiens sur dix vivent dans l’indigence, tandis que les ressources naturelles de leurs territoires sont pillées par des compagnies minières privées et étrangères.

L’EZLN a publié ce 21 décembre un communiqué-poème dans lequel elle invite à entendre les revendications des nations indiennes. Le sous-commandant Marcos, lui, n’est pas réapparu.

COMMENTAIRE

 

 

Je connais un peu le Chiapas. Juste pour l’avoir traversé avec des touristes que j’accompagnais. donc je ne connais pour ainsi dire rien, comme la plupart de ces touristes qui traversent ce pays et vont d’hôtels 4 étoiles en hôtels 5 étoiles. Mais je me souviens très bien de celui de San Cristobal de las Casas lequel justement était iun bon deux étoiles avec un cachet que d’aucuns qualifieraient de colonial.

Cette ville en plein coeur du Chiapas visitée brièvement en fin d’un après-midi, aura marqué l’une des plus belles rencontres que j’ai pu faire dans ma vie. De ces rencontres desquelles on voudrait recueillir l’amitié, un amour partagé, recherché, inespéré. Hélas il s’avère que ces rencontres nous mettent en présence d’une dure réalité : l’énorme décalage economique qui existe entre riches et pauvres et le positionnement qu’a le touriste étranger dans la plupart des cas : la position du riche – même s’il ne l’est pas – lui est octroyée et celle du pauvre, même si n’est pas chez lui véritablement son état est accordée à l’autochtone.

De ce décalage peut naître me meilleur comme le pire. Le charme indiscutable d’un certain exotisme à double sens que j’ai pu ressentir dans ce type de rencontre est contrarié par la limite qu’imposent  des modes de vie auxquels nous somme attachés et avec lesquel nous, citoyens de pays développés avons peur de rompre. Pas seulement pour préserver notre confort matériel mais également affectif.

Pour être allé plusieurs fois au Mexique, particulièrement dans le Tabasco, j’ai pu constater peut-être même découvrir, que la conduite des luttes populaires qui s’y déroulaient se heurtaient en bien des points aux mêmes écueils que partout ailleurs : soumission aux ordres établis jusqu’à des limites incroyablement reculées, que partout l’effet de délinquance fait diversion et justifie la répression, que l’éducation révolutionnaire est souvent atténuée par les pratiques religieuses (pas toujours cependant en Amérique du Sud) que les systèmes d’exploitation savent mettre en concurrence les prolétariats, etc.

Qui de nous ne dit pas : « j’ai presque rien mais je suis matériellement immensément riche par rappport à cette famille de quelque part en Afrique, en Asie ou dans quelque pays d’Amérique latine. Au Chiapas par exemple où vivent ces indiens oubliés de l’état auquel ils sont censés appartenir ?

Qui de nous ne dit pas également : « je suis un modeste salarié ou retraité et il y a autour de moi des enfants pauvres, privés de l’essentiel pour parfois se nourrir convenablement et sont soumis aux aléas d’un éducation et d’une école qui ne corrige que légèrement les inégalités criantes, exaspérantes, à l’entrée du  21eme siècle dans la société française ? »

Cet affichage de la pauvreté, présentée aux quatre coins du monde et chez nous par les médias, nous interpelle. Une véritable giffle nous est donnée même si nous connaissons les raisons profondes de cette inégalité subie, géographiques, historiques, économiques et finalement politiques.

Alors ? Que des peuples exaspérés recourent aux armes pour combattre le mépris qu’on leur accorde face à leur misère, devient parfois une exigence. Toute la question est de savoir sur quoi peut déboucher cette révolte et à qui elle va profiter ? Les populations d’Amérique du Sud, ou Centrale, et pour ce qui le concerne celles du Mexique ont évidemment une évolution et une histoire bien différente de celle des autres continents.

Toutes proportions gardées, eu égard à notre propre développement nous connaissons des extrêmes de pauvreté tout aussi inquiétants alors que nous incarnons ailleurs des sociétés riches. Nos soumissions, nos indifférences envers ceux qui souffrent n’alimentent-elles pas une corruption institutionnelle ?

Et si notre révolution à faire devenait institutionnelle elle aussi ? Un exemple qui pourrait vraiment intéresser les cinq continents et éviter peut-être le choix des armes !

 

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Près de Téapa, exploitation et emballage des bananes de la société "Prémium"

 

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Et le nouvel arrivant construisit des églises. Fort belles d'ailleurs...

 

 

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Au Mexique on se déplace bien en autobus

 

 

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Algérie : commentaire de l’article qui suit paru dans l’Humanité

Posté par jacques LAUPIES le 24 décembre 2012

J’ai déjà donné mon point de vue sur le voyage de Hollande en Algérie. Sur le plan politique (mais qu’est ce qui n’est pas politique ?)

Le chef de l’état français  a bien évidemment voulu ménager la chèvre et le chou, autrement dit le gouvernement algérien qui n’en loupe pas une lorsque cela l’arrange de spéculer sur le sentiment nationaliste de son peuple et la droite française. Une droite, soit politicarde, soit extrême, ou les deux à la fois, qui attise et exploite les difficultés rencontrées par les français les dressant contre la gauche en utilisant  les vieux réflexes racistes et xénophobes.

En fait comme le PS le fait d’une manière générale à vouloir contenter tout le monde il le mécontente !

A ce jeu là on n’est certes pas sorti de l’auberge, mais comme je crois l’avoir indiqué il n’est pas bon, à mon sens, de radicaliser les choses. Les deux gestes consistant à reconnaitre les massacres des Algériens dans la capitale et l’assassinat de Maurice Audin, ne sont pas des faits négligeables.

De là, en contre partie, à laisser idôlatrer Bigeard, sans rien dire,  il y a un pas que je ne franchirai pas. J’ai entendu autrefois  le langage  de ces officiers qui ne révaient que de casser du « bougnoul » et j’ai même vu, étant, fort heureusement pour moi, en un lieu sans le feu des armes, de simples troufions, pendant des manoeuvres, déballer leur haine et pointant symboliquement leur arme sur les paysans qui travaillaient leur champ. Nul doute que ces gars, qui ont peut-être laissé leur peau en Algérie par la suite, ont pu participer volontiers à des exactions.

Nul doute que dans le camp des combattants algériens des haines extrêmes ont conduit à des comportements inexcusables. Mais dans les guerres que des politiques ont mis au point et encouragé,  eux-mêmes manipulés ou guidés par des intérêts de classe, il n’est plus le temps d’exiger que tout se passe selon le rite des duels nobles et loyaux.

Hypocrites ceux qui croient en cela !

Les gens du FN, dont tous ne connaissent pas l’histoire de la guerre d’Algérie, jouent avec ce sentiment de la violence partagée et s’efforcent bien entendu de rendre sympathique les harkis collabos du colonialisme et d’anciens OAS. A nous de mettre leurs électeurs en garde !

Pour ce qui est des problèmes économiques, je ne vois pas de raisons, y compris avec nos entreprises libérales, et en particulier Renault, de ne pas construire une usine de montage ou autres en Algérie, un pays qui doit pouvoir répondre à la demande intérieure tant de produits manufacturés de main-d’oeuvre. Que cette usine ne soit pas aussi compétitive que celle installée au Maroc est certes préoccupant mais à mon sens pour l’instant pas le problème essentiel.

Donc aller en Algérie comme le dit l’auteur de l’article pour « faire du business » est dans le contexte actuel tout à fait acceptable et même souhaitable.

L’Algérie, pays riche en matières premières, dont le pétrole, a besoin d’une solide infrastructure insdustrielle et dans notre intérêt comme dans celui des Algériens nous devons aider et coopérer !

C’est aussi simple que cela et les jeunes algériens auront plus à y gagner que de rêver venir travailler et faire fortune en France. Quant aux jeunes français que ne pouraient-ils pas apporter si nos deux pays voyaient l’avenir ensemble riches de leur communauté  méditerranéenne et, ce qui n’est pas négligeable de connaissance de langue et de culture réciproque ?

Algérie : commentaire de l'article qui suit paru dans l'Humanité dans POLITIQUE hollandealgerie

-   humanitefr dans POLITIQUE le 23 Décembre 2012

 

Hollande en Algérie, la page est loin d’être tournée ? (Analyse)

Mots clés : algérie,           François Hollande,           guerre d’algérie,           maurice audin,           abdelaziz bouteflika,           josette audin,      

 

Alger, envoyé spécial. Si du côté du pouvoir algérien, c’est la satisfaction, côté acteurs de la société civile et politique, critiques et interrogations ne manquent pas que ce soit sur le passé colonial ou sur l’accord avec Renault.

Après la visite de François Hollande, l’Algérie et la France ont-elles mis fin à 50 ans de rapports crispés du fait d’un passé marqué par le poids de la colonisation et d’une guerre qui a laissé de terribles séquelles, des mémoires blessées ? La question fait débat. « François Hollande a reconnu les crimes de la colonisation, et encore le mot «crime » n’a jamais été prononcé, sans s’excuser. Il nous demande de tourner la page. On veut bien. Certes, nous sommes les enfants de l’indépendance algérienne. Mais quand on voit que l’État français rend hommage à Bigeard le tortionnaire, la moindre des choses c’est que nos dirigeants exigent de Hollande de présenter des excuses. Ils ne l’ont pas fait. On n’est donc pas déçus parce qu’on n’est pas dupes. Hollande est venu pour faire des affaires et il a réussi parce qu’il aime son pays », explique Azwaw, 45 ans, employé à la SNCF algérienne, qui a perdu son bras gauche dans l’explosion d’une grenade durant le soulèvement populaire d’octobre 1988 à Alger !

L’argent de l’Algérie attire les occidentaux

Place du 1er mai, à Belcourt, Kader, 30 ans,  et ses copains ne sont pas allés place Audin quand Hollande a marqué un temps d’arrêt pour rendre hommage au militant communiste. « C’est bien ce qu’il a fait. Mais il y a ces milliers de jeunes disparus durant la bataille d’Alger, qu’est-ce
qu’il en fait ? En regardant les télés françaises, il a dit qu’il parlerait des harkis. Ok ! Mais, écrivez-le : pas question que les harkis reviennent comme si de rien n’était. Ils ont choisi leur camp. Pour le reste, on est prêt à pardonner. Les enfants de harkis ? C’est comme les enfants des terroristes islamistes, ils n’ont pas à payer pour les crimes de leurs parents. Ils sont les bienvenus » explique-t-il. Rachid, 40 ans, cadre administratif, ne semble pas  surpris. La mémoire ? « Hollande a fait un geste. Mais notre malheur, c’est l’argent de l’Algérie qui attire les occidentaux comme la confiture attire les abeilles et les guêpes. Et pour s’offrir un quatrième mandat, Bouteflika, qui a besoin du soutien de la France, est prêt à vendre le Sahara » !

Côté politique, les réactions sont plus contrastées. Sur le contentieux colonial, le chef de l’État français « a eu le discours que tout le monde attendait » a estimé le ministre de l’Intérieur algérien, Dahou Ould Kablia, surnommé « Dok » par certains commentateurs algériens. « C’est un discours qui n’a occulté ni le passé ni l’avenir » a renchéri le chef de la diplomatie algérienne Mourad Medelci ». Hollande a même trouvé grâce auprès de la tonitruante leader du Parti des travailleurs (trotskiste), Louisa Hanoune pour qui François Hollande « a reconnu les méfaits du colonialisme, l’injustice du système colonial. Il les a nommés ».

Et les excuses !

Seuls bémols, Saïd Bouhadja, dirigeant du FLN, qui a estimé  que « le peuple algérien s’attendait beaucoup plus à des excuses, pas à des déclarations partielles » ou encore Ahmed Batache, chef du groupe parlementaire du Front des forces socialistes (FFS, socialiste), cité par El Watan assurant « quand le pouvoir français demande à la Turquie de reconnaitre les crimes qu’elle avait commis contre les Arméniens, le peuple algérien est lui aussi dans son droit de demander à la France non seulement de reconnaître ses crimes mais aussi des excuses ». Et pour des raisons diamétralement opposés, les islamistes, surtout leurs sites, ont convoqué – pour les besoins de la cause – le million de martyrs tombés durant la guerre d’indépendance algérienne, font feu de tout bois contre cette visite et le fait qu’Hollande a fait des affaires sans faire « acte de repentance pour les crimes commis par son pays » !

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Signe des temps, en dépit de l’accueil populaire réservé à François Hollande, les algériens agitant des drapeaux français se comptaient sur les doigts d’une main. Place Audin, il n’y avait qu’une seule personne brandissant l’emblème français. A Tlemcen, les gens ont refusé les drapeaux de l’ancienne puissance coloniale proposés par des employés de la municipalité. « S’il avait fait des excuses, au lieu de choisir ses mots pour ne pas heurter la droite française, les Algériens n’auraient pas hésité un instant à brandir l’emblème français » affirme Fayçal, militant associatif.

Pour résumer, « ce n’est pas tout à fait une page dans les relations franco-algériennes qui se tourne mais prosaïquement une nouvelle partition musicale qui s’écrit » commente Boubekeur Hamidechi, le chroniqueur du Soir d’Algérie. Pour lui « grâce à cette sortie sur l’impasse mémorielle, il (Hollande) peut justement demander à ses interlocuteurs algériens de passer à autre chose. Celle pour laquelle il a choisi de donner la priorité diplomatique de son voyage : le business ».

Renault, un contrat très politique

Et sur ce plan, notamment concernant la signature de quatre contrats, les interrogations et critiques ne manquent pas. L’accord sur l’installation d’une usine d’assemblage Renault en Algérie est celui qui suscite le plus de questions. Dans un article publié par des quotidiens algériens, l’économiste Abdrehamanne Mebtoul s’est montré plus que réservé. L’usine Renault qui sera construite à Oran revient plus cher que celle installée à Tanger pour un coût d’investissement équivalent, soit un peu plus d’un milliard d’euros. En termes de niveau d’emplois ou de productivité, elle est bien inférieure à sa sœur marocaine. L’usine de Tanger produira à termes 400 000 véhicules de gammes différentes par an dès 2013, alors que celle d’Oran, détenue à 51% par l’État algérien, n’en produira que 70 000 unités d’un seul modèle, avec quasiment un effectif de salariés équivalent. Qui plus est, Renault a obtenu qu’aucun autre constructeur ne s’installe en Algérie durant trois ans. Et le fait que Wolkswagen ait été écarté au profit de Renault fait dire à beaucoup d’algériens que le contrat obtenu par Renault  est plus de nature politique que commerciale.

  • Lire aussi :

Pour l’écrivain Anouar Benmalek : « Alger et Paris, des partenaires essentiels »
Josette Audin: Hollande a dit « le minimum du minimum »
Colonisation, guerre d’Algérie, Hollande tente de remplir son « devoir de vérité » à Alger

Hassane Zerrouky

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Et si la vraie révolution avait lieu ?

Posté par jacques LAUPIES le 22 décembre 2012

 

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 COMMENTAIRE PREALABLE

L’article ci-dessous repris dans l’humanité est bref mais en deux mots il dit ce qu’il faut dire sur les révolutions arabes. Il met en évidence que l’islamisme récupéré, ou même soutenu, pour discréditer ces révolutions, n’est pas la bonne réponse aux espoirs des peuples et se heurte à des forces progresssistes. Des forces au sein desquelles les travailleurs et les luttes qu’ils ont menées peuvent jouer un rôle déterminant.

Ce qui est en cause ce ne sont pas seulement  les acteurs religieux intégristes mais au delà les classes dominantes qui tentent de les utiliser et dont les attaches au libéralisme sont évidentes dans ces pays ou, comme ailleurs, la lutte des classes est une réalité.

A suivre

-   humanitefr dans POLITIQUE le 10 Décembre 2012

Analyse : Au Caire et à Tunis, les islamistes contre la colère populaire

Mots clés : tunisie,           egypte,           révolutions arabes,           grèves,           manifestations,           islamistes,           mosquées,      

A ceux qui expliquaient un peu doctement et avec beaucoup de morgue que les pays des « printemps arabes » devaient nécessairement en passer par une période où les islamistes seraient au pouvoir, viennent de recevoir un démenti cinglant de la part des peuples égyptien et tunisien. Au Caire comme à Tunis et dans les principales de provinces, les manifestations se multiplient.

Elles visent à dénoncer l’attitude de ces islamistes, qu’ils se nomment Frères musulmans ou Ennahda, dont le but premier est d’instaurer leur ordre moral et rigoureux. Une attitude qui se double d’une allégeance sans faille avec l’autre ordre, capitaliste celui-là, où le marchand est roi. Le ressentiment des Egyptiens et des Tunisiens à l’égard de leur pouvoir respectif est alimenté par les espoirs déçus de la révolution face aux difficultés économiques des deux pays et l’impasse politique dans laquelle ils sont plongés, faute d’un compromis sur la future Constitution.

On ne doit pas s’étonner de ce qui se passe. Bien que les médias occidentaux aient fait l’impasse sur les racines des révolutions tunisienne et égyptienne, celles-ci trouvent leur origine dans des mouvements sociaux de grande ampleur que l’on retrouve aujourd’hui. Les jeunes Egyptiens ont ainsi nommé leur organisation « Mouvement du 6 avril », qui ne marque pas la date de la naissance de Facebook mais fait référence aux grèves de 2008, parties de l’industrie textile pour s’étendre à tous les secteurs d’activités. En Tunisie aussi, cette même année 2008 le pouvoir a été ébranlé par la fronde des bassins miniers de Gafsa et Redeyef.

Les islamistes, mieux organisés, profitant du réseau des mosquées et de l’argent des pays du Golfe, avaient su étendre leur popularité malgré la répression. Au lendemain de la chute des despotes – Ben Ali et Moubarak – des élections trop vite organisées leur ont permis de prendre le pouvoir face à des forces laïques et démocratiques, affaiblies par les années de dictature, sans organisation et – malheureusement- divisées. Ils ont cru pouvoir tout se permettre. Le mouvement populaire et social, en Tunisie comme en Egypte, est maintenant sous leurs balcons pour leur dire : « Justice sociale, liberté et démocratie ». Plus qu’un mot d’ordre, une exigence essentielle qui pourrait balayer les Frères musulmans et Ennahda, n’en déplaise aux pays occidentaux qui les ont déjà adoubés !

Pierre Barbancey

 

 

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Mariage en perdition ?

Posté par jacques LAUPIES le 21 décembre 2012

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La beauté ? Cela compte tout de même !

Je m’étais juré de ne plus disserter sur cette question qui envahit les médias. Opposé au mariage tel qu’il existe aujourd’hui pour les hétérosexuels, je ne vois guère d’intérêt à le reproduire sous sa forme homosexuelle ! Sauf évidemment pour établir une égalité…

Je trouve même bien peu cohérent  de fonder cette égalité sur cette institution qu’est le mariage ?

Cela ne veut aucunement dire que je conteste la famille, c’est-à-dire une union qui doit permettre l’épanouissement de chacun dans la liberté de s’aimer selon ses affinités sexuelles, d’avoir et d’élever des enfants avec cet amour, cette protection aussi qui leur est due pour se construire, de pouvoir combiner l’évolution du couple dans sa fusion comme dans sa séparation avec l’exigence de cette protection. Question évoquée dans nombre de débats mais qui remet à l’ordre du jour l’incidence que peut avoir l’homoparentalité sur l’éducation des enfants.

Outre qu’une bonne éducation des enfants passe par des conditions matérielles suffisantes pour les familles et que, de ce point de vue, le déséquilibre est criant d’une famille à l’autre et crée bien plus de traumatisme chez les enfants que la sexualité de leurs parents, on pourrait invoquer la diversité des éducations dont toutes ne sont pas exemplaires, y compris avec les couples hétérosexuels.

 D’ailleurs, et c’est peut-être heureux, l’enfant devenu adolescent les conteste souvent.

Certes l’enfant d’une famille homosexuelle devra affronter le jugement dominant dans encore une trop grande partie de la population.  Mais dès lors que la famille du couple homosexuel sera reconnue ce phénomène de marginalité s’effacera probablement peu à peu.

Quand à l’impact sur le développement de la sexualité de l’enfant, ceux que cela inquiète devraient approfondir les phénomènes qui, depuis fort longtemps, peuvent contribuer chez l’enfant, dans les familles hétérosexuelles,  à l’affirmation d’une homosexualité : les comportements du père et de la mère, dans leurs relations affectives, sexuelles, de pouvoir et autres manifestations psychiques complexes liées à la présence ou l’absence de l’un et de l’autre, lesquels  peuvent avoir des conséquences sur la sexualité du jeune et plus tard de l’adulte.

L’aveuglement ou  l’hypocrisie qui résulte de ces questions dans les familles devrait amener les adversaires du mariage homosexuel, qui intellectualisent le débat,  à plus de discernement et à s’interroger sur les origines de la famille dont la forme  a évolué dans l’espace et dans le temps. Ils se rendraient compte que les différentes constructions de celle-ci sont très variées mais reposent souvent plus sur des rapports économiques et sociaux que sur un soi-disant fait « naturel » de reproduction. Sans pour autant nier les effets que l’instinct de reproduction peut avoir sur les attirances sexuelles et inversement.

Il y a belle lurette, chez les humains,  que la sexualité doit plus à l’évolution et la transformation du cerveau qu’à des instincts « naturels », dont il n’est pas sur d’ailleurs qu’ils soient exempts des influences neurophysiologiques.

Je laisse cela à la réflexion des scientifiques, quelle que soit  leur croyance religieuse ou leur athéisme affirmé qui me paraitrait mieux adaptée à tirer des conclusions. Mais il est vrai que dans ces débats on les entend peu et on leur donne peu la parole.

Par contre je vois, autant que faire se peut, ce qui se passe autour de moi ! Les enfants, et c’est heureux reçoivent beaucoup de l’école dont hélas les moyens ne sont pas toujours à hauteur de sa responsabilité éducative. Ils reçoivent, à l’ère d’internet, un afflux considérable d’informations qui ne sont hélas pas toujours du meilleur goût.

Les sornettes des catéchismes ou de la comtesse de Ségur (que j’ai bien aimées dans mon enfance) ne sont plus de mise et la pornographie est trop souvent, malgré toutes les précautions des parents, un élément de leur initiation qui leur apporte une information plus directe sur l’histoire de la petite graine de papa qui féconde maman.

Reste que les premiers émois sexuels sont soumis à une nécessité et des hasards dont une parenté homosexuelle n’est certainement pas un élément déterminant. De ce point de vue les doctes rétrogrades qui préconisent le besoin absolu de papa et de maman ne se posent guère la question de quel papa et de quelle maman.

Sachant par ailleurs que le mimétisme des enfants peut les conduire à être figés sur l’exemple donné tout autant qu’à vouloir absolument le contester, ou plus simplement dans une synthèse opportuniste des deux attitudes, faire en définitive ce qui les arrange dans le cours de leur vie.

Ce qui n’est pas sans réserver des surprises à ces parents crédules…Et même incrédules !

Evidemment vous l’aurez compris, je serais favorable à la reconnaissance d’une famille construite sur des désirs d’amour, d’amitié de tendresse et d’éducation ouverte envers les enfants, accompagnée quelle que soit sa forme de droits identiques pour toutes.

Une famille à hauteur de ce monde ou les sciences et techniques, les rapports sociaux  fondés sur l’égalité et la coopération, ne devraient plus laisser de place à des vieilleries comme le mariage enfermé dans un concept tellement dépassé, qu’il ne résiste même plus à la société actuelle. Si ce n’est au prix du mensonge ou d’une adaptation tellement transformatrice qu’il n’a finalement que le nom de ce qu’il n’est plus.

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L'amour en cage ? Quelle rigolade !

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