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N’est pas poète qui veut !

Posté par jacques LAUPIES le 31 décembre 2015

 

Que n’ai je entendu cette phrase qui cloue le bec !

Cependant il m’arrive d’avoir envie de lâcher des mots sortant de l’incohérence de mon inconscient  et que vainement j’essaie d’accommoder, de triturer pour les rendre audible et ,sans doute, moins révélateurs de la confusion qu’ils expriment. Cette sale manie que nous avons à dissimuler ce qui est en nous tant les autres en font une arme contre nous !

Evidemment quand on lit Aragon et tant d’autres qui eux savent si bien accommoder, ranger et faire dire aux mots tant de choses que beaucoup savent déjà et n’osent exprimer, on est en quelque sorte diminué, épaté et l’on voudrait avoir ce talent. Et s’il n’est pas universel ce talent, il est sans doute plus répandu qu’on ne le croit.

Mais lorsqu’il émerge d’un esprit, ne serait il pas le fruit d’un hasard ou se rencontrent l’apprentissage précoce permettant à une mystérieuse « génétique »  de développer une accumulation de savoirs et un réel présent assez déterminants pour anticiper et prévenir les autres.

Le poète a cette faculté et c’est en cela qu’il l’est : avoir du plus profond de ses origines et de celle du monde d’où il émerge ce pouvoir, cette force « donnée », acquise et cultivée, pour nous éveiller aux réalités difficilement perceptibles qui lui permette d’oser dire ce que sera demain.

N’est pas poète qui veut c’est sur mais n’est il pas permis d’espérer que plus nombreux seront demain les poètes ?

 

Liberté retrouvée

(pour les profanes : rassurez-vous ce n’est pas d’Aragon)

 

N'est pas poète qui veut ! dans POLITIQUE 905349730_small

Dans le bleu gris du soir qui tombe
Sur champ de blé aux lourds épis
Je sens comme dans une tombe
Se couvrir la vie qui finit

Devant moi un sombre verger
Porte l’or de multiples fruits
Et dans l’ombre de ses allées
Déjà s’installe une vraie nuit

Sous la voûte obscure du ciel
Tout s’éteint tout devient inerte
Seul un généreux arc en ciel
Se manifeste en pure perte

Ici plus rien n’est au sauvage
Et sur ces terres cultivées
Le moindre des petits orages
Devient une calamité

Cependant dans cette nature
Domestiquée par les humains
Je suis tranquille et me rassure
D’y voir de multiples chemins

Soudain miraculeusement
Apparaît derrière un nuage
Un soleil qui comme un enfant
Sourit d’un éclat sans ambages

L’astre dans le soir illumine
Ce jour que je croyais en fin
La plaine change et se ranime
Ouvrant des horizons lointains

D’un olivier au premier plan
J’observe le gris des Alpilles
Au bout d’un pays verdoyant
De forêts de pins qui l’habillent

Je quitte l’immense horizon
Et me tournant à contre jour
Je vois se dresser les maisons
Vers qui j’amorce mon retour

A quoi bon se presser le soir
Quand les hautes herbes de mai
Donnent à notre vie l’espoir
Que peut être viendra l’été

Est-il besoin pour le bonheur
De fuir dans un désert de sable
Quand les sentiers bordés de fleurs
Nous ramènent à l’agréable

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Retrouver Aragon

Posté par jacques LAUPIES le 31 décembre 2015

 

 

Un cahier et un DVD pour retrouver Louis Aragon, un génie face à son siècle

Nicolas Dutent
Mercredi, 16 Décembre, 2015
L’Humanité

 

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Retrouver Aragon dans POLITIQUE

Collage : Mustapha Boutajdine
À l’aube des fêtes, l’Humanité publie un hors-série inédit réunissant le documentaire en deux parties de Sandra Rude, 
le plus long consacré à ce jour à l’immense écrivain, et un supplément de vingt-quatre pages.                                           

« L’air est alcool et le malheur courage / Carreaux cassés l’espoir encore y luit / Et les chansons montent des murs détruits ». L’air est lourd, une musique monstrueuse monte à nos oreilles et, dans ce climat d’épouvante et de brisures, il n’est pas étonnant que le poème Paris, de Louis Aragon, ait été – parmi des vers de Paul Éluard, une pensée de Charles Péguy ou l’Épître de Jean – remis en circulation sur Internet. Dans un autre poème mémorable de l’année 1944, Chant français, le fou d’Elsa n’invoquait-il pas, en dépit « des visages de sourd » qu’arborent les passants, la « commune douceur » du ciel de sa ville majeure ? S’il faut se garder de confondre le contexte particulier de l’Occupation et la violence inédite des récents attentats, force est de constater qu’en temps de détresse les mots ont une dimension cathartique. Ne voit-on pas cependant confirmé le paradoxe irritant faisant qu’ordinairement l’art des poètes est négligé – quoi de plus insolent que le silence ? – mais qu’en de rares occasions, souvent tragiques, on le mobilise pour éclairer la nuit, quelles que soient les menaces qu’elle abrite ?

Louis Aragon est un poète à hauteur d’orages, de ceux qui invitent à « croire au soleil quand tombe l’eau » et dont le souffle porte suffisamment loin pour que les travaux à son sujet ne s’épuisent. Sa vie aussi bien que ses écrits défieront longtemps les commentateurs. La parution de notre Hors-série Aragon l’écriture en majesté à l’aube des fêtes, qui associe un DVD et un magazine de vingt-quatre pages, n’est pas un hasard. L’actualité s’est chargée de nous ramener en terre aragonienne : Philippe Forest, après l’entreprise monumentale de Pierre Juquin, livre son Aragon chez Gallimard. Entre plusieurs saisissantes photographies, des articles divers, un récit relatant la période où Aragon rodait son style à l’Humanité, un entretien avec chacun des biographes est ici reproduit : les intentions sont aussi distinctes que l’expression littéraire.

Les poèmes nous pénètrent, servis par la voix de Daniel Mesguich

Sandra Rude est l’autre regard qui fait résonner cette année la voix de l’immense écrivain français. Son documentaire (deux fois cinquante-deux minutes) Aragon, un écrivain dans le siècle, a été édité pour ce numéro spécial. On pouvait redouter que son producteur inattendu agisse dans le sens d’une lecture aseptisée ou expéditive de cet auteur labyrinthique. L’implication de la réalisatrice, la qualité du montage, la rigueur de l’approche biographique et le choix de nommer Bernard Vasseur conseiller littéraire lèvent nos craintes. La polyphonie qui s’exprime dans ce travail honnête, didactique, nous permet d’affleurer la complexité fascinante du poète. Plusieurs familiers – amoureux et spécialistes – dévoilent l’étendue du continent Aragon. Les poèmes nous pénètrent, servis par la voix de Daniel Mesguich. L’engagement revêt chez Aragon des formes extraordinairement variées et le film ne manque jamais de le souligner.

On entrevoit ainsi comment la liberté a guidé les pas et les mots d’Aragon. En habitant son siècle, ses rêves élevés et ses blessures, le poète a allumé un feu dont le foyer est toujours rougeoyant.

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Super Mélenchon ?

Posté par jacques LAUPIES le 30 décembre 2015

 Je recommande à mes lecteurs de suivre attentivement cette conférence car elle permet un accès au fond de la pensée de Jean Luc Mélenchon qu’aucun adhérent du PCF et électeur ne saurait ignorer, par delà évidemment des talents oratoires et une rhétorique particulièrement fine. Contrairement à ce que tente de faire croire la droite qui l’ignore et veut rendre l’homme grotesque vulgaire et ridicule en prenant appui sur ses réparties face aux journalistes.

Mélenchon manipule fort bien ce que porte la pensée du courant révolutionnaire du socialisme français ce qui en d’autres temps était plutôt l’apanage des dirigeants communistes du moins jusqu’à Georges Marchais. Il y ajoute, ce qui peut-être certes discuté, sa synthèse résultant de références à l’écologie, à Marx notamment.

On ne peut être insensible à son argumentation même si sa stratégie se révèle parfois ambiguë. C’est d’ailleurs cet aspect qui est préoccupant car lorsqu’il assumait les responsabilités premières au sein du parti de gauche il n’est pas évident qu’il ait eu une action positive. Est ce à dire qu’il n’était pas tout seul et qu’un parti, qui se constitue à partir de déçus du PS et du PCF  et parfois de militants issus  de la pensée gauchisante, aguerris à un certain anticommunisme, puisse arriver à effacer les nostalgies politiques qui hantent ses composantes ?

Mon expérience m’a prouvé que cela n’était pas le cas. D’où sans doute mes doutes qui naissent sur un rassemblement qui n’obéit à aucune règle et cohérence démocratique et repose sur les initiatives  venues d’en haut quel que soit le niveau de ce « haut » souvent hétéroclite !

 

On s’interroge sur la cause de ce qui freine la démarche entreprise avec le Front de Gauche. A mon sens il ne faut pas chercher ailleurs que dans une alliance qui ne peut se structurer parce que ses composantes sont incapables d’adopter les règles qui s’imposent à tout parti, lequel refuserait de réguler l’expression des tendances qui se manifestent en son sein, pour aboutir à des projets uniques et de les faire évoluer en fonction de l’évolution de la société capitalistes  avec ses contradictions dont certaines sont immuables .

 

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Apres les élections avec Pierre Laurent

Posté par jacques LAUPIES le 29 décembre 2015

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Voeux du pcf

Posté par jacques LAUPIES le 29 décembre 2015

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Corse : encore une manifestation d’une sociéte en crise

Posté par jacques LAUPIES le 29 décembre 2015

 

Je pose la question car j’ai l’impression que sur le continent nombre de citoyens ont une fausse idée de la « culture Corse ».

Bien que soumise, comme toute société aux effets de luttes d’intérêts de classe, de clans, de catégories, j’ai toujours pensé qu’il y avait dans cette ile et partout ou les Corses sont présents et regroupés des comportements particuliers de leur part qui pour moi ont longtemps été assez mystérieux. Ce n’est qu’un ressenti et si je dis cela ce n’est pas pour me lancer dans des considérations assorties de jugement péremptoires

D’autant que, sans doute est ce un heureux hasard, j’ai toujours considéré qu’il y a, au delà des clivages politiques qui évoluent dans un sens selon moi qui est aussi préoccupant que dans d’autres régions, ni plus ni moins, une spécificité qu’il faut déceler.

Une nation est toujours construite, je pense, à l’issue de compromis : compromis de classe, compromis d’identités locales, régionales, de mixages divers de populations, qui intègrent en même temps et en retour les spécificités nationales.

Lorsque j’ai fait mon service militaire je me souviens, imbibé souvent d’idées reçues et de clichés m’être laissé aller à différencier les comportements et ainsi d’avoir découvert parfois même quand je n’avais aucun a priori, de curieuses attitudes  qui me conduisait à juger mes fréquentations, en fonction de leur origine.

Comme quoi ma jeunesse et mon inculture ont pu parfois faire du secondaire un essentiel dont évidemment je ne suis aujourd’hui pas très fier. Sauf tout de même que cela m’aide à comprendre, en ces temps particuliers, les réactions de nombre de personnes qui m’entourent. Sans doute est il un peu tard pour en arriver là. Passer de cette notion qui consiste à différencier systématiquement les individus et les groupes à une notion qui consiste à les mettre sur un pied d’égalité, aussi différents soient ils d’apparence, ne s’improvise pas.

Mais conserver la faculté de prendre en compte ces deux notions pour mieux comprendre les évènements qui secouent les rapports entre individus, entre groupes me parait nécessaire.

 Les conflits qui naissent dans le monde à tous les niveaux sont d’évidence fondés sur des contradictions d’intérêts économiques qui ont engendré à la fois la solidarité entre les hommes d’un ou de plusieurs groupes mais ont provoqué en même temps de terribles affrontements rendus plus vifs et cruels avec l’exploitation de la force de travail. Ainsi se sont perpétrés voire accentués des luttes qui accompagnent une construction de l’humanité dans la douleur.

Il est donc un peu excessif d’attribuer les sentiments de fraternité  et à l’opposé de division, à une nature humaine faite pour les uns de bonté pour les autres de haine.

Si passant du stade animal à celui d’humain nous avons évolué dans un sens ou dans l’autre, les divinités que nous avons inventées n’y sont pas pour grand chose. Tout au plus ont elles servi à accentuer les deux démarches par l’usage que nous en avons fait.

Evoquer tout cela parait anodin et puéril et cependant nous crevons de cette mécanique qui nous éloigne de l’universalité de nos comportements et nous tombons dans le panneau du mal « vivre ensemble » comme le rappelle cette expression à la mode. Cela atteint tous les degrés de l’organisation sociale, de la famille à la nation en passant par tous les regroupements intermédiaires. Ce cancer serait il incurable ? Alors nous allons en crever ! A quoi bon les incantations à l’amour qui pénètrent même le discours politique ou religieux. Pour trouver sa place l’amour a besoin d’une matérialité bien structurée et organisée sinon il est instrumentalisé.

La première des condition pour le bien vivre ensemble est de bien comprendre les mécanismes du système dans lequel nous vivons, de détecter les injustices  que nous subissons, les causes qui les provoquent, sinon les plus beaux sentiments que sont l’amitié, la tendresse et l’amour ne restent que des vœux pieux. Ou des pratiques intimes et souvent cachées.

La situation politique est évoquée par les médias et nombre d’intellectuels avec des mots tels que valeurs qui sont vagues et ne veulent pas dire grand chose. A classer dans l’auberge espagnole de la sémantique.

En fait qu’il s’agisse du problème corse que remet à l’ordre du jour le résultat des élections régionales, de la politique intérieure ou extérieure de la France et de tous ces débats ou conflits qui traversent la planète la question est la même. Ce qui les différencie est la conscience qu’en ont les populations. Cela va d’un esprit de lumière digne de notre siècle avec les apports récents ou actuels de l’idée socialiste à des obscurantismes digne des plus sombres visions idéalistes au sens philosophique du terme (croyances occultes)

Le reste ne me parait que bavardages et littératures, bien qu’évidemment le les crois nécessaires et parfois utiles !

(pas relu car il est tard)

La haine xénophobe défigure l’île de Beauté

Audrey Loussouarn
Lundi, 28 Décembre, 2015
L’Humanité

 

Pendant deux jours, saccages et rassemblements racistes ont secoué un quartier d’Ajaccio après des incidents provoqués par un groupe de voyous jeudi. Le préfet interdit les manifestations jusqu’au 4 janvier.

Deux jours consécutifs de haine et de relents xénophobes qui ont tout d’une tentative d’exécution punitive. C’est avec cette dure réalité que se sont réveillés les habitants d’Ajaccio (Corse-du-Sud), hier matin. Et dans le quartier des Jardins de l’Empereur, où ont eu lieu les exactions, un dispositif pour « sanctuariser » le quartier, composé de 150 CRS et gendarmes, a remplacé les marcheurs, drapeaux corses en main. A priori, les habitants ne les verront plus : le préfet de Corse, Christophe Mirmand, a décidé de prendre dans la nuit de samedi à dimanche un arrêté d’interdiction de manifester dans ce quartier, jusqu’au 4 janvier. Une décision d’interdiction majoritairement saluée. EELV appelle, face à ces manifestations « aux allures de pogrom antimusulman », à ce qu’elle soit « maintenue tant que les risques de débordements existent ».

Car la haine a pris très vite, vendredi soir. Un rassemblement réunissait dans l’après-midi 600 personnes devant la préfecture, pour soutenir deux pompiers et un policier blessés dans la nuit de jeudi à vendredi lors d’un « guet-apens » mené dans le quartier des Jardins de l’Empereur par « de nombreux jeunes encagoulés », selon la préfecture. Un groupe de 250 à 300 personnes s’est alors détaché de la manifestation pour se diriger vers le lieu de l’incident, où vivent quelque 1 700 personnes, avec la ferme intention de se faire justice eux-mêmes. Leur cible : les musulmans. Une salle de prière, à 500 mètres du quartier ciblé, a été saccagée, des exemplaires du Coran ont été partiellement brûlés à grand renfort d’amalgames et d’appels à la haine comme « Arabi fora (les Arabes dehors) » et de « On est chez nous ! ». Un restaurant de kebab a également été attaqué. Les auteurs ? « Il y a des accès de fièvre de la part de personnes, au demeurant simples, qui disent ne pas être voyous. Certes, mais elles sont racistes. La Corse a beaucoup de difficultés et elle n’a pas besoin de cela… », déplore Dominique Bucchini, ex-président PCF de l’Assemblée de Corse et membre de la nouvelle Assemblée.

 

Appel au calme
de Dominique Bucchini

Le quartier, où « la population d’origine étrangère représente la moitié des habitants », est, habituellement, « relativement tranquille », disait hier le préfet à l’AFP. Les propos tenus « pourront donner lieu à des poursuites si leurs auteurs sont identifiés », a-t-il annoncé. Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche), voit en ces actes le reflet d’un « nationalisme exacerbé et (de) la culture de la violence » en Corse et cible l’« ivresse ethniciste » des nationalistes, fraîchement élus à la collectivité territoriale. De leur côté, les fédérations PCF de Corse-du-Sud et de Haute-Corse ont conjointement dénoncé ces « représailles antireligieuses » et « manifestations racistes ». Elles insistent sur le « respect des lois de la République » qui reste un principe pour les « agresseurs cagoulés comme pour les “vengeurs” instrumentalisés ». « C’est aux forces de l’ordre, et à elles seules, qu’il revient de traquer les voyous et de les traduire devant les tribunaux », concluent-elles. Même idée chez Dominique Bucchini pour qui « s’il y a quelques individus qui méritent d’être traduits devant la justice, il faut encore laisser la police avoir le temps et les moyens de les retrouver ». En attendant, comme beaucoup, il appelle au calme alors qu’« apparaissent des amalgames qui ne sont pas de mise ». « Notre histoire le prouve, en particulier lorsque les tirailleurs marocains sont venus en 1943 pour nous tirer d’affaire contre le fascisme. Il existe tout un pan de l’histoire de la Corse qui montre que la notion d’accueil est ancrée dans notre tradition. Bon nombre de travailleurs immigrés sont arrivés en Corse et mènent depuis une vie calme. Qu’ils croient en dieu ou pas… le problème n’est pas là », ajoute-t-il.

 

Deux jeunes suspects 
placés en garde à vue

Samedi, nombreux étaient les gendarmes mobiles et CRS qui veillaient aux abords de la deuxième journée de rassemblement. Au cas où un nouveau débordement aurait lieu. Sous leurs yeux, les messages de haine pullulaient toujours : « Ils sont tous les mêmes, des terroristes. Nous, on ne veut pas du Bataclan ici, le Bataclan c’est nous qui allons leur faire ! » lançait un manifestant au micro de France Info. « À la suite de ces événements et alors que partout en France l’état d’urgence est en vigueur, il est incompréhensible que des personnes manifestent à Ajaccio en proférant des propos racistes et xénophobes alors que, lors de la COP21, des militants écologistes ont été arrêtés et pour certains d’entre eux assignés à résidence, pour des raisons prétendues attentatoires à l’ordre public », souligne le Parti communiste dans un communiqué. Hier soir, un groupe, simplement bloqué par les forces de l’ordre à l’entrée du quartier, manifestait toujours sa haine, pendant qu’en parallèle deux jeunes suspectés d’être impliqués dans l’incident déclencheur de jeudi ont été placés en garde à vue…

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Je commenterai plus tard : y a trop à dire sur le sujet

Posté par jacques LAUPIES le 28 décembre 2015

 

Roland Gori : « Le néolibéralisme détruit les biens communs et le lien social depuis 40 ans »

Entretien réalisé par LUCIE FOUGERON de l’Humanite Dimanche
Samedi, 26 Décembre, 2015
Humanité Dimanche

 

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Je commenterai plus tard : y a trop à dire sur le sujet dans POLITIQUE

Photo : PIERRE PYTKOWICZ
Après les attentats de novembre 2015, le psychanalyste et essayiste* revient sur la nature des groupes terroristes et pose les jalons d’une réponse à une crise de civilisation qui suppose de repenser totalement le monde.
HD. De quoi les groupes terroristes qui ont mené notamment les attentats de novembre en France se nourrissent-ils ?
ROLAND GORI. Ils émergent de la niche écologique d’une crise de civilisation qui s’est développée dès lors que les démocraties libérales ont voulu imposer ce que Pierre Bourdieu a appelé un faux universel, c’est-à-dire une raison du monde qui repose essentiellement sur le droit et les affaires. La prétention de rétablir par la tyrannie et la terreur des valeurs intégristes en matière de religion et de famille correspond à ce que la rationalité, que j’appelle « pratico-formelle » – la raison du droit et celle des affaires –, a laissé de côté : les valeurs traditionnelles de la morale et de la religion. Elles constituent le fonds de commerce d’une propagande à même d’appâter les individus les plus « désaffiliés » de notre société. La précarisation, la prolétarisation des vies, associées à une perte des valeurs, permet à ces mouvements de proposer un « sens », une sorte de prothèse à leur existence et d’esthétiser la mort. C’est frappant de voir comment aujourd’hui plus que jamais ces mouvements qui se veulent religieux, donc en révolte et en réaction contre les logiques de marché et de la technique, se sont euxmêmes saisis des armes (Internet, réseaux sociaux, mise en spectacle des meurtres…) des adversaires qui ont participé à leur enfantement. Cela aboutit à une sorte d’accouplement entre le théofascisme et ce que j’ai appelé le technofascisme. On peut dire de ces mouvements ce qu’Hannah Arendt disait des nazis : ils ont emprunté à la mafia américaine leurs méthodes de terreur et à la publicité hollywoodienne leurs techniques de propagande.
 
HD. Comment ces mouvements proposent-ils une autre façon, concurrente, de « faire société » ?
R. G. La désaffiliation propre à uneconception néolibérale du sujet humain comme individu autoentrepreneur de lui-même a abouti à une pulvérisation des collectifs et une atomisation des relations sociales, créant un besoin de nouvelles formes d’affiliation qui peuvent s’exprimer par différentes manières de faire et d’être ­ par le besoin de partager et d’inventer autre chose, mais aussi au moyen de ces entreprises terroristes qui proposent la fraternité par le meurtre et la soumission à mort. Les humains cherchent un sens, une cohérence à leur existence, et sont donc d’autant plus exposés à la prise des idéologies ­ on l’a vu dans l’histoire contemporaine ­ qu’ils sont dénutris de mythes et de religions.
Désespérés et affamés de nouvelles valeurs, ils sont susceptibles d’être attirés par des prédateurs qui les invitent à faire corps avec le groupe à partir de valeurs partagées. Comme le faisaient les Jeunesses hitlériennes, ces groupes terroristes offrent un salaire, une panoplie, des femmes, la jouissance de la cruauté, la vengeance des humiliations vécues et héritées et la possibilité pour un individu atomisé de s’enraciner dans un parti ou une secte de masse.
 
HD. Dans cette logique, la terreur constituerait une forme alternative de gouvernement politique face à la déliquescence de nos institutions…
R. G. Comme l’a écrit Montesquieu,toute forme de gouvernement politique s’accompagne de formes d’éducation et de transmission qui reposent sur des valeurs. Si la République repose sur la vertu, l’aristocratie sur l’honneur, le propre de la tyrannie est de reposer sur la terreur. Aujourd’hui, ce n’est plus l’honneur qui légitime l’organisation aristocratique de la société, ni malheureusement la vertu qui est la valeur cardinale organisatrice de la République aujourd’hui dégénérée ­ avec comme symptômes la corruption, les affaires, la crise de confiance généralisée dans les institutions et les représentants politiques ­, mais l’intéret et le profit qui régissent le gouvernement.
Et du côté des mouvements extrémistes, c’est un gouvernement articulé sur la terreur, qui va aussi organiser ce mode d’exercice dans tout le champ social. La volonté de faire État est là. À côté de la terreur exercée et mise en spectacle est assurée la distribution des moyens et ressources matériels ­ eau, nourriture, électricité, etc. ­ qui permettent aux « affairistes » de la terreur d’administrer les populations en s’appuyant sur les clans, les autorités traditionnelles.
 
HD. Les États démocratiques ont réagi de manière essentiellement sécuritaire, cela ne risque-t-il pas de constituer une réponse à la terreur et à la haine par la terreur et la guerre ?
R. G. S’il ne s’agit pas de se priverdes dispositifs de sécurité face aux menaces terroristes, il faut montrer que la réponse sécuritaire est dans l’ordre du court terme. Face au radicalisme religieux, il faut être radical, c’est-à-dire, au sens premier, prendre les choses à la racine. Nous avons peut-être perdu de vue que cette liberté que nous considérons comme une habitude est un bien sacré qu’il nous faut construire et défendre.
Or elle n’est pas le résultat « naturel » du commerce ou du droit, elle est une aspiration des humains à s’émanciper et à s’affranchir des servitudes. La liberté libérale a une limite, elle s’arrête en quelque sorte aux portes du politique, alors qu’elle devrait être un plébiscite de tous les jours, une victoire des forces de la concorde sur celles de la discorde.
On le voit très concrètement : les islamistes, notamment dans certains pays du Maghreb, se sont insérés dans des zones de protection sociale désertées par les services traditionnels de l’État, en aidant de diverses manières des populations démunies, qui deviennent progressivement captives de cette protection. Cela doit nous amener à réfléchir à la question des inégalités sociales et à remettre en cause la façon dont l’État s’est dessaisi de services et de fonctions qu’il a externalisés, voire privatisés. Et qui finalement sont tombés dans de « mauvaises mains », affairistes, mafieuses ou extrémistes.
 
HD. À partir de quelles valeurs peut-on envisager une reconquête de la liberté et du lien social ?
R. G. Le fascisme s’impose là où il ya une faillite des idées auxquelles se substitue la coagulation d’opinions. On a laissé de plus en plus désert l’espace du politique, au sens que lui a donné Hannah Arendt : ce qui peut relier les humains entre eux, ce sont des paroles, des actes, des oeuvres.
Quand ces moyens de combler le vide entre les hommes que sont la culture et la politique ne sont plus là, les gens vont se tourner vers l’offre disponible, en l’occurrence les idéologies les plus traditionnelles et radicales, porteuses, en apparence, de ce qui leur manque dans une civilisation néolibérale des moeurs. Avec les réformes néolibérales, les dispositifs qui participaient à la création de l’humain ­ santé, culture, éducation, justice… ­ et à sa vie politique et sociale ne visent plus qu’à l’adapter au désert. Rappelons-nous ce que disait Jaurès : le socialisme est aussi une morale. C’est la perte des valeurs humanistes qui organisaient l’ensemble des activités humaines qui met en faillite le libéralisme. Il en résulte de nouveaux fascismes, dont ces mouvements terroristes. Comme leurs prédécesseurs, ils contiennent cette haine à l’égard des valeurs des Lumières, des valeurs démocratiques, de progrès, de raison ­ tout ce qui est mis en avant dans les racines philosophiques du libéralisme et qui s’est révélé, de par le libéralisme économique, être des valeurs hypocrites. Camus, dans « l’Homme révolté »,écrit : « La philosophie des Lumières aboutit alors à l’Europe du couvre-feu. »
Ces valeurs n’ont pas eu de débouchés sociaux et politiques concrets, et se sont révélées comme n’étant pas fiables. La propagande de Daech ­ à l’instar des discours fasciste et nazi ­ dénonce le caractère purement formel de l’égalité, de la liberté et de la fraternité dans les démocraties libérales.
Ce qu’ils proposent à la place est monstrueux, mais pousse sur les ruines des ambitions morales, politiques et philosophiques des libéralismes.
On ne peut pas se limiter à la recherche de méthodes pour empêcher la radicalisation d’adolescents : cela reste des mesures symptomatiques qui ne traiteront pas l’étiologie (les causes ­ NDLR) de la maladie de civilisation à laquelle répondent, à leur manière, les actuels mouvements terroristes. On ne va pas recréer en quelques semaines ou en quelques mois du lien social pour éviter les attentats. Commençons par reconquérir les territoires désertés par la République. Au-delà de la volonté de rétablir l’autorité de l’État, retisser le lien social doit nous amener à repenser totalement le monde, autrement qu’à partir des valeurs qui, depuis 40 ans, au nom du néolibéralisme, détruisent les biens communs, l’État de protection sociale. C’est aussi cet État social qui faisait sécurité.
Il s’agit aussi de considérer que la peur, partie intégrante de la condition humaine, est générée par le pressentiment, en chacun de nous, que l’évidence des objets, des faits, du sens commun, ne suffit pas, et que, derrière, il y a peut-être un autre monde. Éluard disait : « Il y a un autre monde, mais il est dans celui-ci. » Il y a autre chose en arrière des objets. Or les citoyens ne pourront pas être rassurés et confiants si on ne prend pas en considération cet arrière-monde qui est justement ce dont l’art, la culture, la santé, l’éducation prennent soin. Porter une alternative aux mesures sécuritaires ­ auxquelles en particulier les États-Unis et Israël ont « habitué » leurs populations ­, en recherchant des réponses du côté des valeurs originelles des Lumières européennes, fonder les relations sociales sur d’autres types de valeurs, contribuera fondamentalement à élaborer des mesures de sécurité symbolique, culturelle, éducative.

* Initiateur en 2009 de l’Appel des appels (www. appeldesappels.org), Roland Gori a récemment publié « l’Individu ingouvernable » (éd. Les liens qui libèrent, 2015)

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Message de l’abbé Pierre

Posté par jacques LAUPIES le 28 décembre 2015

 

 

 

Je continuerai à croire, même si tout le monde perd espoir. Je continuerai à aimer, même si les autres distillent la haine. Je continuerai à construire, même si les autres détruisent. Je continuerai à parler de paix, même au milieu d’une guerre. Je continuerai à illuminer, même au milieu de l’obscurité. Je continuerai à semer, même si les autres piétinent la récolte. Et je continuerai à crier, même si les autres se taisent. Et je dessinerai des sourires sur des visages en larmes. Et j’apporterai le soulagement, quand on verra la douleur. Et j’offrirai des motifs de joie là où il n’y a que tristesse. J’inviterai à marcher celui qui a décidé de s’arrêter… Et je tendrai les bras à ceux qui se sentent épuisés.
Abbé Pierre.

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Un pape qui nous parle : « Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait le délicat »

Posté par jacques LAUPIES le 27 décembre 2015

  1. « La Rose et le Réséda »

  • À Gabriel Péri et d’Estienne d’Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru
  •  
  • Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
  • Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats
  • Lequel montait à l’échelle et lequel guettait en bas
  • Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
  • Qu’importe comment s’appelle cette clarté sur leur pas
  • Que l’un fut de la chapelle et l’autre s’y dérobât
  •  Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
  • Tous les deux étaient fidèles des lèvres du cœur des bras
  • Et tous les deux disaient qu’elle vive et qui vivra verra
  • Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
  • Quand les blés sont sous la grêle fou qui fait le délicat
  • Fou qui songe à ses querelles au cœur du commun combat
  •  Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
  • Du haut de la citadelle la sentinelle tira
  • Par deux fois et l’un chancelle l’autre tombe qui mourra
  •  Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
  • Ils sont en prison Lequel a le plus triste grabat
  • Lequel plus que l’autre gèle lequel préfère les rats
  •  Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
  • Un rebelle est un rebelle deux sanglots font un seul glas
  • Et quand vient l’aube cruelle passent de vie à trépas
  •  Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
  • Répétant le nom de celle qu’aucun des deux ne trompa
  • Et leur sang rouge ruisselle même couleur même éclat
  •  Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
  • Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu’il aima
  • Pour qu’à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat
  •  Celui qui croyait au ciel celui qui n’y croyait pas
  • L’un court et l’autre a des ailes de Bretagne ou du Jura
  • Et framboise ou mirabelle le grillon rechantera
  • Dites flûte ou violoncelle le double amour qui brûla
  • L’alouette et l’hirondelle la rose et le réséda

Louis Aragon, mars 1943 (repris dans La Diane française, 1944)

« Faire taire le vacarme des armes »

Eugénie Barbezat avec AFP
Vendredi, 25 Décembre, 2015
Humanite.fr

 

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Un pape qui nous parle :

afp
Dans son traditionnel message de Noël « Urbi et Orbi » (« à la ville et au monde »), adressé de la loggia de la basilique Saint-Pierre à Rome, le pape a délivré un message de paix.
Comme chaque Noël depuis trois ans, François s’est adressé depuis le palais apostolique aux dizaines de milliers de fidèles rassemblés par beau temps sur la place Saint-Pierre. Des millions de catholiques suivaient son message sur les télévisions dans le monde entier.
Le chef de l’Eglise a condamné « les atroces actions terroristes sous les cieux d’Egypte, à Beyrouth, Paris, Bamako et Tunis » et dénoncé le fait que le terrorisme « n’épargne pas le patrimoine historique et culturel de peuples entiers », et a apporté son plein appui aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU qui s’efforcent d’aider au retour de la paix en Syrie et en Libye: « Que l’entente intervenue au sein des Nations unies parvienne le plus tôt possible à faire taire le vacarme des armes en Syrie. Il est aussi urgent que l’accord sur la Libye obtienne le soutien de tous » les protagonistes.
« Là où naît Dieu, naît la paix. Pourtant, même là où est venu au monde le Fils de Dieu fait chair, des tensions et des violences continuent et la paix reste à invoquer et à bâtir », a déploré François, faisant ainsi allusion à la ville palestinienne de Bethléem, en Cisjordanie, où, d’après la tradition chrétienne, la Vierge Marie a donné naissance à Jésus dans une crèche.

« Qu’Israéliens et Palestiniens puissent reprendre un dialogue direct et arriver à une entente qui permette aux deux peuples de vivre en harmonie, dépassant un conflit qui les a longuement opposés, avec de graves répercussions sur toute la région », a exhorté le pontife argentin.  Le pape a également évoqué les conséquences indirectes de ces guerres à travers d’ »abondantes bénédictions pour tous ceux, qui, simples particuliers et Etats, s’emploient avec générosité à secourir et accueillir les nombreux migrants et réfugiés (…), les aidant à s’intégrer« . La veille, lors de la traditionnelle messe de minuit, jeudi 24 décembre Jeudi, le pape avait lancé un appel à « la sobriété »  : « Dans une société souvent éprise de consommation et de plaisir, d’abondance et de luxe, d’apparence et de narcissisme, Dieu nous appelle à un comportement sobre, c’est-à-dire simple, équilibré, cohérent, capable de saisir et de vivre l’essentiel« , a scandé le pape argentin, 79 ans, dans la basilique Saint-Pierre bondée.  » il faut cultiver un fort sens de la justice« , a-t-il ajouté, lors de la messe retransmise aux 1,2 milliard de catholiques dans le monde. Il a aussi exhorté les fidèles à résister à « toute peur et toute frayeur ».

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Hocine Ait Ahmed est décédé.

Posté par jacques LAUPIES le 26 décembre 2015

Cela devait-être en 1955, je me souviens d’une de ces soirées où, succédant à une journée de dur labeur, des travailleurs algériens d’une entreprise sous traitante de la SNCF, effectuant les travaux de voie, se réunissaient (à Montélimar) après le repas du soir pour entendre l’un des leurs, délégués parmi eux pour effectuer un travail de sensibilisation au déclenchement de la lutte d’indépendance en  Algérie.
C’était la première fois que je me trouvais parmi eux, je ne sais d’ailleurs plus ni pour quelles raisons, ni comment cela s’était produit. Par contre je ne pourrais oublier la surprise qui fut la mienne d’entendre pour la première fois quelqu’un qui condamnait , non seulement la politique coloniale de la France mais appelait tous ces ouvriers présents à soutenir un combat de libération nationale.
J’avais dix neuf ans et l’orateur ne devait avoir guère plus.
J’avais pour charge, sur le plan professionnel de surveiller certains chantiers, et d’intervenir modestement pour des préparations de travaux de signalisation, sur la voie ou dans des postes mécaniques appelés à disparaître et à être remplacés par des postes électro-mécaniques.
J’assistais donc aux travaux en parallèle,  particulièrement pénibles, de pose des voies et appareils d’aiguillages, réalisés entre deux passages de circulation. Ce qui impliquait que ces travailleurs algériens déploient de gros efforts dans un temps très court. Ils étaient encadrés pour cela par des chefs d’équipe, généralement des italiens, qui les malmenaient fréquemment dans l’accomplissement  de leur tâche. Je ne me suis jamais trop posé la question pourquoi des italiens ? L’entreprise, du nom de Drouard, était spécialisée dans ces travaux de voie et avait recours à ce type d’encadrement.
Ce n’était pas tant qu’ils accomplissent un travail pénible qui me heurtait mais la façon bestiale dont ils étaient traités. Et cela dans l’indifférence de la plupart des cheminots dont certains d’ailleurs connaissaient ou avaient connu la pénibilité de ce travail.
Ce climat éveillait en moi un premier sentiment de révolte intérieure. Je comprenais d’autant que ces ouvriers venus pour beaucoup de leur bled, sans qualification professionnelle depuis l’autre côté de la méditerranée, puissent se rallier à ces quelques « agitateurs » issus des mouvements qu’évoque l’article ci dessous.
Par ailleurs nous avions entre jeunes ouvriers à peine sortis de l’apprentissage des discussions qui surgissaient entre des jeunes influencés les uns par la JOC, d’autres par les communistes et que les autres courants de pensée, plus ou moins influencés par les gouvernements de centre gauche de l’époque, faisaient les canards ! Comme quoi on pourrait croire que dans un contexte différent de celui d’aujourd’hui l’histoire se répète.
Discussions d’autant plus vives que la guerre d’Algérie s’amorçait et que les rappels de jeunes réservistes à peine sortis d’un service militaire bien long, nous interpellaient. Il est désolant de constater que chaque époque à des regards lucides sur les conflits qui apparaissent, se heurtent minoritairement à des visions complices, complaisantes ou indifférentes. Et que l’on ne s’en souvient généralement pas. Comme disait Einstein : « Les amères leçon du passé doivent-être réapprises sans cesse »
Pourquoi dans ces conditions en vouloir à ceux qui, parmi les plus éclairés, préfèrent fuir les combats et considèrent qu’au bout du compte, puisque l’avenir leur donnera raison, le sacrifice devient inutile. Raisonnement qui ne pouvait être à double sens et mettre sur un pied d’égalité les oppresseurs et les oppressés, piège dans lequel déjà je ne tombais pas.
Le combat contre l’impérialisme colonial qui déjà me semblait légitime allait-il mettre hors la loi ces jeunes français qui allaient être mobilisés dans une guerre qui à fait 30 000 morts parmi eux et des centaines de milliers parmi cette jeunesse algérienne que j’avais eu l’occasion de côtoyer. On dit qu’il y en eut 300 000 et parmi eux la fameuse cinquantaine que le ministre de l’intérieur de l’époque laissa exécuter dans les prisons algériennes, avec zèle disent certains historiens.
Dire que quelques années plus tard je lui serrai la main, évidemment parce que je ne savais pas. Mais que savons nous simple citoyens, avant, pendant et après les guerres ? Celui qui vient de décéder était dans l’autre camp pour une juste cause n’a pas la réputation d’avoir toujours mené un combat loyal, y compris dans la défense de sa bonne cause ! Mais quand la cause est mauvaise la douleur est double !
Nous vivons un temps où très probablement des infamies commises, d’où quelles viennent nous échappent, nous sont dissimulées. Et nous croyons nous que, en faisant  comme ce grand oiseau, tout ira bien !
Erreur, grossière erreur !
Hassane Zerrouky
Jeudi, 24 Décembre, 2015
Humanite.fr

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Hocine Ait Ahmed est décédé. dans POLITIQUE

PHOTO : HOCINE ZAOURAR / AFP
Il était le dernier survivant des neuf chefs historiques du FLN (Front de libération national) qui allaient déclencher la guerre d’indépendance algérienne le 1er novembre 1954

Hocine Ait Ahmed, 89 ans, est décédé mercredi dans un hôpital de Lausanne. Même si son nom ne figurait pas parmi les six membres fondateurs du FLN (M.Boudiaf, Ben Boulaid, Larbi Ben M’Hidi, Krim Belkacem, R.Bitat, M.Didouche) -  il se trouvait alors au Caire avec deux autres chefs historiques, Ben Bella et Mohamed Khider – et était tenu au courant et associé aux préparatifs de l’insurrection algérienne. Titulaire du Bac, ce parfait quadrilingue maitrisait aussi bien le berbère sa langue natale, l’arabe classique que le français et l’anglais.

Né à Ain al-Hammam (ex-Michelet) en Kabylie le 20 août 1926, Ait Ahmed, alors lycéen, adhère en 1942 au Parti du Peuple algérien (PPA, fondé par Messali Hadj). Au sein de ce parti, très implanté en Kabylie et dans l’immigration algérienne, le futur dirigeant du FLN assumera des fonctions dirigeantes dès 1947. C’est d’ailleurs cette année -là, deux ans après les massacres du 8 mai 1945 à Sétif (45 000 morts) que fut fondée l’Organisation spéciale (OS) qui devait préparer la guerre d’indépendance, organisation qui sera démantelée en 1950 et au sein de laquelle Ait Ahmed jouait un rôle prépondérant. Avec Ben Bella il organise même en 1949 le braquage de la banque d’Oran pour se procurer les fonds nécessaires à l’achat d’armes. Suite à cette affaire, l’OS est démantelée. Ben Bella est arrêté et condamné à cinq ans de prison, Ait Ahmed, qui échappe aux arrestations, plonge dans la clandestinité et quitte l’Algérie pour s’installer au Caire en 1952 où il fera partie avec Ben Bella et Khider de la délégation extérieure du PPA qui deviendra en 1954 celle du FLN. Et c’est lui qui, en avril 1955, dirigera la délégation algérienne à la conférence de Bandung qui allait donner naissance au Mouvement des non-alignés fondé par l’égyptien Nasser, l’indonésien Sokarno, l’indien Nehru et le yougoslave Tito.

En 1956, l’avion dans lequel il se trouvait en compagnie de Boudiaf, Ben Bella, Khider et Lacheraf, en partance à Tunis pour une rencontre des leaders maghrébins, est arraisonné par l’armée française et contraint d’atterrir à l’aéroport d’Alger : arrêté avec ses compagnons, Ait Ahmed sera interné jusqu’à la fin de la guerre d’indépendance en 1962. Alors qu’une lutte fratricide se déroulait au sein de l’ALN (Armée de libération nationale), bras armé du FLN – plusieurs dirigeants ont été assassinés, comme Albane Ramande, ont été assassinés entre 1956 et 1960 – Ait Ahmed, contrairement à Ben Bella, se tient à l’écart des luttes entre factions rivales et en appelle à l’unité des rangs du FLN/ALN.

A sa sortie de prison en mars 1962, le FLN est en proie à une crise de de rivalités de pouvoir, avant de se déchirer militairement durant l’été 1962, l’Algérie ayant frôlé une guerre civile si les Algériens n’étaient pas sortis massivement dans les rues aux cris « Sept ans ça suffit » en s’interposant entre les combattants pour faire cesser les affrontements. Ait Ahmed dénonce ceux qui recourent à la violence pour imposer leur point de vue. Le 27 juillet 1962, trois semaines après l’accession de l’Algérie à l’indépendance, il démissionne de toutes les structures de direction du FLN et se tient à l’écart des luttes au sein du parti, évitant dans un premier temps de prendre partie pour les uns ou les autres. Quelques mois plus tard, en septembre 1962, il accepte d’être élu à la première assemblée constituante : «  je suis militant et c’est une Assemblée de patriotes c’est-à-dire des militants comme moi » expliquait-il alors à Jeune Afrique du 1er octobre de la même année. Fidèle à une certaine vision de la politique, qualifiée par lui-même d’« opposition constructive », il dénonce l’interdiction du PCA (parti communiste algérien) et les dérives autoritaires du régime de Ben Bella. Ce qui ne l’empêche pas de soutenir l’autogestion des fermes et des entreprises coloniales, voire de critiquer le pouvoir de Ben Bella qu’il soupçonnait de vouloir liquider « l’autogestion socialiste ».

De ce fait, contrairement à ce qui a été écrit par la suite, Ait Ahmed, comme tous les dirigeants du FLN, n’était pas un partisan du multipartisme. « Leur vision politique n’avait nullement la clarté qu’ils lui donneront après coup (…) ils cherchaient à tâtons leurs voies » écrit à juste titre Mohamed Harbi (L’Algérie et son destin, ed.Medias associés. Alger 1994) avant de souligner plus loin que « tous les dirigeants du FLN entretenaient avec l’idéal démocratique un rapport instrumental ». Ce n’est que plusieurs années après que le fondateur du FFS s’est rallié au pluralisme.

En 1963, il en allait autrement. Ainsi, quand Ait Ahmed s’aperçoit de l’impossibilité de faire évoluer de l’intérieur les institutions, il dénonce le « coup de force institutionnel » de Ben Bella, crée en septembre 1963 le Front des forces socialistes (FFS) et déclenche une lutte armée à partir de la Kabylie pour renverser le régime de Ben Bella soutenu à l’époque par la gauche du FLN et les communistes via Alger républicain.  Mais lâché par le colonel Mohand Ould Hadj qui ordonne à ses hommes de cesser le combat en raison du conflit opposant l’Algérie au Maroc, Ait Ahmed, isolé, est arrêté en 1964, condamné à mort puis gracié, il  quitte l’Algérie pour l’étranger pour un exil qui durera 23 ans. Une période au cours de laquelle, deux chefs historiques du FLN avec qui il était en contact sont assassinés (Mohamed KHider en 1967) à Madrid et Krim Belkacem en Allemagne en 1971. En 1985, s’étant réconcilié avec Ben Bella, ils lancent à partir de Londres un appel commun à l’instauration de la démocratie en Algérie. Deux ans après, son ami Ali Mecili, qui avait pris une part active a cet appel, est assassiné à Paris en 1987.

En  1989 à la faveur de l’instauration du multipartisme suite aux révoltes populaires d’octobre 1988 qui mettaient fin au régime du parti unique, Ait Ahmed retourne en Algérie. Son parti, le FFS, devenu entre-temps membre de l’Internationale socialiste, est légalisé et participe aux premières élections pluralistes du pays en 1990 et 1991.

Opposant irréductible au régime algérien dont il conteste la légitimité, Ait Ahmed fait néanmoins preuve d’un manque de discernement en consacrant toute son énergie à fustiger la politique du Premier ministre réformateur Mouloud Hamrouche alors en butte aux menaces du Front islamique du Salut (FIS), lequel se proposait d’instaurer un Etat islamique basé sur la chariâa et s’était signalé par sa violence envers les femmes qualifiées par son chef Abassi Madani d’« éperviers du colonialisme », par l’interdiction des concerts de musique dont le plus emblématique fut celui de la chanteuse portugaise Linda de Sousa. Et quand l’armée eut mis fin au processus électoral suite à la victoire du FIS au premier tour des élections législatives du 26 décembre 1991, Ait Ahmed, qui avait appelé entre les deux tours à une marche rassemblant plus d’un million de personnes à Alger contre la menace islamiste, se rétracte. Il refuse l’offre des militaires de diriger transitoirement l’Algérie et qualifiera de « coup d’Etat » l’arrêt des élections législatives. Il s’en tiendra à cette ligne durant toutes ces années 90 de tueries et de massacres commis et revendiqués par les islamistes, renvoyant dos à dos le pouvoir et les auteurs des assassinats de journalistes, d’intellectuels et de femmes.

Après l’assassinat du président Boudiaf en juin 1992, Ait Ahmed, qui se définissait comme « un démocrate impénitent », quitte l’Algérie pour la Suisse d’où il continuera à pourfendre le « régime militaire » d’Alger. En 1995, à Rome avec Ben Bella, il signera avec les islamistes du FIS représentés par Annouar Haddam, l’homme qui a revendiqué les meurtres des journalistes et intellectuels, aujourd’hui réfugié  aux Etats-Unis, le « contrat national » en vue d’une « solution politique », et ce, tout en dédouanant au passage le « djihad » du FIS, un parti dont la démarche était qualifié en 1991 (par lui-même) de « fascisme rampant » ! Son compagnonnage avec les islamistes, dont il n’a jamais dénoncé les crimes, durera jusqu’à la fin des années 90. Lors des massacres de civils en 1997-98, il lance un appel à l’intervention internationale en Algérie pour la « protection » du peuple algérien, n’hésitant pas pour ce faire à dénoncer la lâcheté de la communauté internationale envers ce qui se passe en Algérie ! Et de ce fait, sa politique du « non à l’Etat islamique non à l’Etat policier » passe mal au sein de l’opinion algérienne. Et quand en novembre 1995, il appelle au boycott du scrutin  présidentiel qui verra l’élection triomphale de Liamine Zeroual, sans doute la seule élection qui a vu une participation massive des Algériens ayant défié le GIA (Groupe islamique armé) qui promettait « l’urne ou le cercueil », Ait Ahmed fera encore montre d’un manque de discernement. Pour preuve : le FIS, alors allié du FFS,  reconnaissait dans un communiqué la validité du scrutin et demandait l’ouverture de négociations.

De retour en Algérie en 1999, il est candidat à l’élection présidentielle ; à la suite d’un malaise cardiaque, il interrompt sa campagne. Mais il poursuit son combat contre le pouvoir à l’intérieur du Parlement où le FFS représente la quatrième force du pays et à l’extérieur en soutenant les mouvements sociaux, les luttes pour les droits de l’homme et l’amazigh (le berbère) comme langue officielle (elle est reconnue uniquement comme langue nationale). Toutefois, en ce qui concerne la révolte citoyenne en 2001-03 en Kabylie puis dans les Aurès, Ait Ahmed la qualifiera de « produit » fabriqué par les laboratoires des services. Cette vision policière des faits aliénera au FFS des pans entiers de la société civile, notamment en Kabylie. Par centaines, des cadres et des militants quittent le parti, dénoncent l’autoritarisme du « zaim » (guide) qui, à partir de Genève (c’est une singularité de ce parti) dirige le FFS, nomme et défait ses dirigeants.

Les années passant, affaibli par la maladie, Ait Ahmed quitte le 25 mai 2013, la direction du FFS après un règne sans partage de 50 ans. Deux ans plus tard, le 25 janvier dernier, victime d’un AVC, il cesse toute activité. Entre temps, le vieux dirigeant s’est rapproché du pouvoir algérien. Inquiets par la tournure prise par le printemps arabe dans certains pays, la Syrie et la Libye notamment, craignant des menaces sur l’unité du pays, Ait Ahmed et le FFS prônent depuis une démarche fondée sur le plus large consensus, pour sauver l’Algérie des périls qui la menacent, non sans pointer pour la première fois la responsabilité des pays occidentaux. Une démarche soutenue par de nombreux secteurs de la société civile et politique, dont l’ex-Premier ministre Mouloud Hamrouche.

Ait Ahmed aura droit à des obsèques nationales. Comme ces dirigeants historiques qui ont disparu avant lui, il sera pour tous les Algériens ce patriote qui a permis à l’Algérie de se libérer.

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