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La gymnastique du Président : elle peut se comprendre !

Posté par jacques LAUPIES le 20 août 2016

Je n’ai pas par principe l’habitude de donner un point de vue sur le jugement des affaires criminelles. Le laisse le soin à ceux que cela amuse d’approuver ou de rejeter tel ou tel verdict.

Je n’en suis pas pour autant naïf concernant la capacité des magistrats à ne jamais se  tromper, voire à ne pas subir des influences. Mais voilà peut-on aussi aisément que le font les spécialistes des affaires judiciaires (journalistes notamment) se prononcer péremptoirement jusqu’à créer des courants d’opinions mettre en cause des juges. Certitudes et preuves en main  bien sur qu’il est de leur devoir d’informer et pourquoi pas s’engager ! S’ils ne le faisaient pas nous serions en droit de leur reprocher. A condition qu’ils soient à hauteur de la situation. Les deux affaires évoquées ci dessous me paraissent pas de nature aussi simple pour s’ériger en juge !

En ce qui concerne le citoyen lambda il en va autrement car il doit se prononcer sur la foi de ce qui  ont jugé et sur celle de celui qui commente et pire porte un jugement contradictoire avec celui qui a été prononcé. Exercice difficile car l’on a beau appeler au secours sa conscience der classe ou sa conscience tout court, l’erreur est toujours possible.

On reproche à François Hollande dont chacun sait ici que je n’apprécie ni sa politique sociale, ni sa politique internationale, de se livrer fort de son pouvoir qui pèse lourdement sur tout ce qui se fait dans ce pays à des jugements de Salomon qui chacun le sait consisten à partager les torts ?

A vrai dire je pense, n’étant probablement pas seul, que tant que la constitution permet au Président d’exercer un droit de grâce qui consiste, le cas échéant à déjuger la justice, la position est particulièrement emmerdante. Et qu’il serait grand temps qu’on libère de ce fardeau celui qui devient ainsi le premier magistrat du pays dont la position est incompatible avec son pouvoir politique de chef de l’exécutif.

Cela renverrait les bavards sur le sujet à d’autres préoccupations lorsqu’un criminel suscite des réactions plus émotives que de raison dans leur besoin de disserter de tout, parfois sans savoir !

Quand on ne sait pas : mieux vaut la fermer !

 

 

La méthode Hollande, de l’affaire Léonarda au maintien de Jacqueline Sauvage en prison

Gérard Le Puill
Vendredi, 19 Août, 2016

Si  une bonne partie de la presse écrite a traité en « brève » le renoncement de Jacqueline Sauvage à  faire appel  de la décision du Tribunal d’application des peines  de ne pas la libérer, les chaines d’information en continu  en font des tonnes depuis hier après midi  à toutes les heures du jour et de la nuit. Sans pour autant aller à l’essentiel. Cette affaire, qui  résulte de la grâce seulement partielle accordée à Jacqueline Sauvage par François Hollande, nous rappelle aussi l’affaire Léonarda  où le chef de l’Etat s’était  ridiculisé publiquement le 19 octobre 2013.

Il convient de rappeler ici que Jacqueline Sauvage  est une femme  de 68 ans qui a été condamnée à dix ans de prison  pour avoir tué de plusieurs coup de fusil un mari  qui venait   de la battre une fois de plus comme il le faisait depuis 40 ans. Répondant à une demande de  grâce formulée par ses avocats  voilà quelque mois,  François Hollande  lui avait, en février dernier ,  accordé une « grâce partielle », en ce sens qu’elle demeurait susceptible  d’être remise en cause  par un tribunal  d’application des peines.
Le président de la République avait ainsi choisi de ne pas assumer  totalement son droit de grâce alors qu’il en avait la possibilité. Suite à cela,   un avis  négatif avait été rendu  par  la « commission pluridisciplinaire  des mesures de sûreté » où siégeaient notamment le préfet du département  où Jacqueline Sauvage était internée ainsi qu’un bâtonnier. Mais cet avis négatif n’était que consultatif.

On sait enfin que   la procureure de Melun  Béatrice Angelelli  a expliqué le 12 août le rejet  de la grâce présidentielle non assumée par le chef de l’Etat avec les arguments suivants : « l’importante médiatisation  de son affaire rend difficile  une authentique démarche de réflexion pour madame Sauvage, qui est encouragée  à se cantonner   dans un positionnement exclusif de victime».
En ne décidant que  d’une grâce conditionnelle, le chef de l’Etat avait délibérément  choisi  de s’en remettre aux magistrats  concernant  la libération ou non  de Jacqueline Sauvage. C’était moins une grâce présidentielle qu’une proposition   de « synthèse » comme François Hollande en a formulé en permanence à  la tête du Parti socialiste, puis en présence de ses ministres depuis qu’il est président de la République. Est-ce vraiment ainsi que doit fonctionner la grâce présidentielle? Chacun jugera en son âme et conscience. L’une des filles de Jacqueline Sauvage a déclaré à propos du refus de sa mère de formuler un nouveau recours en grâce : «Elle n’en peut plus de se justifier sans arrêt. Elle est épuisée. Elle ne fera plus de demande de libération conditionnelle  et attendra la fin de sa peine ».

Eva Darlan, membre de son comité de soutien  a déclaré : « Elle est fatiguée, elle se fait taper  dessus tout le temps   depuis l’âge de 15 ans, on va l’achever, qu’est  ce qu’ils veulent exactement ? De toute évidence, elle n’aura pas le courage de continuer. Il n’y a plus le choix, c’est la grâce totale où rien ».
Cette affaire dans laquelle est impliqué le chef de l’Etat nous en rappelle une autre. Le 9 octobre 2013 La famille Dibrani – une mère et cinq de ses six enfants-  était interpellée dans un Centre   de demandeurs d’asile du Doubs pour être expulsée vers le Kosovo, pays d’origine du père expulsé la veille  depuis Geispolsheim, dans le Bas Rhin. Une sixième enfant, répondant au prénom de Léonarda,  élève  de troisième dans un collège de Pontarlier,   était interpelée  le même jour que sa mère et les autres enfants alors qu’elle participait à une sortie scolaire en car. Cette interpellation devant les autres élèves  suscita  beaucoup d’émotion et de protestations au delà de milieu scolaire   et de la jeunesse. Manuel Valls  assuma cette décision  comme ministre de l’Intérieur  tandis que de nombreuses voix s’élevèrent, y compris  au Parti  socialiste,  contre le renvoi brutal de la collégienne.
Dix jours plus tard, le 19 octobre, le président de la République intervint en personne  à la télévision pour dire, sur la base d’un rapport de l’IGA, qu’il n’y avait pas eu  de faute de l’administration dans le traitement de cette affaire. Mais il reconnaissait un manque de discernement  concernant l’arrestation de Léonarda. Et le président de la République d’ajouter concernant la gamine de 15 ans : « Si elle le demande, un accueil lui sera réservé et à elle seule ». BFMTV  ayant dépêché un envoyé spécial  auprès de la famille  Dibrani au Kosovo, Léonarda  répliqua quasiment en direct  au chef de l’Etat  qu’elle reviendrait  en France avec sa famille ou pas du tout. Ce qui fit écrire ceci au Monde daté du 20 octobre  que cette affaire s’était « muée en saga  politique qui rappelle le pire des émissions de téléréalité ».

On peut dire aujourd’hui  que François Hollande a récidivé dans le même genre en n’accordant qu’une grâce partielle à  Jacqueline Sauvage. Mais,  dans un livre à paraître  ces jours ci, l’hôte  de l’Elysée évoque  avec les auteurs l’élection présidentielle de 2017 en ces termes : « L’envie je l’ai. C’est mon inclinaison personnelle. Reste la question politique. Je ne ferai pas de choix de candidature si, d’évidence, elle ne pouvait pas se traduire par une possibilité de victoire ».
Mais pour faire quelle politique alors ? « Il y a, dit François Hollande  aux deux auteurs de ce livre(1), une condition pour se représenter : être capable  d’apparaître aux yeux des électeurs  comme nouveau. Donc il faut trouver du neuf. Et ça vaut surtout pour moi  parce que je suis en position de sortant. Si c’est pour dire on a bien travaillé pendant cinq ans et on va faire la même chose cinq ans de plus ça ne marchera pas. Les gens n’en voudront pas. Ils veulent un nouveau temps, une nouvelle période, un nouveau thème».
Voilà bien une manière  de solliciter un nouveau chèque en blanc sans estimer devoir rendre compte  de son bilan. Reste à voir ce que décideront les électeurs en 2017. Ils seront, cette fois, dans  la position  du « juge  d’application des peines». Comme l’était  Béatrice Angelelli  qui a choisi de maintenir Jacqueline Sauvage en prison, le chef de l’Etat  n’ayant pas usé du pouvoir qu’il détenait pour la libérer .

(1) « Conversations privées avec le président » d’Antonin  André et Karim  Rissouli , Albin Michel , 320 pages ,19,50€ 

 

 

Triste et en colère, nous poursuivrons la bataille pour la libération de Jacqueline Sauvage (Laurence Cohen Sénatrice communiste)

Nous déplorons avec force le rejet de la libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage. C’est une très mauvaise nouvelle pour toutes celles et tous ceux qui luttent contre les violences faites aux femmes, pour les victimes quotidiennes.

 Après le calvaire que Jacqueline Sauvage avait enduré avec ses enfants, les coups et les viols, sa condamnation était apparue comme particulièrement injuste.

J’étais intervenue, au Sénat, en sa faveur en tant que parlementaire et au nom du combat que mènent les communistes contre les violences que subissent encore trop de femmes.

Sa libération était très attendue et ce sont aujourd’hui la tristesse et la colère qui nous gagnent.

Avec les associations féministes, les syndicats et les progressistes, nous allons poursuivre la bataille en faveur de la libération de Jacqueline Sauvage et plus globalement contre ce fléau qui gangrène la société.

 

 

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