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Première préoccupation : convaincre en répondant à celle des autres

Posté par jacques LAUPIES le 12 mars 2017

 

A l’occasion de mon tour de ville quotidien afin d’activer un peu mes rotules et compenser ainsi (si peu) une inactivité physique dont les effets ne manquent pas de se faire sentir, me voila engageant une discussion avec trois habitués du café de fin d’après midi dans une sorte de boulangerie-pâtisserie-salon de thé, accolé à un super marché.

Me voila impliqué dans une discussion que mes interlocuteurs – ou moi  même , je ne sais plus – provoquent. Sans doute la une du journal La Provence évoquant le duel du second tour Macron/Le Pen a pu susciter d’entrée ma réaction : « Même  « La Provence » s’inscrit dans l’opération qui vise à rendre fatale la présence de ces deux candidature pour le scrutin final.

Jean Luc Mélenchon que je vois apparaître ce soir sur l’écran dans l’émission « on n’est pas couché » s’est évidemment insurgé contre cette mise en condition au plan national indiquant à juste titre que 50 % des électeurs ne se sont pas encore prononcés, n’ont pas fait leur choix et sont particulièrement troublés par le climat que provoque le comportement des médias. Des médias qui poussent à l’extrême le caractère anti démocratique de la présidentialisation du système en personnalisant la campagne.

Evidemment, tout autant que la question a été posée par les personnes rencontrées (notamment un des deux retraités) : « Pourquoi Mélenchon et Hamon ne s’entendent-ils pas ? » cette question a surgi dans l’émission de Ruquier. Il faut bien reconnaître qu’il y a là une inquiétude. Mais la réponse que nous faisons et qu’en substance a fait Mélenchon et que je me permets de résumer : « Pour l’instant il nous incombe de rassembler notamment parmi les abstentionnistes et les indécis pour aller au delà de ce dont nous créditent les sondages, quant à Hamon il doit faire face à la droite de son parti et doit donc rassembler dans ce contexte difficile »

Ce ne sont pas les paroles exactes de JLM mais je ne crois pas trahir ce qu’il a pu exprimer.

Cela étant, cette argumentation ne peut suffire à évacuer le risque, pour la gauche qui souhaite s’engager dans une voie radicalement opposée à celle suivie par le gouvernement actuel, de ne pas être présente  au second tour ! Et dès lors on reporte une possibilité de rupture avec une politique comme l’a justement fait remarquer JLM est dramatique pour les français et met en cause les perspectives de paix !

On peut toujours rétorquer que se rassembler consiste  d’abord  à élaborer  un projet commun et qu’il ne s’agit pas d’une bataille d’égos. Ce qui sans doute est vrai. Mais devant le danger demain d’avoir une extrême droite ou un libéralisme à la  Fillon ou façon Macron qui en préparera la venue, pouvons-nous faire une croix sur l’union des sensibilités de gauche ?

Je ne le pense pas ! Toutefois que l’on subisse ou non une telle issue nous devons garder nos objectifs de transformation de la société et, pour cela, développer notre organisation et définir nos stratégies en matière d’Union. Pour l’heure nous devons convaincre.

 

Alain Hayot : « La finance n’a rien à craindre de Le Pen »

 

Coauteur avec Pierre Laurent et Marc Brynhole de « 20 répliques » au FN et à la droite dans un ouvrage publié aujourd’hui, Alain Hayot invite à reprendre l’offensive face au FN.

Front national l’imposture, droite Le danger. 20 répliques à leurs programmes

Votre livre dénonce l’imposture du FN, quels en sont les principaux ressorts ?

Alain Hayot Cette imposture se lit à plusieurs niveaux. Le Front national prétend parler au nom du peuple et les grands médias d’information relaient en permanence cette image, plutôt que de rétablir une vérité pourtant élémentaire : on ne peut pas prétendre parler au nom des travailleurs en les dressant les uns contre les autres. Et Marine Le Pen ne s’emploie qu’à cela. Les Français contre les immigrés, les salariés du privé contre ceux du public, les actifs contre les chômeurs, les travailleurs contre les soi-disant « assistés »… Tout est bon chez elle pour diviser, empêcher les combats communs. Quand elle se réclame de la laïcité ou du féminisme, par exemple, ce ne sont pour elle que des prétextes pour s’en prendre aux musulmans et développer son racisme obsessionnel.

Le FN prétend également s’attaquer à la finance, ce qui lui vaut d’être comparé au projet de la gauche alternative. Que cache ce discours ?

Alain Hayot Mais quelles mesures propose le Front national pour partager les richesses ? Pour prendre le pouvoir sur la finance ? Ces questions sont sans réponse. À l’inverse, il ne veut pas entendre parler d’augmentation du Smic et des salaires, préconise lui aussi la baisse des « charges sociales » des entreprises et des dépenses publiques, la fin des 35 heures et l’assouplissement du Code du travail. Ce que propose Marine Le Pen pousse plus loin la logique de la droite et des libéraux. Sait-on qu’elle préconise la règle d’or – d’inspiration européenne ! – pour atteindre un budget en équilibre à la fin de son mandat en éradiquant la dette contre les services publics ? Elle veut même l’inscrire dans la Constitution comme la préférence nationale. Elle s’en prend sans cesse aux syndicats et souhaite un retour aux organisations corporatistes. Tout cela au bénéfice de qui ? Du peuple ou des intérêts privés ? Poser la question, c’est déjà y répondre.

Son projet sur l’Europe se pare des mêmes vertus de rupture avec les logiques actuelles…

Alain Hayot Le Front national veut sortir de l’euro, et de l’Union européenne plutôt que de la refonder. On voit ce que cela signifie avec le Brexit : une relance de la concurrence entre les peuples, du dumping social, fiscal et environnemental ! Et une soumission de la France au modèle de Marine Le Pen, celui de Donald Trump avec son « Amérique d’abord ! ». En fait, la candidate d’extrême droite ne remet pas en cause le capitalisme, elle souhaite qu’il s’épanouisse à l’échelle nationale. Le monde de la finance n’a rien à craindre du projet de Marine Le Pen.

La dénonciation morale du Front national est régulièrement jugée inefficace… Le considérez-vous également ?

Alain Hayot Je ne suis pas de ceux qui opposent ce qu’on appelle la dénonciation morale du FN au combat contre l’imposture sociale qu’il incarne et que je viens de démonter. La lutte contre le Front national se situe fondamentalement sur le terrain politique et englobe dans un même mouvement trois chantiers. Celui de la solidarité car nous devons quotidiennement combattre toutes les tentatives de divisions, les racismes et les discriminations en développant les luttes communes pour vivre, agir et conquérir ensemble des droits sociaux, culturels et citoyens dans la cité comme dans les entreprises. Celui de la bataille des idées pour démonter une à une les fausses évidences, tordre le cou aux mensonges et dénoncer les mythes. Non, les immigrés ne sont pas la cause de la crise ! Enfin, le dernier chantier est celui de la refondation à gauche d’un nouvel espoir émancipateur pour notre peuple. C’est l’absence de ce grand projet qui ouvre un boulevard à Marine Le Pen en particulier dans la jeunesse et les classes populaires.

Marine Le Pen est en tête dans les sondages et le FN a progressé lors des élections intermédiaires. La candidate d’extrême droite peut-elle l’emporter ?

Alain Hayot Oui, le danger est bien réel. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’extrême droite voit s’ouvrir une fenêtre. Le contexte international avec l’élection de Donald Trump aux États-Unis, la crise du modèle libéral européen qui favorise l’émergence de forces nationales-populistes sur tout le continent ou encore l’irruption d’un théofascisme dans le monde arabo-musulman contribuent à cela. En France, le phénomène a été considérablement facilité par l’échec des politiques ultralibérales et antisociales menées successivement par des forces se réclamant de la droite et de la gauche comme lors du quinquennat qui s’achève. Elles ont permis au FN d’apparaître comme une force neuve qui porte un projet alternatif à la gigantesque régression sociale que nous connaissons.

Alors qu’Emmanuel Macron et François Fillon sont, outre le FN, aujourd’hui les mieux placés dans les enquêtes d’opinion, un second tour droite–extrême droite est-il inéluctable ?

Alain Hayot Rien n’est inéluctable même si, effectivement, les sondeurs nous prédisent le pire scénario. Mais les forces existent pour déjouer le piège qui nous est tendu, pour que le paysage politique national ne se réduise pas à un affrontement entre les libéraux et les populistes. Dans les deux cas, c’est la guerre au monde du travail qui sera déclarée en même temps que nous ferons face aux pires obscurantismes. Soyons conscients que, partout dans le monde, des forces nouvelles se lèvent. Aux États-Unis, Donald Trump rencontre de grandes difficultés à mettre en œuvre sa politique. En Europe, des mouvements contre l’austérité, le libéralisme et le populisme rassemblent des forces diverses, de gauche, écologistes et citoyennes. Ces forces existent en France depuis plus de dix ans, elles ont déjà marqué le paysage politique comme en 2005 avec le non au référendum, ou en 2012 avec la campagne du Front de gauche pour Jean-Luc Mélenchon. Depuis un an, elles affirment sous diverses formes leur volonté de rassemblement. Des différences existent, mais c’est sur un fond anti-austérité et antilibéral qu’elles doivent être surmontées. À droite, le lepénisme a su imposer son hégémonie idéologique. À nous, à gauche, de reprendre l’offensive pour une révolution culturelle et citoyenne.

Le piège du vote utile face à l’extrême droite, longtemps utilisé par le PS pour imposer son hégémonie, ne risque-t-il pas pourtant de se refermer sur la gauche avec le vote Macron ?

Alain Hayot On assiste en effet, depuis quelques jours, à une campagne médiatique, politique et sondagière destinée à faire du vote Macron un vote utile contre Marine Le Pen. Il faut mettre en garde, c’est précisément parce que nos concitoyens n’ont plus vu de différence entre la droite et la gauche, parce qu’on leur a seriné l’idée qu’il n’y avait pas d’autre politique possible que celle imposée par la troïka européenne et les marchés financiers qu’une partie d’entre eux se tourne vers le FN. Or, Macron, candidat libéral ouvertement soutenu par la finance mondiale, rejoint par des personnalités venues à la fois de la droite et de la gauche, représente la quintessence de ce que les lepénistes nomment l’UMPS et dont ils ont fait leur fonds de commerce. Seule une authentique politique de gauche, sociale, écologique et citoyenne, peut s’opposer efficacement à la vague populiste. L’exemple américain est là pour nous alerter.

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