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Voilà qui serait le président Jean-Luc Mélenchon

Posté par jacques LAUPIES le 8 avril 2017

 

Cédric Clérin
Samedi, 8 Avril, 2017
Humanité Dimanche

Sans doute incongrue il y a quelques semaines, la question commence à se poser. Que ferait Jean-Luc Mélenchon s’il était élu à l’Élysée ? Malgré les tentatives de le faire passer pour un dangereux extrémiste aux liens douteux, le candidat propose un projet humaniste qui plaît de plus en plus.

 

Et si Jean-Luc Mélenchon était la surprise de cette élection ? Pour le candidat de la France insoumise, soutenu par le PCF, tous les voyants sont au vert. D’abord, les sondages, qui évaluent autant qu’ils influencent la campagne, lui sont favorables. Depuis le 18 mars, date du rassemblement à la place de la République (Paris) qui avait attiré plus de 100 000 personnes, suivi du débat réussi, il est passé de 10% à 12% puis à environ 15% des intentions de vote. Talonnant désormais François Fillon, l’effet de cette montée pourrait être amplifié s’il rejoignait le candidat de droite, remettant ainsi en cause l’idée que Macron permet d’éviter Fillon au second tour. Le total de la gauche, autour de 25%, reste cependant désespérément stable. Le baromètre du «Figaro Magazine» (1) sur la «cote d’avenir» des personnalités politiques a également enregistré une percée de +19 points en un mois et place Mélenchon en tête avec la plus importante progression. Du jamais-vu. Enfin, 48% des électeurs de gauche considèrent désormais qu’il «incarne le mieux les valeurs de la gauche », contre 32% à Benoît Hamon et 18% à Macron (2).

Outre les sondages, la dynamique de campagne se mesure également dans les salles remplies par Jean-Luc Mélenchon (3 000 personnes à Châteauroux le 2 avril) ou par l’intérêt grandissant sur les réseaux sociaux. Depuis le 18 mars, 100 000 personnes de plus suivent le candidat insoumis sur Facebook (802 000 au total) et 38 000 sur Twitter (1 045 000). Le candidat voit dans ces bons augures « une vague qui se lève ». L’histoire dira si une lame de fond, telle que celles qui ont porté François Fillon à droite et Benoît Hamon à gauche, aura porté JLM au sommet ou si, comme en 2012, l’élan restera sans lendemain.

Enfin la possibilité d’une politique d’égalité qui remet l’homme au centre et la finance à sa place

Toujours est-il que cela ne plaît pas à tout le monde. Déjà au mois de janvier, Jean-Luc Mélenchon avait consacré l’intégralité de son discours de vœux à expliquer sa vision de la géopolitique. L’exercice servait à faire pièce aux accusations, qui reviennent en permanence, de « rouler » pour Vladimir Poutine, le président russe. Un bon moyen d’éloigner de lui l’électorat socialiste. Ces jours-ci, le candidat diffuse un extrait de son meeting à Rennes intitulé « Je n’ai rien à voir avec M. Poutine ». De la même manière, on tente régulièrement de comparer le candidat insoumis avec Mme Le Pen, candidate du FN. Ne sont-ils pas tous les deux pour la retraite à 60 ans ? Ne sont-ils pas tous les deux pour le protectionnisme ? Ne veulent-ils pas augmenter le Smic ? Que ce soit faux ou que ce soit Mme le Pen qui cherche à brouiller les pistes importe peu : on instille le soupçon de collusion. L’adjectif nationaliste est même désormais régulièrement accolé au nom de Mélenchon. Ce qui fait bondir dans son entourage : « C’est le candidat de l’humanisme, de l’universalisme qui porte l’égalité entre les travailleurs du monde entier et la souveraineté populaire dans le cadre d’une nation de citoyens. Rien à voir avec le clan nationaliste de Mme Le Pen », tonne Alexis Corbière, porte-parole du candidat.

La dynamique appelant la dynamique, la mobilisation s’amplifie : 8 caravanes insoumises de la campagne « Au tour du peuple » sillonneront la France jusqu’au 23 avril, tandis que le PCF a annoncé 10 000 points de rencontre en soutien à JLM. Aucun candidat depuis long­temps n’avait porté aussi haut dans l’opinion la possibilité d’une politique de paix, d’égalité, qui remet l’humain au centre et la finance à sa place. Cela ne plaît pas à tout le monde. Peut-être une raison de plus pour les citoyens d’utiliser ce bulletin de vote.

(1) Kantar pour le « Figaro Magazine ».

(2) Ifop pour le « JDD ».

Journaliste à l’Humanité dimanche

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Défendre les intérêts de la France au Moyen Orient ? oui mais sans faire la guerre !

Posté par jacques LAUPIES le 8 avril 2017

 

 

J’en ai suffisamment dit sur Macron et je ne veux pas me répéter. J’invite  mes lecteurs à prendre connaissance du document ci dessous, paru dans l’Humanité.

Juste une remarque en lien avec les frappes américaines :

J’ai eu l’occasion de parler de ce candidat en fin d’après midi avec un citoyen dont la famille est originaire du Maroc lequel s’interrogeait sur les frappes américaines en Syrie et semblait les approuver. Le point de vue de Macron qui préconise une extension de l’intervention en concertation avec les autres puissances ne pouvait donc que l’intéresser et le conduire à voter pour le candidat de « En marche »

Je lui ai rappelé que tout de même, sans omettre le fait que la preuve formelle de la responsabilité de Bachar n’était probablement pas encore étable, qu’il était assez « bizarre » de voir l’Arabie saoudite, la Turquie et Israël soutenir l’intervention américaine et ne pas, en qualité de pro-palestinien que je le sais être, s’inquiéter de cela.

Du coup retour à la position de Hollande, Hamon et Macron qui affichent des orientations plutôt indulgentes à l’égard des américains et à celle de Mélenchon qui se prononce sans ambiguïté contre des interventions qui conduisent à l’escalade et la nécessité d’une solution politique en conviant tous les pays concernés.

Peut-être l’ai-je convaincu cet électeur de faire la différence et de réviser un soutien à Trump, pris sous le coup de l’émotion car cet homme assurément de gauche n’a pas manqué de me rassurer sur son vote pour Mélenchon en tut état de cause !

 

Libéralisme. Emmanuel Macron joue à cache-cache avec son programme

 

Maud Vergnol Dossier réalisé par : Sébastien Crépel, Thomas Lemahieu, Clothilde Mathieu, Olivier Morin et Adrien Rouchaléout
Vendredi, 7 Avril, 2017
L’Humanité

Promu comme une marque, produit du marasme démocratique, le candidat d’En marche ! caracole en tête des sondages et séduit un électorat de gauche déboussolé, qui ne voit pas clair dans son programme. Celui-ci aurait pourtant des conséquences désastreuses. Jugez sur pièce.

Plonger dans le programme d’Emmanuel Macron s’avère un exercice fastidieux. Thèmes fourre-tout, formules creuses… il faut bien s’accrocher pour ne pas se noyer dans le marigot de la novlangue. « La France est une chance, et chacun doit pouvoir y tenir ses promesses. » « La politique est au service de nos concitoyens, et l’économie fait partie de la vie de nos concitoyens » : autant de portes ouvertes enfoncées pour mieux faire miroiter l’eldorado d’une « société dynamique », confiante dans l’avenir du capitalisme. Mais « quand c’est flou, il y a un loup » : les angles morts de son programme en disent finalement plus long sur la colonne vertébrale idéologique de son projet que la liste de ses propositions évasives. Pas un mot sur les ravages de la financiarisation de l’économie. Nulle solution en matière de régulation financière ou de lutte contre l’évasion fiscale. Aucune ambition en matière de transition écologique ou de relance industrielle. « Emmanuel Macron est le porte-parole rêvé de cette technocratie étroitement liée aux milieux financiers qui rêve de voir appliquer ses idées rétrogrades sous des apparences civilisées », affirment Dany Lang et Henri Sterdyniak, qui ont passé au crible le projet du candidat d’En marche ! Les deux économistes atterrés ont réussi à faire sortir l’équipe d’En marche ! du bois. Leur analyse a en effet suscité une réaction de Marc Ferracci et Philippe Martin, deux des conseillers économiques d’Emmanuel Macron. Et leur réponse permet de lever nombre d’ambiguïtés soigneusement entretenues par l’ancien locataire de Bercy. « La vision sous-jacente des auteurs est claire, relèvent les économistes atterrés, s’il y a du chômage, ce n’est pas à cause des trente années de politiques néolibérales qui ont mené à une insuffisance de la demande au niveau global et qui ont flexibilisé toujours plus le marché du travail. Ce n’est pas à cause des politiques d’austérité qui, depuis 2009, ont aggravé le problème, menant l’Europe au bord de la stagnation… Non, à les suivre, le chômage de masse subi en France serait dû aux insiders, les travailleurs ayant l’exorbitant privilège d’avoir un emploi en contrat à durée indéterminée… » Le socle idéologique du programme d’Emmanuel Macron est en effet le même que François Fillon : l’obsession du « coût » du travail, à l’origine selon eux de tous les maux, pour mieux épargner le capital. Tout le reste en découle : austérité, règne du chacun-pour-soi, précarisation des travailleurs, chômage de masse. En proposant l’ubérisation de la société, le programme d’Emmanuel Macron dessine une nouvelle phase du libéralisme, qui s’appuie sur les classes montantes d’entrepreneurs et dans laquelle se retrouvent autant les héritiers de la démocratie chrétienne de François Bayrou que les néolibéraux acharnés comme Alain Madelin. Mais le projet du candidat d’En marche !, c’est finalement Henri de Castries, soutien inconditionnel de François Fillon, qui en parle le mieux. « Notre désaccord (avec Emmanuel Macron – NDLR) concerne le rythme et la méthode », concède l’ancien PDG d’Axa. Pas la philosophie générale, donc.

IJackpot pour le patronat et les français les plus riches

« Nous alourdirons les sanctions contre la fraude fiscale », fait mine de menacer le programme d’Emmanuel Macron sans plus de précision, alors que les mesures fiscales annoncées épargneront les patrimoines des plus fortunés. Alors que les revenus du travail contribuent bien plus massivement à la solidarité nationale que ceux du capital, il propose de remplacer les quelques prélèvements existants sur l’épargne en créant un prélèvement forfaitaire unique (PFU) de l’ordre de 30 %. Il estime que les revenus du capital sont soumis à « des impositions marginales excessives (jusqu’à 62 %), qui peuvent décourager l’investissement ». Quant à l’ISF, pour l’ex-banquier, il « coûte cher à notre pays ». Le candidat propose donc de le supprimer pour le remplacer par un impôt sur la fortune immobilière (IFI). Et de prévenir tout de suite que « des milliers de foyers aujourd’hui soumis à l’ISF ne paieront plus l’IFI, demain ». Pour couronner le tout, il propose enfin de transformer le Cice (Crédit d’impôt compétitivité emploi) en baisse de cotisations pérenne et de « réduire le taux d’impôt sur les sociétés (IS) jusqu’à la moyenne européenne de 25 % ».

Des services publics et des collectivités dépouillés

Alors que la France a plus que jamais besoin d’un service public ambitieux et protecteur ainsi que d’une vie démocratique au plus proche des aspirations des Français, Emmanuel Macron choisit l’inverse. En assumant de « réduire le nombre d’agents publics de 120 000 sur la durée du quinquennat », il prévoit que chaque service accueillant du public (on notera la subtilité pour éviter la notion de service public) soit obligé « d’afficher, trimestriellement au moins, ses résultats en termes de qualité de service sur la base d’indicateurs concrets ». En clair, la concurrence appliquée aux services publics. Quant aux collectivités locales, premier maillon de la citoyenneté, elles devront réduire leurs dépenses à hauteur de 10 milliards d’euros et baisser leurs effectifs de 70 000 à 75 000 postes sur cinq ans. Pour faire avaler la pilule aux élus locaux acculés, il propose de mettre fin à « l’évolution uniforme des rémunérations de toutes les fonctions publiques ». En clair, les fonctionnaires territoriaux seront payés au bon vouloir des élus et selon la taille des budgets.

Les salariés livrés à eux-mêmes face au patronat

Rejetant la réalité de l’entreprise comme « lieu de la lutte des classes », il lui préfère le concept d’« histoire individuelle dans un monde ouvert ». Artisan du rapport Attali, qui a précédé la rédaction de la loi El Khomri, Macron veut amplifier l’inversion de la hiérarchie des normes en faisant primer les accords d’entreprise sur les accords de branche tout en maintenant un Code du travail fantoche. Plafond pour les indemnités prud’homales, fusion des comités d’entreprise avec les délégués du personnel et le CHSCT dans une instance unique, réduction du salaire socialisé par la suppression de cotisations… Autant de reculs pour les salariés qui s’ajoutent à l’ubérisation galopante. En supprimant ce qu’il appelle « les charges » des micro-entreprises, il veut favoriser ce « monde co-créatif » d’auto-entrepreneurs. Un monde pas si idyllique que ça quand on sait que moins de la moitié d’entre eux sont encore actifs trois ans après leur inscription. Enfin, en proposant de supprimer toutes les cotisations pour chaque embauche au Smic (1 800 euros d’économies pour l’employeur), il incite à maintenir des bas salaires.

Une société du chômage de masse

Pour faire baisser le chômage, Emmanuel Macron a sorti le bâton. C’est, en tout cas, le sens de sa réforme. Outre que celle-ci s’adresserait aux indépendants, aux chefs d’entreprise et aux salariés démissionnaires (une fois tous les cinq ans), le chômeur serait désormais sous contrôle. « Si plus de deux emplois décents, selon des critères de salaire et de qualification, sont refusés ou que l’intensité de la recherche d’emploi est insuffisante, alors les allocations seront suspendues », explique-t-il. Face aux risques de sanction, ils seront dès lors contraints d’accepter des emplois moins bien payés et surtout plus précaires. À cela s’ajoute un autre effet, celui d’un découragement à rechercher un emploi et une paupérisation des chômeurs. C’est, en tout cas, le constat des expériences réalisées aux États-Unis, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Quant à son financement, le candidat d’En marche ! suggère de supprimer la cotisation sociale salariale d’assurance-chômage (2,4 % du salaire brut) compensée par une augmentation de 1,7 point de la CSG, mais uniquement côté salarié… Insuffisant pour celui qui s’est engagé à respecter le critère de Maastricht de limiter les déficits publics sous la barre des 3 % du PIB, à moins d’envisager une baisse des allocations. Mais cela Emmanuel Macron se garde bien de le dire…

Le règne du chacun-pour-soi

Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon a résumé en une formule le projet de société que porte Emmanuel Macron : « Chacun pour soi, le marché pour tous ». Caricature, diront les macronistes, qui se défendent, dans une réplique à la critique acérée du programme de leur champion faite par les Économistes atterrés, de vouloir faire « imploser le droit du travail » ou de chercher à réduire le « caractère progressif » du système des retraites. Pourtant, dans ces deux domaines, c’est bien la formule de Mélenchon qui colle au programme de Macron.

Le marché du travail ? Les macronistes persistent et signent : le vrai remède au chômage est de s’attaquer aux « normes édictées au niveau national et même au niveau des branches », en clair : poursuivre la démolition coûte que coûte des normes nationales et des conventions collectives. Le résultat n’en sera pas seulement l’abaissement dramatique des droits des salariés, mais aussi la mise en concurrence accrue des travailleurs entre eux, soumis à des règles sociales différentes entreprise par entreprise, et donc poussés sans cesse à des concessions douloureuses pour être plus « compétitifs » que le voisin. « Chacun pour soi, le marché pour tous »…

La retraite ? Les conseillers de Macron affirment catégoriquement que le principe d’« un euro cotisé (qui) donne in fine les mêmes droits à pension » ne se traduira par « aucune baisse » des pensions. Mais c’est l’inverse qui est vrai, du fait de la possibilité – reconnue par Macron lui-même – d’une « actualisation » des pensions en fonction de l’espérance de vie : si celle-ci s’allonge, les pensions seront réduites pour coûter moins cher au système, ce qui est d’ailleurs le propre des retraites par points.

La conséquence, c’est la rupture du système solidaire, dans lequel ce sont les cotisations des actifs qui s’ajustent pour garantir le niveau des pensions, pour le remplacer par un système dit « contributif », où chacun touche uniquement le produit de ce qu’il a cotisé : adieu les corrections comme le « minimum contributif », bienvenue à la pénalisation des plus pauvres, des moins qualifiés, des carrières incomplètes et… des femmes (qui cumulent souvent ces critères). En bref, bonjour le « chacun-pour-soi ».

Une France 1re de la classe de l’Europe austéritaire

« Depuis dix ans, les partisans de l’Europe ont baissé la tête. » Avec le candidat d’En marche !, le béni-oui-ouisme, jamais enterré malgré sa défaite au référendum de 2005, revient au galop. Reçu en début d’année par Angela Merkel et même adoubé, le mois dernier, par son ministre des Finances, Wolfgang Schaüble, le père fouettard austéritaire pour les pays du Sud dans les réunions de l’Eurogroupe, Emmanuel Macron promet d’appliquer scrupuleusement les contre-réformes demandées dans le cadre du semestre européen pour « restaurer la confiance avec les Allemands » et, pour l’avenir de l’Union européenne, pioche allègrement dans les projets de la Commission européenne et des dirigeants des principaux États membres : il place, au cœur de son plan, des « coopérations renforcées » en matière fiscale, sociale et militaire.

À travers des « conventions démocratiques » dans les pays à partir de la fin de l’année 2017, Macron promet de jeter les bases d’une « nouvelle Union européenne »… qui, comme il fait l’impasse sur le rôle de la Banque centrale européenne (BCE), qu’il ne trouve rien à redire aux principes fondamentaux de mise en concurrence entre les services publics, les emplois ou les systèmes de protection sociale et qu’il approuve les traités de libre-échange (Tafta ou Ceta), ressemble furieusement à celle que nous connaissons aujourd’hui !

Ministre de l’Économie au plus fort du bras de fer entre la Grèce d’Alexis Tsipras et la troïka représentant les créanciers (Commission européenne, BCE, Fonds monétaire international), Macron avait, non sans avoir osé comparer Syriza au FN, écarté vivement l’idée de toute alternative dans l’Union européenne. « J’entends celles et ceux qui aimeraient voir dans le moment grec la possibilité d’une nouvelle politique économique, avait-il lancé lors de ses vœux à la presse en janvier 2015. C’est oublier la différence qu’il y a entre une politique de sérieux budgétaire et une politique d’austérité. » Essorés par les mémorandums successifs depuis 2010, les Grecs apprécieront sans aucun doute ce subtil distinguo ; il est temps pour les Français d’en décoder le sens également.

Avec le graal de l’autonomie, Une éducation à deux vitesses

Ses ambitions pour l’école tiennent en un mot, véritable totem des libéraux : autonomisation. Dans la bouche d’Emmanuel Macron, il s’agit moins d’autonomie pédagogique qu’il conditionne d’ailleurs immédiatement à la « contrepartie d’une responsabilisation accrue et d’une évaluation plus régulière », que d’une « autonomie de recrutement ». En clair, il reviendra aux chefs d’établissement de sélectionner les profs qu’ils embaucheront. Une proposition qui, sans surprise, est partagée par François Fillon. Couplée avec la publication des résultats que le candidat souhaite aussi imposer aux établissements, cette mesure aggravera la concurrence et les inégalités.

En matière scolaire, celles-ci comptent de toute façon moins aux yeux de Macron que les économies budgétaires. Ainsi, estimant que le bac coûte, trop cher, il propose de le réduire à quatre épreuves seulement, laissant le reste au contrôle continu. Or pas plus tard qu’en juin dernier, le Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) notait que : « Les recherches sur les effets des examens nationaux, conduites depuis quinze ans dans les pays de l’OCDE, montrent que leur présence permet à la fois une élévation générale du niveau scolaire des élèves et une réduction des inégalités à l’école. »

Pour donner le change, Emmanuel Macron n’oublie pas de prendre des engagements pour l’enseignement prioritaire, assurant que s’il était élu, les classes de CP et CE1 en REP ne compteraient pas plus de douze élèves. Seulement, il le propose à moyens constants. Selon les propres chiffres du candidat, cette proposition nécessiterait 12 000 postes d’enseignants, or il ne parle d’en recruter que 4 000 à 5 000. Le différentiel, Macron compte le trouver dans les 54 000 postes sur lesquels François Hollande s’était engagé.

Autrement dit, les prendre aux lycées à qui ils étaient promis. Sans parler du problème du nombre de salles de classes supplémentaires qu’il faudrait construire, ce qui pourrait être un bon exemple d’investissement public d’intérêt général mais ne semble absolument pas être au programme du candidat ni de gauche.

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