Mélenchon, présidons ! »

Posté par jacques LAUPIES le 18 avril 2017

 

Cédric Clérin
Lundi, 17 Avril, 2017
Humanite.fr

À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, tout est encore possible. Chacun des quatre favoris peut espérer figurer au second tour. Parmi eux, Jean-Luc Mélenchon amplifie une dynamique qui agrège les énergies. Elles peuvent aller loin. Et inquiètent les tenants de l’ordre capitaliste.

Le « trou de souris ». C’est l’expression qui fait fureur en politique pour décrire l’infime possibilité de réussir. Il y a encore quelques mois, la possibilité de l’existence même d’un « trou de souris » pour que Jean-Luc Mélenchon accède au second tour de l’élection présidentielle pouvait laisser sceptique. Ses proches l’utilisaient pourtant déjà. Désormais, il existe. À quelque dix jours du premier tour de l’élection présidentielle, nul ne peut en prédire avec certitude le résultat. Encore 30 % des électeurs ayant l’intention d’aller voter ne sont pas sûrs de leur choix et 35 % ne sont pas encore convaincus de se déplacer (1).

« Pour la première fois, aucune trame de fond idéologique n’a marqué la campagne et tout reste possible entre les quatre principaux candidats », analyse Jean-Daniel Lévy, directeur du secteur opinion d’Harris Interactive. Seule certitude, et non des moindres, le candidat PS, Benoît Hamon, semble hors course.

Pour le politologue, « Mélenchon est en dynamique, tandis qu’Emmanuel Macron peine à convaincre totalement de son programme, et la présence de Mme  Le Pen au second tour n’est pas certaine ». Cette dernière pâtit du flou de certaines de ses positions, comme de la présence de candidats plus clairs et crédibles qu’elle sur l’Europe (Dupont-Aignan ou Asselineau) ou le social (­Mélenchon, Arthaud ou Poutou). L’extrême droite – c’est heureux – ne domine pas cette campagne et, pour l’heure, est même sur le recul.

Quant à François Fillon, il lui reste une dernière carte : « Je ne vous demande pas de m’aimer, mais de me soutenir ! » a-t-il lancé lors de son grand meeting de fin de campagne à Paris, le 9 avril. Il aurait pu dire : « Peu importent mes turpitudes, votez pour vos intérêts de classe. » Le passage des affaires au second plan peut l’aider à réussir son pari, même si seulement « 19 % trouvent qu’il fait preuve de courage, tandis que 70 % pensent que tout cela l’a discrédité » (2). Reste Jean-Luc Mélenchon, dont la dynamique de campagne « se confirme de jour en jour », comme le note même « le Monde. ». Près de 70 000 personnes sont venues l’écouter parler de paix sur le Vieux-Port de Marseille, le 9 avril, et, pour la première fois, un sondage, commandé par « le Figaro » qui plus est, lui accorde 18 % d’intentions de vote devant François Fillon (17 %) (3), un autre les mettant à égalité à 19 % (4). « Vous voyez bien qu’un paysage entièrement nouveau se dessinerait tout aussitôt, car si je suis devant M. Fillon, alors tout l’argument d’après lequel le vote utile serait M. Macron pour éviter Fillon-Le Pen s’effondre », analyse-t-il. Le paysage a déjà changé, à vrai dire. Candidat rangé dans la case « extrême gauche » par les médias, il souffrait d’un manque de crédibilité pour aller plus loin que les 12-13 % que constitue le socle électoral de la gauche radicale. Selon une étude qualitative de ViaVoice, alors que seulement 21 % des Français pensaient, en mars, qu’il ferait un bon président, le reléguant au cinquième rang, ils sont aujourd’hui 42 %, et le placent quasiment à égalité avec Emmanuel Macron, en tête. De même, 51 % de personnes interrogées ont trouvé Jean-Luc Mélenchon « convaincant » lors des quinze jours précédents. Selon l’institut, cette progression s’explique non seulement par la qualité intrinsèque du candidat et de sa campagne, mais aussi par « une image d’intégrité loin des affaires, de conviction, de clarté et de cohérence. Une image de solidité en période de troubles et d’incertitudes ». Une autre enquête porte désormais son potentiel électoral à 24 %. Enfin, le candidat dela France insoumise battrait Mme Le Pen assez largement (57 %/43 %) en cas de duel au second tour (5). Bref, tout lui sourit.La preuve la plus sérieuse de la dynamique de Mélenchon est la réplique des tenants de l’ordre établi : dans « le Monde », un Serge Sur, juriste émérite, qualifie la VIe République de Mélenchon de « salmigondis », résultat d’un « coup d’État » voué à l’impuissance ou à la tyrannie. Rien que ça.

« Les Échos », le quotidien économique du 11 avril, titraient en une : « Mélenchon, le nouveau risque français ». Le journal explique que l’écart de taux d’emprunt entre celui de la France et celui de l’Allemagne, à dix ans, a « bondi de 70 points de base ». On peut également y lire que « la vitesse de la hausse de Mélenchon dans les sondages pourrait mettre la pression sur la dette française », explique de son côté la Société générale…

Si les marchés tremblent du côté du peuple, les soutiens se recrutent dans toutes les sphères. Le candidat a fait de « l’intérêt général humain » le fond de sa démarche. C’est sans doute pourquoi des agriculteurs, des féministes, des scientifiques, des jeunes, des syndicalistes ou encore des pacifistes le soutiennent. Sa candidature est devenue un point de convergence large qui traduit le besoin de changements politiques et économiques profonds. Avec des meetings à Lille, Toulouse et un meeting simultané dans sept villes grâce à son hologramme, Jean-Luc Mélenchon va encore créer l’événement dans cette campagne et tenter d’élargir ce rassemblement. Même si rien n’est acquis, pour la première fois depuis l’instauration de la Ve République, un président issu de la gauche de transformation sociale n’est plus tout à fait une chimère.

 

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