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Disparition de Simone Veil

Posté par jacques LAUPIES le 1 juillet 2017

J’ai évidemment comme beaucoup de français porté une admiration à Simone Veil. Il arrive que des personnalités  dont l’engagement politique n’est pas globalement le nôtre, imposent un certains respect . Non seulement parce qu’elles font sur tel ou tel sujet de la vie politique des choix que nous partageons mais,  également  ne s’égarent jamais dans l’amalgame, lorsqu’il s’agit de juger certains aspects des idées défendues par leurs adversaires.

Cette qualité qui consiste à nuancer sa critique ne serait ce que pour ne pas entrer dans le jeu de son propre camp, éviter les stigmatisations ou recourir à des attitudes opportunistes, se trouve assez rarement en politique

Raison de plus de le souligner quand cela se produit

Simone Veil, une grande voix de la vie politique française, s’est éteinte

Disparition
Vendredi, 30 Juin, 2017
Humanite.fr

Simone Veil s’est éteinte ce vendredi, à presque 90 ans. Retour sur le parcours de cette femme de droite, aux engagements souvent courageux, plébiscitée par les Français.

Elle était discrète et tenace à la fois, d’un immense courage politique.  Surtout, les femmes de France savent ce qu’elles lui doivent : c’est elle, qui devant une assemblée nationale d’hommes, hostiles et injurieux dans son propre camp politique, a défendu et imposé à l’Assemblée Nationale le projet de loi sur l’Interruption volontaire de grossesse, en 1974. Simone Veil s’est éteinte hier, à quelques jours de ses 90 ans, au terme d’une vie tumultueuse, comme un symbole du 20 siècle. 

Déportée à Auschwitz-Birkenau, avec sa mère et ses sœurs

Car Simone Veil est une rescapée de la Shoah. Née Simone Jacob, en 1927 à Nice, fille d’un architecte et d’une femme au foyer, elle a été arrêtée, le lendemain de ses épreuves du bac, qu’elle avait absolument tenu à passer malgré le danger, avec de faux papiers. La jeune fille aux yeux rieurs et aux grandes nattes brunes a été déportée à Auschwitz-Birkenau, avec sa mère et ses sœurs ; Son père et son frère ont disparu en Lituanie, où régnaient alors les terribles Einsatzgruppen. Déportée en 1944, elle a survécu à l’horreur, et même à la marche de la mort de 1945. Sur son bras, un constant rappel de ce passage par l’enfer,  son numéro de matricule, le 78651, et la mémoire de ceux qu’elle aimait. Et une entrée en politique, aussi : Européenne convaincue, elle déclarait, en 1975 : « Au cours du 20eme siècle, l’Europe a entraîné à deux reprises le monde entier dans la guerre. Elle doit maintenant incarner la paix ». Elle fut d’ailleurs, en 1979, la première femme présidente à être élue présidente du Parlement Européen (à noter qu’une seule autre femme, Nicole Fontaine, a occupé ce poste…).
A son retour des camps, Simone Jacob rencontre Antoine Veil. Ils se marient, ont trois enfants. Mais elle ne se cantonne pas dans le rôle de la femme bourgeoise au foyer. Elle reprend ses études interrompues par la guerre. Et devient magistrate. Soit une profession quasi masculine, à l’époque. De la France à l’Algérie, elle note alors : « comme magistrate, j’ai travaillé à l’administration pénitentiaire où j’ai constaté que le régime des femmes détenues était beaucoup plus dur que celui des hommes. Je m’en suis donc beaucoup occupée, comme par exemple des conditions de détention des femmes au moment de la guerre d’Algérie, des militantes très engagées en faveur de l’indépendance qui avaient posé des bombes et le revendiquaient. Plus tard je me suis penchée sur le droit de la famille au moment des réformes du Code civil, et donc sur le statut de la femme sur le plan de l’autorité parentale, de la filiation et surtout de l’adoption. Et puis, dans les années soixante, avec les « trente glorieuses », tout en faisant appel à l’émigration à grande échelle la France incitait les femmes à travailler, on avait besoin de forces. Je m’étais rendu compte qu’au fond, entre les femmes et les immigrés existait une ressemblance : elles non plus n’étaient toujours pas intégrées dans la société. C’est tout cela qui m’a rendu féministe », déclarait-elle à l’Humanité en novembre 2004

La loi est sur l’IVG adoptée grâce au soutien de la gauche

Elle ne s’arrête pas en si bon chemin. En 1969, elle rejoint le cabinet de René Pleven, alors Garde des Sceaux. Mais c’est comme ministre de la Santé de Jacques Chirac, sous la présidence de Valery Giscard d’Estaing, qu’elle devient une figure connue et reconnue par les Français. Parce qu’elle va porter à l’Assemblée Nationale une loi très contestée dans les rangs de la droite, le droit à l’IVG. « Je voudrais vous faire partager une réflexion de femme. Je m’excuse de le faire devant cette assemblée presqu’exclusivement composée d’hommes. Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement », dit-elle en introduction. Le débat fut incroyablement houleux. Des députés de droite, toute honte bue, renvoyant Simone Veil à un rôle de génocidaire. Comme Jean-Marie Daillet qui l’a accusé de jeter des enfants « au four crématoire », ou René Feit qui a assimilé ce projet de loi au « pire racisme nazi ». Injures, graffitis sur ses murs, croix gammées sur la voiture de son mari, lettres d’insultes, manifestations de commandos anti-IVG : Simone Veil ne s’est pas laissé intimider. La loi a été adoptée, grâce aux voix des communistes et des socialistes, le 17 janvier 1975. 

Femme politique préférée des Français

Engagée à droite, Simone Veil est longtemps restée, dans les sondages d’opinion, la femme politique préférée des Français. Comme un symbole de  droiture et d’honnêteté, dans une époque qui en manque tant, et malgré les clivages.  Quitte à tacler, parfois, sa propre famille politique : elle a certes soutenu Nicolas Sarkozy pour sa candidature à l’élection présidentielle. Mais l’a sévèrement critiqué quand il a fondé son ministère de l’identité nationale, et lorsqu’il a voulu que les enfants de primaire parrainent des enfants juifs victimes de la Shoah. « A la seconde, mon sang s’est glacé », a-t-elle alors déclaré. C’est « inimaginable, insoutenable », a-t-elle ajouté auprès de l’Express. 
Simone Veil était une voix libre dans son propre camp. Lorsqu’elle a été intronisée à l’Académie Française, à 82 ans, Jean d’Ormesson l’avait saluée par ces mots : « Ce que vous êtes d’abord, c’est courageuse. Et les Français aiment le courage ». On ne saurait mieux dire. 
 
journaliste

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

 

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