• Accueil
  • > Archives pour le Jeudi 6 juillet 2017

Gouvernement. Édouard Philippe, l’écartelé

Posté par jacques LAUPIES le 6 juillet 2017

 

Lionel Venturini
Mercredi, 5 Juillet, 2017
L’Humanité
Le premier ministre, hier, avant de prononcer son premier discours de politique générale à l’Assemblée nationale. Philippe Wojazer/Reuters
 

Le premier ministre obtient la confiance (370 voix pour, 67 contre). Plusieurs réformes sont reportées. La contrainte de l’UE est passée par là.

Curieuse posture que celle du premier ministre à l’heure de son premier discours de politique générale ; multiplier les promesses que les engagements présidentiels seront tenus, puis décrire une situation budgétaire impossible. « Huit milliards de dépenses non financées », assure Édouard Philippe après sa lecture de l’audit de la Cour des comptes. Dans ces conditions, comment parvenir au résultat d’une baisse de 20 milliards de prélèvements obligatoires en cinq ans ? En décalant d’abord dans le temps les mesures les plus coûteuses pour le budget de l’État. L’allégement de l’ISF, la transformation du Cice en baisse de cotisations patronales pérennes, avec notamment des cotisations purement effacées pour le Smic (elles s’élèvent actuellement à 200 euros seulement), ce sera un an plus tard qu’annoncé, au 1er janvier 2019. Ce léger décalage dans le temps, que s’est bien gardé de préciser le président lundi, touchera aussi la réforme de la taxe d’habitation, cette promesse – populaire – de campagne du candidat Macron subissant elle aussi le même recul. C’est « d’ici à la fin du quinquennat », en 2022 autant dire, que la réforme d’une taxe ne reflétant plus la valeur des biens, mais lourde de conséquences pour les collectivités locales, sera mise en place.

Il y aurait « une addiction française à la dépense publique »

À la différence du chef de l’État, le premier ministre est bien plus lucide sur l’état des forces politiques dans le pays. Cette « majorité claire, nul ne la prend pour un blanc-seing », dit-il, quand la veille, explique le politologue Thomas Guénolé, Macron « surjouait la fonction présidentielle pour compenser la fragilité extrême de son socle d’adhésion ». C’est cette conscience qui a sans doute fait dire pudiquement à l’hôte de Matignon, en matière de retraites, qu’« un euro cotisé doit donner les mêmes droits pour tous », plutôt que d’annoncer de but en blanc la fin des régimes spéciaux. Dès la semaine dernière, Édouard Philippe s’était engagé déjà à « contenir, dès 2017, le déficit à 3 % ». Il a confirmé hier le scénario noir de la Cour des comptes, qui prône un effort inédit de 6 milliards (soit 0,3 point de PIB) sur la dépense publique. « Il y a, a asséné le chef du gouvernement, une addiction française à la dépense publique » dont il faudrait se « désintoxiquer ». Confirmée également, la hausse de la CSG, censée être compensée pour les actifs par la baisse des cotisations sociales, autre mesure phare du programme Macron.

Un discours très bref sur la future loi travail

Si Édouard Philippe promet, en dépit de l’opposition des puissants buralistes, la hausse du paquet de cigarettes à 10 euros, il accède aussi à la demande de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, de rendre obligatoires « les vaccins pour la petite enfance, qui sont unanimement recommandés par les professionnels de santé », un secteur qui table sur le doublement du marché d’ici à 2025. Un « service sanitaire » pour les étudiants de santé est confirmé, afin qu’ils consacrent trois mois de leur temps dans les établissements scolaires et les entreprises pour y faire dépistage ou prévention, dans un secteur où les emplois ont été sabrés. L’annonce d’une loi logement à l’automne pour simplifier les procédures de permis de construire et sanctionner les « recours abusifs » devrait quant à elle ravir le BTP et les promoteurs, court-circuitant les maires dans certaines conditions. Le premier ministre a également confirmé vouloir supprimer un échelon de décision et « tendre vers deux niveaux d’administration locale en dessous du niveau régional », lorgnant sur le département. La petite révolution annoncée d’une part de contrôle continu pour le baccalauréat répond à la fois au souhait du ministère de se débarrasser d’une épreuve coûteuse à organiser et à la volonté d’en finir avec le cadre national – garant d’égalité – de ce diplôme.

Très bref sur la future loi travail, Édouard Philippe a consacré du temps à vouloir « rétablir la confiance » avec les Français. Son ouverture de discours fut une ode à la méritocratie à la française, saluant parmi les nouveaux députés un éleveur de la Creuse, un sportif ou un entrepreneur (mais n’a trouvé aucun ouvrier) ou encore la fille d’une aide-soignante – oubliant qu’il avait sous ses yeux une aide-soignante, Caroline Fiat (FI), dont le défaut est de ne pas être dans sa majorité. Touchant là aux limites, en somme, de l’exercice macronien du rassemblement.

Gattaz peste contre le report de l’ISF allégée et de la pérennisation du CICE

Hier, avant l’annonce par Édouard Philippe du report en 2019 de l’allégement de l’impôt sur la fortune et de la transformation du Cice en « allégement de charges », le président du Medef avait déploré ce « recul sur ces mesures en faveur de la compétitivité des entreprises et de la motivation fiscale à investir. Encore un an de perdu ! ». Gattaz, qui craignait que seuls les riches seraient lésés par la feuille gouvernementale, est rassuré. La baisse de la taxe d’habitation, seule promesse du candidat Macron en faveur du pouvoir d’achat, attendra. Les pauvres aussi peuvent payer !

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

 

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus