Vacances pas pour tous…Et c’est bien là le drame

Posté par jacques LAUPIES le 12 juillet 2017

 

 

Bien sur les gamins et les adolescents disposent d’une vitalité et d’une capacité d’adaptation qui, sous réserve d’un environnement familial équilibré, les conduit  à profiter de ce temps de liberté  que donnent les vacances scolaires d’été. Pour peu qu’il y ait un environnement où la campagne est proche, où des ballades sont possibles à vélo, des lieux de baignades accessibles et protégés et une bande de copains pour partager cela, la joie de vivre s’exprime, le corps se développe. Bref la vie peut être belle  dans une parfaite insouciance.

J’ai connu cela et pour pas cher, dans une campagne merveilleuse où pentes abruptes et boisées des Cévennes naissantes, où le Gardon, la rivière si attrayante du matin au soir,  rafraichissante, captivait l’essentiel de nos jeux, tout autant que les jeux inventés dans les vestiges d’une exploitation minière abandonnée depuis  un demi siècle, sans compter les excursions dans la partie sauvage et sauvegardée de ces montagnes qui savaient résister au soleil brûlant de juillet et d’aout.

Il y avait du danger à courir dans ces forêts de châtaignier que nous escaladions en véritable casse-cou, tout autant qu’à jouer les équilibristes sur de vieilles et hautes murailles d’anciens hangars de stockage de minerai ou encore en apprenant à nager dans des courants profonds que nous appelions improprement des gours. Des risques pris comme autant de défis que personne ne nous fabriquait.

Les vacances loin de la ville, pour ce qui nous concernait, débutaient assez tôt ! En 1944 à cause des bombardements elles ont duré d’avril à octobre mais par la suite elles se sont prolongées les trois mois d’été et, jusqu’à mes quatorze ans, elles furent une sorte de vie inconsciente au paradis.

Les enfants puisent dans ces instants de liberté bien des éléments qui leur permettront d’aspirer toute leur vie à cette liberté. Comment ne pas être reconnaissants à l’égard de ces aïeux qui m’ont laissé vivre ce temps. Bien que bousculés par des années de guerre de privation, livrés à une pauvreté au sein de laquelle grondait une révolte qui me parait aujourd’hui parfois éteinte ! Est ce une illusion et les choses n’auraient pas tellement changé depuis ?

Je me garderai bien d’opposer ces vacances à celles organisées, parfois aseptisées, dont rêvent pour leurs enfants des parents emprisonnés dans leur travail ou leur activité, dans leur habitat et les transports des grandes villes, car il ne serait pas juste de croire que ces enfants peuvent connaître, notamment dans les grandes villes, les cités, cette liberté qui fut la mienne. La prise en charge par la société des dépenses qu’implique les loisirs pour les jeunes est une nécessité. Cela implique d’importants moyens que les pouvoirs publics doivent assurer : centre aérés, sorties et visites, découverte de sa région pour les plus jeunes, accès au sport, aux activités et traditions régionales, au voyages, aux rencontres pour les adolescents.

Tout cela a un coût mais n’a pas de prix et couteraient bien moins cher que de réparer ensuite les dégâts provoqués par l’abandon de tous ces jeunes qui de treize à 18 ans et au delà parfois se livrent à des « loisirs » particulièrement malsains pour leur santé physique et psychique…L’un des plus à craindre étant la  consommation de cannabis !

 

 

 

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  • Le Secours populaire français a organisé hier son premier grand départ en vacances pour une centaine d’enfants issus de familles modestes. Une opportunité que n’aura pas un Français sur deux, privé de ce droit fondamental. Lire la suite

     

    Le Secours populaire organisait, hier, son premier départ pour les familles modestes. Photo Charly Triballeau/AFP

    Solidarité. Ces familles qui prennent le train des vacances

    Solenne Bertrand, avec Ixchel Delaporte et Laurent Mouloud
    Mardi, 11 Juillet, 2017
    L’Humanité

    Le Secours populaire français a organisé hier son premier grand départ en vacances pour une centaine d’enfants issus de familles modestes. Une opportunité que n’aura pas un Français sur deux, privé de ce droit fondamental.

    «Rendez-vous à 10 h 15. Voie 43 en gare de Lyon. » Ce lundi 10 juillet, le grand jour du départ en vacances est arrivé pour la centaine d’enfants âgés de 4 à 16 ans invités par le Secours populaire français (SPF). Direction la Suisse pour deux longues et belles semaines. Dans une salle d’attente, aux abords du quai, parents et valises attendent sous de petits écriteaux indiquant la ville de destination. Certains iront à Vallorbe, d’autres à Lausanne. Le moment crucial de la séparation approche. « Nous avons prévu des jeux dans le train, des bandes dessinées et des cartes de la Suisse pour se familiariser avec la géographie », rassure Agathe, l’une des animatrices du SPF, au milieu des cris des petits vacanciers… Pour la plupart de ces familles, venues de quartiers populaires, ce moment reste d’autant plus magique qu’il leur fut longtemps inaccessible. « C’est génial qu’ils puissent partir », glisse une maman, bien consciente des difficultés financières que représentent ces voyages pour beaucoup. Aujourd’hui, en France, un enfant sur trois reste privé de vacances. Des chiffres malheureusement stables, souligne l’Observatoire des inégalités. Voyage, location, loisirs… l es milliers d’euros que représentent deux à trois semaines de congés restent un frein pour des millions de Français, dont certains ont abandonné l’idée même de s’évader de leur quotidien.

    Ce sacrifice, Berthe Lemarec, grâce à l’aide du Secours populaire français (SPF), n’aura pas à le faire cette année encore. À 11 h 57, sa fille Maria, 11 ans, est montée dans le TGV et a quitté sa mère pour deux semaines de vacances du côté de Lausanne. Elle y sera accueillie par Joana et ses parents, sa famille d’accueil. Munie de son sac à dos rose et de sa valise bleue, Maria connaît bien cette agitation. C’est la cinquième année consécutive qu’elle a la chance de découvrir d’autres destinations. « Je ne veux pas trop connaître le programme mais je sais que la famille m’emmène à chaque fois dans d’autres villes. On fait des randonnées, on va au zoo, on visite des grottes ! » s’enthousiasme-t-elle.

    Cette petite fille qui passe en sixième à la rentrée habite un rez-de-chaussée dans un quartier résidentiel de Puteaux (Hauts-de-Seine). Sa mère y est gardienne d’immeuble. Maria vit dans ce trois-pièces avec son frère, âgé de 16 ans, et sa sœur de 23 ans. Elle dort dans la même pièce que sa mère. « Je ne connaissais pas le Secours populaire, c’est par ma sœur que j’en ai entendu parler en 2011, explique la maman. Avant, je devais occuper ma fille tout le mois de juillet car je travaillais. Je l’inscrivais à des activités à droite à gauche et au centre aéré, mais elle n’était pas heureuse. » Le SPF lui paye le billet de train. Et la famille d’accueil prend en charge le reste du séjour. Une aide indispensable sans laquelle tout départ serait impossible. Car, chez les familles populaires, notamment monoparentales, le non-départ est la norme : 60 % des foyers gagnant moins de 1 200 euros par mois restent chez eux.

    La famille suisse n’a jamais oublié son anniversaire

    Berthe reconnaît l’importance cruciale des vacances pour sa fille. Malgré la peur de confier son plus jeune enfant à des inconnus, elle a décidé d’y inscrire Maria dès l’âge de 5 ans. « J’avais peur de l’envoyer là-bas, c’est normal quand on est maman de s’inquiéter. Mais Maria m’a appelée, une fois en Suisse, et j’ai été rassurée. » Pour des familles qui ne partent jamais, il faut aussi vaincre une certaine réticence psychologique. « Il y a une part d’inquiétude qui entrave certaines familles, qui n’imaginent même pas pouvoir prendre des vacances, souligne le sociologue Bertrand Dubreuil. Pour qu’elles l’envisagent, il faut qu’elles se sentent en sécurité, ce qui n’est pas simple quand on est au chômage ou en situation précaire… »

    Depuis cette décision, Maria est partie chaque année dans sa « deuxième famille » avec laquelle elle garde toujours le contact. La famille suisse n’a jamais oublié un seul de ses anniversaires et lui envoie des cadeaux. L’année dernière, ce sont les Helvètes qui sont montés à Paris. « Ils sont venus dormir à la maison l’année dernière, ils sont simples et bien. Ils m’ont même invitée à venir chez eux », se souvient la mère. Une amitié qui n’aurait pas vu le jour sans l’ouverture sociale que permettent les vacances. « Les effets des vacances vont bien au-delà du simple rite, elles impactent aussi les comportements, elles influent sur la relation à l’autre, sur la perception de soi et de son environnement », rappelle Michelle Demessine, sénatrice (PCF) du Nord et ancienne secrétaire d’État au Tourisme.

    Reste à pouvoir partir. Or, en dehors de l’action des associations comme le SPF, les aides financières restent insuffisantes. D’après une étude de 2014 du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), un peu moins d’un quart des Français déclarent en avoir bénéficié pour partir en vacances. Un chiffre qui progresse (il était de 19 % en 2008) sous l’effet du développement des chèques vacances. Sauf que ces aides bénéficient en priorité aux plus aisés : 25 % des personnes gagnant plus de 3 000 euros ont reçu un coup de pouce pour partir en vacances, contre seulement 22 % des revenus inférieurs à 1 200 euros…

    Si Maria peut prendre le large, Berthe ne se le permet pas encore

    « C’est d’abord la taille ou le secteur d’activité où l’on travaille qui compte pour pouvoir bénéficier de telles aides et qui crée les écarts, relève l’Observatoire des inégalités. Cette situation résulte d’abord de salaires en moyenne supérieurs dans les grandes sociétés et de la présence de comités d’entreprise. » À titre d’exemple, seuls 19 % des chômeurs bénéficient d’un soutien pour partir en vacances, contre 31 % des personnes en emploi…

    Si Maria peut prendre le large, Berthe, elle, ne se le permet pas encore. L’envie ne lui manque pas. Mais, entre les crédits et les factures, ce n’est pas facile pour cette mère célibataire de mettre de l’argent de côté. Elle aimerait emmener ses enfants découvrir son Afrique natale, en Guinée. Trop cher. À la veille du départ, elle supervise la préparation de la valise avec attention. Entre le rangement des piles de tee-shirts et des masque et tuba, Maria rêve à son avenir. Elle s’imagine avocate. « Afin de défendre les gens comme nous », glisse-t-elle. « Tu travailleras bénévolement pour le Secours populaire français car il nous a beaucoup aidés », lui rétorque dans un sourire sa maman. Avant de boucler son bagage, Maria ressort les petits albums où elle a soigneusement consigné cinq années de vacances. Elle aime les feuilleter toute l’année et y noter ses meilleurs souvenirs. « Si je pouvais, je partirais tous les ans là-bas », rigole-t-elle.

    Le droit aux vacances, c’est pourtant la loi…
    Le droit aux vacances est inscrit dans le droit français. C’est la sénatrice PCF du Nord Michelle Demessine, qui, alors qu’elle était secrétaire d’État au Tourisme, a fait inscrire le droit aux vacances dans la loi contre les exclusions de 1998. À l’époque, elle avait mis l’accent sur le tourisme social pour faciliter le départ en vacances des personnes qui en étaient privées. Avec la création de la Bourse Solidarité Vacances, elle a mis en place les États généraux du tourisme social, en 1997, qui ont permis de montrer que des millions de personnes qui ne travaillent pas estimaient qu’elles n’avaient pas le droit de partir. Malgré les nombreux freins, la loi a formalisé l’importance d’un accompagnement social permettant de les lever et d’affirmer haut et fort que les vacances font bien partie d’un droit du citoyen.

 

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