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Un affaire qui en dit long sur la justice…et ses erreurs

Posté par jacques LAUPIES le 16 juillet 2017

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Le énième rebondissement que constitue le suicide du juge Lambert interpelle effectivement sur la difficulté de tout individu confronté à des soupçons portant sur sa culpabilité dans une affaire non élucidée.  l

En l’occurrence il s’agit d’accusations portant sur sa compétence professionnelle, mise en cause à propos de ses différentes décisions concernant le déroulement de l’instruction.

Comme souvent cela renvoie à la publicité faite sur l’ »affaire » concernée. Comme le déclarait en substance une magistrate dans un débat à la télé : des crimes aussi abominables que celui – ci se produisent hélas fréquemment au fil des années mais tous ne bénéficient pas d’une publicité aussi intense.

Une publicité qui fait apparaître les erreurs de l’instruction. Provoquant ainsi la fragilisation des différents acteurs de ce drame. Ce qui  constitue qu’une erreur devient une faute impardonnable dont les intéressés se voient crédités par une opinion dépendante  d’informateurs plus ou moins compétents. Les gendarmes eux-mêmes ayant été mis en cause !

C’est ce qui semble  s’être produit pour ce juge.

On peut toujours considérer que l’homme était vulnérable, d’une pirouette ainsi renvoyer négligemment son geste à sa fragilité psychologique ! L’opinion et plus particulièrement cette bande d’abrutis qui se laisse aller à jouer les enquêteurs et les juges devant les délires journalistiques, condamnant en fonction de leur déterminisme social étriqué, cette opinion va tuer ! Non pas l’arme au poing (quoique parfois !) mais en alimentant la rumeur et faisant du mis en cause la cible à abattre.

Certains iront même jusqu’à en faire le bouc émissaire dans leurs petits calculs  et intérêts sordides. Rien n’est plus facile pour sortir de sa propre merde d’aller fouiller dans celle des autres…

On peut supposer que le juge Lambert, tout autant que d’autres victimes de cette sombre affaire n’ont pas résisté à cette conjonction entre une justice défaillante et une opinion fabriquée, entretenue, dans une fonction d’où le pire – et parfois le meilleur – peuvent émerger. En l’occurrence c’est le pire qui triomphe : la déconstruction d’une vie qui s’achève par l’autodestruction présumée de l’intéressé.

Comme disait . Gide : « Le présent serait plein de tous les avenir si le passé n’y projetait déjà une histoire » Le  petit juge avait la sienne et elle l’a bel et bien tué.

Affaire villemin. Le juge Lambert et « la machine à broyer »

Entretien réalisé par Marie Barbier
Jeudi, 13 Juillet, 2017
L’Humanité

Après avoir couvert le dossier Grégory pour l’Humanité Dimanche, Serge Garde était resté ami avec le magistrat retraité, retrouvé mort mardi soir.

Le corps de l’ancien juge Jean-Michel Lambert, 65 ans, a été retrouvé mardi soir, à son ­domicile du Mans, la tête recouverte d’un sac plastique. Une autopsie doit se tenir ce jeudi matin, mais le suicide fait peu de doutes. Jean-Michel Lambert avait été le premier juge chargé, en 1984, d’instruire l’affaire Villemin, devenue un des plus grands fiascos de l’histoire judiciaire française.

Après avoir écrit sur l’affaire Villemin pour l’Humanité Dimanche, vous étiez resté proche de Jean-Michel Lambert…

Serge Garde. On avait gardé un lien de confiance. C’était un homme sensible, honnête, qui se réfugiait souvent derrière l’humour. Il m’avait téléphoné il y a quelques jours pour me dire son effarement de l’incarcération de Murielle Bolle. Il était bouleversé. Les médias la présentaient comme un « témoin clef » de l’enquête, c’était insupportable pour lui. Jean-Michel Lambert restait persuadé de l’innocence de Bernard Laroche. Quand on vérifie sur le terrain, comme je l’ai fait en décembre 1984 avec un chronomètre, Laroche ne peut pas avoir fait ce qu’on lui reproche. Auquel cas Murielle Bolle ne serait vraiment au courant de rien. Jean-Michel Lambert regrettait que beaucoup de journalistes recommencent à se faire les porte-micros des gendarmes dans un dossier qui est accablant pour eux.

Jean-Michel Lambert a été beaucoup critiqué sur la façon dont il a instruit cette affaire ; le juge qui lui a succédé parle même d’« erreur judiciaire »…

Serge Garde. Je suis journaliste, je ne suis pas qualifié pour porter un jugement sur le travail du juge Lambert. Ce qui est sûr, c’est qu’il a été victime d’un lynchage médiatique. Il faut rappeler qu’en 1984, il était le seul juge en poste à Épinal, il avait plus d’une centaine de d en même temps. Il a eu le courage de libérer Bernard Laroche, alors que le dossier s’était effondré comme « un château de cartes », selon son expression. Il a assumé. Ensuite, journalistes et ­gendarmes ont armé le bras de Jean-Marie Villemin (le père de Grégory a tué son cousin ­Bernard ­Laroche en mars 1985 – NDLR). C’était le premier dérapage de cette affaire ignoble, qui vient de tuer une deuxième fois. Il y a quelques jours, au téléphone, Jean-Michel Lambert m’a dit : « Ça va recommencer comme en 1985, la machine à broyer est relancée. Et je suis le prochain sur la liste. » Il était effaré de constater que la presse n’avait tiré aucun enseignement de ce fiasco. J’ai senti chez lui un certain désespoir.

journaliste

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

 

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