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Pères  inutiles

Posté par jacques LAUPIES le 24 août 2017

Vous êtes si infime

Qu’a été inventé

Un père du sublime

Porteur de vérité

 

Vous êtes  impuissants

Dans vos diversités

A faire du présent

Le royaume de paix

 

 

Mais ce qui n’est pas rien

Héritier d’habitudes

Vous  transmettez sans fin

De fausses certitudes

 

Pauvres ou opulents

Vous  êtes la mission

Du renouvellement

De votre contrition

 

Symbole du passé

Le patriarcat tue

Toutes les volontés

Et ferme les issues

 

Il n’est de renouveau

Que dans sa triste mort

Et c’est bien notre lot

Que d’espérer ce sort

écrit avant la lecture du texte ci-dessous donc sans lien avec lui. J’y reviendrai d’autant que pour moi la séduction ne peut-être violence !

Mélanie Gourarier. « La séduction alpha mâle s’inscrit dans un continuum de pratiques violentes »

Entretien réalisé par Samia Rhalies
Mercredi, 16 Août, 2017
Humanite.fr
Dans son ouvrage intitulé « Alpha Mâle, séduire les femmes pour s’apprécier entre hommes », l’anthropologue Mélanie Gourarier a étudiée pendant trois ans la « Communauté de la Séduction ». Ce groupe fait par et pour les hommes – majoritairement blanc et de classes moyennes et supérieures – soit disant opprimés par les femmes, met tout en œuvre pour retrouver une hégémonie masculiniste. Misogynes, sexistes, antiféministes, les acteurs de cette communauté se rassemblent, en France mais aussi partout en Europe et en Amérique du nord, dans le but de répondre à une « crise de la virilité » fantasmée.
Qu’est ce que regroupe la communauté de séduction dont vous parlez dans votre essai ?
Mélanie Gourarier. La Communauté de la Séduction est à l’origine un groupe de parole entre homme qui est apparu à la fin des années 1990 en Californie, et ce contexte là de la Californie est important parce que c’est là où émerge le développement personnel. Ce groupe de parole est un cercle consacré à encourager les hommes à parler de ce qu’ils considèrent être une condition masculine actuelle en souffrance. Très rapidement cette parole de souffrance va s’orienter sur la question de la séduction et on va considérer que c’est la séduction, les rapports hommes/femmes qui sont aujourd’hui la source des problèmes des hommes. Le fait que les rapports de séduction ne seraient plus censément comme avant, autrement dit plus sous la direction des hommes. Toute leur idée est que si la crise de la masculinité vient de la crise de la séduction, il faut donc que les hommes reprennent leur pouvoir dans la séduction. Ce qui est vraiment intéressant dans la Communauté de la Séduction, c’est l’association des techniques de développement personnel aux questions de séduction, le fait qu’il s’agisse de groupe de parole entre hommes qui s’inspirent aussi des fonctionnements des groupes féministes par exemple, mais pour cette fois-ci contre carrer une parole féministe. Ensuite il y a une autre chose qui explique le succès de la Communauté de la Séduction c’est le développement des réseaux sociaux en ligne. Ils se sont très rapidement approprié cette nouvelle technologie et ils ont créé des forums de discussions sur lesquels ils ont pu discuter entre eux et diffuser leurs idées. On retrouve aujourd’hui la Communauté de la Séduction à peu près partout en Europe et en Amérique du Nord. Pour finir, elle est constituée exclusivement d’hommes, majoritairement âgés de 18 à 35 ans, plutôt des classes moyennes et supérieures.
 
Vous disiez « constitué exclusivement d’hommes ». Comment avez-vous fait pour entrer sur ce terrain purement masculin en tant que femme et féministe ?
Mélanie Gourarier. A priori le fait d’être une femme ne m’a pas posé problème parce que j’ai pu bénéficier de plusieurs choses. La Communauté de la Séduction était alors émergente en France, et ils avaient une volonté de se faire connaître. J’ai fais mon terrain entre 2007 et 2012. Et j’ai pu bénéficier aussi du fait que je suis rentré par l’entremise de coachs en séduction que j’ai rencontré sur un terrain précédent que je menais sur le speed dating,- et qui, quand ils ont vu que j’étais anthropologue, ont souhaité que je travaille sur eux. C’est eux qui m’ont invité à les suivre. Donc ma qualité d’anthropologue m’a permis de faire le terrain, et ce qui est plutôt intéressant c’est que pas une seule seconde ils m’ont posé la question de mon propre positionnement politique. C’est-à-dire qu’ils me croyaient acquise à leur cause et ca c’est quelque chose qui n’est pas propre à mon terrain. S’intéresser à un groupe de personne c’est être du côté de ces personnes, pour les enquêtés. Donc moi j’ai pu bénéficier de cette adhésion là, du fait que je travaille sur eux ça montrait que je n’étais pas une féministe. Mais il ne s’agissait pas d’être sous couverture non plus, je n’ai jamais menti sur ma position c’est juste qu’on ne m’a jamais posé la question. 
 
Et vous avez eu des retours de leur part ?
Mélanie Gourarier. Non je n’ai pas eu de retour de la part de mes enquêtés. On m’a signalé qu’on critiquait le livre sur un forum de la Communauté, mais je n’ai pas grand-chose à en dire! C’était prévisible ! Mais là aussi il faut replacer dans un cadre plus général, c’est pas du tout spécifique à mon terrain, dès qu’on travaille sur un groupe de personne : les gens vont rarement adhérer à la façon dont on parle d’eux. Même si les conclusions vont dans leur sens ou dans le sens qu’ils défendent. Les gens se reconnaissent rarement. C’est vraiment un phénomène assez classique de la restitution de la recherche. 
 
D’après votre ouvrage, et de ce que vous en dites, cette Communauté est très répandue alors qu’on en entend pas vraiment parler ? 
Mélanie Gourarier. Alors on en a beaucoup parlé à certain moment où il y a eu des affaires un peu médiatisées, où on a accusé certain coach de violences sexuelles. En France on n’en parle peut-être pas beaucoup, mais aux Etats-Unis c’est quand même très connu. Il y a eu des épisodes de séries télévisées très populaires aux Etats-Unis qui se déroulés au sein de la Communauté de la Séduction. Les coachs en séduction ont leur propre émission télévisée sur des grandes chaînes, les ouvrages de la communauté sont des best-sellers, etc. Ensuite, il y a autre chose. Il est très difficile de penser la Communauté de la Séduction en tant qu’entité unitaire et organisée. Ce que j’ai essayé de montrer dans mon livre, c’est que l’adhésion à une certaine idéologie qui consisterait à penser que les hommes seraient défavorisés dans les rapports de séduction conduit à se renseigner, à s’informer et à lire des livres de développement personnel qui considèrent qu’il faudrait apprendre aux hommes à récupérer une position hégémonique qu’ils auraient perdu. Et tout ça dépasse le cadre de la Communauté de la Séduction. C’est une idéologie qui est relativement majoritaire quand on regarde la façon dont le sujet est traité dans les médias. Ce dont je me suis rendue compte au moment de la sortie du livre c’est qu’il était très difficile jusqu’à présent de parler des masculinités en sortant d’un discours sur la crise. Dès lors que le sujet c’est les masculinités, c’est toujours pour dire qu’il y a un problème. Qu’il y a une souffrance. Et ça pour moi c’est déjà être dans une idéologie masculiniste.
 
Et cette souffrance vous l’expliquez comment ?
Mélanie Gourarier. Mon  travail n’est pas du tout de remettre en question l’authenticité de cette souffrance. Ce que j’essaye de montrer c’est que même si ces émotions sont tout à fait réelles – autrement dit, qu’elles sont effectivement ressenties par les personnes – elles n’en sont pas moins socialement construites. On peut les mettre dans une perspective historique et donc la relativiser. Ce que j’ai voulu montrer c’est que ces discours de crise ne sont pas exceptionnels dans l’histoire et sont en fait récurrents dans l’histoire. Ensuite, il s’agit de les « re-sociologiser » en montrant que l’idée d’une crise de la masculinité est un moyen de renforcer un ordre social plutôt que le symptôme de son affaiblissement. La masculinité, loin de s’affaiblir, trouve dans l’idée de la menace un moyen de se revigorer.
 
Comment expliquer ce paradoxe de vouloir récupérer un certain pouvoir en étant le plus grand séducteur, et en même temps d’être misogyne ?
Mélanie Gourarier. Selon moi, il ne s’agit pas d’un paradoxe, c’est même assez logique. Ce qui est visé dans cette volonté d’être un grand séducteur, ce qui les intéresse n’est absolument pas la conquête des femmes mais, à travers la conquête des femmes s’apprécier entre hommes. C’est s’aimer entre hommes mais aussi s’évaluer, se hiérarchiser. La reproduction des masculinités fonctionne sur ce double processus : la nécessité de l’entre-soi masculin et les rapports – de pouvoir- entre hommes. 
 
Cette hiérarchie est basée sur quoi ? L’argent, la couleur de peau… ?
Mélanie Gourarier. Oui sur tout ça à la fois ! La figure de l’alpha mâle par exemple est un horizon inatteignable, un archétype qui est pensé comme socialement neutre. Comme si cette masculinité valorisée n’avait ni classe, ni race, ni âge, ni sexualité. Par ailleurs, la masculinité moyenne, celle qu’on croit « normale », n’est en fait absolument pas neutre. Par exemple la misogynie si elle est aujourd’hui socialement dévalorisée, est autant répandue mais ne s’exprime plus de la même manière.  Exprimer un discours violent à l’égard des femmes est particulièrement déprécié et vous situe socialement. Il y a tout un travail qui est fait sur la manière de policer le langage masculin, qui ne doit pas être trop violent, mais qui ne doit pas être trop efféminé non. C’est là où la question de la norme se joue, dans cet entre-deux, en tension, qui conduit à reléguer des modes de masculinités marginalisés. 
 
Par rapport aux violences des masculinités, il y a plusieurs fois [dans l’ouvrage] où il est question de pratiquer la « drague de rue ». Est-ce que ce n’est pas ce que les femmes ou les féministes pourraient appeler le « harcèlement de rue » ?
Mélanie Gourarier. Oui, sauf qu’à mon sens il ne faut pas limiter la question du harcèlement à la rue parce que ça limite aussi la question de la violence émise par les hommes à une certaine catégorie d’hommes, or cette violence là se retrouve à l’université émise par des personnes en position de pouvoir, on la retrouve aussi dans les médias, le monde politique, bref, aussi et peut-être surtout dans les sphères dominantes. Et si on ne parle que du harcèlement de rue on oublie que ce harcèlement est un phénomène structurel et très largement généralisé.
 
Mais nous avons souvent tendance à considérer le harcèlement de rue comme l’apanage des classes défavorisées, des immigrés, des réfugiés, etc. Le fait, pour eux, d’appeler ça de la « drague de rue », c’est une manière de se distancier…
Mélanie Gourarier. Les membres de la Communauté de la Séduction ne voient pas de rapport entre le harcèlement et la drague. Ils n’emploient pas « drague de rue » pour s’extraire de la catégorie du harcèlement, pour eux ce n’est pas la même chose. D’ailleurs ils critiquent ça énormément : qu’on puisse confondre drague et harcèlement. Toutefois, tout l’enjeu est, il me semble, de questionner ces pratiques pour montrer finalement qu’il se joue quelque chose dans la manière de les différencier. En tant que chercheure et en tant que féministe il y a enjeu à montrer que la séduction s’inscrit dans un continuum de pratiques violentes. Elle n’est pas un espace qui s’extrait des rapports de pouvoir : elle est au contraire l’une de sa principale arène.
 
Est-ce que cet « art de la séduction » peut se jouer de la même manière dans les communautés homosexuelles ?
Mélanie Gourarier. Il y a eu beaucoup d’études qui ont été faites sur la drague homosexuelle, notamment au moment des grandes enquêtes qui ont été faites au début de l’épidémie du sida. Il y avait alors une nécessité de comprendre les modes de drague, pour mieux agir sur la prévention, etc. Par exemple en France, les études sur la sexualité se sont développées à ce moment là, aussi pour des raisons préventives. Ce qui est assez intéressant c’est que les premières enquêtes sur la séduction ont été faites sur la drague homosexuelle, c’est bien plus tard qu’on s’est mis à travailler sur l’hétérosexualité, aussi parce qu’elle est la norme majoritaire. À ma connaissance, il n’existe pas de communauté de la séduction homosexuelle comme il existe une communauté de la séduction hétérosexuelle, etc. Ce que je peux juste dire c’est qu’on ne peut pas penser de façon symétrique la drague homosexuelle, la drague hétérosexuelle, la drague hétérosexuelle pratiquée par des femmes et celle pratiquée par des hommes. On peut toujours penser ces rapports là, mais il faut les penser comme étant spécifique puisqu’ils s’inscrivent plus largement dans un ordre du genre. Travailler sur la drague, l’apprentissage de la séduction hétérosexuelle par et pour des hommes c’est travailler sur une certaine position dans le rapport social. Lorsqu’on travaille sur la drague homosexuelle, il faut donc la réinscrire dans un système de genre et de sexualité plus large. Ces pratiques sont prises et situées dans des rapports de pouvoir qui ne sont pas symétriques aux pratiques hétérosexuelles

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

 

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