L’histoire par le petit bout de la lorgnette ?

Posté par jacques LAUPIES le 14 novembre 2017

Je n’ai pas le temps de faire un commentaire sur cet article.

Je n’ai pas d’apriori sur l’action menée par Stéphane Bern. Sauf un : c’est que nombre des émissions qu’il anime sur l’histoire nous parlent très peu des contextes économiques et sociaux qui dictaient le comportement des « grands hommes » ou des « grandes dames » qui sont au centre de ses exposés historiques.

Les histoires de culs royaux sont certes à prendre en compte mais ils pèsent bien peu dans  les conflits de classe. Pas plus que celles des culs ordinaires !

Mais bon si tous les gamins regardaient et entendaient les descriptions dont il nous gratifie sur nos écrans de télé cela compenserait peut-être cette ignorance généralisée que l’on peut constater parmi nombre de jeunes et plus tard des adultes qu’ils vont devenir…

 

 

Patrimoine. Stéphane Bern « au pays des soviets »

Audrey Loussouarn
Mardi, 14 Novembre, 2017
L’Humanité

L’animateur télé, « Monsieur Patrimoine » d’Emmanuel Macron, est venu hier prendre un cours de culture populaire au musée de l’Histoire vivante de Montreuil.

«Je vois le malin plaisir que vous avez à me faire passer devant », glisse dans un sourire Stéphane Bern, déambulant entre le bureau de Jean Jaurès et un portrait de Marx. L’animateur de France 2, sacoche en cuir au bras, aura même en cadeau un format réduit du buste de Robespierre. Hier, à Montreuil (Seine-Saint-Denis), le très médiatique « Monsieur Patrimoine » d’Emmanuel Macron était en visite au musée de l’Histoire vivante. Aucun commentaire sur le bâtiment bourgeois de 1874 ou sur une peinture de Brodsky montrant Lénine à Smolny, dans l’exposition sur les révolutions russes, n’échappe aux journalistes. « Peut-être que demain la presse titrera sur “Stéphane Bern au pays des soviets”, mais c’est un débat sérieux que nous ouvrons ici », a rappelé Frédérick Genevée, président de l’association gérant le musée. À l’adresse de l’invité, celui-ci relève que « les dominés ne peuvent pratiquement pas inscrire leur histoire dans la pierre » et que « le patrimoine, ce n’est pas que les belles pierres et les beaux châteaux ».

Conscient de son auditoire, Stéphane Bern a bûché, en amont, sur les trésors du musée et ne cessera de rassurer sur sa volonté de défendre le patrimoine français « sans exclusive » – évoquant longuement la mémoire des sites industriels et vantant le Front populaire « auquel nous devons tant de droits »… Tout cela dit par un « fils de rien », précise-t-il en réponse à Patrice Bessac, maire PCF de la ville, qui l’interpellait : « Une histoire doit être écrite, celle des gens de rien qui ont décidé à un moment de renverser la table. Cette visite doit être un premier pas vers la reconnaissance. » Pour Alexis Corbière, député FI de la circonscription, ce serait un « crime » que de voir « disparaître ce patrimoine populaire ». Ce musée créé par les élus communistes dans le cadre du Front populaire en 1937 est financé pour 66 % de son budget par la municipalité, dont les aides « sont sans cesse réduites par l’État », précise quant à lui Patrice Bessac.

Certains historiens craignent un possible « histotainment »

La visite de l’exposition sur la révolution d’Octobre 17, qui tend à « interroger les lectures » des événements, ne pouvait pas tomber mieux. Car, ce sont ces mêmes lectures de l’histoire qui ont inquiété les historiens dès la nomination de Stéphane Bern à la mi-septembre. En pleines Journées du patrimoine, au château de Monte-Cristo, à Port-Marly (Yvelines), l’animateur, diplômé de commerce, ex-rédacteur en chef du magazine Dynastie, et Emmanuel Macron, amis depuis des années (Bern voit en lui une « vraie noblesse de cœur et d’intelligence », une « empathie » propre aux « royaux »), opèrent une étonnante réécriture de l’histoire sur l’ordonnance de Villers-Cotterêts, signée en 1539 par François Ier, qui aurait effacé les langues régionales au profit du français. « Ce que vous tentez d’attribuer à François  Ier, c’est la Révolution qui l’impose », l’interpelle alors l’historienne Mathilde Larrère. Comme un exemple de ce que craignent certains historiens comme Nicolas Offenstadt, qui voit le « Monsieur Patrimoine » en « château-centré », en défenseur d’un « roman national » « tout sauf neutre idéologiquement dans sa manière d’appréhender le passé, l’histoire de France et même le présent ». Et de prophétiser un possible « histotainment ». Stéphane Bern en est déjà coutumier, et ce depuis 2007, avec ses Secrets d’histoire sur France 2. En mai 2015, sur 88 émissions diffusées depuis 2008, Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière calculent que « 60 % ont été consacrées exclusivement à des monarques et à leurs favorites ». Stéphane Bern revendique cette partialité : « Il y a eu 700 ans de monarchie et moins de 250 ans de République », expliquait-il en octobre dernier au Monde. « Et puis, les sujets sur les révolutionnaires ne marchent pas ! » Question d’audience donc, même pour le service public, pour l’ami des têtes couronnées et futur animateur de Suivez le guide, coanimée avec son comparse en royalisme Lorànt Deutsch.

Stéphane Bern est conscient de ce manque d’unanimité. Ce week-end, au Parisien, il confirmait que quatorze sites de patrimoine pourraient être réhabilités dès 2018 et que « chaque catégorie sera représentée », citant « château, église », mais aussi « patrimoine religieux, industriel, ouvrier, vernaculaire ». « Qu’on ne m’accuse pas de ne vouloir sauver que les églises et les châteaux. J’aimerais aussi qu’on cesse de considérer les propriétaires de châteaux comme des nantis, alors qu’ils se saignent aux quatre veines pour essayer d’entretenir leurs vieilles pierres », insistait-il.

Aussi, comment trouver des financements sans « surcharger le budget de l’État », comme il le souligne ? « On peut aller en trouver (de l’argent) », soumet l’animateur télé, sur Europe 1 en septembre, évoquant des partenariats public/privé et des fondations. Ce week-end, il a donné une autre piste de financement : « Il faut d’urgence faire payer l’entrée des cathédrales. On est le seul pays où leur accès est gratuit. » « Il s’agit là d’un vrai choix politique à faire », l’a alerté Frédérick Genevée, après avoir cité des sites « rares, fragiles et menacés comme la maison Henri Barbusse à Aumont ou le musée Jaurès à Castres.

L’État ne doit pas se désengager ou proposer des solutions qui n’en sont pas, comme le mécénat, pour lequel les petites structures, surtout quand elles portent la mémoire des dominés, ne peuvent concourir face aux grands musées et aux institutions installées ».

Cet article a été publié le Mardi 14 novembre 2017 à 00:02 et est catégorisé sous POLITIQUE. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le fil Flux des commentaires. Vous pouvez laisser un commentaire. Les trackbacks sont fermés.

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