Afrique, une seule solution : investir dans la coopération

Posté par laupiesjacques le 29 novembre 2017

Choisi ou pas le public de jeunes a d’une manière globale bien accueilli le Président qui s’est livré à une opération de séduction des étudiants burkinabé. Pour qui ne connaît pas la situation dans laquelle se trouvent les population de ces pays africains qui peinent à se relever des politiques coloniales et néocoloniales, les propos du Président peuvent paraître encourageants et cohérents.

L’appel à ce que les africains assument la prise en charge de leurs problèmes, la justification des interventions militaires pour les « protéger », la neutralité de la France renonçant à la « Françafrique », la tentative de faire oublier les origines de l’intervention  militaire en Lybie et donc se dédouaner de ce qui s’y passe, n’auront pas nécessairement convaincu que le Président Macron, avec son paternalisme mal dissimulé, demeure  peu crédible au regard de ce qu’il représente  réellement : les intérêts du capital !

Pourtant il y aurait tant à faire pour l’aide et la coopération qui encourage le développement des pays où incontestablement la France et son peuple peuvent trouver un véritable intérêt économique, social et culturel. Et notamment donner  l’envie de vivre et travailler au pays ! 

 

Diplomatie. À Ouagadougou, Emmanuel Macron relooke la Françafrique

 

Stéphane Aubouard avec Gaël de Santis (de Ouagadougou)
Mercredi, 29 Novembre, 2017
L’Humanité

Hier, le président français a resservi dans un style très publicitaire les mêmes recettes de la politique française postcoloniale. Il a aussi annoncé la déclassification complète des archives françaises concernant l’assassinat de Thomas Sankara.

Hier matin au Burkina Faso, devant un parterre de 800 étudiants de l’université Ouaga-I Joseph-Ki-Zerbo, Emmanuel Macron a passé son grand oral africain. Si le président français a tenté d’y mettre les formes, évitant le piège civilisationnel, sur le fond, en revanche, le flou reste total. Le président a invité les Africains à dépasser les crispations liées à l’histoire et tenté de séduire une jeunesse pour qui la France évoque davantage les interventions militaires et la corruption qu’un rêve à portée de main.

Le locataire de l’Élysée n’a pas su rassurer quant aux politiques d’aide au développement et d’échanges économiques avec ses partenaires africains. Une réalité qui rappelle que le système opaque de la Françafrique reste bel et bien de mise. Quels qu’en soient les mots, les formules toutes faites et le déguisement de son principal porte-parole.

Le minibus d’une délégation de chefs d’entreprise caillassé. Une grenade lancée contre des militaires français. À quelques heures du grand oral africain d’Emmanuel Macron, deux symboles de la Françafrique ont été visés, lundi et mardi, à Ougadougou. Un rappel fait au président de la République qui ne l’a certes pas empêché de perpétuer la tradition post-coloniale au sein de l’université Ouaga- I Joseph-Ki-Zerbo. Dans le principal amphithéâtre « marxiste et panafricain », comme le définissent les étudiants burkinabés, le chef de l’État s’est présenté en double ambassadeur zélé : celui des grandes entreprises françaises, mais aussi et, surtout, le sien. Il s’agissait d’abord de s’extraire des discours de ses deux prédécesseurs. Le choix de Ougadougou en lieu et place de Dakar, où Hollande et Sarkozy s’étaient rendus, était une première étape. Il prétendait ensuite faire oublier les propos catastrophiques tenus par Nicolas Sarkozy, en 2007, à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, affirmant que « l’homme africain n’était pas assez entré dans l’Histoire ». Pendant près de deux heures, Emmanuel Macron a ainsi tenté de se départir de cette ombre gênante, répétant à l’envi qu’il n’était pas là pour donner des leçons aux Africains.

Président jupitérien et paternalisme gluant

Le locataire de l’Élysée a ainsi commencé son discours en rendant hommage à l’icône de la nation, Thomas Sankara, fondateur du Burkina Faso, assassiné en 1987, en reprenant une de ses célèbres phrases : « Oser inventer l’avenir. » Une formule politique profonde qui, dans la bouche du président français, sonnait plus comme un slogan publicitaire, a priori attrayant de prime abord, mais où les vieilles recettes sont restées de mise. Il faut dire que, pour l’envoyé du CAC 40 et des start-up, le vieux marché africain n’est plus aussi facile à capter qu’il l’était il y a encore dix ans. La concurrence agressive de la Chine l’a ainsi poussé à dérouler un programme permettant à la France de préserver ce qui reste de son pré carré. En une dizaine de points, il a décliné son projet de politique africaine. Il a assuré que, dans ce dernier, il « n’y avait plus de politique africaine de la France », usant pour convaincre d’un ton amical et assurant les Africains du pied d’égalité sur lequel leurs pays et la France se trouvaient désormais. Mais, chassez le naturel et il revient au galop. À plusieurs reprises, le président jupitérien n’a pu s’empêcher de tomber dans un paternalisme gluant. « Au-delà de la Minusma, c’est Barkhane qui assure la stabilité. C’est les Français qui vous protègent », a-t-il ainsi rappelé à l’auditoire, faisant référence aux forces armées françaises déployées au Mali par François Hollande en août 2014 sous couvert d’antiterrorisme et qui ont donné l’occasion d’installer une nouvelle base militaire française en Afrique. Ce qu’Emmanuel Macron s’est bien gardé de rappeler. Celui-ci a néanmoins promis que la France appuierait toute initiative de l’Union africaine à l’ONU pour former et coordonner des forces armées antiterroristes intervenant dans la zone sahélo-saharienne.

Sa sortie sur la démographie africaine n’a pas été non plus des plus subtiles. Après s’être posé en champion de l’émancipation des femmes africaines, déclarant vouloir que « partout en Afrique une jeune fille puisse avoir le choix de ne pas être mariée à 13 ou 14 ans », le président Macron n’a pu s’empêcher de s’occuper de leur ventre : « Quand vous avez une croissance démographique durablement supérieure à la croissance économique, vous n’arrivez jamais à lutter contre la pauvreté », a-t-il insisté, regrettant seulement d’avoir employé cet été le terme de problème « civilisationnel ».

Beaucoup de promesses, mais peu d’action

Beaucoup de promesses, donc, mais peu d’action. Si Paris devrait, d’ici à 2020, augmenter l’aide au développement à 0,55 % du budget de l’État, Emmanuel Macron ne s’est guère prononcé sur sa finalité. Une enveloppe de 300 millions d’euros devrait aller dans des projets d’infrastructures, numériques, énergétiques, et de transport. Les grandes entreprises du privé seront invitées à sortir de l’argent pour développer le secteur de la santé dans plusieurs pays. Le flou reste persistant sur les chiffres et la méthode. Et même si le président français se targue de vouloir couper avec un ancien système de corruption généralisé – ce qui, au passage, signifie que ce système perdure aujourd’hui malgré les promesses de Nicolas Sarkozy de rompre avec ces méthodes en 2007 –, la Françafrique reste bien présente en sous-main. Emmanuel Macron ne veut plus, dit-il, de subventions d’État à État qui ont favorisé cette corruption. C’est oublier que, pour la France, la décolonisation a consisté à privatiser l’Afrique et que, désormais, le système perdure via les grands groupes économiques.

Le changement clamé hier porte davantage sur la forme que sur le fond. Ce que déplorent nombre de jeunes Burkinabés : « Si la France devait faire quelque chose, ce serait de contribuer à améliorer les conditions d’études. Nous sommes 2 000 dans les amphis et on manque de laboratoires », confiait hier à l’Humanité Saly, une jeune étudiante aspirant à devenir professeur de français. À ses côtés, Abdoulaye, appelé « l’économiste » par ses amis, est beaucoup plus optimiste. Il espère que Macron « prendra en compte les jeunes dans les politiques de développement ». Pour lui, l’éducation doit « s’adapter à l’économie, au marché du travail ». Ici, le système d’enseignement « ne forme que des fonctionnaires », déplore ce récent diplômé qui espère devenir « entrepreneur en lançant un élevage » dans les faubourgs de Ouagadougou, « mais les subventions promises par le gouvernement ne viennent pas », se désole-t-il. Peut-être quelque PME ou start-up françaises lui viendront-elles en aide, comme promis hier par Emmanuel Macron qui a invité l’ensemble du tissu économique français à venir investir en Afrique, « à condition que celles-ci privilégient l’emploi local ». Quant à la démocratie en Afrique, si elle fut défendue à pleins poumons par le chef de l’État, il n’a pas dit un mot sur l’insurrection qui se déroule aujourd’hui au Togo, où le peuple réclame le retour à la Constitution de 1992 et le départ sans condition de la dynastie Gnassingbé, après cinquante années au pouvoir. Pas un mot sur la République démocratique du Congo, dont la Constitution, violée par Joseph Kabila, provoque de fortes tensions dans un pays en état de quasi-guerre civile. Pas un mot sur l’échec de la politique de la France en Centrafrique. Il s’est en revanche empressé de remercier le président tchadien Idriss Déby, le prince saoudien Ben Salmane, ou encore Mohammed VI du Maroc pour leur participation à la lutte antiterroriste. Autant de démocrates, comme chacun sait.

Après un discours conclu par une ode à la francophonie, le chef de l’État s’est prêté au jeu des questions-réponses avec quatre étudiants. L’une d’entre eux a apporté deux bonnes nouvelles au peuple burkinabé. La France ouvrira officiellement les dossiers classés secret-défense dans l’affaire Sankara pour les mettre à disposition de la justice burkinabée. Dans un second temps, François Compaoré, frère du président déchu Blaise Compaoré – l’un des maîtres d’œuvre de l’assassinat de Thomas Sankara et qui dirigé le pays jusqu’en 2015 avant d’être renversé par un mouvement populaire –, serait extradé si la justice burkinabée le demande. Concernant le franc CFA, alors que les statuts des deux Banques centrales ne peuvent être modifiés sans le consentement de Paris, Emmanuel Macron s’est dit « favorable » à un changement de « nom » de la monnaie ou à un élargissement du « périmètre » si les États africains le souhaitaient. Aujourd’hui et demain, c’est en Côte d’Ivoire et au Ghana que le président français continuera son périple.

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