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Pourquoi ce besoin de tuer le père

Posté par jacques LAUPIES le 13 décembre 2017

 

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A l’issue de ma vie j’ai parfois un sentiment diffus : celui que les sociétés, les groupes d’individus et les individus eux-mêmes se plaisent à se distinguer de ceux qui les ont précèdés. Cela dans la mesure où ils ne veulent pas endosser des échecs et leurs conséquences.

Ce comportement à l’avantage de masquer, au niveau des dirigeants et  des décideurs d’une entité, le fondement de ces échecs, d’en faire une affaire de personnes plus qu’une affaire de défaut du système dans lequel ils vivent. Il permet en outre de déculpabiliser ce qui se présente comme nouveau en chargeant ce qui est ancien.

Que ce soit en économie, en politique, dans la vie sociale en général, les conséquences sont lourdes car elles détournent les citoyens des vraies causes des difficultés dont ils sont les premiers à être victimes.

Ce qui peut conduire non pas à transformer le fonctionnement de l’entité en question mais à faire un procès aux individus ou groupes d’individus qui la dirigent et cela en en transférant la responsabilité  à tous ceux qui la composent.

L’état français symbolise parfaitement cette réalité puisque nous disposons d’une constitution dont le système électoral est fondé sur l’élimination des expressions spécifiques au profit de celles qui disposent des moyens de manipulation les plus puissants et les plus sophistiqués (Système d’enseignement, de formation (ou non formation) d’information, etc. Un système qui se prête à des opérations de recomposition prenant appui sur le fait générationnel. Un système que les dominants utilisent avec l’appui d’une minorité trompée, victime des opportunismes.

Mais au delà de l’état nous sommes tous tributaires de ce phénomène et nous devons veiller à ce que les rapports sociaux nous déterminent plus que celui de nos relations avec nos pères pour solutionner les contradictions qui nous étouffent.

Ce commentaire n’a rien à voir avec le texte suivant…enfin presque !

 

 PARUS DANS L’HUMANITE DE LUNDI

Pour un mouvement social par Roger Martelli, historien, codirecteur de Regards

Roger MartelliHistorien, codirecteur de Regards

Le capitalisme reste lui-même et pourtant il n’est plus le même. Plus que jamais il précarise les individus, les discrimine et les classe sur l’échelle des avoirs, des savoirs et des pouvoirs. Le classement stimule la lutte millénaire des mal classés et des bien classés, des pauvres et des riches, des dominants et des dominés. La lutte des classes n’est pas morte, loin s’en faut. Mais elle ne délimite plus de façon simple des classes sociologiques. Au cœur des dominants, se trouve une oligarchie réduite, moins une classe qu’un club élitiste et protégé des regards par l’opacité des réseaux financiers. Du côté des dominés, il n’y a plus le groupe central et expansif que sécrétait l’industrie. Les dominés sont plus nombreux, mais dispersés, atomisés par la concurrence. À la limite, on pouvait penser hier que, pour mener politiquement la lutte des classes, il suffisait de guider la classe ouvrière pour qu’elle « prenne le pouvoir ». Mais que faire quand, mondialisation et financiarisation aidant, le pouvoir concentré est plus diffus et que la classe révolutionnaire a perdu elle-même de sa centralité ?

Disons-le tout net : le peuple est d’autant moins à guider qu’il doit avant tout se constituer. Or on ne le fera pas en l’opposant seulement à ce qui n’est pas le peuple, à « l’élite » ou à la « caste ». Le peuple ne se constitue pas d’abord dans la détestation du privilégié, mais dans la conscience du privilège qui contredit l’émancipation du plus grand nombre et tourne le dos à l’exigence désormais vitale du commun et du partage. Le ferment de long souffle de la lutte n’est pas la haine, mais le projet contestant ce classement qui légitime l’inégalité. Au fond, ce ne fut pas un hasard si Marx et Engels, en 1848, ne mirent pas au centre du débat le « parti de la classe », mais le « Parti communiste ».

Les catégories populaires doivent se constituer en multitude, c’est-à-dire en mouvement social. Au-delà, elles doivent s’imposer comme peuple politique. Elles n’ont pas besoin pour cela d’un « parti du peuple ». Parce que, si la politique nécessite qu’il y ait de l’organisation politique, elle ne met plus au centre la question du parti. Signe des temps qui changent…

En s’imposant historiquement, le capitalisme a séparé les instances de l’économique, du social, du politique et du symbolique. Il a suscité la distinction fonctionnelle de l’association, du syndicat et du parti. Or l’évolution actuelle rend de plus en plus inextricable le jeu des « instances ». Agir sur la société, pour la conserver ou la transformer, suppose d’agir sur le tout en même temps que sur chaque partie. La spécialisation des organisations peut rester la règle ; leur séparation est un handicap. Pour qui veut révolutionner le monde, la maîtrise politique de la lutte des classes suppose donc d’innover autour de quatre questions.

Comment penser une logique des communs qui, pour mettre en cohérence les sociétés, se substitue à celle de la concurrence et de l’État administratif ?

Comment réarticuler les registres de l’action sociale (association, syndicat, parti) sans les fondre dans un tout indistinct ?

Comment refonder les logiques collectives de l’action politique, en dépassant les limites historiques non pas de l’organisation politique en général, mais de la « forme parti » qui la façonne depuis un siècle ?

Comment cesser le balancement perpétuel entre l’autonomie individuelle et l’action collective, ce qui suppose de refonder en même temps la conception de l’individu (non individualiste) et celle du collectif (non collectiviste) ?

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

 

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