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Hommage. Charlie Hebdo : après le sang et les larmes, le droit au pluralisme ?

Posté par jacques LAUPIES le 9 janvier 2018

 

Caroline Constant
Lundi, 8 Janvier, 2018
L’Humanité
Dans le numéro de Charlie de cette semaine, Riss liv re le prix à payer, au sens propre, de la protection	: «	Entre 1 et 1,5/million d’euros par an, entièrement à la charge du journal. » Lewis Joly/JDD/Sipa<br />

Dans le numéro de Charlie de cette semaine, Riss liv re le prix à payer, au sens propre, de la protection : « Entre 1 et 1,5/million d’euros par an, entièrement à la charge du journal. » Lewis Joly/JDD/Sipa
 

Charb, Wolinski, Tignous, Cabu, Bernard Maris, Elsa Cayat, Honoré, Mustapha Ourrad, Frédéric Boisseau, Michel Renaud, Franck Brinsolaro ont été assassinés pendant la conférence de rédaction, le 7 janvier 2015. Depuis, le journal est sous protection policière et subit des menaces régulières.

Il faut continuer à soutenir Charlie Hebdo. Qu’on aime ou pas ses dessins, qu’on soit d’accord ou non avec ses articles. Pas seulement en mémoire de Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré ou Bernard Maris. Mais au nom du pluralisme, du droit à un journal d’exposer une opinion. Avec laquelle on peut ne pas être d’accord, mais en tout cas sans jamais remettre en cause le droit de ce journal à exister et à ces hommes et ces femmes de s’exprimer. « On a le droit de ne pas aimer Charlie, de ne pas apprécier ce que nous dessinons, ce que nous écrivons, d’estimer même que nous allons trop loin », a martelé le rédacteur en chef du journal, Gérard Biard, samedi après-midi aux Folies- Bergères, lors des débats initiés par la Licra et le Printemps républicain (lire page 6). « Charlie est un journal satirique d’opinion. La satire n’a pas pour but de faire plaisir à tout le monde, et une opinion peut être contestée », a-t-il continué. Mais, « on n’a pas le droit de nous tirer dessus. Ni de nous menacer de mort. Ni de laisser entendre que ces menaces sont au fond légitimes ».

Car Charlie Hebdo vit depuis trois ans un cauchemar. Sorti des conflits en légitimité, largement racontés par la presse, le journal continue à sortir toutes les semaines. Mais ses locaux sont tenus secrets et hyper protégés, et certains de ses membres n’ont plus de liberté de mouvement. « Les salariés de Charlie Hebdo doivent pouvoir travailler en toute sécurité », confiait Riss, le directeur de la publication, à l’Humanité, vendredi au téléphone. Dans le numéro de Charlie de cette semaine, il livre le prix à payer, au sens propre, de cette protection : « Entre 1 et 1,5 million d’euros par an, entièrement à la charge du journal. Lorsque vous sortez de votre poche 3 euros pour acheter un exemplaire de Charlie Hebdo, 1,30 euro va au distributeur, les MLP, et c’est avec le 1,70 euro restant que le journal paye les salariés, les loyers, les prestataires ainsi que sa sécurité.

« Chaque semaine, au moins 15 000 exemplaires doivent être vendus uniquement pour payer la sécurisation des locaux de Charlie Hebdo », écrit le dessinateur dans son éditorial. Depuis 2015, l’hebdomadaire a stabilisé ses ventes, avec environ 35 000 abonnements et 30 000 ventes en kiosques. Fabrice Nicolino, gravement blessé dans l’attentat, explique aussi dans le même numéro ce que signifie travailler à Charlie depuis 2015, la peur au ventre. Avec un quotidien chamboulé : « La spontanéité, c’est fini. Finis les potes, finis les bars. Quand je vais encore dans l’un d’eux, mes policiers sont là. Et il leur arrive de me presser de partir parce qu’ils craignent quelque chose. Chez moi, où je suis connu, des voisins d’extrême gauche ne veulent plus me dire bonjour, car ils ne sont surtout pas Charlie », rapporte dans ce long article un collaborateur du journal. D’autres font état d’un sentiment d’alerte permanent : « Nous vivons comme des clandestins. Il faut constamment anticiper, ne pas prendre l’habitude d’aller au même endroit pour manger. » Sans compter qu’il faut aussi « planquer l’existence de femmes, de maris », de proches.

Tout le week-end, des hommages se sont succédé, jusqu’à hier

Fabriquer un journal dans ces conditions, c’est forcément compliqué. Être journaliste, comme dessinateur, demande de sortir, de rencontrer du monde. Dans le Journal de Saône-et-Loire, Antonio Fischetti, journaliste scientifique à Charlie Hebdo, confie : « C’est très lourd d’aller à la rencontre des gens avec une escorte de policiers. On continue de le faire, mais c’est très pesant. Charlie n’a jamais été un journal militariste, on aimerait bien se passer de tout ça, mais la situation fait qu’on n’a pas d’autre choix. Et ce pour très longtemps, si ce n’est pour toujours… »

Tout le week-end, des hommages se sont succédé, jusqu’à hier, devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, rue Nicolas-Appert, à Paris, puis à l’endroit, boulevard Richard-Lenoir, où a été assassiné le policier Ahmed Merabet et devant l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, où quatre personnes ont été tuées le 9 janvier 2015. Le président de la République, Emmanuel Macron, a participé à ces hommages silencieux, aux côtés des victimes et de leurs familles. Le chef de l’État était accompagné de Françoise Nyssen, ministre de la Culture, de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, de Nicole Belloubet, ministre de la Justice, et de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. La maire de Paris, Anne Hidalgo, et l’ex-premier ministre Manuel Valls ont assisté aux cérémonies.

Samedi, dans le quotidien Libération, le journaliste Philippe Lançon, gravement blessé lors de l’attentat, a expliqué se méfier de l’injonction « Je suis Charlie ». « Cette expression continue simplement de signifier pour moi : “Je veux me sentir libre d’écrire et de lire ce qui me chante et que les autres bénéficient de cette liberté.” » On ne saurait mieux résumer ce que constitue la liberté de la presse.

journaliste

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