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Luttes des femmes. La nouvelle vague du féminisme est une déferlante mondiale

Posté par jacques LAUPIES le 9 mars 2018

 

Rosa Moussaoui
Jeudi, 8 Mars, 2018
L’Humanité
En haut, à gauche, manifestations géantes contre Donald Trump, pour la seconde «	Marche des femmes	», le 20 janvier (ici à Los Angeles). Mark Ralston/AFP.<br />
Mobilisation des femmes, à Varsovie (Pologne), le 3 octobre 2016, contre les initiatives du gouvernement voulant limiter le droit à l’avortement. Kacper Tempel/Reuters.<br />
Ci-contre, à droite, rassemblement contre les violences faites aux femmes, à Hyderabad (Inde), le 14 novembre 2017. Noah Seelam/AFP<br />

En haut, à gauche, manifestations géantes contre Donald Trump, pour la seconde « Marche des femmes », le 20 janvier (ici à Los Angeles). Mark Ralston/AFP. Mobilisation des femmes, à Varsovie (Pologne), le 3 octobre 2016, contre les initiatives du gouvernement voulant limiter le droit à l’avortement. Kacper Tempel/Reuters. Ci-contre, à droite, rassemblement contre les violences faites aux femmes, à Hyderabad (Inde), le 14 novembre 2017. Noah Seelam/AFP
 

Partie des États-Unis dès janvier 2017, la révolte des femmes contre les violences sexuelles alimente un mouvement qui met en cause l’imaginaire social et les rapports de pouvoir qui perpétuent les normes patriarcales, les discriminations, les inégalités.

Ce 21 février 2017, Donald Trump, investi la veille, prend ses quartiers à la Maison-Blanche. Le monde est encore sous le choc de l’élection du milliardaire, passé de la téléréalité aux plus hautes sphères du pouvoir. Ce démagogue, réactionnaire chaotique, a fait du mensonge, de la provocation et de la vulgarité ses marques de fabrique. Ses cibles favorites ? Les femmes. En 2005, lors d’une conversation avec l’animateur de télévision Billy Bush, il se vante de pouvoir, grâce à sa célébrité, « attraper » les femmes par « la chatte ». « Grab them by the pussy. » La formule, féroce, hargneuse, ordurière, sonne comme une déclaration de guerre. À peine Donald Trump installé, les femmes répliquent. Une vague de « bonnets roses » déferle sur les États-Unis. À l’appel du collectif Women’s March, plusieurs millions de personnes défilent dans les rues de 400 villes pour dénoncer la haine des femmes entretenue par le nouveau président américain et la politique rétrograde qu’il entend mettre en œuvre. À Park City, dans l’Utah, les organisateurs du festival Sundance, grand-messe du cinéma indépendant, appellent à se joindre aux manifestantes. Dans la foule des protestataires, au coude-à-coude avec des militantes féministes, emmitouflé dans un blouson noir et négligemment coiffé d’un bonnet gris, un certain Harvey Weinstein bat le pavé. L’influent producteur enchaîne les succès. Il fait la pluie et le beau temps à Hollywood. Durant la campagne présidentielle, ce généreux donateur du Parti démocrate n’a pas hésité à afficher son soutien à Hillary Clinton. Dans son appartement de New York, il a même organisé, en juin 2016, deux levées de fonds pour la candidate, en lice pour devenir la première présidente des États-Unis. Un an plus tôt, la Weinstein Company a distribué The Hunting Ground, un film documentaire consacré aux violences sexuelles sur les campus universitaires. Le 2 mai 2017, entouré de Scarlett Johansson, Sofia Coppola et Meryl Streep, Harvey Weinstein signait un chèque de 100 000 dollars lors du gala célébrant, à New York, le centenaire du Planning familial.

Weinstein, un prédateur sexuel maniant le chantage et la menace

Quand se tient cette soirée mondaine où les stars d’Hollywood exaltent le droit des femmes à disposer de leurs corps, le journaliste Ronan Farrow enquête déjà, pour le New Yorker, sur un scandale qui fera l’effet d’une bombe, avec des répliques à l’échelle planétaire. Mais le 5 octobre, c’est le New York Times qui publie, le premier, des témoignages accusant Harvey Weinstein de harcèlement sexuel durant trois décennies. Dix jours plus tard, l’enquête de Farrow compile les récits glaçants de treize femmes ayant subi des agressions sexuelles de la part du producteur. Des actrices brisent le silence. Leurs témoignages brossent le portrait d’un prédateur prêt à briser la carrière de celles qui déclinent ses avances sexuelles. Weinstein impose son pouvoir par le chantage, la menace, les pressions psychologiques, au vu et au su de ses collaborateurs. L’argent est au cœur de cette omerta. Le producteur achète le silence des victimes susceptibles de porter plainte, corrompt des journalistes, conclut même un contrat avec une agence de renseignements privée. « Je suis une femme de 28 ans essayant de construire sa vie et sa carrière. Harvey Weinstein a 64 ans, il est mondialement célèbre et c’est sa compagnie. L’équilibre des pouvoirs, c’est moi : zéro, Harvey Weinstein : dix », résume l’une de ses victimes, Lauren O’Connor, ancienne employée de la Weinstein Company.

Devant l’indignation que soulèvent les allégations d’agressions sexuelles et de viols le mettant en cause, l’ancien patron des studios Miramax, dans un premier temps, nie… tout en s’excusant : « Je me rends compte que la façon dont je me suis comporté avec mes collègues dans le passé a causé beaucoup de souffrances et je m’en excuse sincèrement. Bien que j’essaie de faire mieux, je sais qu’il reste encore beaucoup de chemin. » Trop tard : la digue est rompue, la peur se dissipe, la parole se libère. À ce jour, près d’une centaine de femmes, dont les actrices Rosanna Arquette, Judith Godrèche, Emma de Caunes, Angelina Jolie, Asia Argento, les productrices Salma Hayek et Brit Marling, disent avoir été victimes du producteur et quatorze d’entre elles affirment avoir été violées.

À Hollywood, c’est un séisme. Les accusations de viols et d’agressions sexuelles pleuvent. De grands noms du cinéma s’affichent pour le pire à la une des journaux : les acteurs Kevin Spacey et Dustin Hoffman, le réalisateur Brett Ratner… « C’est un chaos qui, je l’espère, va ouvrir la voie à la guérison », confie l’actrice Jessica Chastain. Mais les violences sexuelles ne sont pas l’apanage d’Hollywood.

Sur les réseaux sociaux, un hashtag se répand comme une traînée de poudre : #Metoo, « Moi aussi ». Reprise des millions de fois, terrible ponctuation de récits laconiques, toujours douloureux, parfois rageurs, la formule résonne, dans le monde entier, comme un cri de révolte, d’affranchissement, d’autodéfense collective.

Les révélations se succèdent dans les mondes de la mode, des médias, de la politique. Le 1er novembre 2017, la déferlante emporte le ministre britannique de la Défense, Michael Fallon. Accusé de harcèlement sexuel, il démissionne. Mis en cause à leur tour, le vice-premier ministre Damian Green et le secrétaire d’État au Commerce international Mark Garnier quittent le gouvernement de Theresa May. En Norvège, un millier de musiciennes et chanteuses dénoncent, dans une tribune, les viols, les agressions et le harcèlement sexuel…

En France, dès le 14 octobre 2017, la journaliste Sandra Muller lance sur Twitter le hashtag #Balancetonporc. En soixante-douze heures, il suscite 160 000 messages. Appel à la délation ? Non. En réalité, contrairement à ce que prétendent, par exemple, les signataires de l’indécente tribune sur la « liberté d’importuner », très peu d’agresseurs sont nommément cités. Ceux qui appellent les femmes à préférer les commissariats et les prétoires aux réseaux sociaux sont vite renvoyés dans les cordes d’accablantes statistiques. D’après le Collectif féministe contre le viol, chaque année en France, 86 000 femmes sont victimes de viols ou de tentatives de viol. Dans 90 % des cas, les victimes connaissent leur agresseur. Seules 21 % d’entre elles se rendent au commissariat, 10 % déposent plainte. Problème, la plupart des affaires sont classées et seulement 1 à 2 % des viols aboutissent à une condamnation des auteurs en cour d’assises.

Une extraordinaire libération de la parole des femmes

Des femmes de tous horizons, de toutes conditions sociales témoignent. Le standard du numéro vert Viols femmes informations explose, comme au moment de l’affaire DSK, en 2011. « Les milliers de récits qui déferlent sur la Toile, les faits de harcèlement au travail, de harcèlement dans l’espace public, d’agressions sexuelles, de viols, d’agressions physiques ou de meurtres incarnent la réalité des violences sexistes mieux que n’importe quelle enquête statistique aurait pu le faire et alors que les chiffres révélant leur ampleur sont pourtant connus depuis longtemps en France », constate, dans l’Humanité, la philosophe Elsa Dorlin. Cette extraordinaire libération de la parole suscite la stupeur, l’empathie, l’indignation mais aussi, chez certains et certaines, la peur ou la réprobation. Quoi qu’il en soit, elle jette une lumière crue, nouvelle, sur un fait social massif. Un basculement se produit dans la conscience collective. En fait, ce basculement a commencé bien avant l’affaire Weinstein. Il était perceptible, déjà, dans l’explosion de colère et la puissante mobilisation qui avaient suivi, en Inde, le viol collectif mortel de Jyoti Singh, une étudiante de 23 ans, dans un autobus de New Delhi, le 16 décembre 2012. Il était sensible dans les grandes manifestations de 2014 et 2016, en Espagne et en Pologne, pour la défense du droit à l’IVG, dans le combat des Tunisiennes pour inscrire l’égalité entre hommes et femmes au cœur de la Constitution postrévolutionnaire, dans le mouvement contre les féminicides en Amérique latine, dans le geste des milliers d’Islandaises qui ont quitté le travail à 14 h 38, le 24 octobre 2016, pour protester contre les inégalités salariales.

En fait, une nouvelle vague féministe prend corps depuis le tournant des années 2000, elle intègre les combats, les héritages des vagues précédentes, se connecte aux luttes contre toutes les formes de domination. « Au siècle précédent, les femmes étaient encore à la conquête des lois. Pour le droit à l’avortement et pour que le viol passe de délit à crime. Une fois que toutes les lois ont été obtenues, il reste des problèmes que le droit ne peut pas régler. Voyez, on a pu changer la loi sur le viol, ça ne modifie pas, dans l’imaginaire, le droit de cuissage, qui n’est pas inscrit dans la loi, parce que c’est simplement le droit du plus fort », analysait Geneviève Fraisse au lendemain des premières révélations sur l’affaire Weinstein. Pour cette philosophe et historienne de la pensée féministe, c’est désormais « l’imaginaire social qui doit changer ». L’imaginaire social… et les rapports de pouvoir qui perpétuent les violences, les normes patriarcales, les discriminations, les inégalités. S’agissant des violences sexuelles, elles sont clairement l’expression d’une volonté de l’agresseur de prendre le pouvoir sur le corps de l’autre. Dans l’entreprise, dans la fonction publique, dans les champs politique, syndical, médiatique, l’inégal accès des hommes et des femmes aux postes de responsabilité reste une réalité flagrante. Arrêter les coups, mettre un terme aux violences, aller vers une égalité pleine et entière entre hommes et femmes dans tous les domaines suppose donc, par-delà les tempêtes électroniques, d’agir, par les luttes, sur des rapports de pouvoir « non pas naturellement définis, mais historiquement et socialement construits », pour reprendre les termes de la philosophe Annie Bidet-Mordrel. Dans ce mouvement de repolitisation, alors que les inégalités et les dominations se reconfigurent, se déplacent, s’euphémisent, « les luttes de libération des femmes doivent aussi porter sur la justice sociale, l’antiracisme, l’anticapitalisme, l’anti-impérialisme », insiste la politologue et militante féministe Françoise Vergès.

Un mouvement s’est bel et bien levé, il n’épargne aucun lieu du monde. Et si même les nonnes du Vatican se révoltent contre les prélats qui les exploitent, c’est qu’à n’en pas douter il se passe quelque chose…

Journaliste à la rubrique Monde

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

 

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