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Cinquante ans après

Posté par jacques LAUPIES le 17 avril 2018

On a tendance à l’oublier, les évènements de mai 1968 eurent une expression  allant au delà des frontières de notre pays.

Par contre la dimension qu’ils prirent en France a évidemment un lien avec les luttes sociales et revendicatives en gestation et la forte présence de la CGT. Sans omettre au sein de cette dernière de militants communistes aguerris. Une dimension extraordinaire qui associa les aspirations de la jeunesse étudiante à celle du monde du travail et plus particulièrement ouvrier.

Une jeunesse qui voyait, au travers de différents courants d’extrême gauche la possibilité de révolution imprégnée sans doute de beaucoup de romantisme  et d’objectifs de libération des mœurs. Probablement influencée par les milieux intellectuels plus accessible au monde étudiant.

La classe ouvrière, quant à elle, fortement organisée dans de grandes entreprises,  avec sa composante de jeunes générations réclamant de nouveaux droits dans une conjoncture économique favorable ayant avant tout une motivation revendicative.

Le décalage était bien réel du point de vue de chacune de ces deux composantes mais il ne faut certainement pas déconsidérer le rôle qu’on pu jouer d’autres couches sociales moins impliquée économiquement influencées par le courant gaulliste et plus réservées mais silencieuses, hors de l’affrontement et dont le comportement électoral pesa ensuite pour réduire les possibilités de changement.

Affichant d’abord une certaine indifférence, allant jusqu’à faire preuve d’opportunisme, se plaçant aux côtés des jeunes  – de « leurs » jeunes – victimes d’une répression féroce et ensuite d’une crainte, pour ne pas dire une peur, d’être eux mêmes rejetés par ces travailleurs dont l’apparition devenait plus marquante.

Tous les mouvements sociaux sont confrontés à ces comportements ou se mêlent aspirations révolutionnaires, réformismes et conservatismes momentanément  opportunistes.

L’issue transformatrice et progressiste  dépend des rapports de forces qu’incarnent ces différentes aspirations.

Il ne faut donc pas s’étonner que la grande   bourgeoisie avec son pouvoir en place s’efforce de les utiliser, de les instrumentaliser pour neutraliser à son profit.

Cinquante ans après 1968, le contexte a changé mais le fond du problème demeure. Notre société a un besoin urgent de renouveau, comme d’ailleurs le reste de la planète. Au delà des questions sociétales et sociales est posé le problème de l’établissement de rapports humains basés sur la coopération, la solidarité et, ce n’est pas nouveau, d’en finir avec la domination d’une poignée de détenteurs des richesses produites.

Il ne s’agit pas seulement d’engager des luttes défensives mais d’envisager l’établissement de la propriété sociale des géants de la finance, de l’industrie ou, pour le moins, de contrôler rigoureusement leur activité.

Mais rien ne se décrète et tout se construit dans la lutte des peuples elle même en interaction avec leur conscience

 

Mobilisation. Marseille, laboratoire de l’unité ?

Christophe Deroubaix
Lundi, 16 Avril, 2018
L’Humanité
Samedi, à Marseille, des milliers de personnes ont entamé la marche «	Stop à Macron	» depuis le Vieux-Port. Ian Hanning/Rea<br /><br /><br /><br /><br />

Samedi, à Marseille, des milliers de personnes ont entamé la marche « Stop à Macron » depuis le Vieux-Port. Ian Hanning/Rea
 

La manifestation de samedi, qui rassemblait responsables syndicaux, politiques et associatifs, a réuni 58 000 personnes. Une première en France.

«This guy is good. » Histoire de bien se faire comprendre, il joint le geste à la parole, brandit le pouce de sa main gauche et pointe l’index de sa main droite vers la photo de l’homme bien en question : Emmanuel Macron. La manifestante qui tient en main le tract « Un an de Macron, ça suffit ! Mobilisons-nous » apparaît décontenancée : il lui semblait que le « STOP » rouge opposé au président de la République était suffisamment éloquent. De toute façon, elle n’a manifestement pas assez de compétences en anglais pour se lancer dans une grande conversation. Hasard des flux, un samedi après-midi, sur le Vieux-Port de Marseille. Le touriste, originaire d’Asie du Sud-Est, retourne à l’admiration de l’Hermione, frégate française du XVIIIe siècle à quai pour quelques jours. La dame quadragénaire blonde se dirige, avec son fils, vers le début de la Canebière, point de départ de la manifestation. Ils se joindront à des dizaines de milliers de personnes (58 000, selon les organisateurs) qui ont bien compris le thème du jour.

« Marseille, capitale du “non” à Macron », avait titré le matin même le quotidien la Marseillaise. Elle l’a été. Marseille, laboratoire des convergences ? Personne ne peut prédire s’il en sortira un antidote nouveau, voire miracle, mais il est certain qu’il s’est passé quelque chose de particulier, samedi, dans la deuxième ville de France. Derrière la banderole du cortège de tête étaient rassemblés des responsables syndicaux (CGT, FSU, Unef), politiques (FI, PCF, NPA) et associatifs. Au moment où la tête de la manifestation s’ébranle, des applaudissements l’accompagnent. Initiateur du rassemblement, Olivier Mateu, secrétaire de l’union départementale CGT, en avait expliqué, le 5 avril, le sens en ces termes : « On ne dit pas : on va s’organiser pour que les cheminots tiennent le plus longtemps possible. On dit : on fait tout pour que l’on y aille tous le plus vite possible. » Est-ce à la hauteur de ce qu’il espérait ? « Il semble que cela va y contribuer, répond-il à l’Humanité. C’est l’une des étapes. Il faut maintenant continuer, la mobilisation pour le 19 et le 24. »

« On n’oubliera jamais que le bonheur est dans l’action »

À ses côtés se trouvent deux anciens candidats à l’élection présidentielle de 2017. « J’ai trouvé que l’initiative prise par les syndicats méritait d’être soutenue, commente Jean-Luc Mélenchon (FI) devant l’habituelle nuée de caméras et de micros. C’est quelque chose d’exemplaire et je souhaite que cela soit reproduit dans tout le pays. » Philippe Poutou (NPA) souhaite également que le « modèle » marseillais essaime : « Cette manif montre l’importance de l’unité. On voit bien qu’il y a une volonté en bas. Il faudrait que ça se fasse partout. Il faut dire clairement que l’on est dans un mouvement politique avec, d’un côté, les salariés, de l’autre, le gouvernement. » Le député communiste Pierre Dharréville se montre, lui, plus prudent : « On fait toujours les choses de façon un peu singulière à Marseille, mais je me garderai bien de donner des leçons au reste du pays. »

À Marseille, en effet, les choses sont toujours un peu singulières. À Marseille, on manifeste avec des fumigènes. Comme au stade Vélodrome. Et l’on ne peut s’empêcher de penser au refrain de la chanson Comme un fumigène des Oai Star (formés par quelques membres du Massilia Sound System) :

« Comme un fumigène

Hissé à bout de bras

Comme un fumigène

Une fumée brillera

On fera des chansons

Qui parleront de toi

On mettra tout à fond

On fera rentrer les fracas

Comme un fumigène

Qui brûle dans la rue

Comme un fumigène

On est doué pour le chahut

On fera des minots

Qui auront ton prénom

On n’oubliera jamais que le bonheur

est dans l’action. »

À Marseille, si les policiers délogent les étudiants dans les facs, les agents du port interviendront. C’est ce qu’a annoncé Pascal Galéoté, secrétaire du syndicat CGT du port : un préavis de grève a été déposé. « En tant que salariés de ce pays, on ne peut pas rester spectateurs », explique le syndicaliste, qui estime que la manifestation du jour doit servir de « référence » partout.

À Marseille, le hasard des flux est permanent. Place Castellane, point d’arrivée du défilé, des manifestants, attablés aux terrasses des cafés, sont bientôt rejoints par les supporters du match de rugby Toulon-Montpellier, qui vient de se terminer au Vélodrome. L’occasion pour quelques cheminots de chambrer une poignée d’adeptes du « pilou-pilou ». « Alors, vous êtes d’accord avec votre président ? » Mourad Boudjellal avait accusé la grève d’avoir « tué la billetterie » du match. Ils étaient pourtant 40 000. Jo en faisait partie. Il accompagnait ses petits-neveux. Mais il aurait pu tout aussi bien faire partie des 58 000 du match contre Macron : « J’ai voté pour lui pour faire barrage à l’autre. » Mais le jeune retraité ne digère pas l’augmentation de la CSG : « Franchement, il m’a pris pour un con. » À Marseille, on dit des choses politiques parfois aussi de cette façon.

correspondant à Marseille

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

 

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