Réforme ferroviaire. Au Sénat, le plaidoyer des cheminots étrangers

Posté par jacques LAUPIES le 31 mai 2018

 

 

Marion d’Allard
Mercredi, 30 Mai, 2018
L’Humanité
La lutte des cheminots français a reçu, hier au Sénat, le soutien marqué de leurs collègues étrangers. Jacques Demarthon/AFP<br />

La lutte des cheminots français a reçu, hier au Sénat, le soutien marqué de leurs collègues étrangers. Jacques Demarthon/AFP
 

Invitées par les sénateurs du groupe PCF-Verts alors que s’ouvrent les discussions sur la réforme ferroviaire, des délégations de cheminots d’Europe et d’ailleurs sont venues témoigner des conséquences de la libéralisation du rail dans leur pays.

Ils ont donné du grain à moudre aux sénateurs, qui planchent en ce moment sur la réforme ferroviaire portée par le gouvernement. Hier, à l’invitation du groupe Communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE), des cheminots allemands, britanniques, espagnols, belges, italiens, luxembourgeois, mais aussi norvégiens ou néo-zélandais sont venus dresser un bilan de la situation du chemin de fer dans leur pays. Parfois totalement privatisé, souvent libéralisé ou en voie de dérégulation, partout le service public de transport ferroviaire souffre de la politique du tout-rentabilité.

Les pourfendeurs du monopole public, gouvernement et direction de la SNCF en tête, dépeignent une concurrence idéale et positive, qui tire les prix vers le bas et garantit la qualité du service rendu aux usagers. « Faux », a répondu hier Oystein Aslaken, cheminot de Norvège et président d’ITF (Syndicat international des travailleurs du transport), qui chapeaute la rencontre. « La libéralisation des chemins de fer est partout négative, c’est l’augmentation assurée des coûts et des tarifs, le tout reposant sur un choix politique délibéré de privatiser l’argent public. »

Une libéralisation toujours synonyme de dégradation

Dans une petite salle du deuxième étage du Palais du Luxembourg, les sénateurs, aux côtés des représentants des syndicats français (CGT, Unsa, SUD, CFDT), ont écouté les cheminots étrangers. Tous vont dans le même sens. Tous dénoncent la concurrence. Tous en appellent au développement du rail et tous, surtout, sont venus témoigner leur solidarité à la lutte des cheminots français. « Nous savons bien que, vraisemblablement, la réforme ferroviaire française, si elle va à son terme, inspirera d’autres gouvernements », a pointé Laurent Bour, cheminot luxembourgeois. Libéralisé sur sa partie fret, le réseau ferroviaire du Grand-Duché, qui cumule 275 kilomètres de lignes, reste largement financé par les pouvoirs publics et l’opérateur historique existe toujours. Mais jusqu’à quand ?, interroge Laurent Bour. En Italie, où le transport de marchandises et de passagers a été ouvert à concurrence – comme en Espagne –, « la compagnie nationale Trenitalia a perdu 25 % du trafic local et 15 % du trafic grandes lignes hors grande vitesse », explique Maria Christina Marzola. Résultat, poursuit-elle, « une forte baisse du nombre de trains avec des conséquences indirectes mais évidentes sur les prix. Car, quand on ne peut plus faire une longue distance d’un trait, on additionne les petits trajets et le nombre de billets ». Mais la cheminote italienne va plus loin : « L’externalisation des travaux de maintenance a désorganisé profondément les choses, c’est l’anarchie en termes de gestion et en dehors de la baisse de ponctualité, cela entraîne surtout des problèmes de sécurité pour les cheminots et pour les salariés des entreprises prestataires. » Finalement, explique Pierre Lejeune, venu de Belgique, « c’est toujours les petites lignes rurales qui subissent le plus durement ces politiques ». Dans son pays, la séparation comptable du gestionnaire d’infrastructures et de l’opérateur ferroviaire est effective depuis 2005. Et « en échange, poursuit le cheminot d’outre-Quiévrain, l’État a repris les 7 milliards d’euros de dette de la SNCB (la compagnie belge – NDLR). Mais malgré les suppressions de postes (4 000 depuis 2015 – NDLR), l’endettement atteint de nouveau 4 milliards d’euros cumulés ».

Restent l’Allemagne et le Royaume-Uni. Cités par le gouvernement, l’une comme exemple, l’autre comme contre-exemple. Collé au « modèle allemand », le pacte ferroviaire d’Édouard Philippe entend libéraliser le secteur sans le privatiser totalement, comme ce fut le cas en Grande-Bretagne. Mais à entendre les cheminots allemands et anglais, les deux options aboutissent au même résultat : dégradation du service, augmentation des coûts et des tarifs. En Allemagne, 19 % du réseau n’est plus exploité depuis 2005, la dette sur l’infrastructure a été reconstituée à hauteur de 18,8 milliards d’euros, les subventions publiques ne cessent d’augmenter, les prix des billets ont augmenté de 50 % – bien plus que l’inflation – et la Deutsche Bahn, la compagnie germanique historique, a perdu sur la période la moitié de ses effectifs, a détaillé Winfried Wolf.

Quant au Royaume-Uni, « où, vingt-deux ans après la dérégulation, 70 % de l’opinion publique est favorable à une renationalisation du rail », précise un cheminot britannique, « les tarifs atteignent des sommes faramineuses ». Pour exemple, poursuit-il, « un abonnement annuel à la ligne Manchester-Newcastle – 142 km – coûte 11 500 euros et Manchester-Liverpool – seulement 42 km – 5 000 euros par an ».

Autant d’arguments qui « renforcent la détermination de notre groupe parlementaire », a résumé sa présidente, Éliane ­Assassi, sénatrice communiste de Seine-Saint-Denis. Une détermination exprimée dans une motion du groupe CRCE qui dénonce non seulement le choix du gouvernement de « passer en force par la voie des ordonnances », mais également un travail parlementaire réduit à « un toilettage à la marge, puisque sur le dur du texte, rien n’est négociable ». « Le combat sera difficile », a pour sa part noté Pierre Laurent. « Mais nous voulons rendre ce débat utile, et nous sommes capables de faire bouger les lignes » d’une réforme qui « ne résout aucun des problèmes concernant l’avenir du ferroviaire », a ajouté le secrétaire national du PCF et sénateur de Paris.

Hier, en début d’après-midi, quelques heures avant que ne s’ouvrent les travaux dans l’Hémicycle, des milliers de cheminots sont venus crier leur colère sous les fenêtres du Palais du Luxembourg. Parmi la foule et la fumée, Francis tente de se frayer un passage. Il porte à la veste un badge sur lequel on peut lire « usager solidaire ». Parce que « le service public est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas », il encourage les cheminots à poursuivre la lutte. Et à ceux qui considéreraient les usagers comme les premières victimes de ce combat, Francis répond qu’« on ne mesure pas la légitimité et l’importance d’un mouvement aux embarras qu’il peut causer ».

journaliste

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Le groupe CRC au Sénat dénonce une privatisation prévue de la SNCF

Posté par jacques LAUPIES le 30 mai 2018

 

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Nouvelle formule de L’Humanité Dimanche . « Nous voulons montrer qu’il existe des alternatives »

Posté par jacques LAUPIES le 30 mai 2018

 

Entretien réalisé par Caroline Constant
Mercredi, 30 Mai, 2018
L’Humanité
Stéphane Sahuc<br />
Rédacteur en chef de l’Humanité Dimanche<br />

Stéphane Sahuc Rédacteur en chef de l’Humanité Dimanche
 

Dès jeudi, l’Humanité Dimanche dévoile sa nouvelle formule. L’hebdomadaire se veut à la fois « beau » et « accessible », selon son rédacteur en chef, Stéphane Sahuc, pour toujours mieux répondre aux défis de la bataille idéologique pilotée par Emmanuel Macron. Entretien.

Pourquoi une nouvelle formule de l’Humanité Dimanche  ? En quoi s’impose-t-elle ?

Stéphane Sahuc Elle s’inscrit dans le cadre d’une relance des titres de notre groupe, après la rénovation du quotidien et avant la nouvelle ergonomie de notre plateforme numérique d’ici à la fin du mois de juin. Nous avons besoin d’un nouveau magazine pour participer de manière encore plus efficace à la féroce bataille d’idées depuis que Macron est au pouvoir.

Comment va se manifester cette réponse à la bataille idéologique dans le magazine ?

Stéphane Sahuc Nous voulons montrer qu’il existe des alternatives, aussi bien individuelles que collectives, aussi bien théoriques que pratiques, déclinées de manière nationale ou dans un quartier, par le biais de l’interview, de l’expertise, de l’analyse. En essayant de voir tout ce qui bouge, tant sur le plan intellectuel que pratique, pour s’opposer aux projets de remodelage de la société engagés par Macron. Parce qu’on est face à un pouvoir qui a le projet non dissimulé de transformer la société française. Nous commençons d’ailleurs par analyser la question des quartiers populaires. Parce qu’ils sont un enjeu compte tenu du nombre d’habitants, parce que c’est un lectorat auquel on aspire à s’adresser de manière plus importante encore, et parce que ce sont eux qui sont directement dans le viseur de la transformation que j’évoquais. Pour exemple, la manière dont ont été traitées par le pouvoir les recommandations du plan Borloo illustre ce que veut faire Macron : l’idée qu’il développe, c’est moins de permettre aux quartiers de s’en sortir que de permettre aux premiers de cordée de ces quartiers d’en sortir. Avec ce premier numéro, nous essayons de montrer, à l’inverse, qu’il peut y avoir un contre-plan pour améliorer la vie de ces habitants et de ces quartiers. Nous allons d’ailleurs mener cette campagne plusieurs mois. Elle pourrait se conclure par une rencontre, un débat, un échange à la Fête de l’Humanité, en septembre, avec des élus, des responsables d’associations, des habitants, des profs qui vivent et travaillent dans ces quartiers.

Qu’est-ce qui fait que cette formule, que vous quittez, ne vous permettait plus de répondre à ces objectifs, et en quoi cette nouvelle formule va vous permettre d’y arriver ?

Stéphane Sahuc Tout n’était pas à jeter dans l’ancienne formule, loin s’en faut. On maintient beaucoup de choses. Mais nous allons désormais construire davantage le journal à partir des sujets qu’à partir des rubriques. Pour être clair, avant, l’organisation du journal était immuable, avec l’ordre des rubriques, social, politique, société, international. Aujourd’hui, l’idée de la première partie du journal, qu’on a baptisée « Partis pris », c’est vraiment de choisir dans l’actualité les trois ou quatre sujets qu’il nous semble important de traiter. On pourra donc commencer le journal aussi bien par un sujet international que par un sujet social. Une seconde partie, que nous avons appelée « Nos vies », sera plus axée sur ce qui fait la vie quotidienne des lecteurs, que ce soit autour des enjeux du logement, ou de Parcours sup, en ce moment. La dernière partie, qui s’appelle « Découvrir », est celle où on pourra plus se poser, avec des pages idées, histoire, mais aussi sur ce qu’on appelle dans notre jargon la prescription, en médias et en culture. Pour donner des conseils, en cinéma, en littérature, en musique. L’idée, c’est vraiment d’avoir un journal à la fois accessible et beau. L’organisation va peut-être surprendre nos lecteurs, qui sont habitués à quelque chose de très découpé, très organisé.

Avec un journal moins figé ?

Stéphane Sahuc L’Humanité Dimanche sera plus souple. Pour parler de la culture, qui était figée à quatre pages dans l’ancienne formule, aujourd’hui rien ne nous empêche de la monter à six pages, quand on le souhaite. Même si on va retrouver des pages, des rubriques qui existaient, comme l’histoire, les sciences, nos idées, les plaisirs, la santé. Et les médias, bien évidemment, avec un petit changement : on a décidé de plus travailler sur la prescription des programmes télévisés, de leur donner plus d’espace, et de fournir au lecteur une sélection triée sur le volet.

Visuellement aussi, il y a un changement dans la maquette ?

Stéphane Sahuc La maquette est plus aérée. Justement pour faciliter la lecture, y compris des sujets longs sur huit pages. Même si d’autres rubriques seront plus denses, comme les pages « Idées ».

 

journaliste

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Trois philosophes se penchent sur la référence à Marx : si vous hésitez à tout lire, je vous recommande cependant A.BADIOU

Posté par jacques LAUPIES le 29 mai 2018

 

Que signifie, aujourd’hui, la référence à Karl Marx ?

Anniversaire de la naissance de l’auteur du Capital.
Traduit de l’anglais par Jérôme Skalski
Lundi, 28 Mai, 2018
L’Humanité
Trois philosophes se penchent sur la référence à Marx : si vous hésitez à tout lire, je vous recommande cependant A.BADIOU dans POLITIQUE

Au lendemain du 200e anniversaire de la naissance du penseur révolutionnaire allemand, la signification de ses œuvres et de ses concepts interpelle le champ philosophique. Avec les contributions des philosophes Slavoj Zizek, Étienne Balibar et Alain Badiou.

  • Répéter son geste d’ancrage par Slavoj Zizek, philosophe

Slavoj Zizek, philosophe et psychanalyste slovene. Photo Albert Facelly pour l'Humanite DimancheLa question de la pertinence de la critique de Marx de l’économie politique à notre époque de capitalisme globalisé doit être résolue de façon dialectique : non seulement la critique de Marx de l’économie politique, ses grandes lignes concernant la dynamique capitaliste, reste toujours actuelle, mais on devrait même aller plus loin et affirmer que c’est seulement aujourd’hui, avec le capitalisme mondial, que, pour le dire en hégélien, sa réalité rencontre son concept. Cependant, un renversement proprement dialectique intervient ici : à ce moment précis, la limite doit apparaître, le moment du triomphe est celui de la défaite. Après avoir surmonté les obstacles externes, la nouvelle menace vient de l’intérieur, signalant une incohérence immanente. Quand la réalité atteint pleinement son concept, ce concept lui-même doit être transformé. Là réside le paradoxe proprement dialectique. Marx n’avait pas tort, il avait souvent raison, mais plus encore qu’il ne l’aurait cru lui-même.

Alors, qu’en résulte-t-il ? Faut-il radier les textes de Marx comme un document intéressant du passé et rien de plus ? Dans un paradoxe proprement dialectique, les impasses mêmes et les échecs du communisme du XXe siècle, impasses clairement fondées sur les limites de la vision de Marx, témoignent en même temps de son actualité : la solution marxiste classique a échoué, mais le problème subsiste. Le communisme n’est pas aujourd’hui le nom d’une solution, mais le nom d’un problème, le problème des communs dans toutes ses dimensions – les biens de la nature comme substance de notre vie, le problème de nos biens communs biogénétiques, le problème de nos biens communs culturels ; la « propriété intellectuelle » et, last but not least, les communs comme l’espace universel de l’humanité duquel personne ne devrait être exclu. Quelle que soit la solution, il faut faire face à ces problèmes.

Dans les traductions soviétiques, la déclaration bien connue de Marx à Paul Lafargue, « Ce qu’il y a de certain, c’est que je ne suis pas marxiste », a été rendue par : « Si c’est du marxisme, je ne suis pas marxiste. » Cette mauvaise traduction rend parfaitement compte de la transformation du marxisme dans un discours universitaire. Dans le marxisme soviétique, Marx lui-même était un marxiste, participant à une même connaissance universelle qui constituait le marxisme ; le fait qu’il ait créé l’enseignement connu plus tard sous le nom de « marxisme » ne déroge pas à la règle. Sa dénégation fait référence à une mauvaise version spécifique qui se proclame faussement « marxiste ». Ce que Marx voulait dire était quelque chose de plus radical : un écart séparait Marx de lui-même, le créateur, qui a une relation substantielle avec son enseignement, des « marxistes » qui suivent cet enseignement. Cet écart peut également être rendu par la célèbre blague des Marx Brothers : « Vous ressemblez à Emmanuel Ravelli.

– Mais je suis Emmanuel Ravelli.

– Ce n’est pas étonnant que vous lui ressembliez. »

Le type qui est Ravelli ne ressemble pas à Ravelli, il est simplement Ravelli, et, de la même manière, Marx lui-même n’est pas un marxiste – un parmi les marxistes –, il est le point de référence dispensé de la série – c’est la référence à lui qui fait d’autres marxistes. Et la seule façon de rester fidèle à Marx aujourd’hui est de ne plus être un « marxiste », mais c’est répéter le geste d’ancrage de Marx d’une manière nouvelle.

  • Marx métamorphosé par Étienne Balibar, philosophe

Étienne Balibar. 23 mars 2016. credit Magali BragardOn nous dit : Marx est de retour… Comme s’il était jamais parti ! Mais ce qui est vrai, c’est que sa compréhension et son usage se sont métamorphosés. Et c’est des choix qu’impose cette métamorphose, des possibilités qu’elle ouvre, des révisions qu’elle demande, que je voudrais dire ici quelques mots.

Dans les manifestations auxquelles donne lieu le bicentenaire, deux surtout me semblent révélatrices du changement de conditions dans lesquelles s’effectue aujourd’hui la lecture de Marx, et de la conjoncture inattendue dans laquelle nous sommes maintenant. La plus voyante, c’est l’inauguration en grande pompe, dans la ville natale de l’auteur du Manifeste communiste, d’une statue géante offerte par la République populaire de Chine : dernier grand pays au monde à être gouverné par un « parti communiste », et puissance tendanciellement dominante du nouveau capitalisme mondialisé. Il n’est pas sûr qu’on lise beaucoup le Capital en Chine, mais il n’est pas certain qu’on ne le lise pas. De toute façon, cette référence ne peut être écartée d’un revers de la main sous prétexte que ce Marx-là ne serait pas « le vrai ».

Non moins révélatrice est la touchante unanimité des grands organes de presse où se forge le consensus néolibéral, The Economist de Londres et The Financial Times, pour nous expliquer que, sans doute, la mise en œuvre des « politiques marxistes » a débouché sur la catastrophe et sur l’horreur, mais le diagnostic portant sur les contradictions du mode d’accumulation, et donc l’inévitabilité des crises, doit plus que jamais être pris au sérieux. Cela suppose qu’on puisse découper Marx en tranches : l’économie par-ci, la politique et la philosophie par-là, ce que je ne crois pas, mais qui témoigne du fait que la puissance analytique de sa pensée et le principe de sa critique du capitalisme ont survécu à la tragédie des révolutions et contre-révolutions du XXe siècle.

Le capitalisme dans lequel nous vivons aujourd’hui, dont la logique pénètre désormais tous les aspects de la vie quotidienne, n’est pas seulement un capitalisme mondialisé et financiarisé, c’est un capitalisme qui vient après le socialisme historique sous ses différentes formes, dont le marxisme a été l’une des composantes. Pour une part, il s’en démarque violemment ; pour une part, il s’en nourrit, au risque du déséquilibre permanent. La lecture de Marx dont nous avons besoin aujourd’hui (et qui, bien sûr, est plus qu’esquissée de divers côtés, sous la forme d’une réjouissante multiplicité d’interprétations) doit elle aussi se concevoir et s’organiser comme une lecture « post-socialiste », y compris dans un rapport critique au socialisme de Marx. Ce qui impose un rapport critique à son communisme : le communisme de Marx ne se confond pas avec son socialisme, car il vient de beaucoup plus loin dans l’histoire des idéaux de l’humanité. Mais il ne peut en être séparé par une simple décision, puisque Marx avait précisément trouvé dans la « loi de socialisation » inhérente au capitalisme les fondements de sa conception du communisme.

De ce que Marx a écrit et pensé (désormais bien plus largement accessible qu’à l’époque où, sous l’inspiration d’Althusser, nous nous proposions de « lire le Capital »), je pense qu’il faut tout garder des questions et tout repenser des réponses. Cela vaut pour la critique de l’économie politique, en surmontant les limitations que lui avait imposées sa dépendance par rapport aux économistes de la révolution industrielle, et en levant l’obstacle que constitue sa conviction du caractère purement « apologétique » de l’économie bourgeoise. Cela vaut pour les schémas du processus révolutionnaire au moyen desquels il avait cherché à inscrire la révolution prolétarienne dans la continuité des révolutions bourgeoises, au prix d’une dénégation de son universalisme potentiel et d’une sous-estimation de ses propres contradictions. Et cela vaut, bien sûr, pour la lutte des classes : il est évident à la fois qu’aucune relation sociale n’échappe à sa détermination et qu’elle ne constitue que l’une des structures de domination et de résistance, dont les idées de « transformer le monde » et de « changer la vie » tirent leur actualité permanente. On pourrait résumer cela en disant que Marx, deux cents ans après sa naissance, est entré dans une conversation où il a autant à apprendre qu’à enseigner. C’est la démocratie des idées révolutionnaires. Je crois qu’il en eût été satisfait. À tout de suite, vieille barbe !

  • Les formes neuves de l’appropriation collective par Alain Badiou, philosophe

Alain Badiou. 2014(c)LeemageFaute de se souvenir que le vrai titre du Capital est Critique de l’économie politique, on a souvent réduit Marx à une pensée analytique de l’organisation économique des sociétés. Il s’est finalement retrouvé, au milieu notamment de ses ennemis de toujours, comme un auteur des parcours académiques en sciences sociales. Cette académisation de Marx a permis de le séparer de ses vrais descendants : Lénine, ou Mao, et donc de lui épargner leur sort de maudits « totalitaires ».

Mais la vie, l’action et les écrits de Marx témoignent du contraire. Le but qu’il poursuivait sans faiblesse était la naissance et le déploiement d’une organisation internationale des prolétaires. Il a été avec Engels, comme Lénine avec Trotski, Mao avec Chou En-lai, Castro avec Che Guevara, le militant, le dirigeant des efforts pour atteindre ce but dans les conditions de son époque, où l’Idée communiste faisait son apparition.

Je voudrais citer ici deux passages du Manifeste qui, à mes yeux, concentrent l’orientation fondamentale qui nous rattache encore à Marx. Ma première citation serait : « Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers. Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent du prolétariat en général. Ils ne proclament pas de principes sectaires sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier. Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1º Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts communs du prolétariat. 2º Dans les différentes phases évolutives de la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours et partout les intérêts du mouvement en général. »

Et la deuxième : « En somme, les communistes appuient partout tout mouvement révolutionnaire contre l’ordre des choses social et politique existant. Dans tous ces mouvements, ils mettent en avant la question de la propriété, quelle que soit la forme plus ou moins développée qu’elle ait revêtue, comme la question fondamentale du mouvement. »

En somme, le militant participe à tous les mouvements dans lesquels la subjectivité dominante semble être une opposition réelle à l’ordre dominant. Mais il y observe, et tente par tous les moyens d’y faire prévaloir trois principes :

1. L’internationalisme, qui exclut que le mouvement laisse place au nationalisme, à la mention, par exemple, de « la France » et de ses intérêts, y compris sous la forme actuelle du fétichisme de « notre République ». Encore moins pourra-t-on tolérer tout ce qui relève des traces du colonialisme : le racisme, l’islamophobie et autres ingrédients de la réaction contemporaine.

2. La subordination de ce qui est une nécessité tactique à la stratégie d’ensemble, le « mouvement en général », qui vise l’affaiblissement d’abord, la destruction enfin, de l’ordre capitaliste et bourgeois. On évitera toute forme de soutien constant, notamment électoral ou syndical, avec des forces dont il est évident que leur but n’est que de conquérir des positions de pouvoir à l’intérieur de l’ordre dominant. On ne fera en particulier nul usage de la catégorie sous laquelle se présentent toutes les trahisons, à savoir la catégorie de « gauche ».

3. La question de la propriété bourgeoise et de l’absolue nécessité de son abolition. Marx indique que ce principe doit prévaloir quelle que soit la forme plus ou moins développée qu’elle (la propriété) a revêtue. Aujourd’hui, cette forme est littéralement extrémiste : dans le monde, une centaine de personnes possèdent autant que deux milliards d’autres. Le gouvernement Macron veut nous aligner sur ce genre de norme. D’où l’impératif militant : dans tout mouvement, aujourd’hui, affirmer un rejet total, non seulement des privatisations en cours (de l’université, de la SNCF, des hôpitaux…), mais de toutes celles auxquelles la gauche comme la droite ont contribué depuis 1983, et proposer les formes neuves de l’appropriation collective de tout ce qui relève du bien public. Prioritairement : enseignement, santé, transports autres que familiaux, communication (poste, téléphone et réseau Internet), énergie, eau potable.

Dans le cadre de la lutte entre la voie capitaliste aujourd’hui dotée d’une puissance sans précédent et la voie communiste à reconstruire, Marx nous indique non seulement ce que doivent être le cadre de notre pensée, mais plus encore l’orientation générale de nos actions.

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Réception des demandeurs d’asile ?

Posté par jacques LAUPIES le 27 mai 2018

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Les vrais radicalisés, c’est eux !

Posté par jacques LAUPIES le 27 mai 2018

 

Samedi, 26 Mai, 2018
Humanité Dimanche
PHOTO CHARLES PLATIAU/REUTERS

PHOTO CHARLES PLATIAU/REUTERS
Âges : entre 32 et 70 ans. Professions : ministres et président de la République. Dangerosité : très importante. Depuis maintenant un peu plus d’un an, une bande de radicalisés a pris le contrôle du pays. Santé, transports, éducation, logement, travail, institutions… ils sont là pour tout exploser. Et ne se cachent pas pour exprimer le mépris qu’ils ont pour toute opposition. Tour d’horizon des vrais radicalisés.
 
L’article a fait l’effet d’une bombe : ajouté en catimini au texte de loi sur la réforme des institutions, il prévoit tout simplement d’amputer de deux ans le mandat de la moitié du Sénat, et ainsi de renouveler totalement la Chambre haute en 2021, histoire de disposer d’un Sénat un peu plus macroniste… La manœuvre, totalement inconstitutionnelle (sauf cas exceptionnel, tout mandat est irrévocable), a choqué l’ensemble de la classe politique, y compris les propres soutiens de Macron : le groupe LREM au Sénat n’avait même pas été prévenu.
 
Le chef du groupe, le sénateur ex-PS François Patriat, cité par « le Canard enchaîné », est « tombé du lustre ». D’autant que c’est avec la Constitution que Macron joue : sa volonté de mettre au pas le Parlement est maintenant une évidence, jusque dans les rangs de la droite. Même François de Rugy, président LREM de l’Assemblée nationale, a tonné qu’il refuserait une « réduction des pouvoirs du Parlement ». On ne peut rien lui cacher : le projet prévoit une remise en cause du droit d’amendement.
 
Ce court-circuitage de la représentation parlementaire est le versant institutionnel du danger que représentent Macron et son gouvernement. Il s’ajoute à la volonté de contrôler la presse, avec la loi sur le secret des affaires ou bien celle sur les « fake news » – sans aucune définition de ce qu’est une « fausse nouvelle ». Car précisément, le gouvernement est expert en la matière : la campagne de désinformation pour marteler que la CGT a « rejoint la France insoumise » pour la manifestation du 26 mai en est un exemple frappant.
 
Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, en a profité pour dénigrer le syndicat, qui « détruit la confiance dans les organisations syndicales ». Alors même que son président, Emmanuel Macron, lors des manifestations contre les ordonnances travail, avait qualifié les militants syndicaux de « fainéants, cyniques et extrêmes », et que le gouvernement méprise les syndicats, au point d’exaspérer y compris ceux dits « réformistes ». Un pouvoir qui traite par l’arrogance toute revendication, fût-elle militaire ! On se souvient de Christophe Castaner, alors porte-parole du gouvernement, traitant le général Pierre de Villiers de « poète revendicatif », lui qui avait le toupet de demander les moyens nécessaires aux missions assignées.
 
Le vrai mot du radicalisé, le voici : « J’assume. » Prendre aux pauvres, aux retraités, donner aux riches, partir en guerre, casser la SNCF, mépriser le Parlement, réprimer les réfugiés : « J’assume. » Parmi les ministres, Gérard Collomb est clairement celui qui présente le plus de signes de radicalisation. À Calais, il avait enjoint aux associations humanitaires « d’aller exercer leur talent ailleurs » et, après la manifestation du 1er mai, il s’était surpassé : « Celles et ceux qui appellent à l’insurrection doivent être poursuivis et ils le seront. » Un vrai radicalisé, ce Gérard Collomb, qui dénie ainsi toute liberté d’expression.
 
Côté président, accuser des employés en lutte pour leur emploi – en l’occurrence ceux de GM & S – de « foutre le bordel » est révélateur d’une véritable haine. Et les discours de criminalisation de toute opposition, qu’elle soit syndicale ou politique, sont inquiétants. Le macronisme apparaît d’abord comme une radicalisation du libéralisme, qui montre son vrai visage : autoritaire. Ce n’est pas un hasard si 73 % des Français jugent ainsi Emmanuel Macron.

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Intervention du senateur communiste

Posté par jacques LAUPIES le 26 mai 2018

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Marée populaire le 26 mai. L’addition

Posté par jacques LAUPIES le 25 mai 2018

Vendredi, 25 Mai, 2018
Humanite.fr
Marée populaire le 26 mai. L'addition dans POLITIQUE
Salariés, étudiants, syndicalistes, cheminots… manifestent à l’appel de plus de 60 organisations, dans 80 villes, contre la politique de Macron.
Samedi, des rassemblements festifs et des manifestations auront lieu dans toute la France.
 
Cela commencera dès 10 heures à Bayonne, place de la Mairie ; à Perpignan, devant la gare, et à Orléans, devant la préfecture, comme à la bourse du travail de Narbonne. À 10h30, le cortège d’Avignon partira de la gare centrale et celui de Montpellier se rassemblera place du Peyrou. À Lyon, les organisateurs de la Marée populaire ont choisi d’inviter à un grand rassemblement festif et revendicatif à partir de 11 heures sur les berges du Rhône, au niveau du pont de la Guillotière, dans le souci de ne pas faire concurrence à la manifestation antifasciste, prévue de longue date, qui partira à 14 h 30 de la place des Terreaux.
 
De nombreux rassemblements auront lieu également en début d’après-midi. Les Marseillais se retrouveront à partir de 14 heures à l’angle du Vieux-Port et de la Canebière. Même heure à Toulouse, place Jeanne- d’Arc ; à Rennes, devant la poste au 66, mail François-Mitterrand ; à Strasbourg, place Kléber ; à Nancy, place Dombasle, ou encore à Bordeaux, place Pey-Berland. À Paris, le cortège partira de gare de l’Est à 14 h 30, passera par République et ira jusqu’à Bastille. Les rassemblements à Nice et à Metz auront lieu devant à la gare et, à Lille, sur la place de Paris, à 14 h 30 également. Plus sur mareepopulaire.fr/

 

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Ne pas se tromper la prochaine fois !

Posté par jacques LAUPIES le 25 mai 2018

Que dire sur ce qui se passe en Italie ?

Si ce n’est que dans ce pays comme dans de nombreux autres en Europe les politiques libérales conduites par la droite « réformiste »  et les socio démocrates sont en échec et provoquent des poussées populistes que récupèrent évidemment la droite et l’extrême droite.

Sont bien naïfs ceux qui croient qu’il en va autrement dans notre France. Les forces du grand capital savent s’adapter et tromper le peuple et ont, depuis plus de soixante ans, doté notre pays d’une constitution qui leur permet toutes les manœuvres pour se maintenir au pouvoir par délégation, à des commis savamment fabriqués ou manipulés.

La dernière « invention » macronienne »  en témoigne. Quelle forme prendra la nouvelle après qu’ait été épuisées toutes les autres depuis les gaullismes orthodoxes des années soixante, les centrismes droitiers des années soixante dix, le social démocratisme des années quatre vingt et quatre vingt dix avec l’installation d’un social libéralisme renaissant dans les années deux mille après un retour des courants « bonapartistes » lors de la première décade.

Chacune de ces périodes a mis en avant des Présidents qui les  ont incarnées ; De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron le petit dernier !

A chaque fois s’y sont ralliés des forces politiques adéquates et diverses, parfois ultra réactionnaires, parfois réputées « révolutionnaires » avec ce phénomène particulier :  leurs échecs donnant naissance à des voies de garages massives comme celui que constituent  le courant au discours nationaliste et l’abstentionnisme.

Mais à chaque fois les forces du capital y trouvent leur compte en fonction des circonstances et du rapport des forces sociales et politiques.

Les concessions à la demande populaire sont très rares et le plus souvent sont remplacées par la destruction des grandes victoires sociales de la libération ou de 1968 !

Certes la société change, de grandes luttes sociales permettent de protéger certains acquis, des avancées sociétales importantes permettent de vivre mieux les différences. Mais les grandes questions que pose le développement des inégalités sociales, le maintien des équilibres écologiques, la paix ici et dans le monde deviennent préoccupantes.

Pour les résoudre le monde a besoin (car la dimension du malaise est planétaire) d’un sérieux renversement des pratiques politiques certes mais des politiques tout court, c’est à dire passer de cette accaparation gigantesque des richesses produites par une poignée à leur distribution au plus grand nombre.

Il y a suffisamment de forces imprégnées de cette idée dans ce pays pour y parvenir encore faut-il qu’elles échappent à celles, plus obscures mais bien réelles qui font dans la manipulation.

C’est pour cela qu’il faut que le peuple dispose d’organisations puissantes imperméables à ce risque, ce qui est la meilleure garantie pour le rassemblement majoritaire. Cela n’ôte en rien le respect et l’écoute des autres.

 

En Italie, Giuseppe Conte chargé de former un gouvernement de démagogues et xénophobes

Mercredi, 23 Mai, 2018
Humanite.fr
Giuseppe Conte sera avant tout l’exécuteur d’un programme négocié entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles. Photo : Vincenzo Pinto/AFP

Giuseppe Conte sera avant tout l’exécuteur d’un programme négocié entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles. Photo : Vincenzo Pinto/AFP
Sergio Mattarella, le président de la République italienne, a fini ce mercredi par accéder à la demande de la future coalition gouvernementale. Il a convoqué Giuseppe Conte pour le charger de former un exécutif. Ce dernier est une figure de compromis entre forces qui ont remporté les élections du 4 mars. Matteo Salvini, leader de la Ligue, refusait que ce poste échoie à celui arrivé en tête des élections, Luigi Di Maio, dont le Mouvement 5 étoiles (M5S) avait rassemblé 37 % des voix.
Giuseppe Conte est un professeur de droit, avocat, inconnu du grand public et novice en politique. Le M5S avait annoncé, en campagne, vouloir en faire le ministre de l’Administration publique. Ce dernier devrait chercher à obtenir un vote de confiance des députés et sénateurs dès mardi ou mercredi.
 
Se campant en « avocat des Italiens », il a promis hier de les « défendre (…) dans toutes les instances européennes et internationales, en dialoguant avec les institutions européennes et avec les représentants de tous les pays ».
 
Il va maintenant s’attacher à composer son équipe, en contact avec le M5S et la Ligue, et sous l’œil vigilant du président de la République. Même si la coalition au pouvoir n’envisage pas de sortir de la monnaie unique, la Ligue insiste pour placer Paolo Savona, adversaire de l’euro, au poste de président du Conseil, ce que semblait refuser, ces derniers jours, Sergio Mattarella.
 
Les marges de manœuvre du futur chef de gouvernement seront étroites. Giuseppe Conte sera avant tout l’exécuteur d’un programme négocié entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles, dont il n’est pas sûr qu’il puisse être appliqué dans sa totalité. En effet, ses deux mesures phares s’avéreront onéreuses pour les dépenses publiques : l’impôt sur le revenu à taux unique devrait coûter 50 milliards d’euros, au bénéfice des plus riches ; quant à l’allocation-chômage de 780 euros, elle devrait revenir à 17 milliards d’euros. Giuseppe Conte pèsera peu face à un Matteo Salvini, leader de la Ligue, qui devrait devenir ministre de l’Intérieur pour appliquer son programme xénophobe, et qui pourra faire valoir sa progression dans les sondages. Si la Ligue pesait 17 % des voix il y a deux mois, les enquêtes d’opinion lui accordent aujourd’hui plus de 20 %.
Ne pas se tromper la prochaine fois ! dans POLITIQUE
journaliste

 

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Le mouvement de 2018 avec les cheminots va-t-il être fédérateur ?

Posté par jacques LAUPIES le 24 mai 2018

 

Marée populaire du 26 mai
Jeudi, 24 Mai, 2018
L’Humanité
Photo : Jean-Pierre Clatot/AFP

Photo : Jean-Pierre Clatot/AFP
 

La journée de mobilisation à l’appel de plus d’une cinquantaine d’organisations pose la question de la portée d’un mouvement inédit. Avec Sophie Béroud, politologue, université Lyon-II; Guillaume Roubaud-Quashie, historien, directeur de la revue Cause commune; Emmanuel Renault, philosophe, université Paris-X Nanterre; Denis Durand, économiste, codirecteur d’ Économie et politique.

  • Repenser, à nouveaux frais, le rapport entre syndicalisme et politique ? par Sophie Béroud, politologue, université Lyon-II

Sophie BeroudCrédit : D.R.(photo libre de droits fournie par Sophie beroud)Deux lectures peuvent être proposées du caractère inédit, par rapport aux deux dernières décennies, de la manifestation du 26 mai 2018, avec le rassemblement de forces associatives, syndicales et politiques : l’une renvoie plutôt à des choix tactiques pour élever le rapport de forces ; l’autre pose la question de la (re)construction, dans un contexte historique profondément modifié, des rapports entre syndicalisme et politique.

Une première lecture consiste, en effet, à analyser les difficultés à étendre les mobilisations sociales, en particulier dans le secteur privé, et à faire la jonction entre des luttes sectorielles. Dans la configuration actuelle, des mobilisations fortes se déploient, on le sait, à la SNCF, dans le groupe Air France, dans les universités. Les agents des finances publiques sont également mobilisés, ainsi que, depuis plusieurs mois et de façon ponctuelle, les salariés des Ehpad. Les mécontentements sont forts dans la fonction publique d’État, avec la journée de grève unitaire du 22 mai, mais également dans la fonction publique hospitalière. Comment faire cependant la jonction entre ces différents combats, sans occulter la spécificité de chacun et en mettant en avant ce qui est commun ? Cette difficulté à construire des revendications transversales constitue l’un des défis récurrents posés aux syndicats. Il était bien présent en 2016 lors du mouvement contre la loi travail, avec une plus faible mobilisation des agents des fonctions publiques, indirectement concernés par les dispositions de celle-ci. La situation actuelle présente d’une certaine façon les paramètres inverses, puisque les syndicats se heurtent à une moindre implication des salariés du secteur privé. Dans les deux cas, le recours à la grève est devenu plus compliqué, en raison à la fois de la multiplication des statuts précaires et de l’affaiblissement des collectifs de travail. Dans ce contexte, la construction d’une grande manifestation qui dénonce le projet politique néolibéral qu’incarne la présidence Macron prend dès lors tout son sens, car elle permet justement de rassembler de façon large.

Une deuxième lecture consiste à porter l’analyse sur la reconfiguration possible des rapports entre syndicalisme et politique. Des commentaires produits depuis la décision du comité confédéral national (CCN) de la CGT de participer à la « marée populaire » du 26 mai insistent sur une « rupture », un changement de ligne par rapport au processus d’autonomisation du politique qui a marqué l’histoire de la confédération depuis la décennie 1990. Il convient de nuancer cette lecture et de réfléchir plutôt à la façon dont, au sein des organisations syndicales engagées depuis 1995 contre les différentes contre-réformes visant à déconstruire le droit du travail, la protection sociale et les services publics – la CGT, la FSU, Solidaires – se pose avec force la question du rapport de forces nécessaire pour faire reculer des gouvernements. Les enjeux tactiques soulignés plus haut éclairent ainsi ce choix de participer à un appel plus large. Nombre de militants dans ces trois organisations défendent l’idée que, dans un contexte historique modifié, après des années de réflexion collective en interne sur les dangers d’une subordination au politique, il est désormais possible de penser des coopérations sur un pied d’égalité qui ont du sens dans la mesure où elles permettent de faire entendre plus largement, au sein de la population, les critiques et les revendications que portent les syndicats.

  • Le cap de l’objectif majoritaire par Guillaume Roubaud-Quashie, historien, directeur de la revue Cause commune

roubaud_quashie_guillaume libre de droitLes ministères sont pleins de murmures. Les plans thatchériens qu’on avait sortis des tiroirs vont-ils devoir y être remisés ? Chacun le sent bien, privatisations et contre-réformes suivent les pulsations du mouvement social. Et, de ce point de vue, les cheminots, dans leur large et puissante unité, leur mènent la vie dure. Au-delà, et malgré le martèlement médiatique, ce sont bien les grandes contre-réformes du gouvernement qui sont rejetées, massivement : ordonnances travail, ISF, CSG, APL… Quand le « nouveau monde » quitte la com enchantée pour entrer dans la vie, les réveils sont brutaux.

Les communistes, naturellement, sont de toutes ces luttes, pleinement mobilisés pour que ces majorités trouvent des chemins de victoire. C’est un objectif de tout premier plan qui appelle, partout, notre investissement inventif car, si rien n’est gagné, on voit bien que, à ce stade, ces luttes ne sont pas condamnées à l’échec. Cela n’appelle pas moins le respect de chacune de ces mobilisations, dans ses spécificités irréductibles. Cela exige tout autant la mise en avant d’alternatives sérieuses, propres à chacun des secteurs concernés.

Mais on est aussi en droit de regarder ces mesures pour ce qu’elles sont : filles d’une même conception du monde au service d’une même poignée de privilégiés, abaissant la France et dégradant la vie du plus grand nombre. Dès lors, n’est-ce pas pour nous un devoir de travailler au rassemblement et à la mise en mouvement de ces majorités qui se cherchent ?

Toutes les modalités de mobilisation gardant le cap de cet objectif majoritaire sont les bienvenues. Le Parti communiste a mis sur la table la proposition de chaînes humaines à la suite de l’initiative du député Alain Bruneel autour de l’hôpital de Douai. Nous avons également proposé de construire, pour la SNCF, de grandes votations citoyennes, à l’image de ce qui avait été entrepris pour La Poste. Précisons un point au passage : Emmanuel Macron et quelques autres veulent jouer la carte du « peuple » contre les « organisations intermédiaires », présentées en symboles faillis de « l’ancien monde ». Mais ce n’est pas nous qui avons peur de l’expression populaire ! La magistrale leçon d’Air France devrait être tirée par tous : il n’y a pas le bon peuple en phase avec son guide d’un côté et, de l’autre, un « ancien monde » déconnecté qui ferait écran ; il y a des travailleuses et travailleurs à qui on veut imposer des régressions et celles et ceux, parmi eux, qui, en s’organisant, trouvent la force et les moyens de porter en première ligne l’intérêt de classe.

Aussi, dans cet esprit, la journée du 26 mai est une initiative précieuse dont, avec des dizaines d’organisations, nous sommes partie prenante depuis le départ. Il faut donner de la confiance, de la force, de la visibilité à cette France que Macron écrase et méprise. Bien sûr, l’alignement typographique de logos ne fait pas une mobilisation, mais les voies de l’unité populaire ne se rétrécissent pas quand celles et ceux qui luttent séparément se mettent à lutter ensemble. Dans le temps jadis, le 14 juillet 1935 fut une date marquante : manifestaient alors des centaines de milliers de personnes. Beaucoup étaient inorganisées, pour sûr, mais il y avait là des dizaines d’organisations, du PCF aux Auberges de jeunesse en passant par les deux CGT (celle de Frachon et la future FO de Jouhaux), la SFIO, les radicaux ou la Ligue des droits de l’homme. Le Front populaire s’ébranlait ; le peuple de France n’eut pas à s’en repentir…

  • L’expérience de l’injustice se généralise par Emmanuel Renault, philosophe, université Paris-X Nanterre

EMMANUEL RENAULTTout le monde observe aujourd’hui ces injustices criantes consistant à avantager les plus privilégiés (par exemple : suppression de l’impôt sur la fortune non immobilière et de l’exit tax), en même temps que les services publics voient leur financement réduit alors qu’ils bénéficient surtout aux moins favorisés. Mais rares sont ceux qui éprouvent directement les effets de la suppression de l’impôt sur la fortune et de l’exit tax. Pour la plupart d’entre nous, ces effets se feront sentir progressivement et très indirectement. Le caractère non directement perceptible de ces effets est d’ailleurs ce qui permet au discours gouvernemental de soutenir qu’ils seront bénéfiques à tous. En tant qu’injustices seulement observées, ces mesures favorisant les plus privilégiés produisent de l’indignation, certes, mais principalement de l’indignation passagère, et tant que l’injustice est seulement observée, il est possible de s’y habituer. Les injustices directement subies, quant à elles, agissent plus durablement. Faire l’expérience de l’injustice est autre chose que seulement l’observer, et cette expérience est un ressort plus puissant, plus difficile à banaliser.

Il pourrait sembler que, sous la présidence Macron, l’expérience de l’injustice elle aussi se généralise, notamment comme expérience de la dégradation des services publics. Mais une telle dégradation ne se traduit pas toujours en expériences largement partagées. Les dégradations de l’hôpital et de l’université sont perceptibles principalement pour les personnels : les usagers fréquentent ces services publics de manière trop épisodique (hôpital) ou pendant une période trop limitée (université) pour faire l’expérience d’une dégradation qui s’éprouve dans la durée. L’un des obstacles rencontrés aujourd’hui contre la loi ORE et le dispositif Parcoursup est de cette nature : ni les lycéens ni les étudiants ne peuvent déjà en éprouver les effets. Il en va différemment des services publics de transport. Tout le monde, d’une manière ou d’une autre, peut faire l’expérience, dans la durée, de la dégradation du service, ou bien par les problèmes constants rencontrés dans les lignes des banlieues, ou bien par la fermeture ou les menaces pesant sur les petites lignes dans le reste du territoire. Tout le monde peut également faire un lien entre les effets possibles d’une privatisation du service public ferroviaire et les effets déjà ressentis, dans la durée, de la privation du service public des postes. Enfin, tout le monde peut établir un lien entre ces expériences de la dégradation et la réduction du financement public, c’est-à-dire un lien avec les cadeaux fiscaux dont bénéficient les plus fortunés. En d’autres termes, tout le monde peut faire l’expérience de ces dégradations comme des injustices. C’est précisément parce que les projets gouvernementaux concernant la SNCF sont perçus à travers des expériences de l’injustice largement partagées que les grèves de cheminots peuvent bénéficier du soutien non négligeable dont témoigne notamment la cagnotte qui les soutient.

Il faut des expériences de l’injustice partagées pour qu’un sentiment d’injustice diffus, fondé sur l’observation d’injustices criantes, se cristallise en mouvement social. Et c’est toujours à partir d’une figure particulière de l’injustice que des dynamiques politiques en viennent à s’enclencher, qui luttent contre les différentes figures de l’injustice sociale propres à une époque. Tout cela pourrait se jouer maintenant.

  • Libérer les services publics du poids des marchés financiers par Denis Durand, économiste, codirecteur d’Économie et politique

Denis Durandresponsable eco PCFredacteur ECO-PO libre de droit

« Tout sauf Sarkozy » ! C’est sur ce sentiment que François Hollande a construit sa victoire électorale de 2012… et le désastre de son quinquennat. Ne l’imitons pas en 2018. Ce n’est pas l’espoir d’une alternance à l’Élysée qui a scellé l’unité des syndicats de fonctionnaires, réuni une majorité de salariés d’Air France pour infliger par leur vote un humiliant désaveu à leur PDG, suscité la convergence des grévistes de la SNCF avec les cadres supérieurs de l’entreprise.

Ce qui donne aux cheminots la force de tenir tête à un gouvernement décidé depuis le début à leur briser les reins en même temps que leur service public, c’est qu’ils ne se sont pas contentés de protester, ni de défendre un statu quo qui ne répond ni à leurs attentes, ni à celles des usagers. Ils ont eu l’audace d’intervenir dans la gestion de leur entreprise, contre la rentabilité capitaliste qui inspire sa gestion actuelle et les projets du gouvernement. Ils proposent un projet raisonné, argumenté, convaincant pour le service public des transports ferroviaires, sans éluder la question de son financement. Le potentiel de rassemblement qui en résulte se mesure dans la diversité des soutiens à l’appel « Dette de la SNCF et développement des services publics : l’argent des banques et de la Banque centrale européenne (BCE) pour les services publics, pas pour la finance ! », qui réunit syndicalistes de la SNCF et d’autres professions, économistes, chercheurs, défenseurs de l’environnement, personnalités représentatives de la diversité de ceux qui tiennent au service public ferroviaire.

Ils se retrouvent autour de l’idée qu’il est possible de libérer les services publics du poids écrasant des marchés financiers, en s’attaquant au cœur de la construction européenne : la BCE et l’usage qu’elle fait de son pouvoir de création monétaire. C’est la démonstration pratique de ce que l’unité ne se construit pas sur la négation des différences mais sur la confiance du mouvement dans sa capacité à imposer une alternative crédible à la politique du pouvoir, à la domination du capital, à la violence des marchés financiers et à son institutionnalisation dans la construction européenne actuelle.

Loin de faire obstacle à la « convergence des luttes », on favorise donc au contraire le rassemblement en désignant les pouvoirs à conquérir concrètement pour mobiliser les moyens financiers afin d’atteindre les objectifs sociaux et écologiques que s’assignent les mouvements sociaux.

Il faut saluer l’effet positif des efforts déployés par la CGT pour sortir les manifestations du 26 mai des ornières d’un « dégagisme » politicien. Mais où sont les forces politiques capables, pour ce qui relève de leur responsabilité propre, de mener une action constante pour que l’exigence de transformations à la fois concrètes et radicales fasse monter une « marée populaire » à la hauteur de la crise du capitalisme financiarisé et des dangers qui l’accompagnent ? Ce rôle revient au Parti communiste. Puisse-t-il ne pas manquer son rendez-vous avec l’histoire.

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