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Agro-carburants : un révélateur du double jeu du président Macron

Posté par jacques LAUPIES le 12 juin 2018

Gérard Le Puill
Lundi, 11 Juin, 2018
Humanite.fr
Blocage de la rafinnerie de Donge, ce matin. Photo : Stéphane Mahé/Reuters

Blocage de la rafinnerie de Donge, ce matin. Photo : Stéphane Mahé/Reuters

Comme annoncé la semaine dernière, les militants des syndicats agricoles FNSEA et Jeunes Agriculteurs ont bloqué 13 raffineries et dépôts de carburant en France. Au-delà de l’opposition des deux syndicats aux importations massives d’huile de palme pour alimenter la raffinerie rénovée de Total à La Mède. Cette action met en cause le double langage ainsi que le double jeu du président de la République et de son gouvernement. 

Avec leurs tracteurs et le matériel indispensable pour tenir un siège de quelques jours, des groupes de 70 à 160  militants paysans ont bloqué cette nuit et ce matin les 13 sites qu’ils avaient ciblé. Dans une tribune signée de Christiane Lambert, présidente de la FNSEA et de Jérémy Decerle, président des Jeunes Agriculteurs, les deux dirigeants nationaux justifient cette action et critiquent la politique du gouvernement en ces termes :

« D’un côté, ce dernier propose une loi « Etats généraux de l’alimentation » qui, tant bien que mal, tente de redéfinir le cadre  d’un plus juste partage de la valeur ajoutée entre l’agriculteur et son aval, tout en engageant  l’agriculture vers une meilleure performance sociale, et environnementale (…) D’un autre côté, le gouvernement ouvre grand les portes à l’importation distorsive de produits alimentaires qui ne respectent pas les standards de production français, par la signature ou l’acceptation d’accords de libre échange (CETA, Mercosur, Mexique, Australie, Nouvelle Zélande…). Le CETA permet, par exemple, l’importation de produits contenant 46 molécules interdites en France ». Les deux dirigeants syndicaux dénoncent une « stratégie  édifiante qui va encore accélérer le déclin de l’agriculture française qui, rappelons le, emploie avec l’ensemble des secteurs qui lui sont liés 14% des actifs. Un moteur essentiel de l’activité économique des territoires ruraux. Ainsi, le gouvernement exige toujours plus des agriculteurs en leur imposant des contraintes supplémentaires et « en même temps», il les expose à une concurrence  déloyale mortifère », soulignent Christiane Lambert et Jérémy Decerle.

On notera à ce propos que les seules critiques et propositions d’amendements venues des rangs des députés du groupe LREM à l’Assemblée nationale n’ont guère consisté à mieux rémunérer les paysans français par des prix décents mais à les handicaper par la concurrence intra et extra-européennes en proposant d’interdire l’utilisation du glyphosate en France dans trois ans, sans se soucier du fait que ce ne serait pas le cas pour les produits importés des autres pays membres de l’Union européenne comme des pays tiers via les accords de libre échange.

Pour « des standards européens qui protègent le consommateur »

Estimant qu’une autre voie est possible, la déclaration commune de Christiane Lambert et Jérémy Decerle affirme que l’Europe doit porter « l’ambition de définir des normes communes applicables sur l’ensemble du territoire afin de supprimer les distorsions internes inacceptables. L’ambition, par la, taille du marché européen, d’imposer des standards européens qui protègent le consommateur, les sols, la biodiversité, les ressources ( …) Au niveau Français ensuite, en étant cohérent et en interdisant l’importation de tout produit des pays tiers ne correspondant pas, aux standards de production français et en mesurant les impacts économiques de toutes nouvelles normes décidées en France ».

C’est dans ce contexte que l’importation annuelle de quelques 300.000 tonnes annuelles d’huile de palme par Total pour son unité de La Mède qui travaillera 650.000 tonnes de matières premières pour produire du diester. Dans  ce chiffre global interviendrait un volume indéterminé d’huiles de fritures recyclables et environ 50.000 tonnes d’huile de colza, soit moins de10%  de la production annuelle. Or la trituration de chaque tonne de colza permet de disposer de 500 kilos de tourteaux qui entrent dans l’alimentation des herbivores ruminants, des porcs et des volailles alors le fruit du palmier ne laisse que 11%de son poids en tourteaux. Sans être vertueuse dans la lutte contre  le réchauffement climatique, l’utilisation du colza pour produire des agro-carburants dans les installations existantes a l’avantage de rendre la France moins dépendante des tourteaux de soja importés d’Amérique du sud.

Stéphane Travert donne carte blanche à Total

Intervenant ce lundi matin sur RTL, le ministre de l’Agriculture a déclaré d’emblée que le gouvernement « ne reviendra pas » sur l’autorisation donnée à Total pour importer de l’huile de palme. Considérant que ces blocages de sites sont « illégaux», il ajouté que « ce n’est pas en bloquant les raffineries qu’on trouvera les solutions qu’on trouvera les solutions adéquates ».

Mais comment les trouver alors ? Au micro de RTL Stéphane Travert a émis le vœux suivant : « je souhaite que demain, Total et les entreprises agricoles qui produisent des biocarburants, puissent se mettre d’accord sur une base de prix, sur un contrat, qui permettrait d’offrir des débouchés à la filière colza française».

Tout dépendra donc de la bonne volonté, ou pas, du PDG de Total. C’est sans doute pour cela que Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, continue de se taire.

Journaliste et auteur

 

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