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Pauvreté et surtout inégalité

Posté par jacques LAUPIES le 13 septembre 2018

 

Pauvreté ne va pas sans inégalité.

Parler des pauvres dans une nation sans prendre en compte ce dont disposent les riches est nuire d’avance la prise de conscience des pauvres. Que l’on parle de pauvreté à propos des pays dits riches n’a pas le même sens que d’en parler à propos des pays pauvres.

Si les plus démunis sont tentés de se révolter ils vont le faire contre le « pseudo riche de proximité ». Difficile est pour lui de globaliser sa révolte de l’orienter contre le vrai responsable, le riche au sommet de la pyramide. Tout simplement parce qu’il ne le voit pas.

Outre cela d’innombrables écrans l’en empêchent : pouvoir politique dont les liens avec les riches ne sont pas toujours décelables, pouvoir médiatique dont la dépendance économique à l’égard des riches n’est pas nécessairement visible sous les apparences de neutralité de certains journalistes. On peut également en citer d’autres au plus près des citoyens les plus dépourvues : réseaux d’inspirations religieuses, associations et même institutions publiques pratiquant l’assistanat, etc.

Tant et si bien que tout cela a un effet d’endormissement et de détournement dont les partis politiques de droite et d’extrême droite se servent généreusement.

D’ou la nécessité de porter l’analyse scientifique des véritables causes de la pauvreté pour aiguiser la prise de conscience et l’action nécessaires des pauvres  et de toutes les catégories qui les entourent et dont le transfert vers la pauvreté les menace parfois….

 

 

 Libre service alimentaire de l’antenne de Montcalm, Paris 18e. A. Pachabézian/Hans Lucas<br /><br />

Libre service alimentaire de l’antenne de Montcalm, Paris 18e. A. Pachabézian/Hans Lucas
 

Inégalités. Pauvreté : le double discours d’Emmanuel Macron ne passe pas

Mercredi, 12 Septembre, 2018

Le président lancera demain sa stratégie de lutte contre la pauvreté. Associations, acteurs de la solidarité et élus mettent en garde contre un plan qui ne s’attaque pas aux causes réelles de cette précarité. À commencer par la politique de destruction sociale du gouvernement…

L’attente fut longue. Reporté de mois en mois depuis mai dernier, le plan pauvreté d’Emmanuel Macron sera enfin présenté demain matin au musée de l’Homme. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le chef de l’État joue gros dans l’affaire. Au plus bas dans les sondages, il mise sur cette journée pour tenter de corriger son image de « président des riches » et donner une coloration plus sociale à ce début de quinquennat où tous les sacrifices ont été demandés aux plus précaires. L’entreprise de communication ne va pas être simple.

Depuis son élection, l’empilement des mesures « pauvrophobes », pour reprendre l’expression de Benoît Hamon, donne le vertige. Baisse des dotations aux collectivités sur les budgets politiques de la ville, coup de massue sur les contrats aidés jugés inefficaces, diminution de l’indemnisation chômage, baisse de 5 euros des APL (aides au logement), hausse de la CSG pour les retraités, ponction sur le secteur HLM… La liste est déjà longue. Sans parler du vocabulaire suintant le mépris, dont cette dernière mise en scène élyséenne qui montrait, début juillet, un Macron en train de déplorer le « pognon de dingue » mis dans les minima sociaux.

Bref, jusqu’ici, aucun signal favorable pour les 8,8 millions de personnes vivant, en France, en dessous du seuil de pauvreté (1 026 euros mensuels pour une personne seule). Que peut, malgré tout, ce nouveau plan ? Mené dans le cadre d’une concertation avec les associations de lutte contre la pauvreté, il devrait avoir pour axe principal de s’attaquer à la « reproduction de la pauvreté ». Et proposera une longue série de mesures ciblant en priorité les enfants et les jeunes (lire encadré). Parmi les annonces clés que le président fera demain, l’une concerne notamment le versement unique et automatique des allocations à partir de 2019. Une mesure technique qui devrait faire diminuer le nombre de cas de non-recours aux droits mais qui ne dit rien sur le montant des budgets que l’État consacrera à l’ensemble des aides. Tout comme plane le doute sur le financement global du plan. Le chiffre de quatre milliards d’euros étalés sur le quinquennat est avancé. « Mais ce serait un budget moindre que celui alloué par le gouvernement Hollande, c’est insuffisant », prévient Florent Gueguen, directeur de la Fédération des acteurs de la solidarité.

Le responsable associatif attend du chef de l’État non seulement des moyens mais également un véritable « recentrage social » des politiques. « Le gouvernement a fait le choix de soutenir les pauvres qui travaillent avec la revalorisation de la prime d’activité mais aucun coup de pousse pour le RSA, qui concerne 2 millions de personnes. Or, sans travail et sans accompagnement, les personnes au chômage ne peuvent pas sortir de la précarité. » Bernard Thibaud, directeur général du Secours catholique, est tout aussi critique à l’égard du cap général, guidé avant tout par la contrainte budgétaire, « sans objectifs clairs et chiffrés de réduction de la pauvreté ». Lui pointe quelques aspects positifs du plan, dont l’accent mis sur la prévention de la pauvreté des enfants. Mais reste déçu pour l’essentiel, et également par la non-revalorisation du RSA et sa non-extension aux 18-25 ans, alors que les jeunes représentent une large part des personnes en situation de pauvreté.

Sur le fond, le scepticisme règne. Et, quelle que soit la teneur du plan annoncé, personne n’est dupe du double jeu du chef de l’État dans cette affaire. « On peut souhaiter aider les personnes à trouver du travail mais si parallèlement vous supprimez les contrats aidés et que vous réduisez massivement les hébergements d’urgence pour les familles, cela ne tient pas », tacle le président du Samu social, Éric Pliez.

« C’est un gadget de communication saupoudré de misérabilisme »

La crainte de voir ce plan pauvreté se réduire ainsi à un simple plan com est bien réelle. Notamment avec des mesures destinées, avant tout, à satisfaire l’opinion publique. Pour beaucoup, la gratuité du petit déjeuner pour les enfants des quartiers prioritaires en fait partie. « C’est un gadget de communication saupoudré de misérabilisme, s’emporte Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. Vous pouvez servir des petits déjeuners, si l’environnement social n’évolue pas, s’il y a un manque de transports, si les parents ont des difficultés d’emploi, cela ne permettra pas à l’enfant d’aller de l’avant. » Éric Pliez abonde : « Ces petits déjeuners sont un pansement sur une jambe de bois. Le risque de ce plan est qu’il découpe en tranches la question de la pauvreté alors qu’elle relève de l’ensemble des ministères. »

Et d’une politique globale qui renforce les services publics et la protection sociale, deux éléments majeurs qui font de la France l’un des pays ayant le mieux amorti la crise de 2008 et où la pauvreté persiste le moins. Or, sur ces deux sujets précisément, les attaques n’ont cessé de pleuvoir depuis l’élection d’Emmanuel Macron. « Le gouvernement ne s’attaque pas aux causes de la pauvreté, souligne Laurence Cohen, sénatrice PCF. C’est un double discours permanent. D’un côté, il fait les poches des plus pauvres avec ses économies de 57 millions d’euros sur quatre ans, dont 20 millions pour 2018, dans les centres d’hébergement. Il coupe les moyens des associations. Il détricote le droit du travail. De l’autre, il fait sa rentrée avec son plan pauvreté. C’est une opération de communication pure et simple. »

Chaque jour, dans sa circonscription, Pierre Dharréville, le député PCF des Bouches-du-Rhône, constate les dégâts de l’action gouvernementale. « Je m’inquiète des coups portés chaque jour aux services publics, seuls garants d’une société plus juste. Je vois des salariés précaires, avec des emplois qui ne les protègent pas. Je rencontre des seniors, surtout des femmes, dont les faibles pensions ne leur permettent pas de vivre. » Il ne se fait donc pas d’illusion. « Pour qu’un plan pauvreté ait de l’impact, il faudrait commencer par garantir un système de protection sociale solidaire. » Pas vraiment au programme d’Emmanuel Macron.

 
Des mesures sur les minima sociaux et l’enfance

Mesure-clé du discours du président, une réforme des minima sociaux (lire page 6) devrait être annoncée par celui-ci, en prônant notamment l’homogénéisation de leur calcul et l’automatisation du RSA. Autres mesures : une aide à l’instauration de petits déjeuners gratuits dans les écoles prioritaires, un bonus financier pour les crèches accueillant des enfants défavorisés ou encore la formation obligatoire jusqu’à 18 ans. L’extension de la couverture maladie universelle et des mesures pour ne pas laisser tomber à 18 ans les jeunes de l’aide sociale à l’enfance devraient aussi être évoquées.

Laurent Mouloud

Photo Egalimentation.gouv

Photo Egalimentation.gouv

L’alimentation, variable d’ajustement des plus pauvres

Mercredi, 12 Septembre, 2018

Le baromètre Ipsos/Secours populaire, publié hier, s’est intéressé à la précarité alimentaire. De plus en plus fréquente, elle est un marqueur de pauvreté.

C’est un appel à « la résistance » qu’a lancé Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français (SPF), lors de la présentation de la 12e édition du baromètre de la pauvreté Ipsos/Secours populaire français, hier dans les locaux parisiens de l’association, dans le 18e arrondissement, aux côtés de Thierry Marx, chef étoilé et parrain de la campagne Pauvreté-Précarité. Ce baromètre retranscrit la manière dont la pauvreté est définie et vécue par les Français. Cette année, le Secours populaire s’est focalisé sur la précarité alimentaire.

Neuf Français sur dix considèrent qu’avoir des difficultés régulières à se procurer une alimentation saine est le signe d’une situation de pauvreté, selon l’étude. Des parcours de vie brisés ont incité près de trois millions de personnes à pousser les portes du SPF en 2017. C’est ce qu’a fait Suzanne, 40 ans, il y a huit mois. Une étape difficile pour celle qui n’aurait « jamais pensé avoir besoin de (se) faire aider », confie-t-elle. Suzanne est en fin de chômage et bénéficie de l’allocation de solidarité spécifique. Insuffisant pour subvenir aux besoins de ses quatre enfants. Séparée de son compagnon, elle a espéré une aide de sa part jusqu’au dernier moment et vécu sur ses économies : « J’ai épuisé tout ce que j’avais de côté, alors j’ai arrêté par exemple de leur acheter des jouets. » Jamais elle n’évoque cette situation avec ses enfants.

Faire les courses est redevenu un moment de partage

En revanche pour Fary, mère de 57 ans à la silhouette élancée, les étals du Secours populaire représentent « le supermarché qu’elle cherchait ». Faire les courses, auparavant source d’angoisse, est redevenu un moment de partage avec ses deux filles. Depuis, Fary, comme de nombreux bénéficiaires, donne un coup de main au local.

Grâce au Secours populaire, la compote de pommes a fait son grand retour dans l’alimentation des deux enfants de Lina, 30 ans. Avant de venir au Secours populaire il y a trois mois, le dessert avait disparu de leurs repas, à l’instar de la viande. Selon le baromètre, un Français sur cinq éprouve des difficultés à avoir une alimentation saine, permettant de faire trois repas par jour. « Force est de constater que l’alimentation est sacrifiée face à des dépenses contraintes », rappelle Julien Lauprêtre.

Reda, 43 ans, est d’abord venu au Secours populaire chercher des conseils pour son fils de 10 ans, qui souffre de troubles de l’attention. L’alimentation a été la variable d’ajustement de son budget, tant les rendez-vous chez le médecin ont pesé dans ses finances. Plus de la moitié des foyers ayant un revenu mensuel net inférieur à 1 200 euros peine ainsi à payer des actes médicaux mal remboursés par la Sécurité sociale, indique le baromètre 2018. Reda survit en enchaînant les petits boulots. Il travaille notamment sur les marchés, où il a appris l’importance des fruits et légumes dans les repas : « La tomate ananas ou cœur de bœuf sont des tomates de riches. Eh bien moi j’en mange ! », plaisante-t-il, penché sur une marmite fumante aux côtés du chef cuisinier, Thierry Marx. La précarité n’empêche pas l’amour du bon produit.

De plus en plus de familles viennent au Secours populaire

Une fois payés le loyer, la mutuelle santé et les factures d’électricité et de chauffage, l’idée de vacances paraît bien lointaine. Partir au moins une fois par an est difficile financièrement pour 41 % des Français, selon l’étude. Ce nombre atteint 67 % pour les foyers percevant un revenu mensuel de moins de 1 200 euros. Une réalité que pallie le Secours populaire : Lina a pu offrir une semaine en colonie à son fils de 9 ans en juillet et emmener sa famille une semaine à Grasse (Alpes-Maritimes) en août. Pour ce dernier séjour, Lina n’a dépensé que 180 euros. Ces vacances sont loin d’être superflues pour les enfants. Ceux de Suzanne sont « retournés à l’école avec le sourire. Ils étaient super motivés à la rentrée ». De plus en plus de familles viennent au Secours populaire, observe Fatima, bénévole depuis cinq ans dans ce local du 18e arrondissement.

Près de neuf millions de Français vivent au-dessous du seuil de pauvreté, fixé à 1 015 euros. Cependant, selon le baromètre, les Français considèrent une personne seule comme étant pauvre à partir d’un revenu mensuel inférieur à 1 118 euros, soit 5 euros de plus qu’en 2017. En se fiant à ce seuil subjectif, bien plus de Français seraient en situation de précarité. Autre donnée : 81 % des Français sont convaincus que leurs enfants seront plus vulnérables face à la pauvreté que leur génération. La confiance en l’avenir s’use pour les derniers de cordée.

 
Zoé Boiron

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