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Déclaration du Président de la République à propos de l’affaire Maurice Audin

Posté par jacques LAUPIES le 14 septembre 2018

 

 

 

Déclaration du Président de la République à propos de l'affaire Maurice Audin dans POLITIQUE

Parcours Maurice Audin. Alger, 2003. Ernest Pignon-Ernest
Jeudi, 13 Septembre, 2018
Le Président de la République, Emmanuel Macron, reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile.
Synthèse de la déclaration d’Emmanuelle Macron : « Depuis soixante et un ans, la « disparition » de Maurice Audin, jeune mathématicien qui travaillait à l’université d’Alger et militait pour l’indépendance algérienne, reste une zone d’ombre de l’histoire de la guerre d’Algérie. Ceux qui, dans la lignée de Pierre Vidal-Naquet, ont enquêté sur l’affaire – historiens, journalistes, documentaristes, etc. – ont minutieusement recoupé les témoignages, les documents, les vraisemblances pour établir un faisceau d’indices concordants. Leurs travaux s’accordent tous à reconnaître que la mort de Maurice Audin a été rendue possible par un système légalement institué qui a favorisé les disparitions et permis la torture à des fins politiques.
 
Le Président de la République, Emmanuel Macron, a par conséquent décidé qu’il était temps que la Nation accomplisse un travail de vérité sur ce sujet. Il reconnaît, au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile. Il reconnaît aussi que si sa mort est, en dernier ressort, le fait de quelques-uns, elle a néanmoins été rendue possible par un système légalement institué : le système « arrestation-détention », mis en place à la faveur des pouvoirs spéciaux qui avaient été confiés par voie légale aux forces armées à cette période.
 
Le Président de la République souhaite que toutes les archives de l’Etat qui concernent les disparus de la guerre d’Algérie puissent être librement consultées et qu’une dérogation générale soit instituée en ce sens.
Enfin, le Président de la République estime que les actes de certains individus ne sauraient peser sur la conscience de tous ceux qui n’en ont pas commis et n’y ont pas souscrit. C’est pourquoi les personnes qui ont pu connaître les circonstances de la mort de Maurice Audin sont appelées à s’exprimer librement afin d’apporter leur témoignage et conforter ainsi la vérité. »

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Benjamin Stora : « Cette reconnaissance de l’État va délivrer des poids qui pèsent sur les cœurs et les consciences »

Posté par jacques LAUPIES le 14 septembre 2018

 

Benjamin Stora : « Cette reconnaissance de l’État va délivrer des poids qui pèsent sur les cœurs et les consciences » dans POLITIQUE
Mercredi, 12 Septembre, 2018
Benjamin Stora, historien de la guerre d’Algérie et président du musée national de l’Histoire de l’immigration, réagit à la reconnaissance du crime d’État par Emmanuel Macron. Entretien.
Vous avez été l’un des premiers historiens à travailler sur les mémoires blessées de la Guerre d’Algérie. Comment réagissez-vous à cette déclaration d’Emmanuel Macron ? 
Benjamin Stora. C’est une formidable victoire. La bataille a été très très longue pour la reconnaissance de ce crime d’État. Elle a commencée il y a 61 ans et aboutit aujourd’hui à un texte très important, puisqu’il qualifie ce crime comme étant le produit d’un système politique mis en place à l’époque de la guerre d’Algérie. C’était d’ailleurs la revendication depuis le début, notamment de l’historien Pierre Vidal-Naquet, qui avait toujours insisté pour que cet assassinat soit bien interprété comme représentatif du système colonial. Il s’agit donc d’un pas en avant considérable.
61 ans pour obtenir cette reconnaissance… Que dit ce refus obstiné de l’État, jusqu’ici, de regarder l’histoire de la guerre d’Algérie en face ? 
Benjamin Stora. Depuis le début des années 1990, avec la publication de la Gangrène et l’Oubli (1), j’ai toujours pensé que, tant qu’il n’y aurait pas de reconnaissance par l’État des crimes commis, on ne pourrait jamais clôturer ce récit, cette histoire douloureuse de la guerre d’Algérie. C’était le cœur de mon argumentation. En particulier, j’expliquais qu’on ne peut pas réaliser le travail de deuil tant qu’il n’y a pas de reconnaissance. Les morts continuent de ne pas exister, ce sont des fantômes. Alors je ne peux que me réjouir, me féliciter qu’on avance. Mais encore une fois cette victoire a été le fruit d’un très long combat pour forcer la main au pouvoir politique, une bataille mémorielle difficile, avec des retours en arrière, comme en 2005 sous Nicolas Sarkozy, avec le vote sur « les bienfaits de la colonisation ». Alors aujourd’hui, je pense à tous ceux qui ont mené le combat, de Pierre Vidal-Naquet à Gérard Tronel, Laurent Schwartz, et puis dans les colonnes de l’Humanité bien sûr, notamment avec l’Appel des douze pour faire reconnaître la torture… Mais la bataille Audin, c’est historiquement celle du Parti communiste. C’est un marqueur décisif du point de vue de l’identité politique de la gauche. Donc reconnaître cette histoire est essentiel.
Vous avez également travaillé sur le traumatisme des appelés. Cette reconnaissance de l’État va-t-elle libérer les consciences ? 
Benjamin Stora. Il ne faut pas oublier, en effet, tous les groupes liés à cette histoire douloureuse. Trop souvent, on a eu tendance à séparer les groupes de mémoire, opposant les militants aux soldats, les appelés aux pieds-noirs, les Français aux Algériens… La guerre d’Algérie a son cortège de mémoires blessées, douloureuses. La reconnaissance de l’État va permettre de lever des poids qui pèsent sur les cœurs, les consciences. Cela va encourager la parole. Car le grand problème de cette guerre, c’est l’isolement et la solitude de ces porteurs de mémoire.
Justement, quel effet peut avoir cette reconnaissance, notamment de la torture, de l’autre côté de la Méditerranée, pour la société algérienne ?
Benjamin Stora. N’oublions pas les Algériens ! Juste pendant la bataille d’Alger en 1957, 3 024 Algériens ont « disparu » comme Maurice Audin. C’est considérable. Ce sont des fantômes qui continuent d’errer dans la mémoire collective algérienne. Cette déclaration du président de la République permettra j’espère de combler cette espèce de déni d’histoire, et d’avancer. C’est très important pour les Algériens. Maurice Audin était algérien. Sa famille, comme des milliers d’autres familles algériennes, a souffert de l’impossibilité des enterrements, et donc du deuil. Elles sont donc encore dans la souffrance.
Emmanuel Macron appelle les derniers témoins à parler et souhaite faciliter le travail d’archives. Quelles perspectives cela ouvre-t-il pour les historiens ?
Benjamin Stora Jusqu’à présent, les archives étaient très difficiles d’accès. Quand j’ai travaillé dans les années 1970, on accordait plus d’importance aux témoignages, aux vécus, à l’oral, à la presse et aux archives militantes. Les ouvertures d’archives d’État sont décisives. Depuis les années 1990, cela fonctionnait par dérogation, sans levée générale. J’espère que cette reconnaissance permettra la levée pour nous permettre d’entrer pleinement dans cette histoire.
(1) La Gangrène et l’Oubli. La mémoire de la guerre d’Algérie, de Benjamin Stora. Éditions la Découverte, 370 pages, 13,50 euros.
Entretien réalisé par Maud Vergnol

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