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Le maire sourit : « Ma routine, c’est toujours la démerde »

Posté par jacques LAUPIES le 6 janvier 2019

Le maire sourit : « Ma routine, c’est toujours la démerde » dans POLITIQUE

Jeudi, 3 Janvier, 2019

Engagé, jovial… et parfois amer. Daniel Thouvenin se bat pour faire vivre la petite commune du Loiret qu’il administre. Il nous a fait partager son quotidien durant quelques jours. Reportage.

Le soleil perce à peine la brume sur la plaine de Beauce : bienvenue dans l’ouest du Loiret, où villages et petites villes se succèdent au rythme de la Loire et de l’autoroute qui serpente auprès d’elle. Une partie plutôt rurale du département même si, comme ailleurs en France, les habitants y sont avant tout employés ou salariés. Le long du fleuve, le tourisme est également développé, mais pour les communes qui ne sont pas riveraines, l’attractivité est « quasi nulle », selon les mots de Daniel Thouvenin, le maire de l’une d’entre elles : Villorceau, distante d’une grosse trentaine de kilomètres d’Orléans, et peuplée de 1 142 habitants, selon le dernier recensement de 2015. Une petite bourgade typique de cette « France des oubliés », même si ici, le chômage est plus faible que la moyenne (8,2 %). À son bureau, le maire nous présente sa commune, voisine du bourg plus gros et plus connu de Beaugency, et qu’il dirige depuis 2001 : le « gros poids des céréaliers » dans la région, l’urbanisation qu’il veut maîtriser. « J’instruis moi-même les permis de construire ». Un maire qui n’a pas envie de voir sa population augmenter, voilà qui est rare… Il explique : « Bien sûr que je voudrais, mais je ne peux pas prendre ce risque : il faut donner du service en face ! » Or, avec la baisse des dotations aux collectivités, difficile de joindre les deux bouts. Et d’ajouter que l’arrivée d’un gros lotissement, planifié par l’État en 2005, a bouleversé les équilibres de la commune. Et voici maintenant son équipe municipale, dont plusieurs membres sont présents autour du café partagé le matin. Il leur demande une « grande disponibilité : c’est pour cela que je veux la moitié de retraités dans l’équipe ». Daniel Thouvenin est PCF, mais, à l’échelle locale, peu importe : « Ici, je ne fais pas de politique, ça ne compte pas, je suis le seul encarté dans l’équipe municipale. » Et d’ajouter en riant : « Ils me chambrent assez avec ça ! » « Hein Robert ! » glisse-t-il en désignant son adjoint, Robert Gora, ancien major de gendarmerie, dont on devine à son sourire qu’il ne partage pas vraiment les engagements partisans de son maire, mais qu’il a plaisir à travailler avec lui. « Il me gonfle des fois », ajoute-t-il en le brocardant. Et les deux élus de rire aux éclats…

A Villorceau, les commerces ont fermé les uns après les autres. Aujourd'hui il ne reste qu'un Bar-Tabac

A Villorceau, les commerces ont fermé les uns après les autres. Aujourd’hui il ne reste qu’un Bar-Tabac

Nous sommes lundi matin, en ce début décembre, et la routine n’est pas de mise : « Avec les gilets jaunes, la semaine est bousculée ! » La routine, ici, c’est « toujours la démerde », sourit Daniel Thouvenin. Avec un budget d’un peu moins de 900 000 euros, il faut ériger des priorités. Mais pour l’heure, il s’agit d’aller voir sur le rond-point de la zone commerciale voisine : même si ce n’est pas sur la commune, les habitants de la région sont là… « Faut les soutenir, on est obligé », explique l’élu, qui connaît bien les difficultés des gens. Il échange avec quelques-uns et salue la capitaine de la gendarmerie locale qui arrive. Le soir même, Emmanuel Macron doit prendre la parole : « On va voir ce qu’il va dire M. Macron, déclare un gilet jaune. Enfin, si on peut l’appeler Monsieur çui-là… » Un autre expose la raison de sa colère : « On paie des impôts mais on voit rien venir ! »

l’exercice de la démocratie locale

Membre de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), Daniel Thouvenin fait partie de l’opération « Mairie ouverte », mise en place pour permettre aux gens d’exprimer leurs doléances. « Ça fonctionne, précise-t-il, même si les gens n’ont pas l’habitude d’être consultés comme ça. » Lors du conseil municipal, le maire a parfois donné la parole directement aux personnes présentes, mais souvent en pure perte : « C’était souvent des opposants, des gens de l’ancienne équipe municipale… Des propriétaires terriens qui ne nous pensaient pas légitimes. De la pure contestation. » La démocratie locale est un enjeu majeur pour les maires des petites communes comme Villorceau. En ce mercredi matin, Daniel Thouvenin a justement rendez-vous avec deux collègues de l’AMRF qu’il connaît bien : Danielle Corrolleur, élue du village de Mézières-lez-Cléry (825 hab.), près d’Orléans, et le président des maires ruraux du Loiret, Gilles Lepeltier, élu à Lion-en-Sullias (407 hab.), à l’est du département, près de Gien. Pour ce dernier, les relations avec les administrés sont plutôt bonnes : « On n’a pas de vraies difficultés, même si quand ils viennent nous voir c’est parce que quelque chose ne va pas… » Proches de la population, eux ne pâtissent pas trop de l’image dégradée des « politiques », même si une doléance a marqué Mme Corrolleur : « On nous dit souvent : on sait que vous bossez… mais entre vous. » Comme si les gens se sentaient exclus, en marge des décisions. « Mais quand on fait une réunion publique, y a plus d’élus que de gens ! » soupire Gilles Lepeltier.

maire et peintre bénévole

Pas facile de nouer des relations avec les administrés. « Beaucoup viennent seulement en fonction du prix du foncier », poursuit-il. C’est que la désertification, la métropolisation, le recul de la citoyenneté laissent des traces. Il faut, pour ces maires ruraux, se battre au quotidien, donner de sa personne. Avec d’autres Villorcéens, Daniel Thouvenin a fait partie des bénévoles qui ont repeint l’école du village. Sa grande fierté ? « Le centre de loisirs », répond-il du tac au tac. « On a plus de 50 gamins entre 3 et 12 ans ! » Son objectif : proposer maintenant des activités aux adolescents. Il a chargé Nicolas Lebossé, son jeune directeur du centre de loisirs, d’y réfléchir. Car après leur scolarité primaire, les jeunes partent au lycée dans la commune voisine, et « on perd le lien », déplorent-ils. « On voudrait leur proposer quelque chose, un genre de MJC. » Il est vrai que, pour les jeunes, il n’y a pas grand-chose à faire, hormis sur un terrain aménagé pour le sport et les barbecues… mais plutôt l’été. De même que les commerces : il n’en reste quasiment plus. Seul un bar-tabac résiste, sur la place de la mairie et de l’église. Sur un bâtiment, de l’autre côté de la place, un écriteau demeure : « épicerie ». Mais le rideau reste fermé… « Quelqu’un est venu mais… on n’a pas senti d’enthousiasme. Le café a pris le relais pour les produits de première nécessité. » Il manque aussi un médecin, « on serait bien content si on en avait un », sourit Dominique Picard, une autre adjointe. Mais pour en attirer un… cela pourrait se faire via la nouvelle communauté de communes. Mais pas à Villorceau, du coup. Ici, comme partout ailleurs en France, les « comcom » (pour communautés de communes) cristallisent les reproches et les difficultés des maires, et ravagent les territoires. Le rapprochement for cé, suite à la loi NOTRe de 2015, votée par la majorité socialiste de François Hollande, a comme prévu créé des monstres. « Ici, on est passé de 7 communes dans l’ancienne comcom à 27 dans la nouvelle », précise Daniel Thouvenin. « Ça concentre l’attractivité, ça nous éloigne des citoyens », poursuit-il. Même son de cloche chez ses collègues de l’AMRF.

Macron… « fallait voir le mépris ! »

« C’est devenu des gros bateaux : nous, on est passé de 28 à 120 élus à la comcom, déplore Gilles Lepeltier. Les contrats, les grandes entreprises qui essaient de faire du fric sur les services publics… C’est simple, il y a 40 % des décisions qu’on ne maîtrise pas. » Danielle Corrolleur abonde : « On est passé de 6 000 habitants à 50 000… Certes, on est toujours le petit de quelqu’un, mais dans nos villages on nous dit qu’il n’y en a plus que pour le bourg. Et les réunions de la comcom, c’est devenu des chambres d’enregistrement. On ne sait rien sur un budget de 22 millions d’euros ! On ne voit plus les élus de la région, ni les préfets. Y a que la carotte financière. » Pour Gilles Lepeltier, ce sont d’ailleurs « les préfets qui ont fait les nouvelles comcoms, on n’a pas fait gaffe mais c’était un charcutage électoral. On avait pourtant fait des choses bien, un centre de loisirs par exemple, avec des commissions ouvertes à nos élus municipaux. Aujourd’hui, ils en sont exclus ». « Et même nous, on ne reçoit pas toujours les convocations », souligne Mme Corrolleur. Une reprise en main technocratique au centre du malaise des maires, qui ont le sentiment d’être méprisés, délaissés.

Autre difficulté : la sécurité. Ici, dans ce qui ressemble plutôt à une paisible bourgade ? Et oui, ici aussi, répondent en chœur le maire et son adjoint Robert Gora. « Des dégradations, des incivilités… et même du gros deal de drogue », précise l’adjoint, qui explique que la campagne est aujourd’hui le lieu où s’effectuent de grosses transactions de stupéfiants. Alors la ville s’est équipée de 12 caméras de vidéosurveillance. « J’étais contre, mais je me suis rangé à l’avis de ma majorité. Beaucoup pensaient qu’on était laxiste », lance le maire, dans un clin d’œil à son adjoint ex-gendarme. Et l’insécurité a effectivement reculé. Quant au budget… la baisse des dotations, l’étranglement financier des collectivités a fait mal : « Avant, on pouvait faire des choses en plus : de la culture, du théâtre, et même un festival de jazz. Mais j’ai dû rogner sur la culture », déplore le maire de Villorceau. Comme beaucoup d’élus, il milite pour une refonte en profondeur de la fiscalité locale. Sinon ? « Sinon bientôt on ne fera plus que des cérémonies, mais sans argent pour payer les chrysanthèmes », regrette Daniel Thouvenin avec son sens de la formule. La ville consacre 54 % de son budget aux salaires des 18 employés municipaux : ça peut paraître beaucoup, mais « rien n’est superflu ». Alors beaucoup sont découragés. Maire depuis 2001, lui a l’intention de continuer, il aime ce qu’il fait et s’y consacre à plein temps, et ce « dès mon premier mandat ». Mais d’autres en ont marre. « Je suis devenue maire à la retraite, en 2014, mais je ne continuerai pas. Je cherche un successeur… mais c’est difficile », déplore Danielle Corrolleur, pour qui le plus dur est de devoir « aller annoncer un suicide à une famille avec les gendarmes ». Qui voudrait d’une fonction ingrate où il n’y a que des coups à prendre, malgré l’engagement citoyen et l’intérêt général ? L’année dernière, Daniel Thouvenin avait parlé avec Emmanuel Macron à l’occasion du congrès de maires de l’AMF. « Fallait voir le mépris… Il m’a dit qu’il ne me dirait rien et n’a rien écouté. Cette année, malgré sa promesse, il n’est même pas venu. » Tout un symbole pour cette « France des territoires », comme on dit aujourd’hui. Cette France qui se rebelle peu à peu, et où les maires sont en première ligne. En ce mercredi après-midi, c’est le spectacle des enfants du centre de loisirs. Daniel Thouvenin y est salué par tous, parents comme enfants. « Je les connais tous. Il faut dire qu’il m’arrive de faire de la garderie ou de l’aide aux devoirs. » Forcément, ça rapproche.

texte et photos : Benjamin König

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