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Brésil. Le président Lula proposé pour être le Nobel de la paix

Posté par jacques LAUPIES le 29 janvier 2019

LU DANS L’HUMANITE

 

En août 2018, Adolfo Pérez Esquivel, défenseur argentin des droits de l’homme, s’est rendu au Brésil pour soutenir Luiz Inacio Lula da Silva, injustement condamné à douze ans de prison, au te rme d’une cabale politico-judiciaire. Joedson Alves/EPA
 

Mardi, 29 Janvier, 2019

Près d’un demi-million de personnes ont déjà signé une pétition lancée par l’artiste argentin Adolfo Pérez Esquivel pour faire de l’ancien chef d’État un prix Nobel de la paix. Celui qui est aujourd’hui prisonnier politique a été à l’initiative d’un programme d’éradication de la faim.

Quel goût a la farinata ? Ces granulés, exclusivement réservés aux pauvres, qui rappellent les croquettes pour animaux, et dont nul ne connaît la composition, ont été présentés en 2017 par le maire conservateur de São Paulo, João Doria, comme une révolution dans la lutte contre la faim dans la métropole. Qu’importe finalement que les experts jugent que la farinata creuserait un peu plus les inégalités au lieu de les résorber. Et qu’elle constituerait « un recul par rapport aux progrès obtenus ces dernières décennies dans le domaine de la sécurité alimentaire », selon le conseil régional de la nutrition. Au Brésil comme ailleurs, le terme de « révolution » ne cesse d’être dévoyé au profit de projets réactionnaires. Au début des années 2000, Luiz Inácio Lula da Silva, aujourd’hui prisonnier politique embastillé sans preuve, démarrait, lui, sa présidence par l’ambitieuse campagne « Fome Zero » (Faim zéro). « Nous devons vaincre la faim, la misère et l’exclusion sociale. Notre guerre ne vise à tuer quiconque mais à sauver des vies », disait-il alors.

« Le Brésil a quitté la carte de la faim dans le monde »

L’emblème de la campagne – une assiette, un couteau et une fourchette sur fond de drapeau brésilien – disait « l’émerveillement des sensations rassasiées » cher à l’écrivain Jean-Marie Le Clézio. Mais également le goût de tout ce qui manque, au-delà du riz et des haricots. Et notamment de l’espoir. En 2014, au cœur du quartier populaire de Campo Limpo, Lula invitait chacun à mesurer les avancées du géant sud-américain depuis le début des années 2000 : « Auparavant, la mère de famille qui allait faire ses courses revenait le panier vide car tout était inabordable. La viande est devenue accessible, on peut se permettre d’aller au restaurant, de voyager, d’entrer à l’université. Qui aurait imaginé ça ? Companheiras, dites à vos enfants qu’avant, l’espoir n’était pas permis. »

Si un certain nombre d’aspirations se sont évanouies depuis l’élection de Jair Bolsonaro à la présidence, des citoyens semblent pourtant résolus à mener un combat extrêmement politique afin de porter la candidature de Lula au prix Nobel de la paix 2019 au nom de la « corrélation entre la garantie des droits de l’homme par les peuples, en particulier la santé et la sécurité alimentaire, et la construction internationale de la paix », assure le Comité de solidarité internationale pour la défense de Lula et de la démocratie au Brésil.

Portée par le lauréat du Nobel de la paix en 1980, l’artiste argentin Adolfo Pérez Esquivel, la pétition a déjà réuni près de 500 000 signatures (1), dont celles des sociologues Jean Ziegler et Éric Fassin, d’Angela Davis, de l’acteur Danny Glover, du linguiste Noam Chomsky et du syndicat UGTT. Selon eux, les programmes Fome Zero et Bolsa Familia (Bourse familiale) « ont été principalement responsables de la baisse des taux de malnutrition dans le pays (de 11 % en 2002 à moins de 5 % en 2007), ainsi que de la réduction de l’extrême pauvreté qui, selon un rapport de la Fondation Getúlio-Vargas (FGV), a chuté de 50,6 % au cours de la période liée au mandat de Lula. Cela a permis au pays de réaliser le succès historique de quitter la carte de la faim dans le monde des Nations unies en 2014 ».

Sur le plan international, les politiques initiées par Lula ont en outre été à l’origine d’une série de programmes à travers le monde et notamment de Zero Hunger International, en 2004, sous la houlette du gouvernement brésilien, de l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et du président français Jacques Chirac. En outre, à l’inverse de son prédécesseur, qui prend déjà fait et cause pour tous les faucons qu’abrite la planète, Lula n’a cessé de jouer un rôle de médiateur, soulignent les initiateurs de la campagne. Ce fut le cas entre le Venezuela et la Colombie, lors du conflit armé en Colombie, et pour la Déclaration de Téhéran visant à établir un accord réglementant le programme nucléaire iranien.

« Un exemple mondial de la lutte contre la pauvreté »

Le dépôt de candidature auprès du Comité Nobel s’achève jeudi. Peuvent présenter un nom des parlementaires et ministres, des chefs d’État, des membres de la Cour internationale de justice de La Haye et de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, ou des professeurs, recteurs et directeurs d’université. Pour porter l’initiative, Adolfo Pérez Esquivel soutient que la faim « est un fléau et un crime dont sont victimes les peuples soumis à la pauvreté et la marginalité, privés de vie et d’espoir pour des générations. Pour cette raison, si un gouvernement national devient un exemple mondial de la lutte contre la pauvreté et les inégalités, contre la violence structurelle qui nous afflige en tant qu’humanité, il doit être reconnu pour sa contribution à la paix dans l’humanité ».

Et de faire résonner cette phrase de Martin Luther King : « Si on m’annonçait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. »

Lina Sankari
 

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