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PHILIPPE MARTINEZ : « LA COLÈRE NE DOIT PAS ÊTRE RÉCUPÉRÉE MAIS DEVENIR PLUS COHÉRENTE  »

Posté par laupiesjacques le 11 mars 2019

 

PHOTO JULIEN JAULIN/HANS LUCAS

PHOTO JULIEN JAULIN/HANS LUCAS

PHILIPPE MARTINEZ : « LA COLÈRE NE DOIT PAS ÊTRE RÉCUPÉRÉE MAIS DEVENIR PLUS COHÉRENTE  »

Jeudi, 7 Mars, 2019

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, se réjouit de l’aspiration au collectif dont témoigne le mouvement des gilets jaunes. Un encouragement pour le syndicalisme, placé face à de lourds défis.

Avant la journée nationale interprofessionnelle d’action, de mobilisations et de grève, à laquelle appellent CGT, FO, Solidaires ainsi que les organisations de jeunesse Unef, UNL et UNL-SD, Philippe Martinez fait le point sur le mouvement social en cours, ses causes et ses débouchés possibles. Il déplore l’incapacité des organisations syndicales à bâtir un front commun alors que le pays s’enfonce dans la précarité et la pauvreté.

Le mouvement des gilets jaunes est installé dans le paysage depuis le 17 novembre. Diriez-vous que, pour le syndicalisme, c’est le symptôme d’un certain échec, ou plutôt une chance ?

Les gilets jaunes sont une bonne chose pour le syndicalisme. Alors que gouvernement et pseudo-experts du social véhiculent l’idée que l’on s’en sort mieux tout seul, sans organisation collective et qu’ils vantent les premiers de cordée…, voilà des gens qui se réunissent, agissent collectivement, construisent des revendications… C’est plutôt encourageant pour un syndicalisme comme celui de la CGT.

Certes, cela met aussi en avant nos faiblesses, que l’on ne découvre pas d’ailleurs. Ces milliers de citoyens, actifs ou retraités, jeunes ou moins jeunes, refusent les syndicats, non pas par conviction, mais parce qu’ils ne les connaissent pas. La plupart n’ont jamais croisé de syndicaliste de leur vie. Tout juste en voient-ils à la télé, derrière des banderoles.

Y a-t-il eu une évolution dans le dialogue entre gilets jaunes et militants CGT depuis le début du mouvement ?

Au début, les mots d’ordre n’avaient rien de social. Le Medef était évidemment à l’affût car, lui, quand il entend parler de suppressions de taxes, il arrive en courant pour dire « d’accord, supprimons toutes les taxes » ! Mais, dès fin novembre, lorsque nous avons vu fleurir des revendications sociales, nous avons estimé qu’il fallait discuter avec eux, partout où c’était possible.

Nos propos ont été caricaturés. Certains ont prétendu que nous avions traité les gilets jaunes de fascistes ou de racistes ! Cela n’a jamais été le cas ! En revanche, nous avions dit, et nous le maintenons, qu’on ne peut pas manifester avec des racistes, des sexistes, des personnes dont les propos sont homophobes, antisémites… Mais c’est une minorité.

Aujourd’hui, dans la quasi-totalité des départements, nous avons des contacts avec une partie des gilets jaunes. Il y a des actions communes à Toulouse, à Marseille, en Charente-Maritime, dans l’Aveyron, dans l’Orne… le samedi et en semaine. C’est aussi un débat entre nous : le samedi c’est bien, mais la semaine c’est mieux. Le mouvement des gilets jaunes épargne le capital. Les augmentations de salaires, pour la fonction publique c’est le gouvernement, le smic c’est le gouvernement, mais ailleurs… c’est le capital. Ces contacts ont permis de lever des ambiguïtés, de faire de l’éducation populaire. Et des gilets jaunes ont adhéré à la CGT !

Gilets jaunes ou autres, on sent actuellement une colère sociale très forte. Comment l’analysez-vous ?

Cette colère existait déjà sous les précédents gouvernements. Les mobilisations contre la loi El Khomri ont été très fortes, et largement soutenues par l’opinion publique, jusqu’à 75 % de soutien. Mais quand c’était la CGT qui évoquait cette colère, on nous disait : vous exagérez. Là tout le monde la voit ! Mais il faut qu’elle s’exprime de façon plus construite.

Sans être effrayé, le Medef n’est pas rassuré. Cette inquiétude se manifeste par le fait que la « prime Macron » a été versée dans de nombreuses entreprises, qu’il y a eu des augmentations de salaires plus importantes que les années précédentes. Ainsi, dans la métallurgie, les minima de la convention collective des ingénieurs et cadres ont été augmentés de 2,1 % ; il y a dix ans que ce n’était pas arrivé. Mais la plus grande crainte du Medef, c’est que le mouvement des gilets jaunes converge avec la CGT.

Cela dit, le monde du travail est complètement explosé, et c’est un vrai défi pour le syndicalisme tout entier ! Nous ne sommes pas présents partout, loin s’en faut. Le niveau de précarité et de pauvreté dans ce pays est très élevé, ce qui rend l’action difficile. Quand on n’arrive pas à boucler le mois, comment fait-on avec un ou deux jours de salaire en moins ? Il faut pourtant continuer à proposer la grève, car elle reste le moyen d’action le plus efficace, mais il faut trouver aussi d’autres formes d’intervention des salariés. Cette colère a besoin d’être non pas canalisée ni récupérée mais de devenir plus cohérente, plus convergente et de mieux cibler les responsables.

Il y a une exigence de démocratie directe chez les gilets jaunes. Est-ce qu’elle n’interpelle pas aussi le syndicalisme ?

En fait, les gilets jaunes veulent des élus de proximité, et avoir une plus grande visibilité sur ceux qui symbolisent la démocratie. Or, la mise en place des CSE, que nous avons combattue, renforce l’institutionnalisation du syndicalisme en éloignant les représentants du personnel des salariés.

La question pour le syndicalisme, c’est aussi son utilité et son efficacité. D’où la nécessité de conjuguer des mobilisations sur des enjeux de société et d’autres sur le quotidien. Ainsi Enedis (ex-ERDF, filiale d’EDF) a fermé toutes ses agences commerciales. Mais les camarades de la CGT Enedis 93 ont rouvert celle de La Courneuve. En deux mois et demi, 800 personnes sont venues. Pour des problèmes de facture par exemple. Les gens ressortent avec le sourire parce que leur problème est réglé. Évidemment, le monde continue à mal tourner. Mais si on montre que l’on est capable de régler des soucis du quotidien, on est plus crédible quand on dit qu’il faut changer le monde.

Comment envisagez-vous la journée de mobilisation du 19 mars ?

Après la journée du 5 février, nous avons proposé d’avoir des temps forts tous les mardis. Cela prend bien, et pas seulement le mardi. Il y a eu par exemple un débat à Decazeville, un vendredi soir, avec plus de 100 personnes. Nous avons mis en place des cahiers d’expression populaire. Et les initiatives se multiplient à la porte des entreprises. À l’exemple de ce qui s’est fait à La Courneuve, des camarades des mines-énergie ont rouvert trois nouvelles agences Enedis à Ivry, Barbès, Perpignan. Le 1er mars, les métallos étaient dans l’action sur leur convention collective.

Il y a tout un plan de travail jusqu’à la journée du 19 mars. Le tronc commun de la mobilisation, ce sont les questions sociales, mais chacun viendra avec ses particularités. Le besoin de service public que revendiquent les gilets jaunes se conjuguera avec les mobilisations des fonctionnaires pour des embauches et le refus de remise en cause du statut. Le tout dans un cadre unitaire plus large que le 5 février, puisque Force ouvrière sera dans l’action au niveau interprofessionnel. Mais l’unité syndicale demeure un problème dans ce pays.

Ne progresse-t-elle pas néanmoins ? Vous évoquez le retour de FO dans l’appel du 19 mars. Il y a aussi l’unité dans la fonction publique…

Certes, elle progresse. Mais je ne comprends pas que, vu la situation sociale, il n’y ait pas un front commun des organisations syndicales. Pour des augmentations de salaires, le relèvement du Smic, de la justice fiscale et plus de services publics. Les Belges ont été capables de faire une journée d’action le 13 février avec tous les syndicats, FGTB, CSC et les libéraux. En Espagne, il y a régulièrement des journées de mobilisation avec l’UGT, les Commissions ouvrières… Qu’est-ce qui bloque en France ?

À l’Unédic, tous les syndicats ont aussi refusé de réduire des droits des demandeurs d’emploi…

C’est un bon signe. Cela fait très longtemps qu’un accord de ce type n’avait pas été mis en échec et très longtemps que les syndicats n’avaient pas quitté la salle en même temps.

L’échec des négociations à l’Unédic signe-t-il la fin du paritarisme ?

Les déclarations d’Emmanuel Macron sur l’incapacité des syndicats à prendre leurs responsabilités sont scandaleuses. Il omet de dire qu’il s’agissait de négociations contraintes – la lettre de cadrage du gouvernement imposant 4 milliards d’euros d’économies. La liberté de négociation était donc largement réduite. Quant au bonus-malus sur les contrats courts, qui le refuse ? Les syndicats de salariés ou le patronat ? Il ne suffit pas de constater qu’il y a un échec, il faut dire à qui il incombe. Il faut constater que le patronat refuse d’admettre qu’il y a de la précarité, qu’il en est responsable et qu’il s’oppose au bonus-malus.

Faut-il craindre une étatisation de l’assurance-chômage ?

Ce n’est pas une étatisation. C’est un changement de modèle. L’assurance-chômage fait partie de la Sécurité sociale. Le gouvernement veut passer d’un système financé par la cotisation à un système financé par l’impôt. Cela va lui permettre de dire que les dépenses de l’assurance-chômage vont gonfler la dette publique et donc légitimer une réduction des droits des demandeurs d’emploi. Le gouvernement poursuit son offensive contre les corps intermédiaires. Il utilise l’échec de l’Unédic dont il est à l’origine pour discréditer les syndicats et s’arroger le pouvoir de décider seul. Ce refus de la négociation sociale conduit à ce que la Direction générale du travail, c’est-à-dire le ministère, bloque tous les accords sur l’augmentation des minima de branche qui sont conclus, même ceux qui sont unanimes. L’accord ingénieurs et cadres dans la métallurgie est ainsi suspendu. Le gouvernement prône la négociation mais, en réalité, il n’en veut plus à un niveau interprofessionnel. C’est l’esprit des ordonnances Macron, qui cantonnent la négociation au niveau de l’entreprise.

Ford Blanquefort, Ascoval… Le gouvernement cafouille en matière de politique industrielle. Qu’en pensez-vous ?

Le gouvernement est incapable de régler des problèmes pourtant simples. Il y a un mois, nous avons demandé la réquisition de Ford Blanquefort. Avec ce que Ford a perçu comme aides publiques, la boîte a été largement payée par l’État. Le gouvernement ne veut pas régler le problème. Quant à Ascoval, c’est plus que scandaleux. Il se trouve que la Banque de France choisit de dégrader la note du repreneur Altifort au moment même où celui-ci sollicite un emprunt pour financer son projet, et l’empêche ainsi de l’obtenir. À ma connaissance, la Banque de France n’est pas une institution financière hors-sol qui agit sans concertation avec l’État.

Est-ce une boulette selon vous ?

Sûrement pas. Le gouvernement agit en protection des entreprises du CAC 40. L’ancien propriétaire, Vallourec, ne veut pas que cette boîte soit reprise afin de limiter la concurrence. Le commissaire interministériel à la réindustrialisation, Jean-Pierre Floris, qui s’occupe d’Ascoval, est un ancien de Saint-Gobain. Ce familier du CAC 40 s’est aussi occupé de Ford, de GM&S ou encore des Fonderies du Poitou avec, à chaque fois, le succès que l’on sait. Devant le Parlement, Bruno Le Maire surjoue le scandalisé en parlant d’Ascoval mais, en réalité, il ne veut pas remettre en cause les intérêts du CAC 40. Pour notre part, nous pensons qu’il faut aller plus loin que la loi Florange, qui obligeait à rechercher un repreneur. Dès qu’un groupe touche des fonds publics, il doit faire preuve de transparence. Et s’il n’investit pas dans l’usine, alors l’usine ne lui appartient plus. Il y a des solutions pour Ford, pour GM&S, pour les Fonderies du Poitou, pour Ascoval ou pour les papeteries du groupe Arjowiggins. Je sais bien que dans ce pays la propriété privée est sacrée mais, si on veut conserver une industrie, il ne faut pas laisser le capital décider.

Entretien réalisé par Pierre-Henri Lab et Dominique Sicot

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