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Un vent social nouveau aux conséquences politiques nouvelles ? Et les risques que cela comporte !

Posté par jacques LAUPIES le 9 avril 2019

Tout le monde semble s’accorder sur le fait que le fondement des clivages politiques d’il y a quelques décades sont en train d’éclater. Entre droite et gauche certes mais aussi dans leur essence idéologique !

Ainsi la perte d’influence de l’église catholique, celle du communisme, auraient conduit le peuple français à se détourner de leur représentation politique traditionnelle : en gros la démocratie chrétienne et ses annexes d’inspiration plus ou moins religieuse d’une part et les partis « progressistes » d’inspiration plutôt rationaliste au rang desquels le parti communiste d’autre part, expliqueraient les mouvements en cours (« macronisme » d’une part et »gilets jeunes » d’autre part)

Une telle vision est plus que sommaire et même en prenant compte les interpénétrations  idéologiques et religieuses dans les différents courants politiques il est bien difficile de trouver une explication à la crise qui frappe le monde politique d’origine purement idéologique ou même religieuse.

Il faut revenir aux évolutions économiques (notamment des forces productives) et à leurs conséquences sociologiques, aux nouveaux aspects de la lutte des classes à l’échelle nationale et internationale, qui sont la cause des bouleversements existants et à venir dans les engagements que vont prendre les peuples et leurs composantes catégorielles.

Ce qu’évidemment ne se hasarde pas à faire la classe dominante au pouvoir laquelle usant de son influence politique, déléguée à la droite et à Macron, préfère rester sur une démarche populiste, alors qu’elle devrait revenir à la prise en compte des intérêts de classe des une et des autres. Certains parlent même de fascisme soft ce qui en gardant raison par rapport aux mots et leur signification, n’est pas tout à fait inexact !

Car l’un des caractéristiques du fascisme est bien de nier et de réduire l’influence des partis politiques et des « corps constitués » Mais ne dramatisons même si les mouvements actuels de protestation sont récupérables par l’extrême droite. Ce point mériterait un développement d’autant que le trouble existe bel et bien dans la population !

 

Réunies à Saint-Nazaire, des centaines de délégations de gilets jaunes ont œuvré ce week-end à consolider le mouvement, favorisant la démocratie directe et le lien avec les luttes.

Saint-Nazaire,

Envoyées spéciales,

Les délégations de gilets jaunes de toute la France affluent à l’assemblée des assemblées de Saint Nazaire, ce vendredi après-midi. Une pluie fine tombe presque sans interruption. Sous des barnums, des dizaines de personnes s’activent pour préparer le repas du soir, une association militante propose une cantine à prix libre, les bénéfices serviront à financer des actions de solidarité envers les migrants. Entre les délégués et les observateurs, près de 800 personnes planchent tout le week-end. Avec une telle affluence, pas de place pour l’improvisation. À l’entrée, chacun donne le nom de son assemblée et reçoit un badge, vert pour les délégués, bleu pour les observateurs. Dans la grande salle de la maison du peuple, une dizaine de cercles rassemblent une trentaine de personnes. À tour de rôle, les participants se présentent et décrivent l’activité de leurs groupes. Un moyen de prendre la température du mouvement près de cinq mois après son lancement. Si, dans les environs de Colmar, les ronds-points sont toujours occupés, au Blanc, dans l’Indre, ils ont été dégagés fin janvier par la police.

Le constat est général, la fréquentation des ronds-points baisse, de nombreuses cabanes ont été détruites. Partout en revanche, les assemblées populaires ou citoyennes se réunissent régulièrement, les délégués évoquent de nouvelles actions pour, avec les beaux jours, s’adresser à tous ceux « qui ne sont pas encore gilets jaunes ». Pour Claude, délégué de l’assemblée de Commercy, qui avait lancé l’appel à l’origine de la première assemblée des assemblées, ce tour de présentation et le week-end qui commence sont très importants. « Depuis la destruction de notre cabane, nous sommes au creux de la vague. Nous sommes venus dans l’espoir que ça nous redonne un coup de fouet », explique-t-il. Très vite, après une pause, les travaux reprennent à nouveau en petits groupes répartis entre la grande salle et les chapiteaux. Les thèmes sont variés : écologie, Europe, convergence avec les syndicats, les associations… Un atelier planche sur l’ouverture de maisons du peuple un peu partout. C’est aussi l’occasion d’évoquer d’autres initiatives locales, ici un jardin partagé solidaire, là un marché de producteurs locaux pour éviter les grandes surfaces.

Samedi matin, 9 heures en plénière, dans la grande salle de la maison du peuple, faute de place, seuls les délégués sont admis. Le plaisir d’être là tous ensemble est palpable. « On est là, même si Macron ne veut pas, nous on est là, pour le bien des travailleurs et pour un avenir meilleur, nous on est là », slogans et chansons des gilets jaunes sont repris par la salle. « A – Anticapitaliste », remporte un franc succès. Passé le témoin entre l’équipe de Commercy et celle de Saint Nazaire, il est temps de se mettre au travail.

Les journalistes ne peuvent assister qu’à la première heure des échanges avant d’être « gentiment invités » à sortir, ils ne reviendront qu’à la plénière de l’après-midi. Le moins qu’on puisse dire est que le mouvement, échaudé par les reportages des chaînes d’information continue, se méfie des médias. Individuellement, délégués et observateurs répondent néanmoins volontiers.

Après la plénière, neuf ateliers commencent, certains décomposés en deux ou trois groupes pour permettre les échanges. Une quinzaine de gilets jaunes se rassemblent pour le groupe « stratégie de long terme ». Deux facilitateurs, un homme et une femme, régulent la discussion. Après une heure trente de débat, c’est à eux que reviendra la lourde charge du compte rendu et d’exposer les propositions issues de leur groupe de travail. Pour chaque intervention, deux minutes, le chrono part. Ici, tout le monde s’écoute attentivement et, s’il arrive qu’un des délégués coupe la parole à l’autre, il lui est gentiment demandé d’attendre son tour de parole. Un délégué de Bayonne raconte comment, dans sa ville, les gilets jaunes ont créé une association loi 1901. Mais l’idée de se transformer en association ne fait pas l’unanimité. Après un jour à l’AG des AG, muni de ses cartons verts, bleu ciel et jaunes pour voter, Nicolas sourit devant ce « bordel organisé ». « Ce n’est pas très confortable mais chaque commission a réussi à faire une synthèse des échanges », se félicite le délégué versaillais.

Les questionnements autour de la structuration sont nombreux. « Notre groupe veut savoir comment fonctionner de manière plus horizontale au sein du mouvement », insiste Alexia, agricultrice déléguée, du rond-point du Cannet-des-Maures. Venu de Strasbourg, un trentenaire préfère coordonner plutôt que centraliser. « Beaucoup de ronds-points n’ont pas du tout le même système de fonctionnement. Certains fonctionnent en AG, d’autres avec un leader. » Interrogation aussi autour des voix des gilets jaunes. « J’espère un positionnement sur les leaders médiatiques pour rappeler qu’ils ne parlent qu’en leur nom propre », ajoute Johanna, institutrice et gilet jaune du 94. En fin d’après-midi, lors du groupe de travail sur l’appel de l’AG des AG, une tension émerge entre deux lignes. L’assemblée des assemblées doit-elle devenir une direction ou, dans une volonté de démocratie directe, ne doit-elle que réaliser des propositions à valider par des assemblées locales souveraines ? C’est finalement cette seconde option qui, dimanche, est au cœur du second appel de l’assemblée des assemblées.

Si la structuration du mouvement était LA question du week-end, aucune volonté cependant de se replier sur soi. Nombreux sont les groupes qui participent aux actions des marches pour le climat. En plénières, les luttes sociales ne sont pas oubliées : combats pour la défense des services publics, contre la réforme des retraites, celle de la fonction publique ou de l’assurance-chômage, sans oublier les luttes locales contre les fermetures d’usines. Sur les gilets jaunes de certains fleurissent les carrés rouges de la colère enseignante contre la réforme des lycées et la loi Blanquer. Nicolas, venu à Saint-Nazaire dans l’objectif de définir une stratégie visant à « encercler Macron », devrait être heureux. En plus d’un appel à manifester le 23 avril pour l’abrogation de la loi « anti-casseurs », un temps fort est prévu autour de la Fête des travailleurs. En 2019, le 1 er Mai sera jaune !

Mélanie Mermoz

Avec Clotilde Mathieu

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