Le droit de bétonner partout et en toute tranquillité Projet de loi ELAN (conclusions de la CMP) – Par Cécile Cukierman / 16 octobre 2018

Posté par jacques LAUPIES le 20 octobre 2018

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Les retraités demandent des comptes à Macron

Posté par jacques LAUPIES le 19 octobre 2018

 

Photo Philippe Huguen/AFP.

Photo Philippe Huguen/AFP.
Jeudi, 18 Octobre, 2018

Pouvoir d’achat. Entre la hausse de la CSG et le gel des pensions, l’« effort » réclamé aux aînés par le chef de l’État pèse très lourd dans leur budget. Ils manifestent ce jeudi à l’appel de neuf organisations.

Elle est partie le plus tard possible, à 67 ans, pour toucher un peu plus de pension « dans l’idée de pouvoir payer un ­Ehpad pour ne pas peser sur (son) fils » quand elle sera dépendante, explique à l’Humanité Josette, comptable à la retraite dans le Rhône avec son mari Christian, ancien urbaniste. Mais cela, c’était avant les décisions d’Emmanuel Macron de demander un « petit effort » aux retraités pour « aider les jeunes ­actifs » à payer… les pensions de leurs aînés. C’est peu dire que l’explication n’a guère convaincu les seniors, appelés à manifester aujourd’hui pour la troisième fois depuis le début du mois.

« Le gouvernement a fait un choix inique »

Entre la hausse de la CSG de 1,7 point et le quasi-gel des pensions en 2019 et 2020 (+ 0,3 % chaque année), le « petit effort » demandé par Macron finit par peser très lourd. 95 % des retraités devraient perdre de l’argent du fait des mesures budgétaires pour 2019, selon une étude de l’Institut des politiques publiques. Les rares gagnants se comptent chez certains retraités parmi les 20 % les plus modestes – mais pas tous, loin s’en faut, puisque les 4/5 de ces faibles pensions y perdront – et le 1 % le plus riche.En 2016, le montant mensuel moyen de la pension de droit direct des retraités, y compris l’éventuelle majoration pour enfants, s’élevait en France à 1 389 euros, selon la direction des études et des statistiques du ministère de la Santé (Drees). Pas de quoi faire des folies. Et même en prenant en compte l’intégralité des ­revenus et prestations auxquelles ils ont droit, leur niveau de vie médian (une moitié a un niveau de vie égal ou supérieur, l’autre moitié égal ou inférieur) ne dépassait pas 1 760 euros par mois pour une personne après impôts (2 640 euros pour un couple). En prenant, pour simplifier, une pension de ce montant, le retraité qui la touche verra son pouvoir d’achat amputé de 2 000 euros en trois ans du fait du gel des pensions et de la CSG. Le gouvernement met en avant le dégrèvement en trois étapes de la taxe d’habitation (TH) pour 80 % des contribuables, mais, même dans ce cas, le solde sera rarement positif : ainsi, avec 400 euros de TH, notre retraité type en sera encore pour plus de 1 200 euros de sa poche.

À l’appel de neuf organisations (CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, FSU, Solidaires, FGR-FP, LSR, Unrpa), les aînés marcheront dans les rues, ce jeudi. « Le gouvernement a fait un choix inique, celui d’appauvrir l’ensemble des retraités », écrivent ces organisations dans une déclaration commune, refusant qu’on « transforme ainsi des millions de retraités en variable d’ajustement du budget » de la nation.

Lire également : les témoignages de cinq retraités

Sébastien Crépel

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Difficile de se faire une opinion après le coup de la perquisition médiatisée ?

Posté par jacques LAUPIES le 18 octobre 2018

 

 

 

Pas naïf au point de croire que la justice est indépendante de tous les pouvoirs il est difficile pour le citoyen lambda de se faire une opinion dans ce genre d’affaire.

Les coups de gueule de J.L. Mélenchon sont évidemment sujet à double interprétation :  soit ils  résultent d’une colère mal maitrisée mais fondée sur le fait qu’une enquête préliminaire ne justifie pas un tel procédé, soit que les enquêteurs ont suffisamment d’éléments et besoin de preuves que seule une perquisition peut apporter.

On imagine facilement que cela peut conduire à des excès de zèle dans la recherche de charges du parquet tout autant qu’à des complaisances pour éviter de les mettre en avant. Une chose est certaine une perquisition aussi légitime soit-elle devient nécessairement une violation de la vie privée ou publique de celui qui la subit.

Donc rien d’agréable lorsqu’on cela lui arrive. 

Dans une telle affaire sont impliqués les trois pouvoirs : judiciaire, médiatique et politique. Chacun là ou il se trouve revendique son indépendance et se défend de prendre parti !

Idée totalement absurde que cela puisse fonctionner ainsi car personne dans ce genre d’affaire n’est indépendant, pas plus un Ministre qui s’abrite derrière la séparation des pouvoirs mais doit s’exprimer en l’occurrence sur le comportement d’un opposant, qu’un journaliste qui met en exergue avant tout  la colère excessive d’un député sans vraiment dire qu’elle peut se comprendre (un journaliste dont on constate la propension à être un ardent défenseur d’une classe dominante qui l’a mis en poste pour cela) ou encore qu’un procureur qui n’est pas sans avoir de convictions politiques et dont l’indépendance est bien théorique au regard du futur de sa carrière, sans compter les variantes de comportement psychologiques.

Quant à ceux qui sont soupçonnés et mis en cause, surtout s’agissant de politiques, ils mesurent, à juste titre sans doute, le préjudice que peut causer une opération de fouille dans leur intime, au delà des faits qui, exacts ou pas, leurs sont reprochés. 

Cela dit cette affaire, quels qu’en soient les dénouements, est extrêmement préoccupante et se déroule sur des terrains où le peuple n’a véritablement aucun contrôle et est soumis à une pression difficile à contenir. Je répète : celle du  pouvoir politique issu de la domination de la finance et des actionnaires de grandes entreprises tout autant que celle de pouvoir médiatique sous  leur contrôle et du pouvoir judiciaire soumis  à leur influence respective.

Mais il serait malhonnête d’oublier que ces trois mondes disposent en leur propre sein de citoyens intègres dont le positionnement et l’action parfois réhabilitent leur profession. Mais que représentent-ils au sein des institutions qui sont tributaires des différents pouvoirs concernés ? Comme nous le disons souvent ils sont aussi traversés par les influences de classe et soumis aux affrontements que cela suscite.

L’opinion est exposée au risque de la manipulation, ce qui en fait peut lui ôter sa légitimité !

Nul doute que le politique prenant peu à peu le pas sur le judiciaire, tous les camps impliqués, vont déployer tout leur talent d’enfumage de cette opinion pour  exploiter l’affaire en leur faveur. 

Que conclure sinon que notre pays traverse une grave crise économique, sociale et politique qui produit les évènements qui frappent notre société, que les victimes de cette situation  sont les travailleurs, salariés et parfois non salariés, les retraités et, ce qui est préoccupant, la jeunesse qui court le risque de voir disparaître les droits acquis par leurs aînés et de connaître la violence et la guerre.

Et qu’il y a intérêt pour les uns et les autres de ne pas rester dans l’immobilisme intellectuel et l’inaction. 

Pour le député FI Jean-Luc Mélenchon, cette intervention est une «	opération d’intimidation politique	». Pascal Rossignol/Reuters<br /><br /><br />

Pour le député FI Jean-Luc Mélenchon, cette intervention est une « opération d’intimidation politique ». Pascal Rossignol/Reuters
 

Justice. Une perquisition un peu trop spectaculaire

Mercredi, 17 Octobre, 2018

Dès 7 heures du matin, hier, une fouille a eu lieu chez Jean-Luc Mélenchon, au siège de la FI, du PG et chez différents cadres du mouvement, qui dénonce une « police politique ».

C’est par un Facebook live réalisé par Jean-Luc Mélenchon depuis son domicile que la nouvelle est tombée hier matin. Des perquisitions sont menées chez lui, au siège de la France insoumise (FI) et du Parti de gauche (PG), ainsi que chez plusieurs autres cadres FI et anciens assistants parlementaires. C’est l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions qui intervient, selon une source proche du dossier citée par l’AFP, dans le cadre de deux enquêtes préliminaires ouvertes par le parquet de Paris. La première porte sur les emplois présumés fictifs d’assistants au Parlement européen. La seconde concerne les comptes de campagne de la présidentielle.

Pour la France insoumise, pas de doute, il s’agit d’une « opération d’intimidation politique ». Dans une des vidéos postées sur les réseaux sociaux pendant la perquisition, Jean-Luc Mélenchon souligne la collision des agendas. « Voilà le début du nouveau ministre de l’Intérieur (Christophe Castaner) et du ministre de la Justice (Nicole Belloubet), dénonce-t-il. Voilà ce qu’ils sont en train de faire dans tout le pays, pour intimider et faire peur. » Le député souligne également le deux poids deux mesures, citant l’absence d’intervention chez les cadres LaREM après le signalement sur les comptes de campagne d’Emmanuel Macron, ou les circonstances des perquisitions dans l’affaire Benalla. « Cela correspond à une logique qui a lieu un peu partout dans le monde, une espèce de judiciarisation des rapports politiques », ajoute le chef de file des insoumis, avant d’évoquer le cas de Lula au Brésil et de demander qu’on ne touche pas à sa « personne sacrée », en sa qualité de « président d’un groupe d’opposition à l’Assemblée nationale ». Toujours dans la même vidéo, il appelle ses partisans à « résister », à ne pas « obéir aux ordres illégaux, immoraux, inacceptables » et à se rassembler devant le siège de la France insoumise.

« J’ai été attrapé par un policier par le cou et le bras »

C’était chose faite dès 11 h 30. Une conférence de presse s’improvise dans la foulée sur le trottoir de la rue de Dunkerque, à Paris. Le coordinateur de la FI, Manuel Bompard, annonce alors son intention de porter plainte après avoir été « violenté, agressé » lors de l’intervention des forces de l’ordre. « J’ai été attrapé par un policier par le cou et le bras », précise le candidat aux européennes. Les parlementaires et militants forcent ensuite le passage pour entrer dans leur siège. « La République c’est moi », lance notamment Jean-Luc Mélenchon à ce moment-là, arguant à plusieurs reprises d’une « faute de procédure ». En effet, les responsables administratifs de la France insoumise et de l’association l’Ère du peuple (qui a également son siège au 43, rue de Dunkerque) n’ont pas été autorisés à assister aux opérations et aucun procès-verbal n’a été délivré. Après plusieurs heures de perquisition, la police quittera les lieux sans que les responsables de la FI ne sachent ce qui est emporté.

La suite se déroule à l’Assemblée nationale, lors de la première séance de questions au nouveau gouvernement. Jean-Luc Mélenchon y prend la parole pour dénoncer la « mise en scène » de la matinée, initiée sans « aucun motif d’urgence ». « Car la plainte initiale date d’il y a un an de quelqu’un (l’eurodéputée FN Sophie Montel – NDLR) qui a dit elle-même que c’était une plaisanterie pour complaire à Mme Le Pen. (…) La deuxième plainte concerne les comptes de campagne présidentielle, qui s’avère être un véritable traquenard de ce M. Logerot (président de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques – NDLR), que vous avez augmenté de 57 %. Est-ce encore l’État de droit ? » interroge-t-il. Son micro est coupé. C’est le premier ministre qui lui répond. S’il dit comprendre la « colère » et l’« émotion » du député et croire en sa « bonne foi », il souligne un « désaccord fondamental ». « Il m’appartient, parce que je suis respectueux de la loi et du texte constitutionnel, de faire prévaloir en toutes circonstances l’indépendance de la justice. Cette indépendance qui fait qu’il n’y a aucune instruction individuelle donnée au procureur, qui fait que sa décision a été soumise au juge des libertés et de la détention », assure Édouard Philippe.

« Vous avez ma parole d’honneur que je n’ai posé aucun acte qui puisse vous faire honte, je n’ai rien fait qui soit illégal », promettait un peu plus tôt sur les réseaux sociaux Jean-Luc Mélenchon, annonçant que l’intégralité des comptes de la FI, de sa campagne et de l’Ère du peuple serait publiée prochainement sur Internet.

Julia Hamlaoui

À bout de souffle

 

Mercredi, 17 Octobre, 2018

L’éditorial de Patrick Apel-Muller. Une dose de rien et trois mesures de pas grand-chose. Du remaniement si longtemps différé, les éléments de langage du pouvoir répétaient qu’il illustrait l’ambition de faire au mieux… à l’image des directions du personnel des grandes entreprises. 

À l’arrivée, une galerie d’échines souples et de seconds couteaux tient lieu d’équipe. L’aimantation politique qu’avait produite le nouveau président dans sa campagne politique a perdu son magnétisme et ne recueille plus que de la limaille. Tout au plus notera-t-on qu’un nouveau cadre dirigeant du CAC 40 se place sous les ors de la République, venu du groupe Danone. Quant à l’ambition politique, elle se borne explicitement à faire du pareil au même.

Après avoir traîné en longueur, cet épisode aura confirmé l’épuisement politique de la Macronie confrontée à une opinion qui désormais peut mesurer sur pièces les effets des choix gouvernementaux. Les modifications dans la distribution de huit portefeuilles n’y changeront rien : les Français ne nourrissaient pas de faux espoirs, ils ne sont donc pas déçus. La tambouille des courants de la majorité a remplacé le mirage du nouveau monde. Le souffle court, l’attelage va poursuivre sa route pour amputer les retraites, faire trinquer les salariés pour le bonheur des très riches, privatiser, libéraliser… En résumé, faire du vieux.

De l’inédit, on en aura trouvé dans les opérations de police contre Jean-Luc Mélenchon, son entourage et la France insoumise. Ni LaREM – les comptes de la campagne de la présidentielle d’Emmanuel Macron ont été pointés – ni le Modem – suspecté dans des affaires d’assistants parlementaires – n’ont connu pareil traitement. À quoi vise cette opération ? Le premier ministre, interpellé à l’Assemblée, s’est retranché derrière l’indépendance de la justice, une notion bien élastique aux yeux d’un homme qui est fortement intervenu dans la nomination du nouveau procureur de Paris. Eaux troubles…

Par Patrick Apel-Muller

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Commentaire sur un remaniement

Posté par jacques LAUPIES le 17 octobre 2018

 

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Enfin du réalisme et il faut que ce soit un philosophe qui nous y rappelle

Posté par jacques LAUPIES le 16 octobre 2018

A la lecture de cette interview et après avoir écouté Raphaël Glucksmann dans l’émission de Ruquier « On n’est pas couché » je me suis senti pleinement concerné. Tout simplement parce que mon vécu est totalement imprégné du constat que fait ce jeune philosophe.

Combien de fois pouvons nous vérifier ce « vide » qui habite les générations qui nous ont suivi (j’ai 82 ans) et j’en compte au moins deux frappées « globalement » d’un néant qu’ils comblent comme ils peuvent. Et celle qui arrive a bien du mal à en sortir !

Il me faut certes  lire ce livre mais quant on est hors des milieux intellectuels, sans pour autant se priver de les entendre et les observer, force est de constater que  ce « vide » s’installe politiquement et sans doute culturellement en général et  frappe durement les milieux populaires. Qu’il s’agissent des plus pauvres et de ce que l’on classe comme des moyens !

Sauf comme l’indique l’adage : la nature a horreur du vide. Et nous allons payer cher la manière dont il est apparemment comblé, si nous ne nous ressaisissons pas ! 

Je crois avoir déja souligné où sont les responsabilités politiques que rappelle clairement l’auteur du livre ! Pas de quoi en tirer gloire nous sommes nombreux à le faire, mais pas assez sans doute en capacité de convaincre.

Le parti, le parti, chers camarades et amis !

 

 

Pour les européennes, Emmanuel Macron compte rejouer le scénario du second tour de la présidentielle. Pascal Rossignol/reuters<br /><br />

Pour les européennes, Emmanuel Macron compte rejouer le scénario du second tour de la présidentielle. Pascal Rossignol/reuters
 

Crise politique. « Personne à gauche ne semble avoir pris au sérieux le tragique de la situation »

Mardi, 16 Octobre, 2018

Il a fait parler de lui cet été, en claquant la porte du Nouveau Magazine littéraire, dont l’actionnaire n’appréciait pas ses critiques du macronisme. Raphaël Glucksmann publie les Enfants du vide (1), un appel au sursaut idéologique. Entretien.

«S i nos aînés ont vécu dans un monde saturé de dogmes et de mythes, nous sommes nés dans une société vide de sens », écrivez-vous. Pourquoi cette approche générationnelle permet-elle, selon vous, d’appréhender la crise politique actuelle ?

Raphaël Glucksmann Les « enfants du vide », c’est nous. C’est cette génération dont les parents ont connu 68, qui ont vécu dans un monde nourri d’idéologies collectives. À gauche, c’était le marxisme, la croyance dans le progrès. Pour eux, l’enjeu fut de s’émanciper de ces dogmes pour penser par eux-mêmes, pour affirmer leur individualité. La grande aventure de la génération de nos parents a été de déboulonner ses propres idoles. Cela a engendré 68, mais aussi la déconstruction des idéologies. Nous avons hérité de ce vide, de l’absence d’idéologie, de structures collectives. Donc ce regard générationnel permet de comprendre une partie de la crise politique actuelle. Moi-même, j’ai évolué. Le contenu de ce livre n’est pas spontané. J’ai commencé par croire que les libertés individuelles étaient l’horizon d’une société libre. Je suis né du bon côté de la barrière sociale, donc ce n’est qu’en sortant de ma propre condition que j’ai pu me délester de mes certitudes.

Cet ouvrage est né d’une rencontre avec un retraité de la sidérurgie en Lorraine qui vous raconte son désarroi face à ses enfants. Il vous dit : « Moi, j’avais le syndicat, j’avais le parti. Eux, ils n’ont rien et ils votent FN. » En quoi ce dialogue est-il emblématique ?

Raphaël Glucksmann J’étais à sec dans mes réponses, comme impuissant. Son interrogation m’a suivi. Face à la percée du FN, on a eu tendance à s’en remettre à l’indignation, à dresser le poing sans arguments véritables. C’est le sidérurgiste lui-même qui avait la réponse : « Nous, on avait le parti et le syndicat. » À aucun moment de sa vie sociale, il ne s’était senti seul. Ses enfants ont beau être plus riches que lui, ils sont tout seuls. On touche là le cœur de la crise des démocraties occidentales. Au-delà des causes économiques, la déstructuration des imaginaires, des corps intermédiaires, de tout ce qui inscrit l’individu dans un cadre collectif offre un terreau fertile à l’extrême droite. Ce vide a créé une société solitaire et anxiogène qui permet l’émergence du chef charismatique ou du tyran. Des individus isolés sont toujours plus susceptibles d’être fascinés par un chef qui vous prive de vos libertés. C’est pour cette raison que le libéralisme ne peut représenter un barrage contre le fascisme. Et que la vague nationale-populiste qui balaie l’Europe échappe aux grilles de lecture habituelles.

Pour que la gauche reprenne des couleurs, il faut comprendre ce qui a échoué, estimez-vous. Vous évoquez à plusieurs reprises ce rapport de Terra Nova de 2011, que vous jugez comme une « capitulation sociale »…

Raphaël Glucksmann Ce rapport n’inventait rien et ne faisait qu’entériner un processus largement entamé : le remplacement, dans le logiciel de la gauche de gouvernement française, de la quête d’égalité entre tous par l’affirmation des droits et des identités de chacun, au moment même où les inégalités explosaient. À la place du poing levé, devait s’élever la main de SOS Racisme. Alors bien sûr qu’il faut lutter contre le racisme, pour la conquête de droits sociétaux, mais cela ne peut pas être substitué à un projet de transformation sociale global. Le rapport de Terra Nova ne disait pas autre chose : abandonner les ouvriers pour les remplacer par une alliance culturelle entre la bourgeoisie cosmopolite et une collection de minorités. On voit aujourd’hui le résultat.

Le « vide » dont il est aussi question dans votre ouvrage, c’est cette ère quasi post-démocratique, où la politique a été confisquée par les intérêts privés. Qui aujourd’hui est en capacité de réhabiliter le politique ?

Raphaël Glucksmann C’est tout le problème. Car le constat fait mal, mais incontestablement, des populistes comme Matteo Salvini reprennent le pouvoir sur le cours des choses. On est obligés de prendre au sérieux ce phénomène. Comme pour le Brexit avec le slogan « Take back control », repris par l’ensemble de l’extrême droite européenne. On oppose quoi à cela ? La définition même d’un peuple, d’une cité, c’est la capacité à prendre le contrôle sur son destin. Aujourd’hui, le constat est terrible, mais ceux qui se prétendent progressistes font beaucoup moins de politique qu’un Matteo Salvini ou même qu’un Trump. Mon cauchemar éveillé, c’est quand j’ai entendu les éditorialistes, au moment de la mise en place du gouvernement italien, supplier les agences de notation d’empêcher la formation de ce gouvernement au nom des libertés ! Faudrait-il se résigner à choisir entre le libéralisme post-démocratique et les démocraties illibérales ?

C’est en tout cas le duel dans lequel Emmanuel Macron compte enfermer le prochain scrutin européen…

Raphaël Glucksmann Il veut rejouer le scénario du second tour de la présidentielle. Ce n’est pas un pari neuf. Mais son « moi ou le chaos » est extrêmement dangereux. Pour les élections européennes, l’enjeu est d’éviter le match entre l’Europe de Juncker et le Frexit. J’ai la conviction profonde que, face aux grands défis climatiques, économiques et sociaux, la bonne échelle, c’est l’Europe. Dans ce contexte, c’est incompréhensible que la gauche parte si divisée. Cela signifie que personne n’a pris au sérieux le tragique de la situation. Mais je ne pense pas que la gauche peut se rassembler dans le geste d’un ralliement à une figure unique, en l’occurrence Jean-Luc Mélenchon. Tout le monde s’est réjoui de la mort des partis, mais ils ont été remplacés par quoi ? Des mouvements au fonctionnement très vertical, qui se croient modernes car affranchis des partis, mais ne sont qu’une parenthèse charismatique de la vie politique. Je suis convaincu que le clivage gauche-droite redeviendra opérant.

Que dit votre départ douloureux du nouveau Magazine littéraire sur le paysage médiatique en France ?

Raphaël Glucksmann J’avais démarré cette aventure avec un projet clair, celui d’un magazine où les gauches se rencontrent et discutent d’idées politiques, sociales, culturelles… La condition, c’était une liberté totale dans la critique du pouvoir. Emmanuel Macron n’était pas mon obsession, loin de là, puisque seuls trois articles sur lui ont été publiés en six mois. Ils ont à chaque fois créé des remous avec l’actionnaire (Claude Perdriel – NDLR). Une phrase que j’ai prononcée dans une émission, « Macron, une promesse d’aube qui très vite s’est transformée en crépuscule », est devenue virale et a déclenché une tornade. J’ai été convoqué et on m’a invité à « assouplir » ma pensée ! Ce que j’ai refusé. Je suis donc parti, avec regret pour l’équipe avec laquelle je travaillais et le projet éditorial que je défendais. Le pouvoir macroniste n’est pas l’ami de la liberté de la presse…

Raphaël Glucksmann

Journaliste et essayiste

(1) Les Enfants du vide. De l’impasse individualiste au réveil citoyen. Raphaël Glucksmann. Allary Éditions. 210 pages. 18,90 euros.
Entretien réalisé par Maud Vergnol

 

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