République

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La République malade

1 – Les institutions qui permettent le règne des classes dominantes 

Lorsque l’on sait, et nous n’avons cessé de la rappeler ici, que notre pays est gouverné par une poignée « d’élus » qui représente 15 % de la population et s’auréole d’une majorité parlementaire qui en fait ne vaut guère plus, on peut se poser la question de la légitimité du pouvoir actuel.

Certes Nicolas Sarkosy dispose, après la mascarade que constitue le premier tour des élections présidentielles, de l’image de quelqu’un approuvé par plus de 50 % de voix des français. Mais en réalité si l’on prend en compte le nombre d’abstentionnistes et l’effet déformant des apparentements des seconds tours, un élu, finalement, ne peut se prévaloir seulement que d’une minorité pour soutenir ses options politiques premières, lesquelles entrent ainsi dans le fait du prince.

Alors que l’on ne nous parle  plus de république et de démocratie. Sauf à considérer, comme cela était le cas dans l’antiquité, que l’on peut exclure aujourd’hui,  impunément avec des apparences de suffrage universel irréprochable, toute une fraction de la population. A cette différence près que les esclaves n’avaient pas le droit de choisir leurs représentants alors que mille artifices existent aujourd’hui  pour  exclure, avec l’apparence de la légitimité, leurs semblables que sont le prolétariat et le sous prolétariat moderne.

Certes les couches dites « moyennes » participent à cette duperie et s’octroient le droit des responsabilités politiques que les princes  veulent bien leur accorder. Les différences instances élues de nos pays sont essentiellement constituées de cadres, de professions libérales à qui le système concède les miettes des profits qui s’accumulent. Comme nous le lisions dans l’Humanité d’hier, si les femmes ont pu bénéficier de la parité légalement instituée, les ouvriers, les employés se trouvent éloignés des responsabilités dans la gestion des affaires publiques.

Situation hélas acceptée et qui désole bien souvent les militants de base qui ne cessent de se plaindre d’être confrontés à l’indifférence des électeurs irrités par des prétendants aux responsabilités politiques que dans la plupart des cas ils ne connaissent et surtout ne contrôlent  pas.

Les mêmes qui, lorsqu’on leur indique la nécessité de l’engagement et de la participation se détournent avec  les pirouettes bien connues : « je n’ai pas le temps » « mes responsabilités professionnelles ou associatives ne me le permettent pas » « je ne m’en sens pas capable » Autant d’arguments qui, au fond, traduisent plutôt une absence de confiance aux projets politiques qu’on leur soumet.

La peur est aussi un élément de désengagement mais elle peut-être également un atout d’embrigadement dans les pires projets. Ne nous méprenons pas, les besoins de participer, d’avoir son mot à dire, sont  plus forts qu’on ne le pense sauf que,  rares  sont ceux qui choisissent des partis minoritaires et préfèrent opter pour des organisations  politiques en  ascendance. C’est toujours plus rassurant.

 Dès lors qu’ils décèlent une forme d’opposition les mécontents peuvent la soutenir. Les résultats électoraux du PCF et ceux du FN  sont un témoignage de ce décalage que ce dernier parti ne manque pas de tenter d’exploiter dans certaines villes.

Le manque de culture politique (dont un élément essentiel est l’histoire) favorise également les entreprises de diversion. On voit ça avec l’extrême- gauche de Lutte Ouvrière voire du NPA pour les plus enclins à la révolte ou avec le MODEM pour les éternels partisans du partage de la poire en deux.

Souvent cela provoque, savamment orchestrée par la bourgeoisie, l’émergence d’hommes politiques qui n’ont à proposer de nouveau que les vieilles bonnes recettes de « révolution du grand soir » ou de la « modération centriste » De Laguiller (ou sa successeuses qui bizarrement bénéficie des faveurs des médias) à Bayrou en passant par Besancenot ou Borloo on voit les dégâts électoraux que cela peut opportunément créer.

Ce phénomène frappe toutes les couches sociales, tout autant dans les milieux à dominante intellectuelle de la petite bourgeoisie que les  endroits ou l’on travaille où même encore là ou règne le désœuvrement du à l’exclusion.

Ces plus ou moins grands ralliements se font généralement à partir d’une situation de prise de conscience collective des dangers qui pèsent sur des catégories voire un peuple tout entier. Ils n’en sont pas pour autant pertinents.

Les résistances  éclairées de première heure n’entrainent jamais les foules mais ce sont elles les plus productives pour préparer l’avenir et contenir les duperies. Leurs leaders sont tenus dans l’ignorance par les médias sauf si subsiste l’espoir de les manipuler.

Par contre sont savamment entretenus quelques dirigeants providentiels mis en réserve et possibles continuateurs politiques  du conservatisme économique. Le défilé permanent des dauphins du PS et de l’UMP nous le prouve et c’est à qui sera le meilleur pour ne pas déranger les rapports sociaux existants.

2 – Les divisions qui permettent le règne de l’argent « De lui-même le peuple veut toujours le bien mais de lui-même il ne le voit pas toujours. » (J.J. Rousseau-Du Contrat Social) 

Non seulement  il faut du temps  pour que triomphe une idée politique  mais à coup sur il faut que celle-ci exprime le dépassement d’une contradiction qui étouffe le développement de la société.

Sinon c’est la déception et tout est remis en cause par des remèdes pire que le mal.

Un seul exemple pour étayer cette affirmation, la contradiction fondamentale vécue à l’échelle nationale et mondiale :

Les sociétés ou règne le libéralisme économique (entendez par là  le capitalisme) aboutissent à ce que la contradiction entre travail social et propriété privée des moyens de production se traduit par toujours plus de pauvreté relative et parfois absolue pour ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre et toujours plus de richesse par ceux qui  disposent et décident le son utilisation.  La résolution de cette contradiction ne peut trouver d’effet que par la socialisation des moyens de production  et  du crédit et leur contrôle démocratique. 

Ceci est évidemment plus compliqué à comprendre  et admettre que les solutions qui consistent à rejeter  la responsabilité de ses difficultés sur un chômeur qu’il faut indemniser, un retraité qu’il faut assister ou tout simplement sur un  voisin qui à la chance d’avoir un salaire convenable avec la garantie de l’emploi plus élevé : « il est là près de moi ce profiteur ». Les Conseils d’Administration des grandes entreprises où se décident les orientations qui nous ruinent est bien plus loin,  pas dans ma ville, même pas dans mon pays.

Tout comme il est plus facile de rendre responsables les salaires et les charges sociales de la difficulté des PME plutôt que d’en rendre coupable la baisse de pouvoir d’achat qui bloque les ventes de son entreprise.

Les exemples pourraient-être  multipliés par toutes  ces contradictions  secondaires qui caractérisent les oppositions d’intérêt au sein d’une classe ou des catégories qui les constituent.

L’employé chargé de gérer le personnel ouvrier d’une entreprise vit des conditions de travail et parfois de responsabilités, et parfois de revenus, différents de ce dernier. Chacun va donc  défendre logiquement son  statut parfois  s’opposer à l’autre.

Le médecin libéral, l’avocat, le commerçant ou l’artisan ne se trouvent pas dans les mêmes conditions économiques que le patron de PME. Ce dernier en situation de sous-traitance avec une multinationale ne va pas pouvoir  se positionner de la même manière que celui qui maitrise son marché mais doit faire face aux importations étrangères.

Ajoutons à cela l’individualisme entretenu qui met en concurrence les salariés d’une même catégorie.

On le voit grands sont les obstacles qui entravent la solidarité qu’exige un changement profond de politique. Mais il est vrai que ce dernier ne pourra avoir lieu sans une profonde transformation institutionnelles qui elle-même devra s’accompagner d’une modification des rapports sociaux pour être confortée.

3 -  Rétablir la souveraineté populaire et guérir la république 

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« La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée ; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre ; il n’y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires ; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n’a  ratifiée est nulle ; ce n’est point une loi. » 

Prendre pour référence une citation ne saurait évidemment suffire à définir un propos. Il faut lire et relire J.J. Rousseau qui à quasiment tout dit sur ce que doit-être la République (Du Contrat Social)

Ce que nous essayons de faire ici est, au risque d’un certain ridicule, de dire en quel état nous sommes de notre réflexion personnelle de citoyen. Notre seule prétention est de dire : nous avons vécu une vie ordinaire remplie comme pour tout un chacun d’expériences  plus ou moins symboliques, mais des expériences tout de même, qui font une personne et accentuent cette singularité dont elle dispose toujours. Tout individu dispose d’une richesse qui lui est propre et souvent disparait avec lui. Ce qui bien sûr est plus dommageable aux autres qu’à lui-même.

 Lorsque l’on n’est pas en responsabilité décisionnelle dans la vie sociale, c’est justement à ce titre qu’il est  nécessaire de s’exprimer. A la vue ou à l’écoute des autres nous savons bien que rares sont ceux qui font bon usage de leur culture et de leur savoir dans le sens qui nous parait être le meilleur.

Cela encourage notre témoignage ?

Pour en revenir à notre sujet «  guérir la république », une remarque s’impose : il ne s’agit en fait pas d’une guérison mais d’aider à la poursuite de sa croissance, actuellement mise à mal. Une contribution qui reprendra très largement ce que d’autres proposent, encore une fois en l’étayant de d’une vision résultant de nos modestes expériences de terrain.

La France est le pays où la notion de république, issue de l’antiquité, a pris un sens nouveau avec les lumières,  elles-mêmes prolongement de pensées philosophiques qui ont marqué les siècles antérieurs avec l’essor de ce que j’appellerai « le christianisme politique » après Athènes et  avec Rome.

Mais la révolution française a évidemment, par la mise en œuvre des pensées qui ont présidé à sa naissance,  soulevé d’autres réponses eu égard aux réactions hostiles suscitées à son encontre (parfois même en se réclamant de ses valeurs). Les « socialismes théoriques » du 19ème siècle et « les socialismes pratiques »  du 20ème  ont tenté,  en soulevant les effets des contradictions de classe, d’améliorer et d’appliquer les grands principes sinon de liberté, du moins d’égalité.  

On sait (ou on croit savoir) ce qu’il en est. Et pour qui veut réformer la république il est difficile de  parler de République Démocratique, de République Populaire, de République Sociale ou Socialiste pour  appeler de ses vœux d’autres institutions. L’histoire, frappée par les idéologies dominantes, donne parfois un sens  péjoratif aux mots et expressions qu’il est ensuite difficile de rétablir dans leur véritable acception.

Les exemples passés ou présents de pays ayant adopté ces appellations sont suffisamment  nombreux de part le monde pour que l’on émette des réserves quant à l’efficacité des réponses pouvant satisfaire nos préoccupations. Cependant tous ont un point commun : l’intention affichée de donner un jour au peuple le pouvoir véritable.  Il est clair que les méthodes violentes utilisées, dans des contextes de lutte de classe de grande ampleur il faut le dire, sont condamnables sans appel.

Le modèle français largement inspiré des idées de Rousseau ont souvent prévalu dans ces nouvelles républiques d’inspiration marxistes.

Bien que  ce modèle se soit construit sur l’idée de bien discerner l’intérêt général de l’intérêt particulier, en plus de deux cents ans,  il a peiné pour se démocratiser et les questions fondamentales qui se posent à cet égard ne trouvent pas aujourd’hui de véritable réponse.

De plus, épisodiquement, chaque avancée est suivie de reculs parfois dramatiques. Des reculs qu’accompagnent,  il faut bien le dire, des consensus populaires.

Les plus significatifs étant au siècle dernier marqués par l’engagement républicain  dans  des guerres coloniales et deux guerres mondiales. Le tout se traduisant par la disparition de la république elle même (avec Pétain) son rétablissement (IVème), et sa transformation en 1958 avec l’arrivée du Général De Gaulle au pouvoir.

L’imprégnation que lui donne l’actuel Président, relevant d’un nouveau recul,  soulève de légitimes inquiétudes dans la mouvance républicaine de notre pays.

A chaque fois nous sommes  confrontés aux mêmes questions : la domination des intérêts particuliers.

Pas des vôtres, ni des  miens, encore que dans nos engagements ils ont toujours un certain poids, mais de ceux de ceux qui vivent du travail des autres. Et là, le moindre curieux de philosophie le sait, Marx a radicalisée la mise en cause de ces intérêts à propos desquels, depuis l’antiquité, les penseurs ne cessent de se disputer.

D’ailleurs cette querelle se poursuit de plus belle, sauf que parfois l’on ne sait plus qui prévaut dans la défense de l’intérêt général, tant ceux qui le nient totalement, utilisent le langage de ceux qui le défendent véritablement. Le piteux débat entre les partisans du libéralisme économique ultra et ceux qui se réclament de sa modération (centristes de tous poils et sociaux libéraux de tous crins) nous envahit dans le moindre émission de télé. Et la plupart des journalistes (pas tous heureusement) brandissent l’étendard de l’objectivité d’une main et la poignardent se l’autre.

Fort heureusement, par l’expérience, le peuple a parfois le bon sens de dénicher les imposteurs, fussent-ils des auteurs réputés.

Lorsque nous voyons un BHL soutenir un DSK on n’a pas de peine à imaginer ce que pourrait donner pour la France un dirigeant qui gère le FMI en loyal serviteur du capitalisme international. La compagnie de ce philosophe dont le langage « humaniste » dissimule mal sa vision libérale n’a rien de rassurant. Dans ses propos toujours une parfaite ignorance de tout ce qui explique la mondialisation et la rend insupportable : l’exploitation du travail organisée à l’échelle planétaire. Il préfère se livrer à des interventions plus ou moins enfumées de droits de l’homme et, même s’il excelle en ce domaine d’une terne brillance, cela ne peut nous convaincre.

Voila le type même d’opposants de façade qui ferait bien de tourner sept fois sa langue quand il critique (fort modéremment d’ailleurs) cet autre Kouchtner de qui il n’a rien à envier sinon qu’il fut Ministre de Sarkosy. Personne ce vendredi soir, comme d’habitude dans les émissions de ce style, pour le contrarier vraiment. Comme on pourrait dire : des malins, des coquins, car ils savent ce qu’ils font. Les bobos amateurs de pensée unique ont du se régaler.

(a suivre)

A lire : http://humanite.fr/30_12_2010-entretien-avec-st%C3%A9phane-hessel-461116

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