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    Moins tu as, plus tu donnes.
    Plus tu as, moins tu donnes.

Armistice à Tarascon en Provence

Posté par jacques LAUPIES le 12 novembre 2018

réveil tarasconnais   le monument aux morts

Le réveil tarasconnais en plein éveil

l'armée   les personnalités

les drapeaux

 

 

« Pétain n’a pas été le grand héros de la bataille de Verdun »« Pétain n’a pas été le grand héros de la bataille de Verdun »

 

Montreuil (Seine-Saint-Denis).

Montreuil (Seine-Saint-Denis).
 
Vendredi, 9 Novembre, 2018

Spécialiste de la Première Guerre mondiale, Jean-Yves Le Naour revient sur la construction, largement politique, du rôle glorieux attribué à Philippe Pétain lors de 1914-1918.

Peut-on parler, comme le chef de l’État, de « grand soldat » de la Première Guerre mondiale à propos de Pétain ?

Jean-Yves Le Naour Quand on a été à la tête de l’armée française, fatalement, on peut parler de grand officier. Et il serait idiot de nier, par exemple, que la tactique dite « élastique » développée par Philippe Pétain en 1918 a joué un grand rôle contre les offensives allemandes. Mais le problème n’est pas là. Faut-il honorer quelqu’un qui a, certes, pu être un « grand soldat », mais a surtout été frappé d’indignité nationale et condamné pour haute trahison ? À mon sens, diviser la vie d’un homme est plus que périlleux. Le faire sur le plan historique et scientifique, pour retracer la complexité des parcours, bien sûr. Mais sur le plan politique, c’est tout à fait contestable. Les différents moments de l’existence sont indissociables. En l’occurrence, le Pétain collaborateur s’est bien servi du Pétain maréchal pour asseoir son autorité sur les Français lors de la Seconde Guerre mondiale. Il est donc normal, en retour, que le discrédit du Pétain de 1940 rejaillisse sur le Pétain de 1916.

Revenons au Pétain de 1916, justement. L’imagerie populaire le présente comme le grand « vainqueur de Verdun ». L’a-t-il été réellement ?

Jean-Yves Le Naour Sûrement pas, cela relève pour beaucoup de l’imposture. En 2016, j’ai écrit un article à ce sujet (2) qui m’a valu un tombereau de lettres d’injures. J’avais osé attenter à la mémoire du grand homme. Mais je n’ai fait que de l’histoire : Pétain a commandé du 25 février 1916 jusqu’au 1er mai 1916. Ensuite, c’est le général Nivelle qui va prendre le commandement de la bataille jusqu’au 15 décembre 1916. Bref, il y en a un qui a dirigé pendant deux mois, au tout début, et l’autre durant sept mois. Nivelle a repris tout le terrain que les Allemands avaient gagné entre janvier et juin 1916, les ramenant à leur position de départ. À la fin de l’année, dans l’opinion française, c’est donc lui qui est considéré comme le vainqueur de Verdun, pas Pétain.

Pourquoi est-ce Pétain qui est resté dans la mémoire collective ?

Jean-Yves Le Naour Car Nivelle fut ensuite, dans l’esprit de tous, le mauvais général, celui de la bataille meurtrière du Chemin des Dames, au printemps 1917. Et Pétain en a profité pour apparaître comme le seul vainqueur de Verdun. Cela a été martelé pendant des années par la propagande : Pétain-Verdun, Pétain-Verdun… Or, son rôle est vraiment à relativiser. On ne peut pas lui enlever le mérite d’avoir bien organisé la défense. Mais, par exemple, on lui attribue la « noria », cette rotation rapide des régiments. Or, c’est Joffre qui en est à l’origine. Ce dernier, qui préparait la bataille de la Somme, a accepté de prêter des divisions à Pétain, mais à condition qu’il les lui rende. D’où ces norias. Mais Pétain n’en est pas l’instigateur. D’ailleurs, il n’en avait pas le pouvoir à cette époque, il n’était qu’un général sur un front relativement restreint. Enfin et surtout, la gloire acquise par Pétain est très politique. Les dirigeants d’alors voulaient remplacer Joffre, ce général qui n’avait pas su empêcher l’invasion du pays et qui symbolisait les batailles d’usure de 1915. Jusque-là, il n’y avait jamais eu de campagne de presse en faveur d’un général. La censure bloquait les articles louangeurs autres que ceux sur Joffre. À partir d’avril 1916, on se mit à tresser des lauriers à Pétain. Bref, ce fut une gloire largement construite politiquement. Alors même qu’il devait partir à la retraite en 1914, l’ancien colonel va connaître une ascension fulgurante : général, puis général de division, de corps d’armée et, enfin, général en chef après la chute de Nivelle en mai 1917.

Au-delà de la polémique sur les propos d’Emmanuel Macron, que pensez-vous de cet hommage rendu aux maréchaux ?

Jean-Yves Le Naour Cela ne devrait pas avoir lieu. Cet hommage est une volonté de l’état-major, sans le président de la République. En résumé, c’est l’armée qui rend hommage à ses chefs, dans son coin. Ces militaires souhaitaient d’ailleurs un défilé, qui leur a été refusé. Fort heureusement ! Ce n’est pas un jour de triomphe. Qu’est-ce qu’il y a à fêter ? 1,4 million de morts en France et des millions dans toute l’Europe ? Les ferments de la Seconde Guerre mondiale ? Il n’y a vraiment pas de quoi être fier de cette grande boucherie que fut 1914-1918. Pour les Français, le poilu est le seul héros de ce conflit. Le Soldat inconnu représente, justement, l’immensité de ce sacrifice, de tous ces anonymes qui sont morts pour que le pays vive. Les généraux et maréchaux, eux, ont failli. Il y a eu l’invasion du pays, ces offensives absurdes, criminelles… Que l’on rende honneur aux soldats, oui, mais pas à ces chefs soi-disant victorieux, qui sont morts dans leur lit.

Jean-Yves Le Naour

Historien (1)

(1) Auteur des Soldats de la honte, Place des éditeurs, 2013. Dernier ouvrage paru : 1914-1918. Éditions Perrin, 2018. (2) « Pétain, l’imposteur de Verdun ». Magazine Historia, février 2016.
Entretien réalisé par Laurent Mouloud

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On croit mourir pour la patrie; on meurt pour les industriels (A. France)

Posté par jacques LAUPIES le 11 novembre 2018

Vous les jeunes sentez vous les nuages sombres qui se profilent à l’horizon ? Ils ne sont ni le produit d’une nature incontrôlable que l’on malmène mais de la folie de quelques égoïstes ou simples imbéciles qui n’ont que le glaive pour préserver une soif sans faim ou sans fin et leurs jeux d’adultes ou de vieillards insatisfaits…Et d’autres, imposteurs, qui inventent, des idéaux de liberté, de droits de l’homme pour déclencher des guerres et glorifier ainsi leur agressivité entrainant des pans entiers de jeunesse dans le sillage des crimes collectifs.

Leurs successeurs célèbreront la fin d’une guerre qu’ils habilleront de discours de  paix. Mais cette paix n’appartiendra qu’à des millions de morts pour rien, si ce n’est pour une classe internationale de possédants, pas fichus de s’entendre malgré leurs multiples dogmes politiques, religieux et parfois même anti religieux, couverts par leurs appétits monstrueux d’or et de pouvoirs. Une classe mondiale dominante où frères et cousins se parant d’oripeaux de couleurs différentes ont voulu se partager les richesses produites par les ouvriers insuffisamment révoltés, des paysans avec ou sans terre trop soumis aux corbeaux planant sur eux, des esclaves produit des républiques naissantes mal finies prédatrice sur des continents entiers.

Que les héritiers de ce monde  ou les puissances économiques dictent leur loi, tributaires de la plus dangereuse de toutes, celle du profit, qui les conduits parfois à s’affronter pour s’en assurer la meilleure part, que ces héritiers soient là pour rappeler parfois la stupidité de cette tuerie, ne les libère pas pour autant de leur vassalité à un système comme le disait Jaurès, porteur de la guerre comme la nuée porte l’orage.

Après la tuerie organisée, planifiée, industrialisée sont apparues  des révoltes que la même classe à provoquées. En rejetant les valeurs que véhiculent les têtes couronnées, les valets de la finance et de l’industrie, parfois sous couvert des républiques galvaudées, trompeuses avec des suffrages universels manipulés, tronqués et faussés.

Des Républiques bâtardes qui engendrent encore les vents de la haine qui soufflent sur un monde gagné par l’indifférence, la négligence, le confort illusoire de la critique humoristique ou le rire est parfois aussi empoisonné d’ignorance que les grimaces des bavardages médiatiques.

Allez vous pouvoir, jeunes menacés, échapper à l’intoxication qui prépare la peste et exhibe  quelques fous aux mots incontrôlés qui préfigurent l’appui sur des gâchettes meurtrières qu’eux même ne contrôleront pas. L’un est vieux sous ses airs dorés et gueulards, l’autre est jeune et semble fuir une adolescence qui ne sait pas qu’elle ne sait pas encore, l’une se donne des airs de mère protectrice, l’autre de bourgeoise parvenue. Toutes et tous sont là qu’aucune révolution n’a encore chassés !

Mais ne commettons pas l’erreur de juger des apparences qui ne font que dissimuler la volonté de ceux qui déterminent leurs jeux de scène.

Mais les peuples, en retard ou en avance, ont en eux la contestation,  demain la révolte, demain la révolution ! Et leur passivité, parfois moutonnière, s’estompera pour laisser place à une vigilance salutaire. Quel sera le prix à payer pour cela ?

Très cher si les peuples n’interviennent pas pour défendre la paix et se doter enfin de systèmes économiques et sociaux éliminant les causes profondes des guerres qu’ils croient trop souvent, comme le disait Anatole France, faire pour la patrie alors qu’ils la font pour les industriels et les financiers !

Pour ne pas sombrer dans le pessimisme disons que ces commémorations ont au moins le mérite d’éveiller quelques réflexions et débats. On ne leur en demande pas plus car la paix se gagne aussi par  un combat de mots. Mais voilà il faut aussi savoir que si les mots sont là il faut avoir les moyens de les dire. 

Centenaire 14-18. Cette guerre n’était ni fatale ni nécessaire

Attaque des fantassins français sur le mont des Singes, en Picardie, dans le cadre de l’offensive Nivelle, au printemps 1917. Lee/Leemage

Attaque des fantassins français sur le mont des Singes, en Picardie, dans le cadre de l’offensive Nivelle, au printemps 1917. Lee/Leemage
Vendredi, 9 Novembre, 2018

La commémoration du 11 Novembre peut être l’occasion de réfléchir aux enchaînements qui conduisent au pire et à fuir les instrumentalisations des mémoires.

Une victoire ? Pour qui ? Les commémorations du centenaire de l’armistice qui réuniront dimanche de nombreux chefs d’État éviteront d’exalter un camp des vainqueurs au détriment des vaincus. Emmanuel Macron veut éviter de froisser une Angela Merkel en perdition dans son pays. Mais, surtout, le registre cocardier s’est effacé, et s’accusent les traits saillants de cet immense massacre. Commémorer n’est plus célébrer…
 
Le 11 novembre 1918, quand à 11 heures entre en vigueur le cessez-le-feu, des milliers de cloches sonnent à la volée, c’est le soulagement qui l’emporte. À Paris, un million de personnes défilent. À Berlin, c’est aussi la joie qui domine. Dans la soirée, Georges Clemenceau, le président du Conseil et un partisan de la guerre à outrance, confie : « Nous avons gagné la guerre et non sans peine. Maintenant, il va falloir gagner la paix et ce sera peut-être encore plus difficile. »
 
Les carillons résonnent ce jour-là sur une Europe en ruine. Le nord et l’est de la France sont un chaos de tranchées et de trous de bombes. Des paysages ont été remodelés, des villages totalement rasés qui survivent aujourd’hui comme des fantômes aux abords de Verdun, des centaines de milliers d’hectares sont stérilisés… Et 18,6 millions de personnes sont mortes, blessées ou invalides. Une hécatombe à une échelle que personne n’avait osé imaginer. La mort s’est mécanisée, industrialisée, banalisée. Elle ne s’est pas réduite à l’affrontement franco-allemand, à la « revanche ». Ni même au théâtre de la vieille Europe : les deux tiers des militaires tués ne sont pas européens. L’Amérique mais plus encore l’Asie et l’Afrique ont payé le prix du sang avec des troupes coloniales souvent jetées en première ligne.

L’alarme n’a pas été entendue

La haute voix de Jean Jaurès qui annonçait la fournaise est aujourd’hui célébrée. Le dirigeant socialiste et fondateur de l’Humanité avait tenté d’unir les socialistes européens pour contrer la montée des périls, avait alerté les travailleurs français jusqu’à son dernier souffle. En vain. Son assassinat, le 31 juillet 1914, suscita de l’émotion mais pas de réaction populaire. Sa mort levait en quelque sorte le dernier obstacle à la guerre. Le conflit, déclenché sur le prétexte de l’assassinat de l’archiduc François-Joseph, ralliait alors les socialistes, les cégétistes, les anarchistes. Moins d’un mois après le crime, Jules Guesde, marxiste intransigeant et même dogmatique, devenait ministre d’État, flanqué par un autre socialiste, Marcel Sembat. Albert Thomas, un autre socialiste, deviendra même ministre de l’Armement en 1916. Le discours ultrapatriotique est devenu un credo « républicain » après l’affaire Dreyfus et la défaite nationaliste. Valmy, Jemappes, Fleurus… La geste de la Révolution française est invoquée pour justifier la mobilisation de trois millions cinq cent quatre-vingt mille de nos compatriotes. L’Union sacrée est imposée à coup de censure s’il le faut. Une immense machine de propagande et de désinformation est à l’œuvre. Le cubisme est banni des expositions. Le délire chauvin s’empare des poètes et des philosophes ; Paul Fort exalte la destruction de la cathédrale de Reims par le « Barbare exécré », Paul Claudel adresse au général Joffre des éloges mercenaires, Paul Valéry, Bergson, Durkheim, Lavisse… Misère de la pensée en temps de guerre. Faut-il voir en l’interdiction aujourd’hui, dans certaines cérémonies ou établissements scolaires, de la Chanson de Craonne – l’hymne antiguerre qui courait clandestin dans les rangs des poilus –, les restes de cette mise au pas de l’opinion ?

On croit mourir pour la patrie…

L’Alsace-Lorraine a bon dos. En coulisses de la propagande cocardière, de grands intérêts s’affrontent. Le partage colonial, et les rentes qu’il permet, est en cause. Les grands groupes qui possèdent la plupart des journaux soufflent sur les braises et parient sur les destructions de guerre et la manne des industries d’armement. « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels », écrit Anatole France. Des fortunes croissent à vive allure au rythme des croix de bois qui jonchent l’arrière des champs de bataille. Les États-Unis assurent leur domination non tant par leurs troupes plutôt inexpérimentées, mais par des prêts financiers géants à l’Angleterre et à la France. Les banques et Wall Street prospèrent sur la prédation de l’homme par l’homme. L’équilibre du monde bascule.

Une immense crise politique et morale

Toutes les générations en âge de porter les armes ont été mobilisées. Elles sont englouties dans un enfer d’acier, de boue, et de corps éparpillés. Les charniers se nomment Notre-Dame-de-Lorette, Vimy, le Chemin des Dames, Verdun… Des mutineries éclatent. Cette apocalypse signe une crise de civilisation qui va secouer le XXe siècle. Dans le village suisse de Zimmerwald, des délégués socialistes se réunissent en 1915 avec Lénine et appellent à « transformer la guerre impérialiste entre les peuples en une guerre civile des classes opprimées contre leurs oppresseurs, en une guerre pour l’expropriation de la classe des capitalistes, pour la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, pour la réalisation du socialisme ».
 
Au fil de la guerre qui s’éternise, des jeunes gens comme Aragon – qui transforme le vers d’Apollinaire « Ah ! Dieu que la guerre est jolie » en « Adieu, que la guerre est jolie… » –, Breton ou Paul Vaillant-Couturier, le futur rédacteur en chef de l’Humanité, entrent en révolte. En Russie ou en Allemagne, elle deviendra révolution, l’une victorieuse et l’autre pas.
 
À Berlin, la population épuisée et affamée n’en peut plus. Le « front intérieur » s’effondre. Ludendorff, qui commande l’armée du Kaiser, lance une grande offensive. Après de premiers succès, l’attaque est bloquée sur la Somme et les Allemands reculent. Tout se conclut à 5 h 15 du matin le 11 novembre, à Rethondes, dans un wagon du train militaire de l’état-major français.

Les germes d’autres conflits

La guerre ne s’éteint pas totalement, elle se poursuit à l’Est contre la Russie bolchevique. Elle se poursuit, feutrée, sur le sol allemand avec l’occupation de la Ruhr. Elle court encore entre les lignes du traité de Versailles. L’Allemagne, désignée comme fauteuse de la guerre, est humiliée. L’Italie et le Japon sont ulcérés par des partages de territoires dont ils sont les parents pauvres. Les frontières redessinées amorcent de nouvelles tensions. Les peuples colonisés qui ont payé un lourd tribut sont exclus des débats et maintenus sous le joug. Le jeune Hô Chi Minh, qui a tenté de parler à Versailles, a été éconduit sans ménagement.

Des commémorations pour réfléchir

En France, les anciens combattants rentrent meurtris et blessés. À l’arrière, le monde a changé. Les campagnes sont dépeuplées et les premiers monuments aux morts alignent les noms de familles entières. Les femmes ont pris une place nouvelle dans la production. Des familles n’ont pas résisté à l’épreuve. Pour les gueules cassées commence un chemin de croix. Mais les profiteurs de guerre occupent le haut du pavé. La faillite des milieux dirigeants suscite des colères divergentes. Un nationalisme qui flirte avec le fascisme se dessine avec les ligues. Le Parti socialiste s’est discrédité en abandonnant la trajectoire de Jaurès et dès 1920 la majorité de ses membres – et surtout ses plus jeunes qui reviennent des tranchées – crée le Parti communiste.
 
La toile de fond du 11 Novembre ne peut faire l’économie de l’horreur, de ses raisons et de ses conséquences. Ce n’est pas nier l’héroïsme, et il y en eut dans cet immense sacrifice qui a englouti des générations. Mais l’intérêt de la mémoire de ce premier conflit est de susciter l’alarme sur les risques pour l’avenir.
 
Aucune des commémorations à venir ne devrait se dérouler sans réflexion collective sur les processus de décision, les interactions des pouvoirs, leurs outils idéologiques qui habituent à la nécessité de la guerre. Indispensable pour ne pas commémorer la fatalité des guerres… 

 LA LETTRE D’ANATOLE FRANCE AU DIRECTEUR DE L’HUMANITE

Cher citoyen Cachin,L'Humanité 18 Juillet 1922.jpg
Je vous prie de signaler à vos lecteurs le récent livre de Michel Corday, les Hauts Fourneaux[1], qu’il importe de connaître. On y trouvera sur les origines de la conduite de la guerre des idées que vous partagerez et qu’on connaît encore trop mal en France ; on y verra notamment (ce dont nous avions déjà tous deux quelque soupçon) que la guerre mondiale fut essentiellement l’œuvre des hommes d’argent, que ce sont les hauts industriels des différents États de l’Europe qui, tout d’abord, la voulurent, la rendirent nécessaire, la firent, la prolongèrent. Ils en firent leur état, mirent en jeu leur fortune, en tirèrent d’immenses bénéfices et s’y livrèrent avec tant d’ardeur, qu’ils ruinèrent l’Europe, se ruinèrent eux-même et disloquèrent le monde. Écoutez Corday, sur le sujet qu’il traite avec toute la force de sa conviction et toute la puissance de son talent.  » Ces hommes-là, ils ressemblent à leurs hauts fourneaux, à ces tours féodales dressées face à face le long des frontières, et dont il faut sans cesse, le jour, la nuit, emplir les entrailles dévorantes de minerai, de charbon, afin que ruisselle au bas la coulée du métal. Eux aussi, leur insatiable appétit exige qu’on jette au feu, sans relâche, dans la paix, dans la guerre, et toutes les richesses du sol, et tous les fruits du travail, et les hommes, oui, les hommes mêmes, par troupeaux, par armées, tous précipités pêle-mêle dans la fournaise béante, afin que s’amasse à leurs pieds les lingots, encore plus de lingots, toujours plus de lingots… Oui, voilà bien leur emblème, leurs armes parlantes, à leur image. Ce sont eux les vrais hauts fourneaux. » Ainsi, ceux qui moururent dans cette guerre ne surent pas pourquoi ils mourraient. Ils en est de même dans toutes les guerres. Mais non pas au même degré. Ceux qui tombèrent à Jemmapes ne se trompaient pas à ce point sur la cause à laquelle ils se dévouaient. Cette fois, l’ignorance des victimes est tragique. On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. Ces maîtres de l’heure possédaient les trois choses nécessaires aux grandes entreprises modernes : des usines, des banques, des journaux. Michel Corday nous montre comment ils usèrent de ces trois machines à broyer le monde. Il me donna, notamment, l’explication d’un phénomène qui m’avait surpris non par lui-même, mais par son excessive intensité, et dont l’histoire ne m’avait pas fourni un semblable exemple : c’est comment la haine d’un peuple, de tout un peuple, s’étendit en France avec une violence inouïe et hors de toute proportion avec les haines soulevées dans ce même pays par les guerre de la Révolution et de l’Empire. Je ne parle pas des guerres de l’ancien régime qui ne faisaient pas haïr aux français les peuples ennemis. Ce fut cette fois, chez nous, une haine qui ne s’éteignit pas avec la paix, nous fit oublier nos propres intérêts et perdre tout sens des réalités, sans même que nous sentions cette passion qui nous possédait, sinon parfois pour la trouver trop faible. Michel Corday montre très bien que cette haine a été forgée par les grands journaux, qui restent coupables, encore à cette heure, d’un état d’esprit qui conduit la France, avec l’Europe entière, à sa ruine totale. « L’esprit de vengeance et de haine, dit Michel Corday, est entretenu par les journaux. Et cette orthodoxie farouche ne tolère pas la dissidence ni même la tiédeur. Hors d’elle, innocente en a souffert mort et passion. Haïr un peuple, mais c’est haïr les contraires, le bien et le mal, la beauté et la laideur ». Quelle étrange manie! Je ne sais pas trop si nous commençons à en guérir. Je l’espère. Il le faut. Le livre de Michel Corday vient à temps pour nous inspirer des idées salutaires. Puisse-t-il être entendu! L’Europe n’est pas faite d’États isolés, indépendants les uns des autres. Elle forme un tout harmonieux. En détruire une partie, c’est offenser les autres. Notre salut c’est d’être bons Européens. Hors de là, tout est ruine et misère.

Salut et Fraternité

Anatole FRANCE

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Qu’est ce que ces communistes qui sont frileux lorsqu’une majorité (même relative) se prononce pour de nouveaux choix politiques et stratégiques voudraient que ceux qui ont soutenu et conduit celle qui a été mise en cause continuent à être les responsables de demain ?

Posté par jacques LAUPIES le 9 novembre 2018

 

Photo Julien Jaulin/Hans Lucas.

Photo Julien Jaulin/Hans Lucas.

PCF. Dernière ligne droite avant un congrès inédit

Vendredi, 9 Novembre, 2018

Ce week-end, les fédérations du PCF commencent à amender le texte de « base commune » de son congrès et à plancher sur l’épineuse question de sa direction.

À quinze jours de son congrès, une cinquantaine de fédérations du PCF planchera ce week-end sur le nouveau texte de « base commune » adopté par les communistes début octobre. Ce vote avait porté en tête un texte « alternatif » à celui proposé par le Conseil national, créant une situation inédite dans l’histoire du PCF. Stratégie politique, direction… ces enjeux devraient à nouveau occuper les échanges ce week-end et ceux de la deuxième vague de congrès locaux, la semaine suivante. D’autant que le texte, « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle », est arrivé premier sans obtenir de majorité absolue (42 % contre 38 % pour celui proposé par la direction nationale). « Le texte doit mieux correspondre à l’ambition de tous les communistes ; beaucoup d’enrichissements sont apportés, notamment sur le projet, la question des européennes, les échéances électorales », explique Aymeric Seassau, secrétaire de la fédération de Loire-Atlantique, où les militants se sont prononcés à 58 % en faveur du Manifeste. « Une orientation a été choisie, il s’agit d’enrichir sans dénaturer », ajoute-t-il.

Ce texte n’a pourtant pas les faveurs des communistes partout en France. « Plein de choses y sont mises de côté comme les quartiers populaires, l’utilité du Parti dans le quotidien des gens… » pointe, par exemple, Amadou Deme. Dans sa fédération de l’Essonne, le projet de base commune du Conseil national avait emporté la majorité. L’un des enjeux clés pour ce responsable local : « La question du rassemblement. » « Elle est au cœur de nos débats parce que beaucoup de communistes ont été meurtris ces dernières années, avec des appréciations très différentes. Elle va s’aiguiser avec les européennes qui approchent. » Face à ce contexte exceptionnel, « ce ne sera pas forcément facile, mais il faut en sortir par le haut et cela passe par une vraie confrontation d’idées », insiste Amadou Deme. Car le risque n’est pas écarté, selon lui, que « des communistes tournent le dos au Parti communiste ». Le secrétaire fédéral de Paris, Igor Zamichiei, qui a soutenu le Manifeste, tempère. Pour lui, il existe de toutes parts « une vraie volonté de rassembler largement », mais deux écueils sont à éviter : « Se compter jusqu’au bout » au risque de cliver, ou d’aboutir à « une synthèse molle ».

Une semaine qui ne s’est pas écoulée comme un long fleuve tranquille

Pour d’autres, la situation est plus critique. « Est-ce que le message qu’on va envoyer avec ce congrès, c’est 1, on a viré le secrétaire national et, 2, on revient cinquante ans en arrière ? » lance Amadou Deme. « Bien sûr que pour nous rendre plus opérationnels, la réponse passe par plus d’activités, plus de combats idéologiques, plus de propositions au quotidien, mais par contre elle ne passe pas, selon moi, par revenir à un Parti communiste “guide”, qui n’est plus adapté à la société d’aujourd’hui », abonde la députée européenne Marie-Pierre Vieu. « Il existe un écueil, celui d’opposer identité (du PCF) et rassemblement pour faire front (face aux politiques à l’œuvre). On a besoin des deux car on ne peut pas rassembler si on n’a pas un Parti communiste à l’aise avec ses idées et prêt à les défendre », considère pour sa part le responsable de Loire-Atlantique.

Pour l’élue européenne, le risque plane cependant que le débat sur le fond ne soit confisqué. « Je pense qu’il faut remettre les vraies questions sur les rails, analyser le mouvement qui se dessine d’une offensive néolibérale très dure au plan social mais aussi autoritaire et liberticide, avec un décrochage de notre peuple et, faute de perspectives à gauche, des montées de populisme et de l’extrême droite », assure celle qui plaide notamment pour plancher sur les questions européennes, « l’un des leviers de la recomposition à l’œuvre ». Et de regretter : « De fil en aiguille et très vite, le débat s’est déplacé. On était chargés de faire un bilan critique de notre action, on est en train d’assister à une opération de dégagisme. »

Car la semaine ne s’est pas écoulée comme un long fleuve tranquille. Mardi, lors de la réunion de la commission des candidatures, un vote a statué à 26 voix contre 24 (sur 118 membres) qu’« une majorité des intervenant(e)s (lors de cette réunion – NDLR) a exprimé l’idée qu’une liste commune ne pourrait se concevoir avec Pierre Laurent proposé comme secrétaire national ». « Le vote a porté sur le compte rendu de la commission à propos de nos débats sur le ou la futur(e) secrétaire national(e), mais la commission n’a pas pris de décision sur ce plan », explique Gilles Ravache, son président. « Ce qui s’est passé est indigne parce qu’on ne va pas régler à 50 personnes par la petite porte des questions de direction qui appartiennent à tous les communistes », argue Marie-Pierre Vieu.

Lors du dernier Conseil national, à la mi-octobre, outre Pierre Laurent, le député du Nord Fabien Roussel s’était également déclaré en « disponibilité » pour ce mandat. Mais, depuis la réunion de mardi, un autre nom circule, celui du secrétaire fédéral de Paris, Igor Zamichiei. « Je ne souhaite pas confirmer ma disponibilité », explique celui-ci, estimant que la question du « secrétaire national ne peut pas concentrer tous les débats », tout en affirmant une « volonté de renouvellement de ce point de vue-là et, surtout, d’une direction capable de créer des initiatives efficaces et un Parti communiste plus visible et plus actif ».

« Prendre en compte l’exigence de changement qui a été exprimée »

Une majorité a également refusé, lors de la réunion de mardi, de recevoir les candidats, ce que certains regrettent. « Je n’ai pas de problème avec Untel ou Untel, mais si, au niveau local, on ne connaît pas leur position, on est dessaisis du débat », considère Amadou Deme, qui fustige la violence des critiques à l’égard de Pierre Laurent et espère qu’il n’est pas trop tard pour trouver une solution collective. « On a l’opportunité de faire passer un cap démocratique à notre parti en évoquant la question du secrétaire national au sein de la commission, ce qui n’est pas de tradition. Mais il faut concevoir une équipe et voir qui est le plus à même de l’animer, pas choisir le premier pour voir ensuite qui on met autour », insiste pour sa part Gilles Ravache. Reste que, pour une partie des communistes à l’instar d’Aymeric Seassau, « il faut prendre en compte l’exigence de changement qui a été exprimée ». « Cela doit se faire dans un esprit positif et de rassemblement. Quand on m’interroge pour savoir si les communistes veulent virer le patron, je réponds que les communistes n’aiment ni les licenciements ni les patrons », développe-t-il.

Ce week-end, le débat est désormais dans les mains des fédérations. Des résolutions se prononçant sur cette question de la direction devraient être adoptées dans certaines d’entre elles. Quant à la commission nationale, elle se réunira de nouveau le 20 novembre, pour examiner les propositions de candidatures au Conseil national émanant des fédérations. Avec une mission délicate : concocter une liste qui sera soumise au congrès, avec un seul nom à sa tête.

Julia Hamlaoui

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L’organisation de l’organisation au sein de parti…

Posté par jacques LAUPIES le 9 novembre 2018

Quand je découvre un écrit de Lucien Sève, ou comme ci dessous, une interview de lui, je ne peux m’empêcher d’en prendre connaissance en vue de le diffuser aux quelques centaines de lecteurs de ce blog.

Je n’ai pas lu complètement l’œuvre de ce philosophe dont les communistes gagneraient à ce qu’il soit mieux connu du public. Ou mieux encore que soit expliquée sa recherche car évidemment celle-ci aboutit à une remise en cause de nos pratiques autant que de nos analyses.

Parmi d’autres,  une  question est posée dans cet entretien de ce que doit-être la « visée communiste » et finalement de la manière de l’atteindre : « On ne mène pas la bataille d’idées anti et postcapitaliste à la hauteur voulue. Mais le faire appelle un autre mode d’organisation que le parti vertical, utile encore pour la politique traditionnelle, mais contre-productif là où est à déchaîner l’initiative transformatrice de tous. »

Cette phrase m’interroge beaucoup car elle peut concerner  l’organisation du parti à propos de  laquelle une réflexion est à mettre en œuvre mais, encore une fois, on ne peut ignorer les insuffisances d’organisation actuelle, qu’il est urgent de lever, en ne perdant pas de vue la nécessité de rendre prioritaire la réponse au besoin de contact avec les plus larges couches de la population. Ne serait-ce que pour compenser le poids écrasant des médias que contrôle la classe dominante.

 

Photo : Pierre Pytkowicz

Photo : Pierre Pytkowicz

« Oui, le communisme vient à maturité objective » Lucien Sève

Vendredi, 9 Novembre, 2018

En finissant la rédaction de la dernière partie, sur « le communisme », de sa grande tétralogie Penser avec Marx aujourd’hui, le philosophe parachève l’œuvre capitale de sa vie. Il dévoile, avant la parution en 2019, plusieurs grands partis pris de ce travail théorique et politique.

Le communisme est le sujet du dernier volume de votre tétralogie Penser avec Marx aujourd’hui , à paraître chez la Dispute en 2019. En quoi est-ce un travail d’ordre philosophique, historique et politique ?

Lucien Sève C’est quoi, « le communisme  » ? Dans le parler médiatique, c’est l’Union soviétique et les pays de même sorte au XXe siècle, les partis de même orientation. Mais la question se repose : en quoi est-ce « le communisme » ? En ceci, dit-on, qu’ils se réclament d’un avenir social ainsi nommé et qui ne s’est nulle part réalisé. On est ainsi renvoyé à la vaste anticipation historique exposée dans le Manifeste du parti communiste. En parler est donc d’abord nécessairement affaire de théorie, y compris philosophique. Mon livre commence par un long chapitre sur la formation de cette vue par Marx et Engels, et sa complexe évolution dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Si on ne tire pas bien au clair ce qu’on met sous le mot communisme – et sous le rapport terriblement équivoque qu’a avec lui le mot socialisme –, on s’expose aux pires malentendus, à moins qu’on ne cherche à en jouer. Ce que faisait le fameux Livre noir du communisme, où sur 800 pages il n’y a pas même un paragraphe pour dire ce qu’on est en droit de nommer communisme – « le communisme », ce serait Staline et Pol Pot… Partant d’une analyse approfondie du communisme marxien et de ses conditions de possibilité historique, je vais à sa recherche attentive dans un autre long chapitre consacré au XXe siècle et, disons-le en bref, je ne le trouve nulle part. Donner l’URSS pour un « pays communiste », ou même « socialiste », c’est ce que son grand historien Moshe Lewin appelle une complète « erreur d’étiquetage ». L’objet de mon livre, écrit aux trois-quarts, c’est l’histoire critique de cette visée communiste. Il est donc historique et politique du même mouvement que théorique.

Des enquêtes d’opinion publiées par l’Humanité en 2017 et 2018 ont montré que le mot communisme est décrié aujourd’hui. Comment, selon vous, lui redonner du sens ?

Lucien Sève Décrié est peu dire. Ce que montrent ces sondages, c’est que communisme est le terme le plus discrédité de tout le vocabulaire politique. Si on ne prend pas le fait avec un total sérieux, comment espérer inverser la tendance ? Or, c’est quoi, un total sérieux ? C’est revenir sans lésiner sur le pire : le stalinisme. Comment être crédible en donnant le communisme pour ce qui va nous faire sortir du capitalisme et inaugurer une civilisation supérieure sans s’expliquer en clair sur ce qui a pu faire s’ensuivre de la révolution d’Octobre tant d’horreurs sanglantes puis d’aberrations navrantes ? Se croit-on quitte avec l’immense affaire qu’est le stalinisme pour l’avoir condamné ? Mais qui va s’en satisfaire ? Quand c’est tout le sens de ce qui s’est passé depuis le Manifeste jusqu’à l’implosion de l’URSS qu’il faut donner à comprendre, donc d’abord comprendre soi-même. C’est la question centrale de mon deuxième chapitre, où je m’occupe longuement du stalinisme. Le faire en toute exigence disqualifie radicalement la vulgate qui proclame : « Le communisme est mort pour toujours, Dieu merci ! » Pour nous, qui nous réclamons plus que jamais du communisme et voulons commencer de faire bouger les lignes à son sujet, il est crucial, en cette époque des centenaires de 1917 et 1920, que nous éclairions bien davantage cette histoire. Sans faire toute la lumière sur notre passé, comment apparaître porteurs de futur ?

Vous parlez de la « visée communiste marxienne ». Pourquoi ce terme de visée, et quel est son contenu essentiel ?

Lucien Sève Ce n’est pas un tic de langage, mais un choix fondamental. J’entends dire parfois que visée serait une révision en baisse de projet. Je soutiens le contraire. Projet est un terme programmatique, qui décide d’avance des contenus et formes de la société communiste future. C’est utopique. Marx refusait de faire du communisme un « idéal » sur lequel l’histoire devrait se régler, à quoi il opposait le « mouvement réel » qui tend vers un au-delà radical de l’état de choses actuel. C’est ce que dit visée. De plus, projet est purement subjectif – on peut projeter ce qu’on veut, mais au risque terrible de vouloir forcer l’histoire, et c’est tout le drame du stalinisme. Visée est au contraire à la fois subjectif et objectif, comme l’action politique même : c’est nous qui visons, mais « Oui, le communisme vient à maturité objective » il y a une cible et des conditions pour l’atteindre auxquelles il est impératif de se plier. Oui, vraiment, visée communiste, et non pas projet. Quant à l’essentiel de cette visée, on peut le dire en trois mots : sortir de l’aliénation historique, au grand sens que prend l’aliénation dans le Capital, c’est-à-dire l’écrasement général des humains par les immenses puissances sociales qu’ils créent, et qui faute d’être appropriées par tous ne sont maîtrisables par personne. Ce que suggère assez bien une formule populaire : l’humanité va dans le mur.

Beaucoup de gens pensent que le communisme a été essayé au siècle dernier, et qu’après une histoire entachée de crimes, il aurait irrémédiablement échoué. Qu’objectez-vous à cette façon de voir ?

Lucien Sève Nous voici au cœur de la question. C’est bien cette pseudo-évidence qu’il faut réduire à néant, et ce sera tout sauf facile. Parce que l’incroyable vérité – il n’y a à peu près rien eu de communiste dans le « communisme » d’hier, c’est démontrable – se heurte bien sûr au haussement d’épaule : « Comme vous ne pouvez nier l’échec, vous essayez de faire croire que ce qui a échoué n’était pas le communisme, à d’autres ! » Impossible donc d’en rabattre sur l’histoire critique de cette visée. On n’attendra pas qu’en un paragraphe, je puisse dire le contenu de 100 pages du livre. Ceci au moins : Marx ne s’est pas trompé dans le Manifeste en annonçant le communisme, au contraire, mais il a devancé l’histoire de deux siècles, en surestimant terriblement la maturité de ses conditions historiques. Coûteuse illusion. La trouée initiale s’est avérée possible dans des pays en retard de révolution antiféodale, comme la Russie ou la Chine, mais ce retard excluait tout passage vrai au socialisme. Lénine l’a bien vu en 1921-1923 (« Nous ne sommes pas assez civilisés », disait-il), cherchant la voie d’une forcément longue maturation. Staline s’est cru plus fort : le socialisme tout de suite dans un seul pays ! Ce fut en réalité un national-étatisme de rattrapage brutal du capitalisme, traître à toute visée communiste. Et le siècle en a été foncièrement déboussolé : le capitalisme avait encore de l’avenir, quand ce qui passait pour « le communisme » n’en avait pas… C’est donc tout le sens des deux derniers siècles qui est à reconsidérer. Il n’y a là aucune échappatoire : la question de savoir si le communisme a de l’avenir est encore entièrement devant nous.

Il y a large accord sur la gravité de la situation présente et l’urgence de sortir d’un régime piloté par le seul profit à court terme. La question n’est-elle pas de savoir s’il existe les moyens conceptuels et pratiques de son dépassement ?

Lucien Sève Large accord sur la gravité de la situation, sans doute. Mais large conscience que cette gravité dit l’urgence de sortir du capitalisme pour en venir à une société sans classes, hélas non, et hâter cette prise de conscience m’apparaît être la tâche première d’un communisme à hauteur de notre temps. Mais en a-t-on fini avec l’immaturité historique des conditions d’un postcapitalisme qui sous-tendait les drames du XXe siècle ? Je vois de fortes raisons de penser que c’est en cours. Négatives d’abord : pour la première fois, le capitalisme devient directement incompatible avec le progrès de l’humanité, voire avec sa survie. C’est lui, c’est sa folie de profit privé qui menace à court terme la vie sur notre planète, et de façon moins dite mais non moins profonde l’existence civilisée du genre humain. Rendre hégémonique la visée postcapitaliste est devenu un objectif réaliste, à condition de changer complètement de braquet dans la lutte des idées. Et raisons positives aussi. Marx tenait pour présupposé fondamental du communisme un double développement universel : celui des forces productives – et nous y sommes en plein, avec une vraie explosion de nos savoirs et pouvoirs –, plus encore celui des individus – là, le tableau est contrasté, les gestions capitalistes empêchant tout en stimulant ce développement, mais les rebonds de l’émancipation des femmes montrent combien est irrésistible la tendance profonde. Oui, le communisme vient à maturité objective. À nous de jouer notre plein rôle de sujets.

On sait vos importants travaux sur communisme et individu. Il y a aussi l’expérience politique en France à laquelle votre parcours intellectuel militant est intimement lié. Comment cela peut-il irriguer votre réflexion pour penser un monde nouveau ?

Lucien Sève Lisant le Capital au début des années 1950, j’ai découvert dans l’enthousiasme que Marx n’est pas le penseur exclusif du social qu’on disait, du même mouvement il pense l’individu, au point que son œuvre socio-historique est tout aussi suggestive sous l’angle psycho-biographique, ce qui a décidé de ma vie de recherche et coloré d’emblée ma façon de comprendre le communisme. Sait-on assez que Marx le définit comme « une forme de société supérieure dont le principe fondamental est le plein et libre développement de chaque individu » ? (1) Nous ne sommes pas humains par notre seul génome, comme des animaux, mais bien plus encore par le monde social humain que chacun s’approprie à sa façon, l’individu se transfigurant ainsi en personnalité singulière et solidaire. Ce qui condamne le plus sûrement à mort le capitalisme est qu’il en vient à contrecarrer gravement cette dialectique décisive que le communisme a au contraire à libérer. Un méfait sans nom du stalinisme est d’avoir persuadé tous et chacun que dans le communisme l’individu ne compte pour rien. On mesure le désastre. Peu de choses importent autant aujourd’hui que de redonner à voir par des actes – d’abord en matière d’organisation – que le commun pour un communiste n’est pas l’effacement du singulier mais sa forme plurielle.

Dans un récent livre d’entretiens avec votre fils, l’historien Jean Sève, Capitalexit ou catastrophe  (2), vous avancez un ensemble de propositions concrètes pour la relance d’une politique authentiquement communiste. Comment voyez-vous cette possible relance ?

Lucien Sève En 1984, voyant avec d’autres le PCF s’enfoncer tandis qu’allait imploser l’Union soviétique, j’ai engagé la bataille pour ce que j’ai appelé refondation communiste – objectif à mes yeux plus actuel que jamais. L’idée directrice est simple : nos malheurs ont pour cause non pas trop de communisme, mais au contraire tragiquement pas assez, ce qui remonte à sa foncière trahison par Staline. Qu’il y ait toujours à mener la lutte politique quotidienne et électorale avec un parti fait pour cela, certes. Mais il faudrait être aveugle pour ne pas voir que le décisif aujourd’hui est ailleurs : engager la révolution postcapitaliste avant que le capitalisme n’ait mené le genre humain à sa perte. Une révolution d’aujourd’hui, non plus mythique conquête du pouvoir pour émanciper la société par voie étatique, ce qui a conduit au stalinisme, mais intense et constante bataille d’idées et d’initiatives pratiques pour rendre hégémonique l’exigence de réformes révolutionnaires changeant le rapport des forces jusqu’à rendre possibles les plus ambitieuses transformations. Pour mon fils et moi, et bien d’autres communistes sans carte, sans doute aussi avec carte, ce que paie très cher le PCF est de ne l’avoir pas fait. On ne mène pas la bataille d’idées anti et postcapitaliste à la hauteur voulue. Mais le faire appelle un autre mode d’organisation que le parti vertical, utile encore pour la politique traditionnelle, mais contre-productif là où est à déchaîner l’initiative transformatrice de tous. Il faut susciter la formation d’un vaste réseau de collectifs thématiques travaillant à acquérir une haute capacité de contestation et contre-proposition révolutionnaires, dans une horizontalité de fonctionnement compatible avec la centralité de décision, mais excluant toute confiscation verticale de responsabilité. L’horizontalité responsable, c’est l’école obligatoire des constructeurs de la future société sans classes. À nos yeux, la capitale relance d’une politique vraiment communiste commence là : l’organisation horizontale de l’initiative postcapitaliste, où l’essentiel reste à faire. C’est dans ce vide que prospère l’effroyable couple des gauches pourries et des droites féroces. Il n’y a pas un jour à perdre pour se mettre à le combler.

(1) Le Capital, Livre i. Éditions sociales, 2016, p. 575.(2) La Dispute, 2018.

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Congrès du PCF du 23 au 25 novembre – A propos de la (re)construction du PCF

Posté par jacques LAUPIES le 8 novembre 2018

Congrès du PCF du 23 au 25 novembre - A propos de la (re)construction du PCF dans POLITIQUE

Oeuvre de Brigitte Bernard

 

Je partage totalement les critiques exprimées dans l’extrait (ci-dessous) de la base commune. Je le fais d’autant que dans ma pratique politique de ces dernières années j’ai vécu, comme sans doute nombre de communistes, encartés ou pas, toutes les difficultés nées d’un certain abandon de pratiques qui faisaient la force du PCF, notamment en matière d’organisation.

Si les communistes à la base ont besoin d’avoir un projet, il faut que ce projet s’inscrive dans la perspective de la construction du communisme dont évidemment tout ne peut être déterminé d’avance mais dont la finalité relative doit être suffisamment claire pour motiver les populations qui souffrent des politiques présentes et ne sont sollicitées que pour le court terme.

D’ou l’importance de faire de notre parti « une université permanente » pour apprendre, expliquer et faire agir pour des objectifs, certes immédiats, mais inscrits dans nos « fondamentaux »

Mais cela étant il faut affuter « l’outil » et ne pas, au prétexte de revenir à des pratiques d’un autre temps, rejeter des principes dont la « littérature postmarxiste et marxiste » est remplie.

Comme le texte de la base commune l’indique : « Nos propositions n’ont quasiment servi que dans les textes de Congrès et, très peu, dans les campagnes électorales. Cela n’est-il pas à la racine de la perte de visibilité et de crédibilité du parti ? Nombre de camarades ont tiré la sonnette d’alarme, à différents moments. »

Il faut notamment que le Congrès fixe des orientations, donne précisément les éléments essentiels qui peuvent garantir que le fonctionnement du parti sera modifié et adapté avec rigueur aux nécessités de formation et d’organisation à la hauteur des besoins. En particulier en créant la fonction de permanents délégués à ces fonctions à tous les niveaux : national, départemental et sur les territoires placés sous la responsabilité des sections ou groupes de sections.

Les conditions de prise en charge de ces Délégués pouvant être réglées en fonction des moyens dont pourraient disposer chaque entité concernée,  garantir évidemment que cela se fasse dans le cadre de la mise en œuvre des objectifs politiques de chacune d’elle et sous le contrôle des instances exécutives, y compris les instances nationales.

 

VI. Pour un parti communiste utile, agissant, audacieux et novateur, internationaliste et révolutionnaire

Il y a besoin d’un parti révolutionnaire. Ce parti ne peut s’en tenir au soutien des luttes et à faire écho à la protestation contre le néo-libéralisme. Il doit contribuer à ouvrir les perspectives politiques dont les luttes ont besoin pour gagner durablement. Il doit organiser et travailler cela dans la continuité, développer en son sein éducation populaire, élaboration théorique et échanges.

La rupture mal conduite avec la conception d’un « parti guide » nous a conduit à abandonner l’ambition d’être à l’avant-garde des luttes et des idées, de jouer le rôle actif d’éclaireur qui devrait être le nôtre. Cela a conduit à la suppression de ce qui faisait la force de notre organisation, particulièrement le parti à l’entreprise, et à un relativisme théorique éclectique au détriment d’un marxisme vivant et ouvert sur les grands débats d’idées.

De nombreux travaux ont été menés dans le parti pour analyser, comprendre la situation contemporaine, ses différents aspects, ses contradictions, son aggravation et formuler des propositions. Mais les directions nationales successives n’ont pas su ou voulu créer les conditions de la réflexion collective des communistes pour qu’ils s’approprient ces travaux et les enrichissent. Sous prétexte de faciliter un rassemblement a minima, la direction n’a jamais cherché à faire le travail de simplification populaire de nos propositions dans le débat public avec des initiatives d’action capables de rassembler.

Nos propositions n’ont quasiment servi que dans les textes de Congrès et, très peu, dans les campagnes électorales. Cela n’est-il pas à la racine de la perte de visibilité et de crédibilité du parti ? Nombre de camarades ont tiré la sonnette d’alarme, à différents moments.

Aujourd’hui, Macron aurait-il autant d’espace pour imposer des réformes qui ont toutes pour pivot la baisse du « coût du travail » si le Parti communiste avait mené dans la durée une campagne sur le coût du capital ?

Ce congrès doit permettre de redonner à notre parti une grande ambition révolutionnaire et de redéfinir son rôle.

Le mouvement populaire – et l’intervention citoyenne, aussi essentiels qu’ils soient, ne sont pas spontanément transformateurs, pas plus que le communisme ne se développe naturellement dans la société. Défendre les avancées sociales menacées, contester le partage des richesses ne conduit pas spontanément à mettre en cause les pouvoirs patronaux et du capital.

La création de la Sécurité Sociale, innovation sociale majeure qui a donné un avant-goût de communisme, n’est pas tombée du ciel. Elle a été le produit d’une jonction entre des luttes considérables et une idée révolutionnaire, traduite par les communistes dans les institutions après la Libération.

Pour rendre majoritaire l’exigence d’autres choix, il faut avancer des idées originales capables de faire reculer l’emprise des idées dominantes. Il faut avancer sur des solutions transformatrices à la hauteur du défi de transformation posé par la crise. Confrontons nos propositions avec les autres forces politiques de gauche, agissons pour que les luttes s’en emparent.

L’identité du PCF, dans le combat de classe de notre temps, est indissociablement démocratique et révolutionnaire.

Notre action doit avoir une double dimension : contribuer au rassemblement pour faire reculer Macron jusqu’à créer les conditions d’une politique alternative et, inséparablement, favoriser l’avancée vers un dépassement du capitalisme.

 

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