Retraités petits proprios : la double peine

Posté par jacques LAUPIES le 7 septembre 2017

 

Je ne suis pas de ceux qui sont particulièrement attachés à la propriété  foncière et à fortiori à celle que l’on transforme en possibilité de rente pour améliorer ses revenus.

Mais, comme disent souvent les petits proprios de gauche pour se déculpabiliser de l’entorse au principe de leur choix idéologiques : « le système étant ce qu’il est il faut bien s’y adapter avant qu’il soit possible de le changer »

Ce qui fait sans doute que la France compte de plus en plus de prolétaires moyens (encore eux) qui possèdent un patrimoine immobilier. Environ 60% se limitent à la propriété de leur résidence principale et cependant ils sont 18 % à posséder d’autres propriétés immobilières.

Ce sont évidemment ces derniers qui bénéficient d’un statut de rentier véritable, les autres ne faisant que s’octroyer l’économie d’un loyer. Dire que ces chiffres n’ont pas d’incidence sur les comportements politiques est un non sens bien qu’il faille tenir compte de la positions sociale en général et des incidences que cela peut avoir sur ces propriétaires. L’âge, l’activité ou non activité (retraités) peut cependant rectifier ces comportements.

Je connais bon nombre de ces petits propriétaires qui  deviennent bailleurs et n’en modifient pas pour autant leur conviction qu’il y a mieux à faire que de multiplier la petite propriété privée foncière et qui préfèreraient disposer d’une retraite décente.

Cela dit le fait de disposer d’un appartement et de le louer est une fonction sociale qui ne démérite pas en un temps ou les promoteurs immobiliers tendent vers la spéculation et les bailleurs sociaux manquent de soutien et d’aide de l’état et des collectivités locales de plus en plus étranglées par la réduction des dotations.

Toutefois leur demander de supporter la réduction des aides sociales aux locataires (les fameux 5 euros mensuels) les frapper, s’ils sont retraités d’une augmentation de la CSG, étant entendu que la plupart d’entre eux ne bénéficieront pas d’une hypothétique réduction de la taxe d’habitation, c’est vraiment les prendre pour des vaches à lait !

En conséquence et pour le principe il faut refuser cette magouille de la macronie, demander aux locataire et petits proprios de manifester contre cette escroquerie et exiger le rapatriement des 80 milliards de fraude fiscale, histoire de compenser l’annulation des projets gouvernementaux. 

Et s’ils ne veulent pas perdre de temps à exprimer leur colère nous les invitons à manifester avec la CGT le 12 septembre car droit du travail et droit au logement sont d’un même combat ! Mais il faut bien être conscient de « qui doit payer » Surement pas les petits « proprios »

 

Azzedine Taïbi : « Contre les expulsions, nous voulons prendre la loi au mot »

Entretien réalisé par Aurélien Soucheyre
Mercredi, 6 Septembre, 2017
L’Humanité
Un rassemblement en soutien aux six maires est prévu aujourd’hui à 9 h 30 devant le tribunal de Montreuil. Photo : Julien Jaulin/Hanslucas
Un rassemblement en soutien aux six maires est prévu aujourd’hui à 9 h 30 devant le tribunal de Montreuil. Photo : Julien Jaulin/Hanslucas

Six maires de Seine-Saint-Denis sont convoqués aujourd’hui devant le tribunal administratif de Montreuil. Leurs arrêtés « anti-mises à la rue », visant à rappeler à leurs obligations les préfets, pourraient être suspendus.

Les expulsions locatives sont de plus en plus nombreuses : 14 400 en 2015, soit une hausse de 14 % en un an. Face à cela, la ville de Stains multiplie les arrêtés et les bras de fer avec la justice…

Bobigny (93) - Le 14 Janvier 2016 - Azzedine Taibi, conseiller départemental et maire de Stains (Front de Gauche), lors de la séance du Conseil général de la Seine Saint Denis consacré à l'examen du budget, durant laquelle les élus communistes et du Front de gauche ont déployé une banderole refusant l'austérité et demandant à l'Etat de rembourser les deux milliards d'euros de charges causée par l'importance du budget d'aide sociale - Photo Patrick NussbaumAzzedine Taïbi Nous avons été dès 2010 l’une des premières villes de France à prendre des arrêtés « anti-expulsions », contre les expulsions locatives, qui mettent chaque année des milliers de personnes à la rue, sans aucune solution de relogement. À chaque fois, ces arrêtés municipaux ont été suspendus par la justice. Cette année, nous avons pris avec onze maires d’Île-de-France des arrêtés « anti-mises à la rue », que nous avons déposés en préfecture en mars 2017, à la veille de la fin de la trêve hivernale. Ces arrêtés ne sont pas motivés comme les précédents, car si nous nous opposons aux décisions d’expulsion prises par les préfets, nous ne les remettons pas ici en cause. C’est de leur responsabilité. Nous pointons simplement leur obligation de proposition de solution de relogement, qui n’est pas respectée alors qu’elle est inscrite dans la loi. Nous entendons donc prendre la loi au mot. Notre objectif, c’est que des familles entières ne se retrouvent pas abandonnées à la rue. Aujourd’hui, les six maires de Seine-Saint-Denis à avoir pris ces arrêtés (Stains, La Courneuve, Saint-Denis, Villetaneuse, Bondy et Aubervilliers) sont assignés. La suspension de nos arrêtés va être demandée. La délibération devrait être prise dans un peu plus d’un mois. Je note que de notre côté, nous pourrions aller encore beaucoup plus loin, en portant plainte contre le préfet, qui a obligation de proposer une solution de relogement.

D’autres actions sont-elles menées à Stains face à cette situation ?

Azzedine Taïbi Nous avons mis en place depuis des années des politiques de prévention, d’accompagnement, de soutien, de suivi social pour traiter le problème des expulsions locatives à la racine, au maximum de nos moyens et de nos compétences. Nous agissons beaucoup pour qu’il y ait de moins en moins de familles surendettées et victimes d’expulsion. Il faut aussi mesurer que nombre de familles dans cette situation font souvent face à des drames : des décès, des divorces, des maladies de longue durée, des pertes d’emploi, qui les mettent en difficulté et sont à l’origine des non-paiements de loyers. Il s’agit de publics déjà fragilisés, qui se tournent naturellement vers les maires en cas de coup dur. En tant qu’être humain et en tant que maire, je ne peux pas supporter que des familles, des enfants et des personnes âgées soient ainsi abandonnés à la rue et traumatisés.

Que pensez-vous des choix du gouvernement face à la crise du logement, qui touche 12 millions de personnes en France selon la Fondation Abbé-Pierre ?

Azzedine Taïbi Face à une situation de précarité et de mal-logement dans le pays, le gouvernement se livre à des choix injustes et inacceptables qui aggravent le problème et fragilisent les plus faibles. Il baisse les APL, veut faire marche arrière sur la loi SRU, qui soutient le logement social, baisse les subventions aux politiques de la ville et prévoit une nouvelle coupe drastique dans les dotations aux collectivités. La construction a en plus été fragilisée avec la baisse de l’aide à la pierre sous François Hollande. Ce cap-là n’est pas du tout celui dont le pays a besoin.

Publié dans POLITIQUE | Pas de Commentaire »

Se saisir des réalités et des cultures populaires progressistes

Posté par jacques LAUPIES le 6 septembre 2017

 

L’entretien qui suit marque la préoccupation de nombre de politiques ou de chercheurs dans la poursuite d’une réflexion qu’inspire les différentes faillites des partis représentant des courants de gauche. En premier lieu celui de la social démocratie réformiste par essence, en second lieu il faut bien le dire celui du courant révolutionnaire d’inspiration marxiste.

Cet échec de forces progressistes, ou qui en tout cas prétendent l’être, repose sur l’existence de couches sociales diverses aux intérêts particuliers  parfois contradictoires. Ces catégories sont en évolution et sont déterminantes dans les constructions ou recompositions politiques.

L’existence d’une jeunesse relativement instruite et dans l’attente de vraies formations ou transitant par l’université qu’une partie d’entre elle va abandonner est l’exemple d’une proie politique facile pour des pseudos rénovateurs fabriqués par la classe dominante pour susciter des espoirs (genre Bayrou puis Macron)

La naissance de nouvelles catégories jetées dans la fosse des non salariés ou condamnée à la précarité ou au chômage à vie, mise en concurrence avec les travailleurs immigrés transforme celles-ci en proie facile pour l’extrême droite.

L’existence dans les banlieues et dans les centre ville désertés d’un sous prolétariat, sans formation, est propice à la marginalisation politique et donc à l’abstention sur le plan électoral.

Reste ce que l’on baptise de couches moyennes  (à qui l’illusion est donnée d’être en quelque sorte privilégiées) qui évidemment sont dans le « on sait ce que l’on a, on ne sait pas ce que l’on aura si on change » restent attachées aux partis dit « traditionnels » et sont captés par la social démocratie et la droite dite libérale ! Beaucoup sont retraités dans des tranches de revenus cependant très différentes.

Toutes ces catégories devraient prendre conscience qu’elles sont soumises à une classe de possédants qui organisent la production et les échanges, la formation et l’information, la vie politique et tout ce qui peut être utilisé pour diviser et affaiblir l’immense majorité du peuple afin qu’il ne puisse exercer sa souveraineté.

La classe ouvrière elle même, dont on ne peut nier qu’elle est la mieux placée pour imposer une meilleure répartition des richesses et une juste rémunération de la force de travail, se voit affaiblie par l’action et le discours réformiste, de droite ou de gauche. Il en résulte un désarroi qui la conduit aussi à l’abstention et au vote pour l’extrême droite.

Le parti socialiste s’est peu à peu libéralisé et soumis aux injonctions de l’Europe, elle même fondue dans la mondialisation capitaliste. Le parti communiste n’a pu, ni peut-être su,  se remettre de son recul de 1981 et, poursuivant sa démarche unitaire, s’est plus compromis (aux yeux de l’opinion) que valorisé. D’autant que les renoncements ou effondrements dans certains pays socialistes, ajoutés aux postures dogmatiques ont été largement exploités par les forces conservatrice émanant d’un capitalisme dominant la planète.

Il n’empêche que les réalités économiques et sociales sont là tout autant que les cultures politiques progressistes populaires. De plus la polarisation richesse-pauvreté dans le monde interroge, l’origine des conflits est perçue malgré les diversions nationalistes et les instrumentalisations religieuses comme ce qu’elle sont : des prétextes à conflit ! Et cela beaucoup de français peuvent le constater !

Des raisons d’espérer une prise de conscience populaire, condition d’un rassemblement et d’une action  de transformation de la société, mais à condition qu’existe une force politique cohérente, au fonctionnement démocratique prenant appui sur des théories éprouvées et capable de peser dans un combat difficile pour la justice sociale, la liberté et la paix.

Les peuples ne peuvent exercer leur souveraineté que s’ils ont une telle force, suffisamment influente !

 

 

 

Christophe Aguiton : « Les biens communs deviennent aujourd’hui une alternative »

Mardi, 5 Septembre, 2017
L’Humanité
Christophe Aguiton : « La chance que nous avons est que la gauche est tout aussi forte sur le plan électoral que l’extrême droite. » Bruno Arbesu
Christophe Aguiton : « La chance que nous avons est que la gauche est tout aussi forte sur le plan électoral que l’extrême droite. » Bruno Arbesu

Le membre d’Attac et chercheur en sciences sociales analyse dans son dernier ouvrage (1) l’histoire récente de la gauche à l’échelle internationale. Il cible les « problèmes stratégiques » afin de « réactualiser la doctrine de la gauche », à travers des expériences comme celles de Syriza, de Podemos ou du Parti des travailleurs brésilien.

Quelle est votre analyse de la période électorale de laquelle nous sortons ?

Christophe Aguiton  Ce qui s’est passé pendant la période électorale est tout à fait comparable à ce qui se passe dans d’autres pays européens où la social-démocratie s’effondre ou baisse de façon significative et où s’affirment la gauche radicale mais aussi les forces populistes et xénophobes d’extrême droite. Juste avant les élections françaises on a vu ainsi, en Islande, la gauche radicale réaliser un score de plus de 25% et aux Pays-Bas le Parti socialiste, membre de la GUE et qui vient historiquement de l’extrême-gauche, et le parti des animaux, parti d’extrême-gauche là-bas, ont fait presque 15%.

Macron poursuit le travail de Hollande, en pire. Peut-on vraiment dire que la social-démocratie a échoué en France ?

Christophe Aguiton Toute une partie de l’appareil du PS, mais aussi de leurs électeurs, ont basculé d’autant plus facilement chez Macron qu’ils partageaient beaucoup de ses orientations. Le PS, ce n’est pas nouveau, a un électorat très composite incluant de nombreux sociaux-libéraux. Ce qui s’est passé en France a des analogies avec ce qui s’est passé en Italie : la majorité du Parti communiste italien s’était social-démocratisé, puis transformé en parti démocrate en ouvrant la voie à Matteo Renzi. Comme François Hollande et Manuel Valls l’ont fait pour Emmanuel Macron ces cinq dernières années. Mais l’extrême centre, comme l’appellent des dirigeants de Podemos, s’effondre. Car attention aux illusions d’optique liées à la victoire de Macron. Il n’a obtenu que 24 % au premier tour et cela en captant l’essentiel de l’électorat du PS et une partie de celui de la droite et du centre. Les partis de gouvernement, l’axe traditionnel de l’alternance, n’ont obtenu, tous ensemble, que 50 % des voix !

Comment analysez-vous ce chamboule-tout politique ?

Christophe Aguiton  La crise de 2007-2008 a ouvert une toute nouvelle situation. Avant cette crise, beaucoup pensaient que la mondialisation libérale était inévitable. Le mouvement altermondialiste avait commencé à combattre cette idée, mais sans réussir à faire évoluer le cœur de l’électorat. Les choses basculent dans la dernière décennie parce que les classes populaires et les couches moyennes sont directement touchées. On l’a vu aux États-Unis mais aussi en Europe, où la crise de la dette va aggraver encore la situation avec les mesures d’austérité qui vont se multiplier. En Espagne, par exemple, le mouvement des indignés va démarrer en 2011 sur la crise du logement et le refus des expulsions. À partir de là, on assiste partout à un rejet de la mondialisation libérale. Il va profiter à deux types de forces : celles du populisme de droite, xénophobe ou fasciste selon les pays, et celles de la gauche radicale. Et ce n’est pas fini. Les politiques d’austérité qui continuent dans toute l’Europe, et notamment en France comme le montrent les premières mesures d’Emmanuel Macron, vont produire les mêmes effets. La chance que nous avons est que la gauche est tout aussi forte sur le plan électoral que l’extrême droite.

Comment expliquer que Jean-Luc Mélenchon ait obtenu 19,6 % des votes exprimés ?

Christophe Aguiton  Il a mis en avant deux éléments clés, qui ont aussi été au cœur des stratégies de Podemos et de Syriza. Tout d’abord, il a mis en avant sa certitude qu’il était possible de gagner et d’arriver au pouvoir. Cet élément est une véritable rupture par rapport aux discours traditionnels du PCF et de l’extrême gauche. Cette dernière se présente aux élections « pour défendre ses idées », comme l’ont fait Arlette Laguiller puis Nathalie Artaud, ou pour « favoriser les luttes », comme la LCR puis le NPA. Le PCF, depuis les années 1980, est candidat pour « rééquilibrer la gauche », pour qu’elle comprenne un pôle vraiment de gauche. En mettant en avant la possibilité de gagner, Jean-Luc Mélenchon a débloqué les votes dans deux secteurs, pas forcément pro-Mélenchon au départ. Les quartiers populaires, pour qui le discours républicain et laïc n’allait pas de soi, ont voté massivement pour lui en voyant dans sa candidature le moyen de sortir de la crise et de l’abandon de leurs quartiers. Et puis il y a l’électorat des centres-villes, des intellectuels précaires présents dans Nuit debout, qui n’étaient pas forcément en phase avec une campagne autocentrée autour du candidat mais qui ont vu eux aussi l’opportunité de bousculer l’ordre établi. C’est la même stratégie qui a permis à Syriza de décoller face au KKE, le parti communiste traditionnel en Grèce, qui était pourtant mieux implanté socialement et électoralement, et qui a donné à Podemos son élan initial. C’est la « révolution par les urnes », comme le disaient aussi Chavez et d’autres dirigeants sud-américains. L’autre argument, qu’a repris Jean-Luc Mélenchon, c’est la rupture avec l’ancien monde, comme en Grèce avec le Pasok ou en Espagne avec le PSOE. C’est une double stratégie qui a été gagnante sur le plan électoral mais qui peut aussi poser problème pour demain. Vous avez des militants qui vont être convaincus qu’ils vont gagner vite. L’idée de perdre du temps dans des assemblées syndicales, associatives ou populaires n’est pas leur culture. Tout cela peut rendre compliquée l’articulation entre les mouvements sociaux et la France insoumise.

Loi travail XXL, baisse des APL… les mobilisations sociales sont en passe de se multiplier. Qu’est-ce que cela augure pour la gauche ?

Christophe Aguiton  Il ne faut pas croire à un lien direct entre mobilisations sociales et recomposition politique. Après mai 1968 les législatives ont vu la victoire massive de la droite et c’est plus tard que la gauche s’est réorganisée autour de l’union de la gauche. En Espagne, on met souvent les indignés et Podemos sur le même plan. Certes, Podemos s’est appuyé sur l’expérience du 15-M (le mouvement des indignés – NDLR) mais après sa disparition. Quand il existait encore, il n’était pas question d’une traduction politique. Idem en France : ce n’est pas Nuit debout qui a créé la France insoumise mais Jean-Luc Mélenchon, homme politique, ancien socialiste devenu dirigeant du Parti de gauche. Il a réussi à capter cet électorat mais, entre les deux, il n’y a pas de lien direct. Le bon score du candidat à la présidentielle va peser dans le rapport de forces futur, quand il y aura des mobilisations. Et ce sera avec l’expérience des nombreuses luttes que nous venons de connaître, contre la loi travail, pour le soutien aux réfugiés, contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, contre les discriminations, etc.

Pour agglomérer ces revendications très parcellaires, un défi de taille s’annonce pour la gauche. Qu’entendez-vous par la nécessité d’organiser une « alliance nouvelle » ?

Christophe Aguiton  Au siècle dernier, les forces de gauche partageaient l’idée que seule la classe ouvrière ou le prolétariat pouvaient porter une alternative au capitalisme. Les dernières expériences de victoire de la gauche, en Amérique du Sud en particulier, ont été conduites par des forces sociales différentes, paysans ou indigènes en Bolivie, par exemple. Le discours des mouvements et de la gauche a alors évolué en parlant du « peuple » ou des « 99 % » popularisés par Occupy Wall Street. Des catégories trop larges pour permettre une compréhension pragmatique de ce qui se passe sur le terrain et pour donner des outils pour une action réflexive des acteurs sociaux sur leur propre devenir. Pour ce qui est de la France, il me semble qu’il faut, sur le plan stratégique, partir de trois types d’acteurs. Le mouvement ouvrier qui, en France, est centré autour des services publics, qui ont été au cœur des mobilisations syndicales de ces dernières années. Celui-ci est très affaibli mais il ne disparaît pas et c’est le seul secteur qui a des organisations pérennes. Deuxième élément, les couches intellectuelles qui sont le produit d’une génération qui a eu accès à l’enseignement supérieur. Quel que soit leur statut précis, ils se vivent pour la plupart comme dans une situation de précarité et ils ont été au cœur de Nuit debout et votent très à gauche. Les troisièmes sont les habitants des quartiers populaires, souvent d’origine immigrée. On les retrouve dans beaucoup de luttes, comme dans le soutien à Gaza ou contre les discriminations et les violences policières mais, comme les jeunes intellectuels, ils n’ont pas d’organisations pérennes et s’informent et se mobilisent par les réseaux sociaux. On voit bien qu’il existe des différences importantes entre ces trois secteurs, tant dans leurs modes de mobilisation que dans leurs cultures politiques, mais œuvrer à leur articulation me semble essentiel. Beaucoup y travaillent et on a pu voir, à Nuit debout, des invitations de dirigeants syndicaux ou des appels à agir avec les migrants et réfugiés. Rien ne va de soi, mais c’est la seule voie possible.

Quels sont, selon vous, les questionnements que doit mener la gauche ?

Christophe Aguiton  Le premier vise à rompre avec une logique binaire où face au capitalisme, au marché et à la propriété privée, la gauche défend les nationalisations et la planification économique, c’est-à-dire un recours massif à l’État. Cette vision s’était imposée au début du XXe siècle dans la social-démocratie et le travaillisme britannique puis dans le mouvement communiste, à un moment où se refermait la mondialisation du XIXe siècle et où se développaient dans des États-nations très puissants la grande entreprise intégrée et les grands réseaux techniques, trains, électricité, télécommunications. Cette opposition binaire est remise en cause aujourd’hui et on voit se développer une autre perspective qui est celle des biens communs avec l’idée de la gestion directe par les travailleurs, en retrouvant les coopératives qui étaient au cœur du socialisme du XIXe siècle, ou l’émergence de nouveaux biens communs comme ceux du numérique. Les défis écologiques nous obligent également à réfléchir différemment en cessant de considérer l’eau et les autres ressources de la nature comme de simples biens à exploiter. Les biens communs deviennent aujourd’hui une alternative tant au capitalisme qu’à l’étatisme.

Vous évoquez également l’idée que la question démocratique doit être au centre des préoccupations à gauche…

Christophe Aguiton Oui, et c’est une question qui est cohérente avec la façon d’organiser la société et la production. La démocratie représentative est aujourd’hui l’objet de critiques répétées car elle est basée sur une compétition visant à sélectionner les « meilleurs », ce qui conduit à la reproduction d’un système dominé par les élites et en phase avec le capitalisme et la loi du marché. Face à cela, la pratique du pouvoir en Amérique du Sud, en particulier au Venezuela, en Bolivie et Équateur, a vu des présidents de gauche élus au suffrage universel utiliser leur pouvoir et leur charisme pour s’opposer aux élites traditionnelles qui contrôlaient l’économie et les médias. Cette pratique a été théorisée par des intellectuels comme Ernesto Laclau et Chantal Mouffe ainsi que par les dirigeants de Podemos. Ce modèle-là défend le volontarisme politique qui va résoudre les problèmes par le haut, en renforçant de facto le poids de l’État. Face à cette opposition binaire un troisième choix est possible : la « démocratie radicale » qui s’appuie sur l’implication directe des acteurs que l’on retrouve dans la gestion des biens communs, avec des pratiques telles que les référendums d’initiative populaire, le tirage au sort ou les décisions au consensus. Certes, de même que les « communs » ne se substitueront pas totalement au marché, qui existait bien avant le capitalisme, ou à l’État, nous continuerons à élire des représentants. Mais une stratégie qui s’appuie sur les communs et la démocratie radicale redonne le pouvoir aux acteurs populaires.

(1) La Gauche du XXIe siècle, éditions la Découverte, 242 pages, 17 euros.

Un chercheur militant

Entré à France Télécom à la fin des années 1990, le militant syndical participe à la création de SUD PTT. Militant associatif et politique dans les milieux altermondialistes, Christophe Aguiton participe à la création d’Agir ensemble contre le chômage (AC !) et d’Attac. L’auteur de Le monde nous appartient (éditions Plon) dirige un séminaire sur « Internet, communication et société » à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et est enseignant en sociologie du Web au sein de l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée.

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Manifestez le 12 septembre

Posté par jacques LAUPIES le 5 septembre 2017

Manifestez le 12 septembre dans POLITIQUE Capture9-2-4403e

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Dans l’immédiat ce qui compte c’est la réussite des manifs du 12 septembre

Posté par jacques LAUPIES le 5 septembre 2017

Ordonnances. Opération vérité sur la loi travail, prélude à la mobilisation

Clotilde Mathieu
Mardi, 5 Septembre, 2017
L’Humanité
Militants du syndicat CGT, affiche de Sud Solidaires, slogan "Loi Travail 2, ordonnances ou pas on n'en veut pas!!!". Manifestation intersyndicale devant le campus HEC ou se tient l'universite d'ete du Medef Gilles ROLLE/REA
Militants du syndicat CGT, affiche de Sud Solidaires, slogan « Loi Travail 2, ordonnances ou pas on n’en veut pas!!! ». Manifestation intersyndicale devant le campus HEC ou se tient l’universite d’ete du Medef Gilles ROLLE/REA
 

Le projet du gouvernement est désormais connu, ses dangers moins. Tandis que la première riposte est prévue le 12 septembre, l’Humanité donne la parole à douze personnalités qui décryptent le contenu des textes parus jeudi dernier.

À la CGT, un million de tracts ont été distribués et un « plan de travail de rentrée » a été mis en place. Depuis le 31 août, date de la présentation des ordonnances, la tâche des centrales consiste avant tout à informer les salariés sur les conséquences très concrètes qu’ils pourraient subir dans leurs entreprises. Même à la CFDT, on reconnaît ainsi que « le gouvernement a privilégié la flexibilité au détriment de la justice sociale » et a « légitimé les attentes les plus conservatrices d’une partie du patronat ».

Rien n’est encore joué. « Le 12 septembre n’est pas une simple date, c’est le début d’un processus », souligne Fabrice Angei, secrétaire confédéral de la CGT. Les ordonnances devraient entrer en vigueur fin septembre, mais, comme l’a précisé Philippe Martinez à l’Humanité, « les ordonnances ne sont pas la loi, elles ont six mois pour le devenir. Il y aura un retour à l’Assemblée nationale pour décider si ces ordonnances seront inscrites dans la loi. On a déjà connu des ordonnances qui ne sont pas entrées dans la loi ». La surprise, faute de venir du Parlement, pourrait bien venir de la contestation à cette loi, alors que 58 % des Français sont opposés à la réforme, selon le sondage Harris Interactive pour RMC et Atlantico paru au lendemain de la publication des ordonnances. Benoît Hamon, ancien candidat socialiste à la présidentielle, et son mouvement, M1717, ont annoncé à leur tour leur présence à la mobilisation du 12 septembre. Le PS devait quant à lui se positionner, hier, lors de son bureau national. Bien que le parti soit opposé à la loi travail 2, les avis divergent. Les uns, comme le député Boris Vallaud, estiment que « le 12 septembre est une manifestation syndicale qui n’est pas unitaire », alors que pour d’autres, comme les ex-frondeurs Emmanuel Maurel ou François Kalfon, « la place des socialistes est aux côtés des salariés ».

Journaliste à la rubrique social-économie
Dans l'immédiat ce qui compte c'est la réussite des manifs du 12 septembre dans POLITIQUE Capture6-12-046ca

 

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Système social et éducatif : de fissures en énormes failles…

Posté par jacques LAUPIES le 4 septembre 2017

DSC_0448-1

Un étang près de Tarascon : un potentiel de détente

 

A défaut de pouvoir expliquer les énormes difficultés qui font que quantité d’enfants, de jeunes ne peuvent bénéficier des chances, soi disant offertes par l’école de la République, comme se plaisent à la qualifier nombre d’hommes et de femmes politiques, les médias grossièrement tentent de nous faire croire, en ce domaine comme en d’autres, que le nouveau ministre grâce à sa personnalité exceptionnelle va redresser la situation de l’éducation nationale.

Il est amusant de constater que l’argument d’un pseudo renouvellement des « élites politiques » accompagne et est devenu la justification des « réformes » qui ne règlent rien et au contraire répètent les échecs du passé.

Mais quand bien même serait ce des vrais réformes tournées vers le progrès, elle ne pourraient suffire pour vaincre l’obstacle que représente la situation économique, sociale et culturelle d’un  bon tiers de la population privée de conditions de vie correctes (logement, nourriture, transport, etc.) Par quelques exemples que j’observe ici ou là je crois pouvoir dire que la situation de la jeunesse s’aggrave de manière plus que préoccupante…

Cela n’ôte en rien les qualités dont font preuve les enseignants pour colmater les fissures mais que peuvent-ils quand les pouvoirs contribuent depuis des années à en faire d’énormes failles…

 

Éducation. Le tableau noir d’une rentrée sous tension

Laurent Mouloud
Lundi, 4 Septembre, 2017
L’Humanité
FRANCE, Valence: A child sits in a classroom at a school in Valence, southern France, on September 1, 2015, the first day of the new school year. - CITIZENSIDE/CHRISTOPHE ESTASSY

 

Douze millions d’élèves font leur retour en classe aujourd’hui. Une rentrée marquée par la mise en place de plusieurs réformes qui suscitent déjà l’inquiétude. Derrière l’activisme du ministre Blanquer se dessine une vision libérale de l’école.

Depuis une semaine, Jean-Michel Blanquer répète en boucle son élément de langage favori : il veut « une école de la confiance ». Mais l’omniprésent ministre de l’Éducation nationale devrait savoir que cette fameuse « confiance » ne se décrète pas, elle se gagne. Or force est de constater que, trois mois après sa nomination, le locataire de la Rue de Grenelle déroute, irrite et inquiète plus qu’il ne rassure. Alors que douze millions d’élèves reprennent aujourd’hui le chemin de l’école, celui que certains surnomment déjà « CTRL-Z » – le raccourci clavier qui efface ce qui a été fait – empile les réformes à rebours du quinquennat précédent. Semaine de quatre jours, redoublement, emplois aidés, évaluations… Le libéral Blanquer, proche de l’Institut Montaigne, avance au pas de charge. Et ravive les tensions. Loin du pragmatisme revendiqué, c’est surtout avec les vieilles lunes néoconservatrices que le gouvernement renoue en cette rentrée scolaire.

Les principales mesures imposées en cette rentrée scolaire témoignent de cette politique de faux-semblant. Décryptage.

1 l’imbroglio des classes de CP à douze élèves

Promesse électorale d’Emmanuel Macron, qui en a fait sa réforme phare dans la lutte contre les inégalités sociales à l’école, le dispositif des douze élèves par classe dans les CP et CE1 des réseaux prioritaires (REP) commence à se mettre en place dans 2 500 CP de REP+ (les plus défavorisés). Il continuera de se déployer lors des deux prochaines années. Sur le papier, l’image est belle. Diminuer les effectifs dans les zones en difficulté, qui pourrait être contre ? Mais voilà, le financement de cette mesure ne relève pas d’un vrai choix budgétaire. Il se fait en piochant dans d’autres dispositifs. « C’est un véritable détournement de fond », dénonce Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU. Pour arriver à ses fins, le ministère a pris dans les postes destinés au remplacement des maîtres, aux Rased (maîtres spécialisés dans la difficulté scolaire), mais aussi à la scolarisation des enfants de moins de 3 ans et dans le dispositif prometteur « Plus de maîtres que de classes ». Ce dernier va, à lui seul, perdre 1 200 postes sur les 4 100 qui lui étaient promis en cette rentrée… « Ces CP dédoublés, c’est très bien si cela ne se fait pas au détriment d’autres améliorations, résume Francette Popineau. Là, on va de nouveau se retrouver avec des maîtresses malades qui ne seront pas remplacées et les élèves seront alors entassés dans d’autres classes. » Les 12 000 postes nécessaires pour déployer l’ensemble de cette mesure dans les années à venir inquiètent. Où le gouvernement les trouvera-t-il, lui qui n’a prévu que 4 500 créations dans l’éducation lors de ce quinquennat ? À Vaulx-en-Velin (Rhône), les enseignants de REP+ seront en grève aujourd’hui pour dénoncer « l’arrivée précipitée des “CP à 12” ». Une mesure qui, par un jeu comptable, occasionne des hausses d’effectifs jusqu’à 27 élèves dans les autres classes que le CP. « Derrière cette mesure, on assiste à un délitement des moyens alloués à l’éducation prioritaire », déplorent ces profs qui n’ont, en revanche, obtenu aucun des postes réclamés dans le secteur éducatif, médical et social…

2 Le grand flou des emplois aidés

L’autre inquiétude de cette rentrée est la baisse drastique du nombre d’emplois aidés, annoncée en plein mois d’août. Près de 23 000 (sur 73 000) devraient être supprimés dans l’éducation nationale. Lesquels ? Mystère. La secrétaire d’État en charge des personnes handicapées, Sophie Cluzel, a promis que son secteur ne serait pas touché : 50 000 contrats d’auxiliaires de vie scolaire (AVS) et 30 000 contrats d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (Aesh) seraient « sanctuarisés ». Pour finir de rassurer, Emmanuel Macron et Jean-Michel Blanquer se rendront aujourd’hui dans une école de Forbach (Moselle), exemplaire en matière d’inclusion des élèves handicapés… Bref, les suppressions devraient s’opérer plutôt dans les emplois dédiés à l’administration, notamment l’assistance des directeurs d’école. Du côté des municipalités, le flou demeure. À la suite de la menace de certaines communes de reporter la rentrée face aux difficultés d’organiser le transport scolaire, la cantine ou encore la garderie, le gouvernement a promis de la « souplesse ». « L’État va regarder au cas par cas, les préfets auront l’obligation d’être à l’écoute des maires pour régler les situations particulières », assure l’Association des maires de France. Bref, ceux qui râleront seront servis, les autres devront faire sans… Le règne de l’arbitraire en guise de politique.

3 Rythmes, évaluations… Le retour des années Sarkozy

Cette rentrée est également marquée par le retour de la semaine de quatre jours pour un tiers des écoles, mais également par une série d’annonces qui renvoient à l’ère Sarkozy. Internats d’excellence, évaluations en CP, redoublement, autonomie des établissements, Marseillaise… Des polémiques éculées qui flattent l’électorat de droite et agacent la plupart des syndicats. « Blanquer se présente comme un homme neuf tout en passant son temps à ressusciter les idées du passé », résume Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa. De son côté, Frédérique Rolet, pour le Snes-FSU, parle d’une «politique brouillée».

En trois mois, ce ministre qui se pique de pragmatisme scientifique a aligné pas mal d’énormités. Le retour du redoublement tout en le gardant exceptionnel ? C’est déjà le cas. La suppression de la méthode de lecture globale ? Elle n’est plus pratiquée depuis longtemps. L’apprentissage de la Marseillaise au CM1 ? Elle figure au programme depuis des années. Les internats d’excellence ? Ils se sont fait étriller par l’inspection générale… Quant aux évaluations en français et maths, en septembre pour les CP et en novembre pour les 6es, elles font déjà soupirer de lassitude tous les observateurs du milieu scolaire. « Le repérage des difficultés n’est pas ce qui pose problème aux enseignants, relève Francette Popineau. Ce sont les solutions pour les surmonter qui manquent et sur ce point le ministère n’apporte aucune réponse. » Le scientifique Blanquer va devoir retourner à ses études…

Chef de la rubrique société
Ne manquez pas le documentaire consacré à Régine Deforge sur la 5, diffusé hier et accessible sur pluzz
DSC_0453-1

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Harmonisation sociale et fiscale : la vraie solution !

Posté par jacques LAUPIES le 3 septembre 2017

DSC_0329-1

Je ne suis pas à vendre mais à prendre avec mes frères et sœurs. Prenez le temps de m’aimer, ça vaut le coup ! Un petit amour de plus cela ne fait de mal à personne…

 

Je ne ferai que quelques commentaires en militant communiste naïf :

La marchandise « force de travail » se vend selon des règles d’inégalités  d’un pays à l’autre. Ce que souhaitent les actionnaires qui en sont les principaux acquéreurs est de l’obtenir au meilleur compte avec un prétexte apparemment fondé : améliorer leur compétitivité . 

Au fond cet argument peut séduire la plupart des TPE et PME soumises non seulement à la concurrence internationale mais pour beaucoup d’entre elles à un positionnement de sous traitant  avec les grands groupes.

Pour sortir de ces difficultés deux solutions incontournables : harmoniser au plan européen les droits sociaux et les règles fiscales.

Comment cela peut-il se faire avec des actionnaires à la recherche du profit le plus élevé ou, pour le mieux,  nécessaire à la survie de leur entreprise, soumise à la concurrence nationale et internationale ? 

Tout simplement donner au plan européen la parole au monde du travail pour qu’il puisse faire valoir le principe  de l’harmonisation par le haut de la protection sociale et des salaires (de manière  progressive s’entend). Légiférer pour établir des règles fiscales identiques dans le monde (à commencer en Europe)

Vaste programme direz-vous, pure utopie, direz-vous car seule la socialisation des moyens de production peut permettre l’harmonie sociale et l’établissement de rapports de coopération ?

En attendant cela vaut bien mieux que les guerres que l’on nous prépare et dont seront obligatoirement complices ceux qui nous entraiment dans la voie des lois  de la jungle  sur le plan économique, fussent ils affublés de l’étiquette de libéraux ou de socio démocrates  ou encore d’un mixage des deux,  Ils font le lit de tous les replis sur soi donc des  fascismes…

 

 

A bon entendeur salut !

 Décryptage des ordonnances : le code du travail en lambeaux

DÉCRYPTAGE RÉALISÉ PAR STÉPHANE GUÉRARD, KAREEN JANSELME ET CÉCILE ROUSSEAU

Vendredi, 1 Septembre, 2017
L’Humanité
Photo : Loïc Venance/AFP

Les 36 mesures présentées hier par l’exécutif organisent la casse du droit du travail. Elles s’attaquent de front aux accords collectifs en faisant de l’entreprise l’échelon principal de la négociation sociale, affaiblissent le rôle et les prérogatives des syndicats, et facilitent les plans sociaux. 

1. L’ENTREPRISE FAIT SA LOI

L’accord d’entreprise prime.

La loi El Khomry l’avait initiée, ces ordonnances parachèvent l’inversion de la hiérarchie des normes. Derrière cette expression, se cache un principe fondateur de notre droit du travail. Jusqu’à présent, le Code du travail primait sur toute autre forme d’accord émanant de la branche professionnelle ou d’une entreprise, à moins que ces derniers soient plus favorables aux travailleurs. Tout est envoyé cul par-dessus tête. Le Code du travail ne fixera plus que des seuils minimalistes, adaptables au niveau de chacune des branches professionnelles chargées de définir des règles communes de fonctionnement au sein d’un même secteur économique. Règles que les entreprises auront tout le loisir de contourner via toute une série d’outils distillés au fil des cinq ordonnances. Alain Griset, le président de l’U2P (artisans et indépendants), était sans doute le plus heureux de cette évolution. Car, ces contournements s’offrent aux petites entreprises. Jusqu’ici, en l’absence de délégué syndical, celles-ci devaient se conformer à la loi et aux accords de branche. Désormais, les petits patrons auront la possibilité de passer outre en téléguidant des négociations maison (voir par ailleurs).

Accords compétitivité-emploi survitaminés.

Symbole de cette prime donnée aux accords d’entreprise, le gouvernement offre un recours généralisé aux accords compétitivité emploi. « Il s’agit d’une mesure majeure, reconnaissait Muriel Pénicaud, hier. Nous donnons la possibilité aux entreprises de s’adapter vite à une hausse ou une baisse de l’activité économique par des accords simplifiés. » Ces accords étaient jusqu’alors l’apanage de grosses PME ou multinationales (Renault et PSA, par exemple) en proie à des difficultés, souhaitant jouer sur le temps de travail, la rémunération et la mobilité de leurs salariés, dans un laps de temps réglementé, en échange d’une garantie de niveau d’emploi. Les négociations menant à ce genre d’accord vont être « simplifiées », expliquait la ministre du Travail. Et malheur aux salariés qui s’y opposeraient. Leur éviction ne sera plus considérée comme un licenciement économique. Adieu les indemnités et droits au reclassement afférents.

Contrats de chantier, CDD au rabais.

Les promoteurs des ordonnances insistaient tout de même, hier, sur le rôle central des branches professionnelles pour la fixation des salaires minimums, des grilles de qualification, des politiques de formation, de prise en compte de la pénibilité et de l’égalité professionnelle femmes-hommes, ainsi que du choix des complémentaires santé. Une façon de souligner que le dumping social tous azimuts entre entreprises d’un même secteur économique avait été évité. Les branches sont dotées d’une nouvelle prérogative : celle du contrat de chantier, dont les modalités étaient jusqu’alors fixées par la loi. Chacune pourra bientôt fixer par la négociation les règles permettant aux entreprises concernées de recourir à ce genre de contrat plus précaire et moins protecteur qu’un CDD. Il n’en reste pas moins que les textes gouvernementaux offrent à la négociation, au niveau de l’entreprise, les moyens de contourner ces seuils fixés par la branche. Un exemple mentionné par le gouvernement ? Une prime d’ancienneté « imposée par la branche » pourra, après négociation d’entreprise, être détournée pour autre chose, comme le financement d’une garde d’enfant.

2. LE LICENCIEMENT DEVIENT PRESQUE UNE FORMALITÉ

La rupture conventionnelle collective sortie du chapeau.

C’est la grosse surprise de la journée. Alors que le gouvernement souhaitait inscrire dans le Code du travail les plans de départ volontaires (PDV), il a finalement proposé à la place une rupture conventionnelle collective. Dans le PDV, la prime de départ est incitative, donc en général supérieure à celle d’un plan de sauvegarde de l’emploi. Désormais, la négociation sera menée sur le modèle des ruptures conventionnelles individuelles, qui donnent souvent lieu à des indemnités bien moindres, beaucoup d’employeurs se contentant de verser l’équivalent de l’indemnité légale de licenciement. Leur nombre est d’ailleurs en explosion depuis leur création en 2008, avec 35 700 ruptures conclues rien qu’en juin dernier, un record. Ce dispositif, reposant sur le principe erroné que salarié et employeur sont sur un pied d’égalité, fait pourtant couler beaucoup d’encre. Accusée de servir de préretraite déguisée, de n’être souvent qu’à la simple initiative de l’employeur, la rupture conventionnelle collective prédit de nouvelles dérives. Pour Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, « cette création » est aussi une manière d’éviter de mettre en place un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), avec les garanties sociales qui vont avec…
 
Le rôle du juge anéanti.
Après une première tentative avortée dans la loi Macron, l’exécutif réussit cette fois-ci à sérieusement limiter les recours des salariés licenciés devant les prud’hommes. Tout d’abord, les ex-employés voient le délai de contestation devant la justice passer de deux ans à un an. Mais surtout, alors que la compensation allouée au plaignant était laissée à l’appréciation du juge, elle sera désormais plafonnée à vingt mois de salaire brut pour les personnes ayant trente ans d’ancienneté et dont le licenciement a été requalifié sans cause réelle et sérieuse, de six à trois mois de salaire pour deux ans passés dans l’entreprise, et un mois de salaire en dessous de deux ans. Ces plafonds ne s’appliqueront pas en cas de plainte pour discrimination ou d’atteinte des droits des salariés. Cet encadrement drastique augure d’indemnités moindres pour les salariés lésés et d’une sécurisation des licenciements pour les employeurs. Pour tenter de faire passer la pilule, le gouvernement propose en parallèle d’augmenter les indemnités légales de licenciements de 25 %. « Insuffisant », pour Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO.
 
Le plan social facilité.
Le périmètre du plan social et son motif économique ne seront plus appréciés au niveau international, mais au niveau local. Pour le gouvernement, il s’agit d’harmoniser les règles avec celles des pays européens : « Cette solidarité de toutes les filiales du monde avec la filiale française en diffi culté compte parmi les règles qui pénalisent la France dans les comparaisons internationales et qui détournent les investisseurs. » Rien que cela ! Cette réduction du périmètre rend possible la mise en faillite d’une unité implantée en France alors que la santé du groupe est florissante à l’échelle mondiale. Même si la ministre du Travail précise que des garde-fous seront instaurés, comme un « éventuel contrôle du juge », le risque est réel.

3. DIALOGUE SOCIAL : LES SYNDICATS AU SECOND PLAN

Des accords pourront âtre signés sans les syndicats…

Contre-révolution dans l’entreprise : les sociétés de moins de 20 salariés pourront négocier avec un employé non élu et non mandaté par un syndicat. Les entreprises de 20 à 50 salariés le pourront avec un élu du personnel non mandaté. Un seuil de 50 que revendiquait la CFDT lors des concertations, rejointe aujourd’hui par Jean-Claude Mailly, de Force ouvrière, qui affirme que les discussions ont permis d’éviter que cela ne s’étende aux entreprises jusqu’à 300 salariés. Maigre consolation pour les autres syndicats. Argument du gouvernement et des patrons ? La présence syndicale dans les PME atteint juste les 4 %, et l’absence de délégués syndicaux impose de se conformer aux accords de branche, sans négociation possible à l’échelle de l’entreprise. Dans les TPE, le chef d’entreprise pourra directement consulter ses salariés, notamment par le biais du référendum. 
 
Référundum pour les employeurs dans les TPE.
Dans les entreprises comprenant jusqu’à 11 salariés, l’employeur pourra consulter directement ses employés par rallèle d’augmenter les indemnités légales de licenciements de 25 %. « Insuffisant », pour Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO.
 
Le plan social facilité.
Le périmètre du plan social et son motif économique ne seront plus appréciés au niveau international, mais au niveau local. Pour le gouvernement, il s’agit d’harmoniser les règles avec celles des pays européens : « Cette solidarité de toutes les filiales du monde avec la filiale française en difficulté compte parmi les règles qui pénalisent la France dans les comparaisons internationales et qui détournent les investisseurs. » Rien que cela ! Cette réduction du périmètre rend possible la mise en faillite d’une unité implantée en France alors que la santé du groupe est florissante à l’échelle mondiale. Même si la ministre du Travail précise que des garde-fous seront instaurés, comme un « éventuel contrôle du juge », le risque est réel.
référendum, sur l’ensemble des thèmes ouverts à la négociation d’entreprise. Dans les entreprises de 11 à 20 salariés, qui ne possèdent pas d’élus du personnel, un référendum à l’initiative de l’employeur pourra aussi être utilisé pour valider un accord d’entreprise. La loi El Khomri avait ouvert la possibilité du référendum mais initié par des syndicats minoritaires. La loi Pénicaud donne cette fois-ci directement la prérogative à l’employeur. Une possibilité qui inquiète même Laurent Berger, le numéro 1 de la CFDT, plutôt sensible jusqu’ici aux propositions du gouvernement.
 
Fusion des IRP et disparition des CHSCT.
Osant affi cher vouloir « défendre un dialogue social simplifié et opérationnel », le gouvernement a décidé de fusionner les trois instances représentatives du personnel – délégué du personnel, comité d’entreprise, et CHSCT (comité d’hygiène, sécurité et conditions de travail) – en un seul conseil social et économique (CSE) dans toutes les entreprises de plus de 50 salariés. François Hommeril, président de la CFE-CGC, dénonce une « fusion forcée » qui « supprime le CHSCT de sa personnalité morale, ce qui discrédite l’ensemble du projet ». Une commission CHSCT pourra exister dans les entreprises de plus de 300 salariés ou être imposée dans certains cas par l’inspection du travail. L’ensemble des syndicats de salariés dénonce cette fusion qui entraînera la diminution du nombre d’élus et de moyens. Un décret prochain devrait préciser ces chiff res. Le gouvernement ouvre également à hauteur de 20 % la participation du CSE aux frais des expertises, qui jusqu’ici demeuraient principalement à la charge de l’employeur. Une façon d’en freiner le recours car le budget octroyé actuellement au comité d’entreprise n’est pas extensible. Autre bouleversement : par accord majoritaire, il sera possible de fusionner les délégués syndicaux (DS) au CSE, et donc leur compétence de négociation. Dans ce cas-là, le CSE prendra le nom de « conseil d’entreprise ». Or, comme le souligne Philippe Martinez, de la CGT : « Un représentant du personnel et un syndicat, ce n’est pas la même chose. » 

La casse du Code du travail au centre des débats à la Fête de l’Humanité

Face à l’ampleur des attaques, la Fête de l’Humanité s’inscrira trois jours durant, les 15, 16 et 17 septembre, dans la lutte pour le progrès social et mettra la question des droits des travailleurs au cœur de ses grands débats. Samedi 16 septembre après-midi, l’Agora de l’Humanité accueillera ainsi la mise en scène du procès de la nouvelle loi travail, en présence d’avocats spécialisés, de responsables syndicaux, mais également de grands témoins comme Gérard Filoche (ancien inspecteur du travail) ou Emmanuel Dockès (professeur de droit du travail). Le Forum social organisera, samedi, à 18 heures, un grand débat sur le thème en présence de Philippe Martinez et le stand national du PCF mettra le droit du travail au cœur d’un échange avec des parlementaires dès le vendredi, à 18 heures.

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

On parle beaucoup de Mélenchon, beaucoup trop !

Posté par jacques LAUPIES le 2 septembre 2017

 

Il était évident que sa deuxième candidature à la présidentielle de 2017 allait, en fonction du résultats qu’il pouvait obtenir, propulser JLM définitivement comme présumé leader d’une gauche baptisée de radicale. Son score proche des 20 % doit-être cependant relativisé car on ne voit pas comment on pourrait considérer comme dérisoires ceux de Macron, de Marine Le Pen et de Fillon et encenser celui de Mélenchon alors que si ce dernier peut faire illusion parmi les naïfs  il est bénéficiaire d’une fédération forcée (mais qui aurait pu ne pas être) notamment avec un PCF qui depuis 2008 transpire pour lui prêter son électorat.

Je sais de quoi je parle puisque, avec nombre de mes camarades, opposés ou non à sa candidature depuis le début, je n’ai pas ménagé mes efforts pour le soutenir. Discipline de parti obligeait. Mais je considère que le comportement de Jean Luc Mélenchon, et de certains de ses équipiers ou soutiens, durant la campagne, notamment en matière de stratégie unitaire, doit me conduire à une mise en garde concernant les personnes qui me font l’honneur de jeter un œil sur ce blog. 

Bien entendu je ne manquerai pas de dire aux personnes que je peux rencontrer et qui se réduit au fil de mes 81 ans, que très favorable et à l’union populaire contre une poignée de dominants qui nous conduisent à la catastrophe, je ne renonce pas à me féliciter et à favoriser le moment venu des accords aux sommets. Ces derniers ayant le mérite lorsque les conjonctures, sociale, économique et politique, le permettent d’aboutir à des compromis efficace entre les différentes expressions populaires.

Mais de grâce plus de cadeaux aux prophètes, aux champions de la rhétorique. Même s’ils sont hélas le recours nécessaire pour faire entendre notre voix (*) ! Il est bien difficile de se priver de l’éloquence pour convaincre mais sachons approfondir tout ce qu’elle peut porter de trompeur. Et confrontons là en permanence aux réalités, et en particulier aux actes en liaison avec les intérêts qu’ils représentent. 

La mise en avant médiatique de Mélenchon et de la formation politique qu’il représente a une signification qui ne saurait-être que le résultat de pratiques intelligentes de communication. C’est bien plus grave que cela…

Et n’oublions pas de manifester le 13 septembre. Cela, ce n’est point une affaire de rhétorique !

 

(*) Ensemble de procédés constituant l’art du bien-dire, de l’éloquence.

 

 

 

 

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Précaires à vie unissez vous

Posté par jacques LAUPIES le 1 septembre 2017

DSC_0411-2

L’heure du repas sous l’œil expert du grand frère. Ils sont quatre (deux filles et deux garçons) et espèrent être accueillis ! Peut-être êtes vous intéressé(e)

 

Précaires à vie unissez vous

Hier j’évoquais les trente glorieuses dont évidemment ma génération a été bénéficiaire en général. Il y aurait beaucoup à dire sur les causes de ce phénomène dont on trouve l’origine dans le long processus  des luttes sociales de la première moitié du vingtième siècle. Avec les effets considérables du Front populaire et surtout de la résistance à l’occupant et aux forces de la collaboration.

C’est sans nul doute dans ce qui s’est passé entre 1936 et 1946 sur le plan social et politique (la guerre relevant d’une phase aigüe de l’affrontement politique) qui, en enfantant dans la douleur une nouvelle république au sein de laquelle (que cela plaise ou non les communistes ont joué un rôle déterminant) a créé les conditions d’un développement économique et social relativement positif.

Toutefois entre 1950 et 1980 il ne faut pas omettre l’importance des actions (grèves et manifestations diverses) qui non seulement n’ont pas ralenti l’expansion écnomique mais ont abouti à de nouvelles conquêtes dont 1968 sera l’apogée. Preuve que le progrès social sert l’économie !

Mais comme l’on dit il faut savoir déceler ce que le présent annonce de nouveau en avancées et en reculs et je me souviens que passé « l’euphorie » de 1981 (pas pour ce qui me concerne en tous cas) Georges Marchais dans une intervention dont je n’ai retenu  ni la date ni le lieu, déclarait que la nouvelle génération allait pour nombre de ses éléments connaître la précarité à vie.

« Prophétie » qui hélas s’est révélée vraiet et que j’ai hélas pu vérifier dans mon entourage !

Mais le plus grave est que nombre ne l’ont jamais admis que ce soit en leur qualité de parents de victimes de cette marginalisation, plus grave encore engagés dans l’action politique, syndicale ou associative ou victimes eux-mêmes.

Vaille que vaille certains  qui ont dépassé la cinquantaine aujourd’hui  ont fait leur vie, avec parfois un soutien familial quasi constant, évitant le pire, dans une société pourtant pleine de ressources. D’autres s’en sont sortis parfaitement intégrés, d’autres ont disparu…

Pas étonnant que de la ne naisse pas cette révolte dont nous aurions tant besoin !

 

Code du travail. Les chantiers de démolition des ordonnances Macron

 

Marion d’Allard
Vendredi, 1 Septembre, 2017
L’Humanité

Édouard Philippe et Muriel Pénicaud ont présenté le contenu des ordonnances réformant le Code du travail. Licenciements, représentations syndicales, accords d’entreprises… il s’agit d’une attaque en règle contre les acquis sociaux des salariés.

Fin du suspense. Hier, Édouard Philippe et Muriel Pénicaud ont levé le voile sur le contenu des ordonnances réformant le Code du travail. Cinq textes, 36 mesures pour près de 200 pages dont la publication met enfi n un terme à la mise en scène orchestrée par le gouvernement qui maintient sciemment, et depuis des mois, le fl ou autour de cette fameuse « loi travail puissance 10 » que le candidat Macron appelait de ses vœux. Le chef de l’État entendait « libérer les énergies », son premier ministre s’est félicité hier d’« une réforme ambitieuse, équilibrée et juste », qui va « changer l’esprit du Code du travail », a renchéri la ministre du Travail. L’opération de communication vise à la faire ap
paraître comme des adaptations nécessaires aux évolutions inévitables du monde du travail, ce qui, dans le fond, revient à poursuivre la politique de casse du droit du travail en cédant aux vieilles revendications patronales. En facilitant les licenciements, en organisant l’aff aiblissement des pouvoirs des salariés et de leurs 
représentants syndicaux, en faisant primer la négociation en entreprise sur les accords de branche et sur la loi, l’exécutif s’inscrit de fait dans la droite ligne des politiques libérales menées grand train depuis des décennies, encouragées par les directives européennes de dérégulation et qui n’ont pas permis, loin s’en faut, de lutter contre le chômage de masse.

Édouard Philippe l’a répété jeudi : « La France restera un état de droit social. » « Mais, a ajouté le premier ministre, il faut avoir conscience de la situation de notre pays et des décennies de chômage de masse. » Ajoutant que « personne ne peut soutenir aujourd’hui que le droit du travail favorise l’embauche », la nouvelle majorité s’est donc donné pour mission de lancer « la grande transformation pour réparer le pays », a-t-il poursuivi. Le ton est donné.

En quatre grands axes, selon l’exécutif, cette réforme du Code du travail « donne la priorité aux TPE et PME », « développe massivement le dialogue social dans l’entreprise et dans la branche », instaure « de nouveaux droits et de nouvelles protections pour les salariés » et « renforce l’attractivité économique du territoire ». Mais, dans les faits, elle détricote minutieusement les droits et met en musique l’inversion de la hiérarchie des normes : dorénavant, la loi ne sera plus un plancher de droits que les négociations ne peuvent qu’améliorer mais un plafond (lire ci-contre). Les organisations patronales, Medef en tête, ont le sourire et les syndicats, divisés, organisent pour certains la riposte. La CGT – qui a vu « toutes ses craintes confirmées » – et Solidaires appellent à la mobilisation le 12 septembre, mobilisation à laquelle la CFE-CGC n’exclut plus de participer. FO n’en sera pas. Et la CFDT, « déçue », organisera de son côté des rassemblements dans les entreprises en octobre.

Le texte, lui « est arrêté, il est complet », a insisté Édouard Philippe. « Il peut être modifié, mais à la marge », a-t-il poursuivi. En somme, à l’image du simulacre de négociations avec les syndicats, le gouvernement veut aller vite. Les ordonnances, après le Conseil d’État, seront présentées le 22 septembre en Conseil des ministres. Une fois signées par Emmanuel Macron, elles entreront en vigueur « fin septembre », a assuré Édouard Philippe. À moins que l’ampleur de la mobilisation n’inverse le cours des choses…

Lire notre décryptage des ordonances

La casse du code du travail au centre des débats

Face à l’ampleur des attaques, la Fête de l’Humanité s’inscrira trois jours durant, les 15, 16 et 17 septembre, dans la lutte pour le progrès social et mettra la question des droits des travailleurs au cœur de ses grands débats. Samedi 16 septembre après-midi, l’Agora de l’Humanité accueillera ainsi la mise en scène du procès de la nouvelle loi travail, en présence d’avocats spécialisés, de responsables syndicaux, mais également de grands témoins comme Gérard Filoche (ancien inspecteur du travail) ou Emmanuel Dockès (professeur de droit du travail). Le Forum social organisera, samedi, à 18 heures, un grand débat sur le thème en présence de Philippe Martinez et le stand national du PCF mettra le droit du travail au cœur d’un échange avec des parlementaires dès le vendredi, à 18 heures.

journaliste

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Trente glorieuse plus trente moins glorieuses ça fait quoi ? Une grosse interrogation !

Posté par jacques LAUPIES le 31 août 2017

Pur produit des trente glorieuses : j’avais 15 ans en 1951 et je rentrais en apprentissage dans un centre SNCF, après avoir concouru pour y être admis, j’ai eu la chance de me retrouver parmi les 15 admis sur environ 300 candidats, je mesure aujourd’hui ce que cela représentait de se voir quasiment assuré d’avoir des formations et un emploi  pour les 40 années à venir lorsque l’on appartient à une famille ouvrière.

Il faut bien le dire les années d’occupation  marquées par de dures restrictions, les années qui ont suivi la libération marquées elles aussi de difficultés pour assurer l’essentiel et la « menace » de me voir « condamné à travailler à la mine » dans ce bassin des Cévennes où résidaient mes grands parents m’ont sans doute préoccupé. A la mesure cependant que permet  heureusement l’insouciance de l’enfance.

Donc pour moi que la perspective d’exercer un métier au sein d’une grande entreprise nationale constituait au point fort de mon adolescence une réelle promotion. J’entends toujours mon père de ce temps dire : « déjà il va être payé et toute sa vie il sera tranquille » Une phrase que la plupart des salariés du « privé » de cette génération de trente six, prononçait volontiers dans un contexte où se développaient les nationalisations.

Certes je voyais s’échapper des études et je me souviens de l’instituteur du CM2 ayant déclaré que les études c’était fait pour les enfants de familles qui désiraient ‘assurer à leurs enfants  le renouvellement de leur condition sociale.

Je n’ai évidemment pas regretté cette ségrégation, sinon pour avoir manqué quelques éléments d’ouverture sur le plan culturel, puisque à l’image de tous mes copains je me suis retrouvé ultérieurement en plein cœur de ce mouvement ouvrier qui dans les décades qui ont suivi a contribué à de notables améliorations sur le plan social. 

Au lieu et place de l’université il y a eu le Syndicat (CGT) et le Parti Communiste. J’y ai appris que la classe ouvrière était capable de produire d’éminents dirigeants (je préfère le terme de responsables) qui étaient capables de comprendre la société ou je vivais et les sociétés en général et pour qui j’avais cette admiration largement partagée.

Mais bien entendu cela n’excluait pas l’absolue nécessité d’entendre les plus grands intellectuels que le monde universitaire, et celui de la culture, peuvent nous offrir, au passé comme au présent.

Si je fais ce rappel très sommairement, ce qui au fond est d’une grande banalité, c’est tout simplement parce que ce n’est pas seulement mon expérience personnelle, que je me garderai bien de considérer comme exemplaire. Elle ne l’est pas ! Pas plus que ne le sont celles d’ailleurs de toute ces générations qui ont été mêlées aux luttes sociales de ces trente années.

Si j’évoque cette période qui au fond est une grande bataille perdue à l’échelle nationale et mondiale, c’est pour rappeler évidemment que la guerre n’est pas finie depuis ce qui apparaissait, pour nous, le prélude à de grandes transformations sociales.

La lutte doit continuer, elle sera toujours plus difficile car l’adversaire est économiquement puissant et dispose d’un dispositif médiatique à la mesure de ses besoins pour tromper le peuple.

Mais ne nous y trompons pas il est en situation de grande vulnérabilité et cela se sent !

A nous, fort de l’enseignement des erreurs et fautes passées de nous ressaisir et de ne pas répéter cette crainte qui nous fait rechercher ailleurs qu’en nous mêmes toutes les ressources  nécessaires au combat politique !

Philippe Martinez : « La journée de mobilisation du 12 septembre est une première étape »

 

 

A quelques heures de la conférence de presse de rentrée de la CGT qui se tenait ce mardi 29 aout, l’organisation syndicale vient d’être conviée, jeudi à Matignon à la réunion multilatérale avec l’ensemble des syndicats qu’elle réclamait depuis le mois de juillet. Un signe de fébrilité de la part du gouvernement qui semble prendre la mesure de la mobilisation qui se prépare le 12 septembre, selon Philippe Martinez. Rencontre avec le secrétaire général de la CGT qui détaille les enjeux de de la bataille contre la reforme du code du travail.

 

 

 

 

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

Et encore Onfray

Posté par jacques LAUPIES le 30 août 2017

 

Image de prévisualisation YouTube

Publié dans POLITIQUE | Commentaires fermés

12345...288
 

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus