Faire comprendre la réalité : pas si simple

Posté par jacques LAUPIES le 5 juin 2018

En politique j’ai deux adversaires essentiels : ceux qui sombrent dans les bras de la droite et de l’extrême droite et ceux qui font le nid de ces deux dernières en acceptant  la destruction des acquis sociaux, prêts qu’ils sont à  refuser tout progrès dans ce domaine. 

Qui sont-ils ? En général ils se disent du centre ou socio-démocrates usant et abusant d’une appartenance à la gauche, allant même jusqu’à se réclamer du socialisme.

Comme je rencontre souvent des amis, des voisins, des parents même qui ne manquent pas à chaque occasion électorale de se faire couillonner par eux, très fiers par ailleurs de résister ainsi au FN, j’en arrive à me demander si leur comportement a à voir avec leur statut social (revenus) ou avec une carence intellectuelle.

Comme la plupart d’entre eux peuvent à l’inverse se poser la même question à mon égard, il serait logique que je considère que la prudence s’impose et que mieux vaut clore la discussion !

Evidemment je ne peux m’y résoudre et me voila donc à la recherche d’arguments pour les convaincre.

Mais pour convaincre il faut être entendu puis le cas échéant écouté et donc une première règle s’imposerait  : parler aussi abondamment  que les autres.

A l’ère de l’envahissement des techniques nouvelles de communications dans notre quotidien qui font que dans tous lieux, même à la maison, on se parle de moins en moins (en particulier entre jeunes et adultes) la partie n’est pas gagnée !

Que reste t il donc pour éviter une catastrophe ? 

La force du réel, de la réalité, qui appelle à la prise conscience !

Une force qui a besoin tout de même de notre engagement pour être comprise.

 

Extrême droite. Face à l’inertie du gouvernement, des groupes extrêmement à l’aise

Grégory Marin
Mardi, 5 Juin, 2018
L’Humanité
Le 29 mai 2017, à Lyon, le Groupe union défense (GUD) a ouvert un lieu d’hébergement et d’aide sociale, baptisé Bastion social, d’où les étrangers sont exclus . R. Deyrail/Gamma/Rapho<br />

Le 29 mai 2017, à Lyon, le Groupe union défense (GUD) a ouvert un lieu d’hébergement et d’aide sociale, baptisé Bastion social, d’où les étrangers sont exclus . R. Deyrail/Gamma/Rapho
 

L’activisme des groupuscules d’extrême droite, souvent accompagné de violences, redouble ces derniers mois. Le discours et les actes du pouvoir macroniste sur l’immigration ne sont pas étrangers au sentiment d’impunité qui les anime.

«Depuis quelques mois, des groupuscules d’extrême droite agissent en toute impunité dans le pays. » La députée de la France insoumise Muriel Ressiguier s’inquiète, dans une proposition de résolution signée par son groupe et présentée la semaine dernière à l’Assemblée nationale, de la montée en puissance depuis quelques mois des menaces et actes de violence émanant de ce milieu. Elle y « invite le gouvernement à dissoudre les groupuscules d’extrême droite qui sévissent sur notre territoire ».

Aucune région de France n’est épargnée

Quelques jours après qu’une assemblée générale étudiante de la faculté de droit de Montpellier a été la cible, dans la nuit du 22 au 23 mars dernier, d’une attaque d’hommes encagoulés et armés de bâtons, la députée écrivait à Gérard Collomb sur « une affaire qui touche le cœur de (sa) circonscription » – la deuxième de l’Hérault. Le sénateur PCF Pierre Laurent lui aussi a interpellé le ministre sur le même événement, alors que la fachosphère soutenait le doyen de la faculté complice de leur intrusion (lui et un professeur ont été suspendus et mis en examen). Preuve que leur influence s’étend, Pierre Laurent avertissait également le ministre de l’Intérieur, mi-avril, que « plusieurs groupuscules de l’extrême droite radicale bretonne, racistes, antisémites, antirépublicains comme Adsav et la mouvance du réseau social néonazi Breiz Atao », ayant déjà envahi un centre d’accueil de demandeurs d’asile ou attaqué des militants de gauche pour leurs activités, projetaient une manifestation « sous le mot d’ordre de “communistes assassins” » à Scrignac (Finistère).

À lire le recensement non exhaustif des actes de violence effectué par la députée de l’Hérault, on comprend qu’aucune région n’est épargnée. À Paris, le 16 mars, le lycée autogéré a été attaqué par des hommes armés de barres de fer se réclamant du GUD. À Lille, le 26 mars, des étudiants ont été frappés violemment par des personnes se revendiquant de Génération identitaire en marge d’une assemblée générale étudiante. À Strasbourg, le 29 mars, six étudiants ont été attaqués sur le campus universitaire par le groupuscule Bastion social, dont les locaux, près d’une dizaine, leur permettent dorénavant d’avoir pignon sur rue. À l’automne dernier à Marseille, un groupe baptisé OAS (en référence à l’Organisation armée secrète) – depuis démantelé par les services de renseignements – envisageait même l’assassinat de l’ancien candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon et du secrétaire général de LREM Christophe Castaner. « Tous ces groupes ont en commun la violence, l’incitation à la haine raciale, homophobe et sexiste », explique la députée FI dans le texte de la proposition qu’elle porte. Des délits, documentés par les témoins – ou les victimes – de leurs actions et pourtant rarement caractérisés par la justice, regrette-t-elle. L’an dernier à Montpellier, les locaux d’une association venant en aide aux migrants mineurs isolés, le Réseau accueil insertion Hérault, ont ainsi été « saccagés par la Ligue du Midi », les assaillants se vantant sur les réseaux sociaux des injures racistes proférées. Or ces militants n’avaient été poursuivis que pour « dégradations volontaires d’un bien en réunion ». Oublié, le délit d’« incitation à la haine et à la discrimination », que la loi de la République permet de sanctionner. « On se demande s’il y a une réelle volonté de se confronter au problème », déplore Muriel Ressiguier, qui a rédigé hier une nouvelle demande de rendez-vous au ministre de l’Intérieur, en attendant l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur les faits relatés dans sa proposition de résolution.

Le gouvernement pointe du doigt d’autres responsables

Faut-il, pour que ces actes antirépublicains soient « fermement sanctionnés », prononcer la dissolution des groupes qui les commettent ? Pas si évident, selon l’historien spécialiste de l’extrême droite Nicolas Lebourg, associé au Cepel (CNRS-université de Montpellier). « Après la dissolution d’Unité radicale (UR) en 2002, les cadres ont changé de stratégie en tentant de faire de Génération identitaire un Greenpeace de l’extrême droite. Tabasser un épicier arabe à coups de batte de base-ball n’a jamais été bien vu, même par la vieille France du 16e… Alors que l’activisme tel qu’ils le pratiquent leur donne une cohésion de groupe mais aussi une cohérence, une meilleure image. C’est une petite révolution qu’ils doivent à l’État qui leur a fourni cette chance en dissolvant UR. (…) Comme on n’efface ni les hommes ni les idées, en fait, on modernise… » Muriel Ressiguier tempère : « On ne peut pas se contenter de dissoudre, il faut suivre leurs actions futures, une éventuelle reconstitution, et éventuellement attaquer en justice si besoin. » Difficile, dans le cas particulier évoqué par le chercheur. « Quand Philippe Vardon (un des anciens animateurs d’Unité radicale – ndlr) devient cadre du Front national (…), ça se traduit par une extrémisation de la vie politique, en échange de la normalisation de la radicalité. Il y a une transaction, il faut savoir si on veut payer le prix ou pas… »

Cette « extrémisation » témoigne-t-elle d’une porosité du vocabulaire, sinon des idées ? De la « submersion » migratoire disputée à Jean-Marie Le Pen par Gérard Collomb au « grand remplacement » repris à droite, en passant par la déchéance de nationalité pour les binationaux demandée par le gouvernement socialiste précédent, on peut légitimement se le demander. D’autant que le ministre de l’Intérieur en est cyniquement venu à considérer que les migrants « font un peu de benchmarking pour regarder les différentes législations à travers l’Europe » avant de choisir leur pays d’accueil. De là à considérer que l’action de certains groupes, comme l’opération de Génération identitaire se constituant en supplétifs des douanes, fin avril, à la frontière franco-italienne, est utilisée à des fins politiques pour « détourner l’opinion de l’austérité imposée, dévier la colère qui monte », analyse Muriel Ressiguier, il n’y a qu’un pas.

Surtout quand le gouvernement pointe du doigt d’autres responsables. Le 17 mai, sur LCP, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, accusait la France insoumise (à propos de son soutien aux étudiants contre la loi orientation et réussite !) d’avoir repoussé « les limites de l’extrémisme et étendu la radicalité », ce qui participe, disait-elle, à l’émergence de « groupuscules d’extrême droite et d’extrême gauche » ! Une manière de minimiser les agissements de ces groupes d’extrême droite conforme en tout point à celle utilisée à Lyon depuis longtemps, nous ont expliqué des militants lyonnais confrontés à cette violence : l’ex-préfet comme l’ancien maire Gérard Collomb ont toujours qualifié les attaques, tabassages en règle et descentes dans les bars étiquetés à gauche de « rixes » ou de « batailles rangées » entre une extrême droite vindicative et une « extrême gauche » qui n’avait rien demandé. Comme cela a été le cas au début de l’affaire Clément Méric, dans laquelle le jeune militant antifasciste a trouvé la mort sous les coups de l’extrême droite (lire ci-contre). « Vouloir renvoyer dos à dos ces gens-là est une grille de lecture idéologique d’un simplisme absolu, explique Nicolas Lebourg. Le vrai problème est que les pouvoirs publics ont une appréhension conjoncturelle de la radicalité, sans analyse structurelle. Ils réagissent toujours dans l’urgence, après l’émotion de l’opinion publique… »

Aujourd’hui « le message diffusé (par l’attitude des pouvoirs publics – ndlr) c’est l’impunité », déplore Muriel Ressiguier, qui estime que « l’inaction relèverait de l’inconscience ou constituerait une acceptation voire un encouragement de ces actes violents et du refus des règles démocratiques ». Jusqu’au moment où ces groupes se sentiront tellement en confiance – comme en Italie, pointent plusieurs observateurs – qu’il n’y aura plus de retour en arrière possible ?

Terrorisme d’extrême droite : une menace plane sur l’europe

« Je pense qu’aucun État membre n’est épargné par l’extrémisme violent de droite », juge le commissaire européen à la Sécurité, Julian King. « Le programme (de lutte antiterroriste – NDLR) se concentre sur la radicalisation djihadiste, mais il faut reconnaître que les mouvements d’extrême droite ont un impact sur cette radicalisation », faisait-il valoir l’année dernière, regrettant que ces actes soient « moins médiatisés ». En Allemagne, entre janvier et septembre 2017, 211 attaques ont été perpétrées contre des centres pour réfugiés et demandeurs d’asile, selon l’Office fédéral de police criminelle allemand. Et le commissaire britannique d’alerter : l’Europe ferait bien de « garder également à l’esprit la menace croissance que représente l’extrémisme violent de droite ».

 

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Élections européenes. Ian Brossat, chef de file des communistes

Posté par jacques LAUPIES le 4 juin 2018

 

Commentaire

Un point de positif marqué par le PCF avec cette décision qui outre le grand rajeunissement qu’elle entérine met en avant des candidats dont la notoriété et les qualités d’élus sont reconnues.

Il reste que tout doit – être mis en œuvre, sans tarder pour faire connaître les orientations et programme qu’ils porteront car les questions de l’Europe demeurent encore mal perçues dans l’opinion mais également parmi nombre de militants qui doivent urgemment en débattre…

 

Julia Hamlaoui

Dimanche, 3 Juin, 2018
Humanite.fr
Ian Brossat

Ian Brossat
AFP

Le maire adjoint au logement à la ville de Paris, Ian Brossat a été désigné ce week-end chef de file du PCF pour les élections européennes de mai 2019. 

Face à une « offensive contre les droits sociaux conjointement menée par le gouvernement Macron et dans toute l’Europe », le Conseil national du Parti communiste a également lancé un appel pour « construire une liste de large rassemblement » porteuse des « attentes » et des « combats » de « la jeunesse » ou encore « des acteurs et actrices des mobilisations sociales en cours en métropole comme en Outre-mer ». 

Pour « porter cette démarche », l’élu parisien sera entouré d’une équipe comptant d’ores et déjà les députés européens sortants Patrick Le Hyaric, Marie-Pierre Vieu et Marie-Christine Vergiat, les sénateurs Eric Bocquet et Cécile Cukierman, le syndicaliste Gilbert Garrel, le maire de Grigny Philippe Rio, le président du groupe GDR de l’Assemblée nationale André Chassaigne, la responsable Europe du PCF Anne Sabourin, la secrétaire générale du Mouvement jeunes communistes Camille Lainé, et la militante féministe et antiraciste Mina Idir.

Si les candidatures seront soumises au vote de ses adhérents à l’automne,  la résolution adoptée ce week-end, réaffirme également la « disponibilité (du PCF) pour une liste qui unisse les forces de la gauche sociale, écologique et politique ». Avec, à la clé, une invitation qui leur est adressée pour un premier rendez-vous le 2 juillet.

Après avoir validé « 14 engagements » de campagne en mars dernier – de la défense du service public à la lutte contre le dumping social  en passant par le combat pour l’égalité femme-homme ou l’environnement-,  la formation se propose  aussi de préparer des « Etats généraux du progrès social en Europe avec plusieurs milliers de participants et des invités de toute l’Europe », les 2 et 3 février 2019 à Paris.

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Cheminots : une Ministre qui ferait dans la haine de classe ?

Posté par jacques LAUPIES le 3 juin 2018

« Comment osent-ils s’en prendre à des travailleurs tout autant exploités que le sont d’autres et faire croire à de pauvres cons qui ne voient leur misère qu’en la situant au dessus de celle de leur voisin.

Des cons qui se font baisers par les rapaces qui extorquent 80 milliards à la nation en fraudant fiscalement… »

Voila ce que me disait un de mes amis retraité au langage un peu cru ! Je n’ai rien à y ajouter, peut-être ce constat militanto-marxiste pour l’appuyer : « ou est la conscience de classe dans cette France d’aujourd’hui ? »  Parfois bien absente ! 

Pas étonnant avec ces médias qui  couillonnent toute la faune politique à coup de faits divers dont on n’est pas sur, comme le dernier en date, qu’il n’ait pas été, monté de toutes pièces…

 

Lors de l’examen du projet de loi de la réforme ferroviaire au Sénat, Fabien Gay, sénateur communiste, a argumenté, chiffres à la main, de la réalité concernant les rémunérations des cheminots à l’embauche. Il souligne également que cette attaque du statut cache une volonté de réforme du régime de retraite.

 

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Edouard Louis : « La politique est une question de vie ou de mort »

Posté par jacques LAUPIES le 2 juin 2018

 

Entretien realisé par Maud Vergnol
Lundi, 28 Mai, 2018
Humanité Dimanche
Edouard Louis : « La politique de ces trente dernières années a été une politique de persécution des pauvres.» Photo : Joël Saget/AFP

Edouard Louis : « La politique de ces trente dernières années a été une politique de persécution des pauvres.» Photo : Joël Saget/AFP

Le jeune sociologue et auteur d’En finir avec Eddy Bellegueule  consacre un texte à son père, sur la violence physique qu’infligent les politiques néolibérales aux classes populaires. Un cri de colère et d’amour.

Edouard Louis est une exception française. D’abord parce qu’il est un « transfuge de classe », devenu son propre objet sociologique. S’extirper de son milieu fut pour lui une question de survie. Cette enfance confrontée à la violence, insulté et battu parce qu’« efféminé », il l’a raconté en 2014 avec En finir avec Eddy Bellegueule, récit d’apprentissage fulgurant d’un picard né dans une famille du «lumpenprolétariat », qui atterrira sur les bancs de l’Ecole normale supérieure de la rue d’ULM, à Paris. Le succès du jeune écrivain fut tout aussi flamboyant, désormais traduit dans une trentaine de langues et plusieurs fois adapté au théâtre. Dans quelques semaines, son deuxième roman, Histoire de la violence (2016), sera joué à la Schaubühne de Berlin, mis en scène par Thomas Ostermeier. Qui a tué mon père, publié au Seuil, est un nouveau coup de poing, sec et enragé, qui tape où ça fait mal : dans ces corps abimés par « leur place au monde », que personne ne veut voir. Entretien.

Le titre de votre livre, « Qui a tué mon père », dénué point d’interrogation, sonne comme un réquisitoire. Comment est né ce texte ?  

Edouard Louis : Mon livre part d’un retour. J’ai revu mon père après des années de séparation, pas à cause d’un conflit en particulier mais parce que nos vies avaient pris des chemins différents.  Quand j’ai ouvert la porte de chez lui, il y a quelques mois, j’ai vu son corps dans un état révoltant.  Il  a cinquante ans et son corps est  détruit, il a du mal à marcher, à respirer. Il n’a pas de maladie au nom impressionnant, l’état de son corps est simplement du à sa place au monde, celle qui lui a été imposée toute sa vie. Quand je l’ai vu : j’ai pensé Sarkozy, Macon, Chirac, El Khomri, Valls… Immédiatement, j’ai vu le visage de ses meurtriers. Quand Xavier Bertrand, sous Chirac, a annoncé le déremboursement de certains médicaments, je me souviens précisément de l’angoisse que cela a suscité chez nous. Mon père était alité, parce qu’à 35 ans, un accident du travail dans son usine lui a broyé le dos. D’un seul coup, il ne pouvait plus se payer les médicaments dont il avait besoin. On lui en proposait d’autres, mais moins efficaces. De la même manière, je me rappelle le passage du RMI au RSA, la violence que ca avait representé. Quand il a commencé à aller un peu mieux, il a été basculé de la pension handicapé vers le RMI. IL a du retravailler, comme balayeur. Il était harcelé. On lui disait « soit vous ne retournez pas au travail et on vous enlève les allocations », donc vous mourrez. « Soit vous retournez au travail mais comme vous en êtes malade, vous mourrez ». La mort ou la mort, c’est ce qu’on lui proposait, exactement comme dans le film de Ken Loach « Moi Daniel Blake ».  Je l’ai vécu dans ma chair. Je  revois mes parents en parler devant la télé. Quand j’étais enfant, a cause de tout ça, le passage d’un gouvernement à un autre était un moment de terreur pour nous. Donc pour comprendre l’état du corps de mon père, l’enquête n’était pas nécessaire :  je connaissais le nom des meurtriers. Né d’une commande de Stanislas Nordey, avec ce récit, je voulais qu’on traverse la vie d’un homme en moins de deux heures, que l’oralité, la ponctuation, le rythme lui donnent une puissance politique dans sa brièveté.

La politique est donc une question de vie ou de mort ?

Edouard Louis : C’est une idée que j’ai déjà esquissé dans le volume que j’ai dirigé sur Pierre Bourdieu. J’ai grandi dans un milieu populaire, dans ce Marx appelle le « lumpen prolétariat », parce que mon père a perdu son travail à 35 ans suite à cet accident, et dans mon enfance, les ouvriers ou l’épicière du village étaient pour nous des privilégiés. Notre vision du monde était complètement biaisée. Nous avons survécu des aides sociales : 700 euros pour 7 personnes. Alors quand je suis arrivé à Paris, je me suis rendu compte que la capacité de la politique à détruire un corps ne fonctionnait pas sur la bourgeoisie, surtout celle que je croisais à l’université ou à l’ENS. Plus vous êtes dominants socialement, plus vous êtes protégés des effets de la politique. Sur les 5 euros d’APL par exemple, que Macron justifie avec tant de mépris, chez moi, cela voulait dire manger deux jours en moins : quatre paquets de pates chez liddl et deux pots sauces tomates. Très souvent ma mère nous disait le soir qu’on ne mangerait pas et elle nous servait un verre de lait. Pour nous, la politique ca voulait dire manger ou pas. Ca n’est pas le cas pour les classes dominantes.

Sarkozy, El Khomri, Valls…Pourquoi avez-vous choisi de citer le nom des coupables ?

Edouard Louis : J’ai hésité à les citer au début. Comment écrire leur nom dans un livre de littérature ? On se dit qu’ils ne le méritent pas. Et puis je me suis dit que s’il n’y avait rien de naturel à l’écrire, c’est que je devais le faire, inventer une forme littéraire qui permette de dire ces noms, dire la vérité, que la littérature qui m’intéresse est celle qui inclut dans le champ littéraire ce qui avant en étaient exclu. Comme un homme appelé Raskolnikov a tué une vieille dame dans Crime et Châtiment, des Xavier Bertand, Manuel Valls ou Miriam El Khomri ont assassiné un homme dans Qui a tué mon père. Car plutôt que d’ « exclusion », je préfère parler de « persécution » des classes populaires. C’est quand vous êtes dominant que vous pouvez vous exclure de la politique, car elle n’a pas presque plus d’effets sur vous, sauf dans des contextes très particuliers. La politique de ces trente dernières années a été une politique de persécution des pauvres. Et Macron amplifie ce mouvement avec un mépris de classe inégalé. Il détruit des corps, des vies, des rêves, des possibilités de fuir, pour donner toujours plus aux plus riches. Comme le dit Didier Eribon, c’est un Robin des bois à l’envers. Moi je dis : c’est un criminel. En ce sens, mon livre est aussi une polémique avec la littérature : pourquoi fait-elle comme si l’histoire de nos vies se déroulait en dehors de la politique, des reformes, des décisions des gouvernements ?

Parallèlement à vos activités littéraires et théâtrales, vous avez commencé une thèse sur « les trajectoires des transfuges de classe ». Vous êtes en quelque sorte votre propre objet sociologique. Alors comment analysez-vous aujourd’hui ce que vous appelez votre « fuite » ?

Edouard Louis : Si j’ai fui, c’est par accident. Cet accident m’a sauvé. Parce que j’étais un enfant gay dans un milieu ou les valeurs masculines écrasaient tout et que mon corps était incompatible avec mon enfance, que j’ai du partir malgré moi. Pendant toute mon enfance j’ai voulu ressembler à mon milieu mais on m’insultait de « sale pédé ». A force, je n’ai pas eu d’autres choix que d’être différent. Mon corps ne pouvait pas répondre aux injonctions à la masculinité. De cette fuite, j’ai construit une conviction que les luttes antiracistes, féministes, ou contre l’homophobie ne doivent pas être opposées à la lutte contre la violence de classes.

C’est précisément sur votre description du racisme et de l’homophobie que votre premier roman « En finir avec Eddy Bellegueule » a été attaqué, jugé « caricatural ». Comment avez-vous vécu la violence de certaines critiques, des journalistes allant jusqu’à filmer votre famille ?

Edouard Louis : C’était une manière de faire taire une réalité que je voulais donner a voir. Pour des gens qui veulent rayer de la carte les classes populaires, les faire disparaitre, au sens littéral, mon livre était insupportable. Parler de la violence sociale en littérature, c’était se battre contre des dominants qui pensent que les pauvres méritent leurs destins,  contre des discours réducteurs sur les classes populaires, pleines de clichés sur la solidarité etc…La réalité est plus complexe. Dans mon village plus de 50 pour cent des gens votaient pour le FN. Ma mère n’avait pas le droit de travailler, de se maquiller, on la traitait de « grosse », mon père l’humiliait aux fêtes du village, elle rentrait en pleurant…Pourquoi je ne devrais pas parler de cela ? Mon père était tellement victime de violence qu’il finissait par la prolonger sur d’autres. Je me souviens que quand il avait trop bu et qu’il était violent, il se mettait à pleurer et se demandait pourquoi il était si violent. Je crois beaucoup en cette idée de la violence des dominants qui se prolonge dans le corps des dominés. Et c’est ça au fond, que certaines personnes ne veulent pas entendre. Heureusement, les mouvements féministes, LGBT, antiraciste, ont fait évoluer le discours sur les classes sociales.  La violence des attaques s’explique aussi par la littérature elle –même, où les classes populaires sont le plus souvent invisibles, surtout ces dernières années. Dans mon enfance, on ne lisait pas de livres. On savait qu’ils ne s’intéressaient pas à nous. Pour mes parents, il n’y avait rien de plus agressif qu’un livre, symbole de la vie qu’on n’aurait jamais, qui leur rappelait leur place au monde. Alors on les excluait en retour, comme une vengeance.

La honte est omniprésente dans vos romans. Est-ce un sentiment que vous avez voulu provoquer chez vos lecteurs ?

Edouard Louis : Oui, je l’avoue, j’avais envie que les lecteurs, qui sont sans doute plus privilégiés que ceux dont je parle dans mes livres s’interrogent : « Qu’est ce que je fais contre ca ? Comment je peux exister au monde quand il sa passe tout ça ? Comment je peux ne rien faire ?… » Personnellement, contrairement à Annie Ernaux qui parle beaucoup du sentiment d’illégitimité qu’elle a connu en arrivant à Paris, j’ai très vite cessé d’avoir honte. J’ai rapidement pris conscience que c’étaient les dominants qui étaient illégitimes. Ecrire m’a permis d’affronter cette honte. Et si les dirigeants politiques que je cite ont honte à la lecture de mon livre, tant mieux… Mais je ne cherche pas le dialogue avec eux. On m’a proposé dans les journaux un« face à face » avec un responsable politique. J’ai refusé. J’allais leur parler de vie ou de mort, de mon pere qui souffre, et eux ils m’auraient parlé de chiffres, de gestion. Il ne faut pas chercher le dialogue avec ces gens là mais la confrontation.  J’écris mes livres pour les affronter. Cela peut paraitre violent c’est l’histoire très classique de la perception de la violence : dénoncer la violence apparait toujours plus violent que la violence elle-même. Comme lors du mouvement « metoo », où des réactionnaires on accusé les femmes d’être agressives, parlant de « délation ». Comme si le problème n’était pas d’agresser les femmes, mais de dénoncer ceux qui le font. Le problème, c’est de dénoncer la violence ou d’être violent ? Se battre, c’est toujours s’affronter à cette perception différentielle de la violence.

A la fin de votre roman, vous relatez un dialogue avec votre père, qui vous lance « tu as raison, il faudrait une bonne révolution ! ». Comment expliquez-vous cette évolution chez votre père ? Est-ce au contact de votre propre parcours ?

Edouard Louis : il s’est complètement transformé. Lui qui a voté FN toute sa vie, désormais il critique le racisme. Lui que j’ai entendu dire « il faut tuer les pédés », il me demande de lui parler de l’homme que j’aime. Sans doute mes livres, les débats qu’ils ont suscités, ont aidé mon père à trouver d’autres manières de se penser, de parler de lui-même. Voter FN était une manière de dire « je souffre » car il avait l’impression que c’étaient « les seuls qui parlent de nous », j’ai entendu ca toute mon enfance. Ce qui est faux, bien sûr, mais les discours de la gauche n’arrivaient pas à l’atteindre, parce qu’elle ne parlait pas de la réalité qu’il éprouvait. Aujourd’hui, mon père cible ses vrais ennemis : les dominants qui le combattent. L’élection présidentielle a aidé là-dessus. J’ai vu des gens de mon village qui ont voté France insoumise alors qu’ils votaient pour le FN depuis toujours. Il y a une reconquête de la gauche très importante en ce moment.

« Révolution », c’est le dernier mot de votre livre. C’est un appel ?

Edouard Louis : Oui… On atteint un tel  niveau de violence politique en France, on étouffe tellement que nous n’avons plus le choix. Oui, je suis dans un état révolutionnaire. Et si j’ai écrit Qui a tué mon pere, c’est parce j’appelle à mettre toutes les forces de l’art, de la littérature, de la politique, du journalisme à lutter ensemble pour arrêter Macron, et toute la violence qu’il porte avec lui, dans ses décisions et son discours.

Edouard Louis : « La politique est une question de vie ou de mort » dans POLITIQUE

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Accueillir Netanyahou, le boucher de Gaza, serait une honte

Posté par jacques LAUPIES le 1 juin 2018

 

France-israël
Pierre Barbancey
Jeudi, 31 Mai, 2018
L’Humanité
Accueillir Netanyahou, le boucher de Gaza, serait une honte dans POLITIQUE

Recevoir le premier ministre israélien le 5 juin à Paris serait une acceptation des crimes de guerre contre les manifestants de Gaza. La saison France-Israël doit être annulée, estiment des dizaines de personnalités.

C’est un pays, Israël, qui possède l’une des armées les plus puissantes de sa région. Depuis plusieurs semaines maintenant, ses soldats sont postés aux abords d’une enclave où la densité de population est l’une des plus importantes au monde. Les manifestations qui s’y déroulent, populaires et pacifiques, visent d’abord à revendiquer le droit au retour pour des populations déracinées depuis des décennies. Dans ce territoire, qui compte plus d’un million d’habitants, beaucoup sont encore des réfugiés, vivent dans la précarité et dans le souvenir, transmis de génération en génération, des maisons abandonnées à la va-vite, aujourd’hui détruites par un occupant qui, à force de parcs forestiers, veut faire disparaître leur mémoire. Ces gens manifestent aussi pour dénoncer le blocus qui est leur imposé depuis onze ans. Inhumain et terrible. Ils viennent également crier une forme de désespoir parce qu’ils se sentent abandonnés par le reste du monde. Parce que les déclarations, aussi belles soient-elles, n’ont rien changé à leur quotidien. Un quotidien fait de morts, d’angoisse, de mal-vie. Mais jamais de renoncement. À travers ce drame humain, la dignité reste. Toujours renforcée par une volonté de vivre. D’exister.

Ce sont les Palestiniens. De Cisjordanie ou de Gaza. Mais c’est à Gaza que se déchaîne en ce moment toute la violence d’une armée d’occupation. L’occupation d’Israël sur les territoires palestiniens. Comme le déclarait à l’Humanité l’ancienne représentante de la Palestine d’abord en France puis auprès de l’Union européenne Leila Shahid (voir notre édition du 22 mai), il s’agit, depuis soixante-dix ans, de la « dépossession » des Palestiniens. Une dépossession qui, ces derniers jours, a trouvé un point d’orgue. Des dizaines de milliers de Palestiniens manifestent chaque semaine sur leur propre territoire, amputé de « zones tampons » dessinées par Tel-Aviv. Quand ils s’en approchent, ils sont fauchés par les snipers israéliens courageusement cachés au sommet de dunes et qui font un carton sur ceux qui leur semblent intéressants : des porteurs de drapeaux palestiniens, des secouristes ou des journalistes, pourtant aisément reconnaissables, des femmes et des enfants. Un homme bien connu parce qu’avec sa carriole il vendait des boissons sur les lieux du rassemblement a été tué. Peu auparavant, un autre Palestinien qui circulait en chaise roulante après avoir été amputé de ses deux jambes suite à ses blessures a été lui aussi victime des tirs israéliens.

Condamnations européennes

Hormis les États-Unis, soutien indéfectible d’Israël, aucun pays dans le monde ne trouve le moyen d’exprimer la moindre excuse au premier ministre Benyamin Netanyahou, à la tête d’un gouvernement essentiellement composé de colons et de dirigeants d’extrême droite. Tout au plus la plupart des pays européens ont cherché à renvoyer dos à dos les protagonistes, parlant « d’affrontements », de « violences » dont devraient s’abstenir les deux parties. Pourtant, l’émotion qui a saisi le monde entier devant les images n’a pas laissé le moindre doute sur les violations israéliennes des droits de l’homme, cette volonté de tuer pour tuer.

Pour la première fois depuis longtemps, et malgré les tentatives israéliennes, les peuples du monde n’ont pas accepté les fausses explications des dirigeants israéliens, qui, comme toujours, prônent la légitime défense. Tout le monde a pu voir des manifestants désarmés tomber, morts ou blessés, sous les balles explosives. Depuis des semaines, les témoignages se multiplient, allant tous dans le même sens. Et que dire de cette journée du 14 mai, date de l’inauguration de l’ambassade des États-Unis, qui venaient, contre toutes les résolutions internationales, de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël ? Les manifestations se sont multipliées : 60 morts, des centaines et des centaines de blessés. Depuis ce jour, la question palestinienne est de nouveau à la une des journaux – « le New York Times comme le Washington Post ont privilégié une photo de Gaza en ouverture, plutôt que celle de la cérémonie d’inauguration de l’ambassade avec la fille et le gendre du président… », écrit même le site du magazine français l’Obs.

Plaintes pour crimes de guerre

Des habitants de Gaza, soutenus par l’Autorité palestinienne (AP), ont enfin déposé des dossiers devant la Cour pénale internationale (CPI). Le crime est enfin évoqué. Pas un crime simple. Non, un crime de guerre. Israël, qui bafoue toutes les lois internationales depuis des décennies, va-t-il enfin répondre de ses actes devant une juridiction internationale ? Des dizaines de milliers de personnes à travers le monde l’espèrent. Pas, contrairement à ce que voudrait faire croire une certaine propagande en France relayée au plus haut niveau de l’État, par antisémitisme. De nombreux Français juifs dénoncent eux-mêmes la politique meurtrière et sans avenir de Netanyahou.

La semaine dernière, le premier ministre français, Édouard Philippe, a annulé son déplacement à Jérusalem pour l’inauguration de la saison croisée Israël-France/France-Israël. Si tout le monde comprend le pourquoi de l’annulation, l’explication donnée a manqué de courage politique puisque officiellement il était question de problèmes intérieurs français. Or, le 5 juin, Benyamin Netanyahou doit officiellement rejoindre Emmanuel Macron au Grand Palais, à Paris, pour cette inauguration. Là encore, une pétition enjoint le président français d’y renoncer et d’annoncer l’annulation de cette saison France-Israël. Ce serait recevoir au pays de la Déclaration des droits de l’homme un homme passible de l’accusation de crimes de guerre. Ce serait faire l’apologie, au moment même où un peuple se fait massacrer et ne recouvre pas ses droits, d’un État sans frontières internationalement reconnues dont les principaux logos sont l’occupation et la colonisation.

L’incapacité des autorités françaises à faire respecter le droit international dès lors qu’il s’agit d’Israël devrait très certainement renforcer la campagne Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS), arme pacifique (si l’on accepte cet oxymore) à même de faire plier Tel-Aviv : le boycott des produits israéliens et ceux des colonies par les citoyens ; le désinvestissement que les sociétés françaises doivent opérer sous peine de se retrouver complices de crimes de guerre ou contre l’humanité ; des sanctions, enfin, que la France et les États européens doivent voter – à commencer par la suspension des accords entre l’UE et Israël – jusqu’au respect des résolutions de l’ONU et du droit international. Et puis, Emmanuel Macron pourrait, comme le demande le Parlement, reconnaître l’État de Palestine. Un geste qui serait sans ambiguïté pour la paix au Proche-Orient.

Un appel pour l’annulation de la saison france-israël

Des dizaines d’intellectuels invitent, dans un appel au président de la République, Emmanuel Macron, à « faire en sorte que la saison France-Israël 2018 n’ait pas lieu ». « Ne nous entretenons pas d’“éducation” ou d’“idées” avec un État qui a assassiné en quelques semaines plus de 110 jeunes gens épris de liberté et en a blessé ou mutilé plus de 8 000 », écrivent-ils, rappelant le contexte actuel, « où le droit international dans les territoires palestiniens n’a jamais été aussi bafoué ». « Nous ne pouvons nous soumettre à la normalisation avec un régime colonial bafouant les droits de l’homme et les conventions internationales signées par la France », alertent-ils.

Pour retrouver cet appel : www.france-palestine.org/Nous-demandons-l-annulation-de-la-saison-France…

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Grand reporter

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Réforme ferroviaire. Au Sénat, le plaidoyer des cheminots étrangers

Posté par jacques LAUPIES le 31 mai 2018

 

 

Marion d’Allard
Mercredi, 30 Mai, 2018
L’Humanité
La lutte des cheminots français a reçu, hier au Sénat, le soutien marqué de leurs collègues étrangers. Jacques Demarthon/AFP<br />

La lutte des cheminots français a reçu, hier au Sénat, le soutien marqué de leurs collègues étrangers. Jacques Demarthon/AFP
 

Invitées par les sénateurs du groupe PCF-Verts alors que s’ouvrent les discussions sur la réforme ferroviaire, des délégations de cheminots d’Europe et d’ailleurs sont venues témoigner des conséquences de la libéralisation du rail dans leur pays.

Ils ont donné du grain à moudre aux sénateurs, qui planchent en ce moment sur la réforme ferroviaire portée par le gouvernement. Hier, à l’invitation du groupe Communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE), des cheminots allemands, britanniques, espagnols, belges, italiens, luxembourgeois, mais aussi norvégiens ou néo-zélandais sont venus dresser un bilan de la situation du chemin de fer dans leur pays. Parfois totalement privatisé, souvent libéralisé ou en voie de dérégulation, partout le service public de transport ferroviaire souffre de la politique du tout-rentabilité.

Les pourfendeurs du monopole public, gouvernement et direction de la SNCF en tête, dépeignent une concurrence idéale et positive, qui tire les prix vers le bas et garantit la qualité du service rendu aux usagers. « Faux », a répondu hier Oystein Aslaken, cheminot de Norvège et président d’ITF (Syndicat international des travailleurs du transport), qui chapeaute la rencontre. « La libéralisation des chemins de fer est partout négative, c’est l’augmentation assurée des coûts et des tarifs, le tout reposant sur un choix politique délibéré de privatiser l’argent public. »

Une libéralisation toujours synonyme de dégradation

Dans une petite salle du deuxième étage du Palais du Luxembourg, les sénateurs, aux côtés des représentants des syndicats français (CGT, Unsa, SUD, CFDT), ont écouté les cheminots étrangers. Tous vont dans le même sens. Tous dénoncent la concurrence. Tous en appellent au développement du rail et tous, surtout, sont venus témoigner leur solidarité à la lutte des cheminots français. « Nous savons bien que, vraisemblablement, la réforme ferroviaire française, si elle va à son terme, inspirera d’autres gouvernements », a pointé Laurent Bour, cheminot luxembourgeois. Libéralisé sur sa partie fret, le réseau ferroviaire du Grand-Duché, qui cumule 275 kilomètres de lignes, reste largement financé par les pouvoirs publics et l’opérateur historique existe toujours. Mais jusqu’à quand ?, interroge Laurent Bour. En Italie, où le transport de marchandises et de passagers a été ouvert à concurrence – comme en Espagne –, « la compagnie nationale Trenitalia a perdu 25 % du trafic local et 15 % du trafic grandes lignes hors grande vitesse », explique Maria Christina Marzola. Résultat, poursuit-elle, « une forte baisse du nombre de trains avec des conséquences indirectes mais évidentes sur les prix. Car, quand on ne peut plus faire une longue distance d’un trait, on additionne les petits trajets et le nombre de billets ». Mais la cheminote italienne va plus loin : « L’externalisation des travaux de maintenance a désorganisé profondément les choses, c’est l’anarchie en termes de gestion et en dehors de la baisse de ponctualité, cela entraîne surtout des problèmes de sécurité pour les cheminots et pour les salariés des entreprises prestataires. » Finalement, explique Pierre Lejeune, venu de Belgique, « c’est toujours les petites lignes rurales qui subissent le plus durement ces politiques ». Dans son pays, la séparation comptable du gestionnaire d’infrastructures et de l’opérateur ferroviaire est effective depuis 2005. Et « en échange, poursuit le cheminot d’outre-Quiévrain, l’État a repris les 7 milliards d’euros de dette de la SNCB (la compagnie belge – NDLR). Mais malgré les suppressions de postes (4 000 depuis 2015 – NDLR), l’endettement atteint de nouveau 4 milliards d’euros cumulés ».

Restent l’Allemagne et le Royaume-Uni. Cités par le gouvernement, l’une comme exemple, l’autre comme contre-exemple. Collé au « modèle allemand », le pacte ferroviaire d’Édouard Philippe entend libéraliser le secteur sans le privatiser totalement, comme ce fut le cas en Grande-Bretagne. Mais à entendre les cheminots allemands et anglais, les deux options aboutissent au même résultat : dégradation du service, augmentation des coûts et des tarifs. En Allemagne, 19 % du réseau n’est plus exploité depuis 2005, la dette sur l’infrastructure a été reconstituée à hauteur de 18,8 milliards d’euros, les subventions publiques ne cessent d’augmenter, les prix des billets ont augmenté de 50 % – bien plus que l’inflation – et la Deutsche Bahn, la compagnie germanique historique, a perdu sur la période la moitié de ses effectifs, a détaillé Winfried Wolf.

Quant au Royaume-Uni, « où, vingt-deux ans après la dérégulation, 70 % de l’opinion publique est favorable à une renationalisation du rail », précise un cheminot britannique, « les tarifs atteignent des sommes faramineuses ». Pour exemple, poursuit-il, « un abonnement annuel à la ligne Manchester-Newcastle – 142 km – coûte 11 500 euros et Manchester-Liverpool – seulement 42 km – 5 000 euros par an ».

Autant d’arguments qui « renforcent la détermination de notre groupe parlementaire », a résumé sa présidente, Éliane ­Assassi, sénatrice communiste de Seine-Saint-Denis. Une détermination exprimée dans une motion du groupe CRCE qui dénonce non seulement le choix du gouvernement de « passer en force par la voie des ordonnances », mais également un travail parlementaire réduit à « un toilettage à la marge, puisque sur le dur du texte, rien n’est négociable ». « Le combat sera difficile », a pour sa part noté Pierre Laurent. « Mais nous voulons rendre ce débat utile, et nous sommes capables de faire bouger les lignes » d’une réforme qui « ne résout aucun des problèmes concernant l’avenir du ferroviaire », a ajouté le secrétaire national du PCF et sénateur de Paris.

Hier, en début d’après-midi, quelques heures avant que ne s’ouvrent les travaux dans l’Hémicycle, des milliers de cheminots sont venus crier leur colère sous les fenêtres du Palais du Luxembourg. Parmi la foule et la fumée, Francis tente de se frayer un passage. Il porte à la veste un badge sur lequel on peut lire « usager solidaire ». Parce que « le service public est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas », il encourage les cheminots à poursuivre la lutte. Et à ceux qui considéreraient les usagers comme les premières victimes de ce combat, Francis répond qu’« on ne mesure pas la légitimité et l’importance d’un mouvement aux embarras qu’il peut causer ».

journaliste

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Le groupe CRC au Sénat dénonce une privatisation prévue de la SNCF

Posté par jacques LAUPIES le 30 mai 2018

 

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Nouvelle formule de L’Humanité Dimanche . « Nous voulons montrer qu’il existe des alternatives »

Posté par jacques LAUPIES le 30 mai 2018

 

Entretien réalisé par Caroline Constant
Mercredi, 30 Mai, 2018
L’Humanité
Stéphane Sahuc<br />
Rédacteur en chef de l’Humanité Dimanche<br />

Stéphane Sahuc Rédacteur en chef de l’Humanité Dimanche
 

Dès jeudi, l’Humanité Dimanche dévoile sa nouvelle formule. L’hebdomadaire se veut à la fois « beau » et « accessible », selon son rédacteur en chef, Stéphane Sahuc, pour toujours mieux répondre aux défis de la bataille idéologique pilotée par Emmanuel Macron. Entretien.

Pourquoi une nouvelle formule de l’Humanité Dimanche  ? En quoi s’impose-t-elle ?

Stéphane Sahuc Elle s’inscrit dans le cadre d’une relance des titres de notre groupe, après la rénovation du quotidien et avant la nouvelle ergonomie de notre plateforme numérique d’ici à la fin du mois de juin. Nous avons besoin d’un nouveau magazine pour participer de manière encore plus efficace à la féroce bataille d’idées depuis que Macron est au pouvoir.

Comment va se manifester cette réponse à la bataille idéologique dans le magazine ?

Stéphane Sahuc Nous voulons montrer qu’il existe des alternatives, aussi bien individuelles que collectives, aussi bien théoriques que pratiques, déclinées de manière nationale ou dans un quartier, par le biais de l’interview, de l’expertise, de l’analyse. En essayant de voir tout ce qui bouge, tant sur le plan intellectuel que pratique, pour s’opposer aux projets de remodelage de la société engagés par Macron. Parce qu’on est face à un pouvoir qui a le projet non dissimulé de transformer la société française. Nous commençons d’ailleurs par analyser la question des quartiers populaires. Parce qu’ils sont un enjeu compte tenu du nombre d’habitants, parce que c’est un lectorat auquel on aspire à s’adresser de manière plus importante encore, et parce que ce sont eux qui sont directement dans le viseur de la transformation que j’évoquais. Pour exemple, la manière dont ont été traitées par le pouvoir les recommandations du plan Borloo illustre ce que veut faire Macron : l’idée qu’il développe, c’est moins de permettre aux quartiers de s’en sortir que de permettre aux premiers de cordée de ces quartiers d’en sortir. Avec ce premier numéro, nous essayons de montrer, à l’inverse, qu’il peut y avoir un contre-plan pour améliorer la vie de ces habitants et de ces quartiers. Nous allons d’ailleurs mener cette campagne plusieurs mois. Elle pourrait se conclure par une rencontre, un débat, un échange à la Fête de l’Humanité, en septembre, avec des élus, des responsables d’associations, des habitants, des profs qui vivent et travaillent dans ces quartiers.

Qu’est-ce qui fait que cette formule, que vous quittez, ne vous permettait plus de répondre à ces objectifs, et en quoi cette nouvelle formule va vous permettre d’y arriver ?

Stéphane Sahuc Tout n’était pas à jeter dans l’ancienne formule, loin s’en faut. On maintient beaucoup de choses. Mais nous allons désormais construire davantage le journal à partir des sujets qu’à partir des rubriques. Pour être clair, avant, l’organisation du journal était immuable, avec l’ordre des rubriques, social, politique, société, international. Aujourd’hui, l’idée de la première partie du journal, qu’on a baptisée « Partis pris », c’est vraiment de choisir dans l’actualité les trois ou quatre sujets qu’il nous semble important de traiter. On pourra donc commencer le journal aussi bien par un sujet international que par un sujet social. Une seconde partie, que nous avons appelée « Nos vies », sera plus axée sur ce qui fait la vie quotidienne des lecteurs, que ce soit autour des enjeux du logement, ou de Parcours sup, en ce moment. La dernière partie, qui s’appelle « Découvrir », est celle où on pourra plus se poser, avec des pages idées, histoire, mais aussi sur ce qu’on appelle dans notre jargon la prescription, en médias et en culture. Pour donner des conseils, en cinéma, en littérature, en musique. L’idée, c’est vraiment d’avoir un journal à la fois accessible et beau. L’organisation va peut-être surprendre nos lecteurs, qui sont habitués à quelque chose de très découpé, très organisé.

Avec un journal moins figé ?

Stéphane Sahuc L’Humanité Dimanche sera plus souple. Pour parler de la culture, qui était figée à quatre pages dans l’ancienne formule, aujourd’hui rien ne nous empêche de la monter à six pages, quand on le souhaite. Même si on va retrouver des pages, des rubriques qui existaient, comme l’histoire, les sciences, nos idées, les plaisirs, la santé. Et les médias, bien évidemment, avec un petit changement : on a décidé de plus travailler sur la prescription des programmes télévisés, de leur donner plus d’espace, et de fournir au lecteur une sélection triée sur le volet.

Visuellement aussi, il y a un changement dans la maquette ?

Stéphane Sahuc La maquette est plus aérée. Justement pour faciliter la lecture, y compris des sujets longs sur huit pages. Même si d’autres rubriques seront plus denses, comme les pages « Idées ».

 

journaliste

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Trois philosophes se penchent sur la référence à Marx : si vous hésitez à tout lire, je vous recommande cependant A.BADIOU

Posté par jacques LAUPIES le 29 mai 2018

 

Que signifie, aujourd’hui, la référence à Karl Marx ?

Anniversaire de la naissance de l’auteur du Capital.
Traduit de l’anglais par Jérôme Skalski
Lundi, 28 Mai, 2018
L’Humanité
Trois philosophes se penchent sur la référence à Marx : si vous hésitez à tout lire, je vous recommande cependant A.BADIOU dans POLITIQUE

Au lendemain du 200e anniversaire de la naissance du penseur révolutionnaire allemand, la signification de ses œuvres et de ses concepts interpelle le champ philosophique. Avec les contributions des philosophes Slavoj Zizek, Étienne Balibar et Alain Badiou.

  • Répéter son geste d’ancrage par Slavoj Zizek, philosophe

Slavoj Zizek, philosophe et psychanalyste slovene. Photo Albert Facelly pour l'Humanite DimancheLa question de la pertinence de la critique de Marx de l’économie politique à notre époque de capitalisme globalisé doit être résolue de façon dialectique : non seulement la critique de Marx de l’économie politique, ses grandes lignes concernant la dynamique capitaliste, reste toujours actuelle, mais on devrait même aller plus loin et affirmer que c’est seulement aujourd’hui, avec le capitalisme mondial, que, pour le dire en hégélien, sa réalité rencontre son concept. Cependant, un renversement proprement dialectique intervient ici : à ce moment précis, la limite doit apparaître, le moment du triomphe est celui de la défaite. Après avoir surmonté les obstacles externes, la nouvelle menace vient de l’intérieur, signalant une incohérence immanente. Quand la réalité atteint pleinement son concept, ce concept lui-même doit être transformé. Là réside le paradoxe proprement dialectique. Marx n’avait pas tort, il avait souvent raison, mais plus encore qu’il ne l’aurait cru lui-même.

Alors, qu’en résulte-t-il ? Faut-il radier les textes de Marx comme un document intéressant du passé et rien de plus ? Dans un paradoxe proprement dialectique, les impasses mêmes et les échecs du communisme du XXe siècle, impasses clairement fondées sur les limites de la vision de Marx, témoignent en même temps de son actualité : la solution marxiste classique a échoué, mais le problème subsiste. Le communisme n’est pas aujourd’hui le nom d’une solution, mais le nom d’un problème, le problème des communs dans toutes ses dimensions – les biens de la nature comme substance de notre vie, le problème de nos biens communs biogénétiques, le problème de nos biens communs culturels ; la « propriété intellectuelle » et, last but not least, les communs comme l’espace universel de l’humanité duquel personne ne devrait être exclu. Quelle que soit la solution, il faut faire face à ces problèmes.

Dans les traductions soviétiques, la déclaration bien connue de Marx à Paul Lafargue, « Ce qu’il y a de certain, c’est que je ne suis pas marxiste », a été rendue par : « Si c’est du marxisme, je ne suis pas marxiste. » Cette mauvaise traduction rend parfaitement compte de la transformation du marxisme dans un discours universitaire. Dans le marxisme soviétique, Marx lui-même était un marxiste, participant à une même connaissance universelle qui constituait le marxisme ; le fait qu’il ait créé l’enseignement connu plus tard sous le nom de « marxisme » ne déroge pas à la règle. Sa dénégation fait référence à une mauvaise version spécifique qui se proclame faussement « marxiste ». Ce que Marx voulait dire était quelque chose de plus radical : un écart séparait Marx de lui-même, le créateur, qui a une relation substantielle avec son enseignement, des « marxistes » qui suivent cet enseignement. Cet écart peut également être rendu par la célèbre blague des Marx Brothers : « Vous ressemblez à Emmanuel Ravelli.

– Mais je suis Emmanuel Ravelli.

– Ce n’est pas étonnant que vous lui ressembliez. »

Le type qui est Ravelli ne ressemble pas à Ravelli, il est simplement Ravelli, et, de la même manière, Marx lui-même n’est pas un marxiste – un parmi les marxistes –, il est le point de référence dispensé de la série – c’est la référence à lui qui fait d’autres marxistes. Et la seule façon de rester fidèle à Marx aujourd’hui est de ne plus être un « marxiste », mais c’est répéter le geste d’ancrage de Marx d’une manière nouvelle.

  • Marx métamorphosé par Étienne Balibar, philosophe

Étienne Balibar. 23 mars 2016. credit Magali BragardOn nous dit : Marx est de retour… Comme s’il était jamais parti ! Mais ce qui est vrai, c’est que sa compréhension et son usage se sont métamorphosés. Et c’est des choix qu’impose cette métamorphose, des possibilités qu’elle ouvre, des révisions qu’elle demande, que je voudrais dire ici quelques mots.

Dans les manifestations auxquelles donne lieu le bicentenaire, deux surtout me semblent révélatrices du changement de conditions dans lesquelles s’effectue aujourd’hui la lecture de Marx, et de la conjoncture inattendue dans laquelle nous sommes maintenant. La plus voyante, c’est l’inauguration en grande pompe, dans la ville natale de l’auteur du Manifeste communiste, d’une statue géante offerte par la République populaire de Chine : dernier grand pays au monde à être gouverné par un « parti communiste », et puissance tendanciellement dominante du nouveau capitalisme mondialisé. Il n’est pas sûr qu’on lise beaucoup le Capital en Chine, mais il n’est pas certain qu’on ne le lise pas. De toute façon, cette référence ne peut être écartée d’un revers de la main sous prétexte que ce Marx-là ne serait pas « le vrai ».

Non moins révélatrice est la touchante unanimité des grands organes de presse où se forge le consensus néolibéral, The Economist de Londres et The Financial Times, pour nous expliquer que, sans doute, la mise en œuvre des « politiques marxistes » a débouché sur la catastrophe et sur l’horreur, mais le diagnostic portant sur les contradictions du mode d’accumulation, et donc l’inévitabilité des crises, doit plus que jamais être pris au sérieux. Cela suppose qu’on puisse découper Marx en tranches : l’économie par-ci, la politique et la philosophie par-là, ce que je ne crois pas, mais qui témoigne du fait que la puissance analytique de sa pensée et le principe de sa critique du capitalisme ont survécu à la tragédie des révolutions et contre-révolutions du XXe siècle.

Le capitalisme dans lequel nous vivons aujourd’hui, dont la logique pénètre désormais tous les aspects de la vie quotidienne, n’est pas seulement un capitalisme mondialisé et financiarisé, c’est un capitalisme qui vient après le socialisme historique sous ses différentes formes, dont le marxisme a été l’une des composantes. Pour une part, il s’en démarque violemment ; pour une part, il s’en nourrit, au risque du déséquilibre permanent. La lecture de Marx dont nous avons besoin aujourd’hui (et qui, bien sûr, est plus qu’esquissée de divers côtés, sous la forme d’une réjouissante multiplicité d’interprétations) doit elle aussi se concevoir et s’organiser comme une lecture « post-socialiste », y compris dans un rapport critique au socialisme de Marx. Ce qui impose un rapport critique à son communisme : le communisme de Marx ne se confond pas avec son socialisme, car il vient de beaucoup plus loin dans l’histoire des idéaux de l’humanité. Mais il ne peut en être séparé par une simple décision, puisque Marx avait précisément trouvé dans la « loi de socialisation » inhérente au capitalisme les fondements de sa conception du communisme.

De ce que Marx a écrit et pensé (désormais bien plus largement accessible qu’à l’époque où, sous l’inspiration d’Althusser, nous nous proposions de « lire le Capital »), je pense qu’il faut tout garder des questions et tout repenser des réponses. Cela vaut pour la critique de l’économie politique, en surmontant les limitations que lui avait imposées sa dépendance par rapport aux économistes de la révolution industrielle, et en levant l’obstacle que constitue sa conviction du caractère purement « apologétique » de l’économie bourgeoise. Cela vaut pour les schémas du processus révolutionnaire au moyen desquels il avait cherché à inscrire la révolution prolétarienne dans la continuité des révolutions bourgeoises, au prix d’une dénégation de son universalisme potentiel et d’une sous-estimation de ses propres contradictions. Et cela vaut, bien sûr, pour la lutte des classes : il est évident à la fois qu’aucune relation sociale n’échappe à sa détermination et qu’elle ne constitue que l’une des structures de domination et de résistance, dont les idées de « transformer le monde » et de « changer la vie » tirent leur actualité permanente. On pourrait résumer cela en disant que Marx, deux cents ans après sa naissance, est entré dans une conversation où il a autant à apprendre qu’à enseigner. C’est la démocratie des idées révolutionnaires. Je crois qu’il en eût été satisfait. À tout de suite, vieille barbe !

  • Les formes neuves de l’appropriation collective par Alain Badiou, philosophe

Alain Badiou. 2014(c)LeemageFaute de se souvenir que le vrai titre du Capital est Critique de l’économie politique, on a souvent réduit Marx à une pensée analytique de l’organisation économique des sociétés. Il s’est finalement retrouvé, au milieu notamment de ses ennemis de toujours, comme un auteur des parcours académiques en sciences sociales. Cette académisation de Marx a permis de le séparer de ses vrais descendants : Lénine, ou Mao, et donc de lui épargner leur sort de maudits « totalitaires ».

Mais la vie, l’action et les écrits de Marx témoignent du contraire. Le but qu’il poursuivait sans faiblesse était la naissance et le déploiement d’une organisation internationale des prolétaires. Il a été avec Engels, comme Lénine avec Trotski, Mao avec Chou En-lai, Castro avec Che Guevara, le militant, le dirigeant des efforts pour atteindre ce but dans les conditions de son époque, où l’Idée communiste faisait son apparition.

Je voudrais citer ici deux passages du Manifeste qui, à mes yeux, concentrent l’orientation fondamentale qui nous rattache encore à Marx. Ma première citation serait : « Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers. Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent du prolétariat en général. Ils ne proclament pas de principes sectaires sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier. Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1º Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts communs du prolétariat. 2º Dans les différentes phases évolutives de la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours et partout les intérêts du mouvement en général. »

Et la deuxième : « En somme, les communistes appuient partout tout mouvement révolutionnaire contre l’ordre des choses social et politique existant. Dans tous ces mouvements, ils mettent en avant la question de la propriété, quelle que soit la forme plus ou moins développée qu’elle ait revêtue, comme la question fondamentale du mouvement. »

En somme, le militant participe à tous les mouvements dans lesquels la subjectivité dominante semble être une opposition réelle à l’ordre dominant. Mais il y observe, et tente par tous les moyens d’y faire prévaloir trois principes :

1. L’internationalisme, qui exclut que le mouvement laisse place au nationalisme, à la mention, par exemple, de « la France » et de ses intérêts, y compris sous la forme actuelle du fétichisme de « notre République ». Encore moins pourra-t-on tolérer tout ce qui relève des traces du colonialisme : le racisme, l’islamophobie et autres ingrédients de la réaction contemporaine.

2. La subordination de ce qui est une nécessité tactique à la stratégie d’ensemble, le « mouvement en général », qui vise l’affaiblissement d’abord, la destruction enfin, de l’ordre capitaliste et bourgeois. On évitera toute forme de soutien constant, notamment électoral ou syndical, avec des forces dont il est évident que leur but n’est que de conquérir des positions de pouvoir à l’intérieur de l’ordre dominant. On ne fera en particulier nul usage de la catégorie sous laquelle se présentent toutes les trahisons, à savoir la catégorie de « gauche ».

3. La question de la propriété bourgeoise et de l’absolue nécessité de son abolition. Marx indique que ce principe doit prévaloir quelle que soit la forme plus ou moins développée qu’elle (la propriété) a revêtue. Aujourd’hui, cette forme est littéralement extrémiste : dans le monde, une centaine de personnes possèdent autant que deux milliards d’autres. Le gouvernement Macron veut nous aligner sur ce genre de norme. D’où l’impératif militant : dans tout mouvement, aujourd’hui, affirmer un rejet total, non seulement des privatisations en cours (de l’université, de la SNCF, des hôpitaux…), mais de toutes celles auxquelles la gauche comme la droite ont contribué depuis 1983, et proposer les formes neuves de l’appropriation collective de tout ce qui relève du bien public. Prioritairement : enseignement, santé, transports autres que familiaux, communication (poste, téléphone et réseau Internet), énergie, eau potable.

Dans le cadre de la lutte entre la voie capitaliste aujourd’hui dotée d’une puissance sans précédent et la voie communiste à reconstruire, Marx nous indique non seulement ce que doivent être le cadre de notre pensée, mais plus encore l’orientation générale de nos actions.

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Réception des demandeurs d’asile ?

Posté par jacques LAUPIES le 27 mai 2018

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