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    Le nouveau monde :
    D'un coté, on prétend "responsabiliser" les gens modestes en augmentant le prix du #carburant.
    De l'autre, on déresponsabilise les riches en baissant leurs impôts sans rien leur demander en échange.
    Moins tu as, plus tu donnes.
    Plus tu as, moins tu donnes.

Diplômés, désireux d’entreprendre, indépendants : ce qu’on ne dit pas des migrants

Posté par jacques LAUPIES le 11 août 2015

 

 

Alix Vinégla
Vendredi, 7 Août, 2015

 

À l’heure où une Europe xénophobe se barricade contre les migrants, retour sur la situation d’hommes et de femmes qui ont des compétences professionnelles et des ambitions fortes.

La surenchère médiatique autour des expulsions de migrants sur le site du tunnel de Calais fait oublier les situations individuelles de ces réfugiés qui ont parcouru des kilomètres pour se retrouver face à des barbelés. Si tous sont actuellement en situation de détresse, ils sont aussi prêts à tout pour trouver une vie ordinaire avec un logement et un travail. Contrairement à l’idée véhiculée par la droite selon laquelle les migrants viendraient augmenter le chômage en France, nombre d’entre eux arrivent avec l’espoir de travailler. Ils en ont d’ailleurs largement les moyens. Issus de la classe moyenne voire aisée, les migrants sont majoritairement diplômés, entrepreneurs et indépendants. Certains sont même hautement qualifiés. Ainsi, l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) estime que « le nombre d’immigrés diplômés du supérieur a connu une croissance de 70 % au cours de la décennie précédente ».

À Calais, plus de la moitié des migrants sont diplômés

Selon une enquête du Secours catholique, 21% des migrants de Calais sont hautement qualifiés et 35% ont un niveau d’étude intermédiaire :

Les migrants sont désireux d’entreprendre

À l’échelle mondiale, 20 % des migrants du Sud vers le Nord envisagent de créer une entreprise. Ils sont aussi entreprenants que leurs homologues restés dans un pays du Sud (21 %) et plus entreprenants que les migrants qui viennent des pays du Nord (14 %) :

 

intentions entrepreneuriales des migrants

La « fuite des cerveaux » concerne aussi les migrants

Dans le monde, 21 % des migrants sont hautement qualifiés. Autant des personnes qui sont susceptibles d’apporter de l’emploi dans leur pays d’accueil.

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les coopératives sont des radeaux perdus dans l’océan libéral bousculées par les vagues des grands paquebots de la finance et de l’industrie

Posté par jacques LAUPIES le 10 août 2015

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Rue de la République en Avignon un jour de festival

La première chose que j’ai apprise en adhérant au PCF dans les années soixante est que ces ilots du « socialisme », comme on les appelait, sont très vulnérables. Je mets socialisme entre guillemet car point n’est besoin d’avoir fait des étude en sémantique (1) pour savoir que ce terme est de nos jours très galvaudé et perd un peu de sa crédibilité populaire. Tout en restant pour beaucoup la meilleure forme de société que l’on peut souhaiter. Donc un terme, comme celui de communisme, auquel nous devons donner son véritable sens.

Une société qui finalement reprendrait le concept d »économie sociale – associations, mutuelles et coopératives -  qui est une économie qui se différencie de celle du capitalisme en ce sens qu’elle prend appui sur des valeurs de démocratie et exclut la notion de profit puisqu’il n’y a que des adhérents ou sociétaires, propriétaires collectifs, et déléguant par élection les cadres qui sont ainsi mandatés pour gérer.  Une économie jugée par certains comme une démarche s’inscrivant dans la perspective de trouver une place au sein  d’une société socialiste. Ce qui me semble t il est à considérer sérieusement dans ce cadre là.

Cependant on oublie très souvent que pour fonctionner et se développer  dans notre société capitaliste l’immense majorité des entreprises dépend du financement et de la récupération, pour investir, de l’accumulation des profits et du capital que détiennent des banques et autres institutions de financement.

Pour atteindre un niveau de rentabilité il faut, pour beaucoup d’entre elles des concours financiers à risque dont seules les entreprises capitalistes bénéficient. Des années de mise en place sont nécessaires, surtout s’il s’agit de nouvelles entreprises, et non de reprises comme celles évoquées dans l’article ci dessous, ne disposant d’aucun portefeuille commercial soumises parfois au aléas de la conjoncture économique et sociale générale.

S’y ajoute forcément l’inexpérience, l’absence de la culture d’entrepreneur, la difficulté pour les salariés de se soumettre à un encadrement parfois de même origine que le personnel d’exécution, autant d’inconvénients qu’il faut savoir surmonter.

Tant et si bien que les rares entreprises qui réussissent sont plutôt issue du secteur des services et tentées de reproduire les mécanismes du système capitaliste. Surtout quand elles sont animées par des dirigeants s’inspirant d’idées réformistes, de droite ou de gauche (notamment dans le secteur des assurances mutualiste)

Il n’empêche que le fondement essentiel de l’économie sociale, l’absence d’actionnariat, une certaine forme de démocratie subsistent, leur donne une certaine efficacité mais ne peuvent de ce fait manquer de convoitises libérales dont elles doivent se prémunir.

Il existe de ce point de vue de nombreux exemples dans le secteur de l’économie sociale ou le maintien des valeurs de solidarité, le statut des personnels, les stratégies de développement sont discutables. Quant au Secteur bancaire, drainant en particulier l’épargne populaire, il y aurait beaucoup à dire sur leur caractère mutualiste et coopératif !

On peut comprendre ainsi  que la vie soit difficile pour les entreprises coopérative à taille de PME.

 

 

(1) Etude du langage et des signes linguistiques( motsexpressionsphrases)  du point de vue du sens( du grec « semantikos », « qui signifie »). Il s‘agit de savoir comment un signe tel que « X » se charge de sens, comment il est utilisé par l‘ énonciateur, puis perçu et interprété par le co-énonciateur. La sémantique analyse le sens des mots et le processus par lequel ils se chargent de ce sens. Létude de la sémantique peut être philosophique( sémantique pureou linguistique( sémantique descriptive ou théorique).  On y ajoute généralement une troisième approche,  la sémantique générative.

Scop: des vaisseaux fragiles dans une mer agitée

ELSA SABADO
Vendredi, 7 Août, 2015
Humanité Dimanche

 

Fonder une coopérative, prendre les rênes de la production dans une économie de marché, qui plus est en crise, n’est pas chose aisée. Sur les quelques sociétés coopératives et participatives bâties sur les cendres d’entreprises industrielles, peu en ont réchappé. Que sont devenues les plus médiatiques d’entre elles ?
Les Atelières corsetées par le cash Un an après la fermeture de l’usine Lejaby d’Yssingeaux, Murielle Pernin, chef d’entreprise, fonde, avec 27 couturières, Les Atelières, une Scic (société coopérative d’intérêt collectif) dont l’actionnariat est ouvert aux salariés et à des investisseurs extérieurs, et dont les bénéfices sont majoritairement affectés aux réserves de l’entreprise. En janvier 2013, Les Atelières relancent la production de lingerie. « Nous avons choisi de nous orienter vers des petites séries. Mais aucune littérature industrielle n’existait sur une telle production. Une école d’ingénieurs nous a aidées à trouver un nouveau process de travail. Le temps de la recherche, nous avions mangé tout notre cash », explique Murielle Pernin. Les principaux clients des Atelières étaient positionnés sur le marché russe, qui a connu une crise terrible en 2014. « Nous nous sommes lancées dans une collection de création, pour janvier 2015 … Or, après les attentats de janvier dernier, les gens n’avaient pas vraiment la tête à acheter des culottes », se souvient l’entrepreneuse, qui a mis la clé sous la porte en février 2015. Sea France au bord du naufrage ? En janvier 2012, SeaFrance, une société exploitant les bateaux reliant Calais à Douvres, est liquidée. « Nous avons fait pression sur les candidats à la présidentielle pour pouvoir reprendre l’entreprise en coopérative. Tout le monde a payé deux parts à 50 euros. C’était très responsabilisant, c’était devenu “ nos ” bateaux », raconte Morgan, 32 ans, matelot. « À 600, on ne peut pas se réunir pour décider de tout, mais passer de Pierre Fa (ex-président du directoire, qui avait été le bras droit de Le Floch-Prigent notamment dans la compagnie pétrolière Elf et à la SNCF – ndlr) à l’élection de notre président, c’est une sacrée avancée », poursuit Morgan. D’autant qu’ils font usage de leur pouvoir: le directoire élu est révoqué en avril 2015, après s’être octroyé une augmentation sans l’avoir soumise aux associés … Mais ce n’est pas pour cette raison que la Scop tangue. En janvier 2015, Eurotunnel est condamné par le Royaume-Uni pour concurrence déloyale. La société décide donc de se débarrasser de ses bateaux. À l’équilibre, la Scop SeaFrance fait une offre pour les lui racheter. Mais Eurotunnel préfère les céder à leur pire concurrent. À l’heure où nous écrivons ces lignes, le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer vient de prononcer la liquidation de la SCOP. Des négociations sont en cours entre les acteurs du dossier pour sauver le maximum d’emplois. Le gouvernement envisage la création d’une nouvelle SCOP qui n’exploiterait plus qu’un navire. Fralib infuse lentement Parmi les entreprises sinistrées reprises en Scop, ils sont les premiers à avoir fermé, en 2010, et les derniers à relancer leur production, cet été. Et pour cause: les Fralib ont poussé le plus loin possible la négociation avec leur ancien dirigeant, le géant américain Unilever, et ont fini par arracher à la firme 2,850 millions d’euros, plus 7 millions en machines. La communauté urbaine de Marseille a préempté les locaux, qu’elle leur loue le temps qu’ils puissent leur racheter. « Il est inenvisageable pour nous que le capital soit rémunéré. 50 % des bénéfices seront alloués aux salariés sous forme d’intéressement, 35 % iront à l’investissement, et 15 % seront versés aux fonds propres », assure Olivier Leberquier, membre du comité de pilotage de la Scop. Les salaires s’échelonnent de 1 600 à 2 000 euros net. « Comme ce que nous revendiquons avec la CGT: un SMIC à 1 850 euros brut. » Pour ce qui est du marché, ils comptent sur la qualité de leurs plantes aromatiques et sur la responsabilité des « consomm’acteurs». Compagnie alpine d’aluminium: la petite nouvelle Les salariés de la Compagnie alpine d’aluminium viennent de voir validée leur demande de reprise par le tribunal de commerce d’Annecy. L’entreprise bicentenaire, qui produit des casseroles pour Tefal, devrait repartir avec 65 salariés et 10 millions d’euros de capital.

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Fatou Diome. « Je suis là pour gâcher le sommeil des puissants »

Posté par jacques LAUPIES le 9 août 2015

 

 

 

 

Entretien réalisé par Latifa Madani
Vendredi, 7 Août, 2015
Humanité Dimanche

 

« Arrêtez l’hypocrisie, on sera riche ensemble ou on va se noyer tous ensemble. » La phrase choc de Fatou Diome a fait le buzz sur la Toile. Des millions de personnes ont regardé les extraits de l’émission « Ce soir ou jamais » (France 2), consacrée aux migrants, où la jeune romancière franco-sénégalaise a cloué ses interlocuteurs. « On voit les pauvres qui se déplacent, on ne voit pas les riches qui pillent nos pays », leur a asséné Fatou. La phrase qui tue, mais toujours avec le sourire !

C’était le 24 avril, dans la semaine où 1 700 migrants étaient morts noyés en Méditerranée. L’écrivaine franco-sénégalaise au franc-parler, déjà connue pour ses romans et pour sa liberté de ton, participait à l’émission titrée « Après le drame de Lampedusa, peut-on accueillir toute la misère du monde ?». Elle y dénonçait une Union européenne schizophrène et une Union africaine silencieuse. Depuis, elle poursuit son plaidoyer pour le droit à tous de circuler librement et pour la fin des rapports de domination dans le monde. En attendant un nouveau roman annoncé pour janvier 2016. Rencontre avec une femme de parole.

HD. Avez-vous conscience que depuis cette fameuse émission de « Ce soir ou jamais », vous êtes devenue une sorte de porte-voix des sans-voix ?
Fatou Diome.
À quoi sert de prendre la parole publique si on ne traite pas des sujets qui font mal. Nous les poètes, lorsqu’on sort de l’esthétique du mot, du plaisir textuel, pour aller sur des questions plus amères, plus dures, c’est qu’on n’a pas le choix, c’est aussi notre rôle. Je revendique la liberté de gâcher le sommeil des puissants. D’agiter les utopies des Lumières. En 2003, alors qu’il y avait des dizaines de migrants morts noyés, je disais que si on ne faisait rien, il y en aurait des centaines. On me reprochait d’exagérer. Aujourd’hui, il y en a des milliers. Chacun des morts de la Méditerranée a emporté un peu de nous. Parce qu’on était là et on ne l’a pas empêché.

HD. Quel pouvoir les écrivains, les poètes, les artistes ont-ils pour empêcher une telle tragédie ? F. D. Les artistes n’ont peut-être pas de pouvoir mais ils sont fondés à rêver un autre monde possible. Ils ont surtout le devoir de dire qu’une vie vaut une vie. C’est peut-être enfoncer des portes ouvertes mais il y a encore des gens qui ont besoin de l’entendre. Tant qu’ils resteront sourds, nous le répéterons: une vie vaut une vie. Quelles que soient les ressources, les possessions, les carences, la pauvreté, ou la pigmentation de la peau. On ne peut pas trier les étrangers utiles et les étrangers néfastes. Si on voulait sauver les gens dans l’Atlantique ou la Méditerranée, on le ferait parce que les moyens mis pour Frontex auraient pu servir à sauver les migrants. La dignité humaine n’est pas négociable. Chaque fois qu’on laisse des personnes perdre leur dignité, leur espoir, leurs rêves, chaque fois, ce qu’ils perdent, nous aussi nous le perdons. La minute de silence observée par les dirigeants européens ne rendra aucun fils à sa mère.

 

HD. On vous connaissait romancière, poète, nouvelliste. Voici que vous êtes aussi conférencière. Vous sillonnez le monde pour plaider, entre autres, une coopération dans l’égalité entre l’Europe et l’Afrique. Comment y parvenir ? F. D. Dans ce qu’on appelle le partenariat entre l’Europe et l’Afrique, pour le moment, c’est l’Europe qui mène la danse. Elle tire les ficelles, fixe les règles, le prix des matières premières. L’Afrique n’est pas maîtresse de ses biens. Tant que l’Europe discutera en fonction de ses seuls intérêts, ceux qui seront lésés chercheront la survie par tous les moyens. Tant qu’il y aura des gamelles vides en Afrique, on viendra chercher les assiettes pleines en Europe. Mais, attention, aider quelqu’un, c’est l’aider à ne plus avoir besoin de vous.

HD. Dans « la Marmite du pêcheur », une nouvelle que vous avez écrite pour le « Roman du monde » de l’Exposition universelle de Milan, on peut lire: « Nos greniers se vident. Les épiceries débordent: riz thaïlandais, blé français, maïs argentin, lentilles canadiennes, moutarde allemande … »

F. D. Et je poursuis: « Impossible de remédier aux coupures d’eau en Afrique, mais on met l’eau de nos sources en bouteilles pour ensuite nous la vendre. » Il faut en finir avec ces schémas exploitant/exploité, donateur/assisté. Et ne pas chercher les responsables qu’à l’extérieur de l’Afrique. Les Africains doivent s’affranchir du statut de victime.

HD. À ce sujet, vous prônez la fin du « complexe colonial » ? Qu’entendez-vous par là ? F. D. La fin du complexe colonial des deux côtés. Il n’y a pas que les dominés qui ont ce complexe. Pour eux, il est d’infériorité. Les dominants ont un complexe de supériorité. Il faut oser dire devant un Européen: je ne suis pas devant un maître ni un ancien maître. Je suis devant le descendant d’un ancien maître qui a rectifié ses lois pour revendiquer la Déclaration universelle des droits de l’homme. Et moi, je ne suis pas une colonisée. Senghor l’a été, pas moi. Je suis née dans un pays indépendant. Je revendique donc la souveraineté pleine et entière de la liberté conquise par les pères de la négritude. Ils ont conquis cette liberté afin que moi, je puisse me sentir libre comme n’importe quel citoyen du monde. Ce qui fait que, qui que je rencontre et où que je le rencontre, je me sens tout simplement être humain devant un autre être humain tout à fait plein de ses droits comme moi.

HD. Comment savez-vous que vous en avez fini, vous Fatou Diome, avec ce complexe colonial ? « des familles entières cotisent pour faire partir quelqu’un. C’est comme un élu, il est choisi. L’espoir repose sur lui. » Fatou Diome F. D. Il y a un gâteau en Alsace qui s’appelle tête-de-nègre, moi je dis « j’espère qu’ils la rasent avant de la manger », et j’en ris. Je ne suis plus choquée par ce genre de choses. À un moment donné, il faut qu’on puisse taquiner les Noirs, les Blancs, les juifs, les musulmans et trouver ça marrant. Il y a des questions plus graves. Dont celle-ci: qu’allons-nous faire de notre passé commun pour qu’il serve de socle à un avenir commun ? Nous nous sommes frottés ensemble depuis des siècles. Cela ne laisse pas que des blessures. Ça laisse une proximité, une manière de penser, de s’entendre, d’être ensemble. Je ne suis pas allée en Finlande ou au Japon… Je suis venue en France. Parce que culturellement je partage plus avec la France. La culture, c’est une forme de génétique. C’est la chose la plus déterminante dans la construction d’un être humain, de son rapport au monde et de son rapport aux autres.

HD. Parlons du rapport entre ceux qui sont restés et ceux qui sont partis. Ces derniers ont émigré, dites-vous, « pour que ceux qui sont restés puissent vivre mieux». F. D. Ceux qui sont partis traînent encore le cordon ombilical. Leur tranquillité n’est jamais effective tant que ceux qu’ils ont laissés ne sont pas à l’abri du besoin. Les émigrés ne peuvent pas ne pas envoyer une partie de leur gain là-bas. Pour moi, réussir en France c’est synonyme de sortir les miens du manque en Afrique. Ça veut dire que leur manque est mon manque quotidien. Ce sont des familles entières qui c otisent p our faire pa r ti r quelqu’un. C’est comme un élu, il est choisi, peut-être le plus débrouillard. Toute une famille pose son espoir sur cette personne pour aller gagner de quoi faire vivre les autres et les aider à faire pousser leurs rêves sur place. Ceux qui sont là-bas ne sont pas vraiment restés. Leurs rêves restent accrochés aux semelles de vent de ceux qui sont partis. Leurs succès sont nos succès, leurs défaites, nos défaites. Il y a un lien incroyable qui transcende l’Atlantique. Notre bonheur en dépend presque.

HD. Ce lien nourrit et traverse votre œuvre. Peut-on dire qu’il compose votre identité plurielle ? F. D. Je parle de l’être additionné. Dans « le Ventre de l’Atlantique » je dis: « Je cherche mon pays là où s’estompe la fragmentation identitaire. » Je cherche mon pays là où on apprécie l’être additionné sans dissocier ses multiples strates.

 

dakar dans POLITIQUE

Dakar (Sénégal), une capitale moderne. Sauf pour les pauvres, condamnés à la corvée de bassines à chaque coupure d’eau.
seyllou/afp

Dakar (Sénégal), une capitale moderne. Sauf pour les pauvres, condamnés à la corvée de bassines à chaque coupure d’eau. seyllou/afp

HD. Vous aimez vous définir comme franco-sénégalaise. Est-ce là que vous trouvez « votre pays ? », si tant est que vous l’ayez trouvé ? F. D. Dans ma tête, la France et le Sénégal, c’est devenu un seul pays, un pays uni. Mais, véritablement, « mon pays » il est quelque part dans le pont que je tisse en permanence entre les deux, c’est-à-dire dans l’écriture. C’est là où j’arrive à réunir mes deux territoires. Dans mes livres, il y a un morceau de France dedans comme un chocolat qui fond. Mais pour prendre son élan, il faut avoir un socle. Sans ma part africaine, mes livres n’auraient pas le goût qu’ils ont. Franco-sénégalaise, c’est plus généreux. Dans mes livres, mon Afrique et mon Europe ne se battent pas en duel. Elles ont déposé les armes. Elles sont obligées de dialoguer.

HD. Vous vous dites aussi citoyenne du monde … F. D. L’humanité. C’est là où j’habite. C’est ma carte d’identité la plus complète. Je veux abolir les frontières, les étiquettes et les tiroirs: littérature-féminine-francophone-africaine-subsaharienne-post-coloniale … Non. J’ai traversé les océans pour exploser les murs. Lire un auteur par et pour ses origines n’est que pure hérésie littéraire. Quand j’écris, je ne connais pas de Noirs, je ne connais pas d’Arabes, je ne connais pas de Blancs … Je connais les gens qui composent notre monde. Dans « Celles qui attendent », je parle de ces femmes mexicaines sans papiers aux États- Unis. Elles se cachent en attendant que leurs époux reviennent avec les papiers, après avoir traversé le désert. C’est comme chez nous en Afrique. Et ailleurs. Chez toutes ces femmes, maliennes, afghanes, mexicaines, je trouve le même sanglot de la solitude. C’est le dénominateur commun qui m’intéresse le plus dans l’écriture.

Une romancière au parcours de combattante
Fatou Diome est une enfant de l’amour et du scandale. Ses parents avaient ? 18 ans, ils s’aimaient et n’étaient pas mariés. Elle naît en 1968 à Niodior, ? une île de pêcheurs du Sénégal. Élevée par sa grand-mère, Aminata, sa référence, elle fréquente l’école en cachette et devra se débrouiller pour aller au collège.
Commencent les petits boulots, elle n’a pas encore 14 ans.
Fatou veut être professeur de français. Elle va à l’université de Dakar. En 1994, elle arrive en France, suivant l’homme qu’elle aime et a épousé. Rejetée par sa belle-famille, elle divorce et poursuit ses études à l’université de Strasbourg. À nouveau les galères: ménages, gardes, cours … pour payer son agrégation ? de français et sa thèse de lettres.
En 2001, Fatou publie un recueil de nouvelles, « la Préférence nationale».
Elle connaît la consécration, dès 2003, avec son premier roman, « le Ventre de l’Atlantique », traduit dans plus de 20 langues. « Je n’étais pas une femme de ménage devenue écrivain, j’étais une étudiante qui faisait des petits boulots », répond-elle à ceux qui veulent faire de son parcours un conte de fées.

bibliographie Ouvrages édités chez Flammarion 2001. « La Préférence nationale». 2003. « Le Ventre de l’Atlantique». 2006. « Kétala». 2008. « Inassouvies, nos vies». 2010. « Celles qui attendent». 2010. « Mauve », (récit). 2013. « Impossible de grandir».
Autres publications 2002. « Les Loups de l’Atlantique », nouvelles, dans « Étonnants voyageurs. Nouvelles voix d’Afrique». Éditions Hoëbeke. 2010. « Le Vieil Homme sur la barque », (illustrations de Titouan Lamazou). Éditions Naïve. 2015. « La Marmite du pêcheur », nouvelle, dans « le Roman du Monde », projet de l’Exposition universelle de Milan.

 

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DR

Depuis juin, la police française refoule à la frontière les migrants sans papiers arrivant de Vintimille, en Italie. Plusieurs dizaines d’entre eux, venus du Soudan et d’Érythrée, se sont regroupés dans un camp de fortune. Photo : Frederic Lafargue

De Calais à nice, des herses aux frontières
Quand le journal « les Échos » titre, dans son édition du 30 juillet, « Eurotunnel dans le piège des migrants », on croit marcher sur la tête. En juin et juillet, 9 migrants ont perdu la vie en tentant de passer en Grande-Bretagne via le tunnel sous la Manche. Un mort par semaine. Qui piège qui dans cette macabre série estivale ? Les migrants de Calais ne demandent qu’à pouvoir se rendre en Angleterre pour y demander l’asile et y travailler. Ils sont soudanais, érythréens, afghans … Ils ont fui l’oppression, les guerres. Ils ont échappé aux violences des passeurs et au naufrage en mer. Ils ne veulent pas rester dans la jungle de Calais. Comme le rappelle Fatou Diome, « celui qui part pour la survie, qui considère que la vie qu’il a à perdre ne vaut rien, celui-là, sa force est inouïe parce qu’il n’a pas peur de la mort». Pendant ce temps, les gouvernements français et britannique investissent des millions d’euros pour verrouiller tous les accès. Quinze millions dépensés depuis avril pour ériger des barrières au niveau du port et des barbelés sur la rocade menant aux car-ferries. « La réponse sécuritaire a pour seul effet d’accroître la dangerosité du voyage pour les migrants », dénonce Marie-Christine Vergiat, députée européenne Front de gauche. Sourds aux injonctions de l’ONU et aux alertes des ONG, Paris et Londres n’ont rien trouvé de mieux que d’engager, le 28 juillet dernier, 10 millions d’euros supplémentaires pour « protéger » la frontière, notamment en renforts policiers. David Cameron espère ainsi empêcher dit-il « la nuée de migrants à l’assaut de l’Angleterre». Mais la palme revient au député maire de Nice, Christian Estrosi (LR), qui a demandé, sur Europe 1, « un blocus avec une flotte aérienne et une flotte navale».

 

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DR

Ile de Rhodes (Grèce), avril 2015. Un bateau s’est échoué. Des habitants portent secours aux naufragés.En 2014, plus de 3 500 migrants se sont noyés en Méditerranée, et plus de 2 000 depuis le début de l’année. eurokinissi/reuters

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Stopper les pillages pour stopper l’immigration

Posté par jacques LAUPIES le 8 août 2015

 

Alors que la responsabilité des pays occidentaux est indiscutable,  et plus récemment celle des autres puissances dominées par un capitalisme pilleur, égal à lui même sur l’ensemble de la planète, avec la complicité des régimes contrôlés par des bourgeoisies locales, tout est fait pour détourner les opinions de cette réalité. Car succédant à un colonialisme étouffant et spoliateur de nouvelles formes du pillage se manifestent avec les conflits que cela génère, qui écrasent les indépendances économiques, ne règlent en rien le chômage aux effets dévastateurs et encouragent les migrations.

Un véritable « génocide social » de développe sous l’œil complaisant d’un monde politique asservi aux intérêts de multinationales et le leur outil que constituent les marchés financiers, lesquelles se foutent royalement de sauver et développer les agricultures de ces pays qu’il faudrait adapter aux besoins des populations, tout comme  leur permettre de développer pour leurs propres besoins des industries lourdes ou manufacturières.

Point n’est besoin d’être énarque pour faire ce constat d’autant que les énarques s’en foutent également car ils ont besoin de béqueter dans les nids douillets que le système met à leur disposition pour les récompenser de leur complaisance intellectuelle. Quitte pour certains à jouer le coucous et à bénéficier de l’hospitalité des médias.  Même les philosophes fabriqués de toutes pièces au temps où on les baptisait du terme de « nouveaux » sont de la fête et continuent, BHL entête, de nous servir les soupes de toutes le variantes de la bourgeoisie dominatrice : des milieux d’affaire prétendument rationalistes jusqu’aux sionistes internationaux les plus virulents en passant par la mare au crabe des milieux bobos parisiens et autres perroquets de l’idéologie libérale. Ce sont finalement ces gens la qui deviennent le terreau du terrorisme qu’ils prétendent combattre, ! Toujours l’histoire du pompier-pyromane.

Comme nous le rappelle cet article, datant de 2006, relevé sur le net, http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-nouvelle-philosophie-de-deleuze-4908 , qui m’épargne un développement sur ce que je pense de ces philosophes dont les prises de position m’inspirent un tel dégout que je n’ai même pas envie de les lire. Il est vrai que Deleuze, cité abondamment par Bernard Lallement,  suffit amplement à étayer ma pauvre réflexion de militant errant, peu instruit en philosophie, mais qui  sait, par médias interposés, comme nous tous la misère de ces gens qui risquent la noyade pour trouver une société d’apparence plus généreuse ! Et pour fuir l’oppression et parfois éviter la mort.

Je cite le philosophe journaliste :

« A  la fin des années 1970, avec Bernard-Henri Lévy, André Glucksman, Pascal Bruckner, Jean-Marie Benoist et d’autres, Alain Finkielkraut était identifié à un groupe de réflexion connu sous le vocable de « nouveaux philosophes »

Gilles Deleuze, dont nous commémorons le dixième anniversaire de la mort, avait eu l’occasion de donner son opinion sur ce « courant de pensée ». Je ne crois pas inutile, afin d’éclairer, et de mettre une fin ( ?) au « dossier » Finkielkraut, d’en reproduire ici quelques extraits -l’intégralité des propos a été repris dans « Gilles Deleuze, Deux régimes de fous, Éditions de minuit – 384 pages).

« Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D’abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l’ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance, plus le sujet d’énonciation se donne de l’importance par rapport aux énoncés vides ( « moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis…, moi, en tant que soldat du Christ…, moi, de la génération perdue…, nous, en tant que nous avons fait mai 68…, en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants… »). Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens travaillent pour éviter ces dangers-là. On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. Et on essaie de dégager des fonctions créatrices qui ne passeraient plus par la fonction-auteur (en musique, en peinture, en audio-visuel, en cinéma, même en philosophie). Ce retour massif à un auteur ou à un sujet vide très vaniteux, et à des concepts sommaires stéréotypés, représente une force de réaction fâcheuse. C’est conforme à la réforme Haby : un sérieux allègement du « programme » de la philosophie… »

Marketing littéraire

« …Ils (les nouveaux philosophes) ont une nouveauté réelle, ils ont introduit en France le marketing littéraire ou philosophique, au lieu de faire une école. Le marketing a ses principes particuliers :

Stopper les pillages pour stopper l'immigration  dans POLITIQUE1. Il faut qu’on parle d’un livre et qu’on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n’a à dire. A la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d’interviews, de colloques, d’émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien ne pas exister du tout. C’est pour cela que le travail auquel s’adonnent les nouveaux philosophes est moins au niveau des livres qu’ils font que des articles à obtenir, des journaux et émissions à occuper, des interviews à placer, d’un dossier à faire, d’un numéro de Playboy. Il y a là toute une activité qui, à cette échelle et à ce degré d’organisation, semblait exclue de la philosophie, ou exclure la philosophie.

2. Et puis, du point de vue d’un marketing, il faut que le même livre ou le même produit aient plusieurs versions, pour convenir à tout le monde, une version pieuse, une athée, une heideggerienne, une gauchiste, une centriste, même une chiraquienne ou néo-fasciste, une « union de la gauche » nuancée, etc. D’où l’importance d’une distribution des rôles suivant les goûts. Il y a du Dr Mabuse dans Clavel, un Dr Mabuse évangélique, Jambet et Lardreau, c’est Spöri et Pesch, les deux aides à Mabuse (ils veulent « mettre la main au collet » de Nietzsche). Benoist, c’est le coursier, c’est Nestor. Lévy, c’est tantôt l’imprésario, tantôt la script-girl, tantôt le joyeux animateur, tantôt le disc-jockey. Jean Cau trouve tout ça rudement bien ; Fabre-Luce se fait disciple de Glucksmann  ; on réédite Benda, pour les vertus du clerc. Quelle étrange constellation.

Sollers avait été le dernier en France à faire encore une école vieille manière, avec papisme, excommunications, tribunaux. Je suppose que, quand il a compris cette nouvelle entreprise, il s’est dit qu’ils avaient raison, qu’il fallait faire alliance, et que ce serait trop bête de manquer ça. Il arrive en retard, mais il a bien vu quelque chose. Car cette histoire de marketing dans le livre de philosophie, c’est réellement nouveau, c’est une idée, il « fallait » l’avoir. Que les nouveaux philosophes restaurent une fonction-auteur vide, et qu’ils procèdent avec des concepts creux, toute cette réaction n’empêche pas un profond modernisme, une analyse très adaptée du paysage et du marché. Du coup, je crois que certains d’entre nous peuvent même éprouver une curiosité bienveillante pour cette opération, d’un point de vue purement naturaliste ou entomologique. Moi, c’est différent, parce que mon point de vue est tératologique : c’est de l’horreur. »

Nul doute que notre journaliste-philosophe assumerait, sans réserves, ce jugement d’un authentique philosophe.

Si je consacre quelques lignes à ces gens c’est que la plupart d’entre eux sont les « nouveaux colonialistes »

A LIRE :

http://www.humanite.fr/andre-tosel-la-migration-exil-un-phenomene-social-total-581076

CI DESSOUS ARTICLE PARU DANS L’HUMA

 

exil
Cathy Ceïbe, Gérald Rossi  et Émilien Urbach
Vendredi, 7 Août, 2015
L’Humanité
En déstabilisant des régions entières par des interventions militaires, un soutien à des despotes locaux, ou tout simplement en coupant dans les subsides au développement, les dirigeants européens contribuent 
à nourrir les flux de migrants.

 

Ils étaient 700, mercredi, amassés sur un bateau de pêche en quête d’un refuge sur le continent européen. Seuls 367 d’entre eux ont finalement réchappé du naufrage. Les autres ont rejoint les 25 000 chercheurs d’asile morts en Méditerranée depuis vingt ans. Les survivants iront dans un des centres italiens d’accueil ou d’identification, à moins que ce soit un récif mentonnais ou un bidonville rebaptisé « jungle » du côté de Calais.

De janvier à juin, 2 865 de nos semblables, fuyant les guerres et la pauvreté, sont morts sur le chemin de leur exil. D’autres peuplent par millions d’autres bidonvilles et camps de réfugiés sur toute la planète. À une implacable majorité, c’est essentiellement dans les pays du Sud qu’ils trouvent asile. On voudrait nous faire croire qu’il s’agit d’un phénomène inexorable, presque naturel, dont les pays occidentaux ont à se protéger. C’est une manipulation guidée par la peur et une supposée prédominance des idées d’extrême droite dans les opinions publiques. Une manipulation qui veut surtout cacher les responsabilités. Les migrants fuient la pauvreté en Afrique, les bombardements en Afghanistan, la guerre civile en Syrie et en Libye, la dictature en Érythrée… Autant de guerres directement ou indirectement déclenchées, au nom de la lutte contre le terrorisme, par les pays membres de l’Union européenne et leurs alliés atlantistes. Autant de situations politiques, économiques et sociales désastreuses entretenues par une dette immonde et la réduction des efforts d’aide au développement auxquels ces mêmes pays s’étaient engagés.

Les gouvernants de l’Europe se sont révélés d’autant plus incapables, en juin, de se mettre d’accord sur l’ouverture de voies légales pour l’accueil des réfugiés ou encore sur une répartition de ces derniers entre pays membres. Chacun campe sur un égoïsme teinté de xénophobie. Les pays dits de première ligne, ceux qui ont des frontières extérieures à l’UE, ne cessent de demander la fin de la réglementation de Dublin qui contraint les migrants à demander l’asile dans le premier pays où ils ont été enregistrés. Les autres s’y refusent, France et Angleterre en tête. Au lieu de cela, l’Europe externalise sa gestion de l’asile, se barricade et militarise ses frontières, dans un criminel et vain déni de responsabilité.

1Les guerres impérialistes déstabilisent des pays entiers

Octobre 2014, Lampedusa. L’ancienne porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies et présidente de la Chambre des députés italiens, Laura Boldrini, tient l’un des propos les plus consternants sur les drames de l’immigration aux portes de l’Europe, en déclarant qu’il s’agit là d’« une guerre entre les personnes et la mer ». Poséidon plus coupable que les interventions militaires, en somme. Les Vingt-Huit portent pourtant une lourde responsabilité directe dans les flux migratoires. S’il n’existe pas de diplomatie européenne en tant que telle, l’engagement des États membres dans des conflits meurtriers au Moyen-Orient ou encore en Afghanistan depuis 2001 a ébranlé des régions entières. L’existence de régimes dictatoriaux épouvantables a servi de prétexte plus que d’argument, comme en témoigne la montée en puissance de l’« État islamique » en Syrie, ou encore en Libye où un chaos sans nom s’est substitué au despotisme de Kadhafi. Les Irakiens ne sont pas non plus épargnés.

 

Septembre 2001, Afghanistan. Au lendemain des attaques contre le World Trade Center, les États-Unis partent en guerre contre les talibans. Flanqués de la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne et la Roumanie, ils claironnent qu’ils en finiront avec ces « fous de Dieu » qui sévissent dans cette région déjà tendue de l’Asie centrale. Après quatorze ans d’occupation militaire, c’est l’impasse. Al-Qaida souffre certes de dissensions internes, mais les fondamentalistes tirent toujours les ficelles. En revanche, entre 4 et 5 millions d’Afghans ont quitté leur pays sous la menace des armes : 2,7 millions se trouvent en situation régulière au Pakistan et en Iran. Loin des 41 000 demandes à l’UE en 2014… La coalition belliciste qui s’est mise en marche, sans mandat onusien, contre Saddam Hussein en 2003, au nom d’objectifs géostratégiques et économiques autrement moins altruistes que le combat contre le despote de Bagdad, ne peut elle non plus se laver les mains. La guerre a fait près d’un demi-million de morts et les fondamentalistes sont désormais aux portes du pouvoir. Autre exemple : la Libye. Le colonel Kadhafi, à qui l’UE avait confié l’externalisation de ses centres de rétention, est devenu l’homme à abattre. En 2011, la France s’engage aux côtés de l’Otan dans un conflit sans fond. Quatre ans plus tard, de l’avis même de Laurent Fabius, le pays est « une poudrière terroriste » qui menace toute la bande sahélo-saharienne. Deux gouvernements se déchirent le contrôle du pétrole. Impensable, mais cette zone de non-droit est l’une des principales routes de l’immigration en direction de l’Europe. Enfin, l’illustration la plus pathétique est la Syrie. Non seulement Bachar Al Assad est toujours au pouvoir, mais la coopération des démocraties européennes, à commencer par Paris, avec l’opposition syrienne, a servi les desseins des djihadistes de l’« État islamique ». Sur le plan humanitaire, c’est un désastre. Quatre ans plus tard, 4 millions de Syriens ont fui leur pays. La Jordanie en accueille un demi-million, faisant de cette présence une pression sur les ressources naturelles et énergétiques. Au Liban, le nombre d’exilés syriens représente désormais 25 % de la population.

 

2Une politique de coopération en berne

Alors que les conflits, les pouvoirs autoritaires, les épidémies… contraignent les peuples de nombreux pays du continent africain et du Moyen-Orient à des conditions de vie à la limite du supportable et à l’exil, le niveau des aides financières internationales pouvant aider notamment à des redynamisations économiques est souvent en déclin. La France, en dépit du vote par le Parlement le 24 juin 2014 d’une première loi dite « d’orientation et de programmation relative à la politique de développement et de solidarité internationale », est loin de ses engagements. Loin du rôle qu’elle pourrait jouer alors que d’autres nations européennes comme le Luxembourg, la Norvège, la Suède ou le Royaume-Uni se conforment aux préconisations de l’ONU pour verser l’équivalent de 0,7 % de leur revenu brut national.

La France, pointe l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), qui compte 34 pays membres et que l’on ne peut guère suspecter de s’opposer au libéralisme économique ambiant, note que le pays des droits de l’homme atteint à peine 0,36 %, en recul de 9 % d’une année sur l’autre. Ce qui n’a pas empêché la secrétaire d’État en charge du développement, Annick Girardin, d’affirmer qu’avec ce nouvel arsenal législatif « la France va se doter d’un cadre d’action moderne dans le domaine du développement, pour apporter des réponses aux enjeux du XXIe siècle et promouvoir un développement durable et solidaire… ».

Ce qui pour le moins n’a pas convaincu Christian Reboul, de l’ONG Oxfam, pour qui « depuis quelques années, le gouvernement et le président de la République ont une fâcheuse tendance à annoncer des contributions importantes pour répondre aux crises, comme par exemple la crise syrienne, sans pour autant que cela se traduise par de nouveaux financements dans les faits, dont on pourrait voir la trace dans les lois de finances : les chiffres de l’aide française deviennent ainsi virtuels et incantatoires ». Oxfam s’est indignée publiquement à l’occasion de la présentation du projet de loi de finances pour 2015, estimant que « le gouvernement trace une trajectoire déclinante de l’APD (aide publique au développement) jusqu’à la fin du mandat présidentiel en 2017 ».

Friederike Röder, directrice pour la France de l’ONG One, évoque pour sa part « une aide en baisse pour la cinquième année consécutive », et note que « l’aide aux pays les plus pauvres représente à peine un quart de l’aide totale ». Et One de pointer que dans le budget 2015 l’APD ne représente, « en dons d’argent pur et simple », que 533 millions d’euros, « un chiffre en baisse de 9 % par rapport à l’année dernière ». Le constat est hélas unanime. La France est loin d’être à la hauteur des enjeux financiers et humains…

3L’externalisation de l’asile légitime les dictatures

Sur les 16,7 millions de réfugiés dans le monde, seulement 15 % sont accueillis dans les pays riches, en Europe, aux États-Unis, au Canada et en Australie. Les autres sont abrités dans les pays du Sud. Pour les 28 pays membres de l’UE, ce déséquilibre ne doit pas être remis en cause, mais ils sont tous signataires de la convention de Genève, qui impose le principe de non-refoulement. Pour y pallier, ils ont opté, depuis les années 2000, pour « une approche internationale » du traitement des flux migratoires, introduisant le principe « d’externalisation des demandes d’asile » quitte, parfois, à collaborer avec des pays pour le moins douteux du point de vue du respect des droits de l’homme. Dès 2004, l’agence Frontex a commencé à collaborer tous azimuts pour l’identification et le contrôle des migrants. En septembre 2005, l’idée est officiellement avancée par la Commission européenne de créer des « zones régionales de protection » à proximité des lieux de départ des exilés, prétextant que cela « semble moins coûteux que l’accueil dans des centres de réfugiés installés dans des pays membres de l’UE ». Puis, en 2006, s’enclenche le « processus de Rabat », qui impose aux pays nord-africains, notamment le Maroc, de faire la police aux frontières de l’UE en empêchant les migrants de quitter leur territoire.

Les Vingt-Huit sont allés encore plus loin, en novembre 2014, en signant les accords de Khartoum, se souciant peu des dictateurs et des régimes collaborant aux trafics d’êtres humains. Il a été ratifié avec Djibouti, l’Égypte, l’Éthiopie, le Kenya, la Somalie, le Sud Soudan et l’Érythrée et prévoit « de mettre en place une coopération entre les pays d’origine, de transit et de destination ». Peu avant, au mois d’avril, le 11e fonds européen pour le développement décidait d’accorder, pour six ans, 312 millions d’euros à l’Érythrée pour endiguer la fuite de ses habitants. « Que nous coopérions avec des régimes dictatoriaux ne signifie pas que nous les légitimons », avait alors tenté de se justifier Dimitris Avramopoulos, commissaire européen chargé de suivre le processus de Khartoum. À la suite de la disparition de 700 personnes lors du naufrage d’avril dernier, la Commission européenne a, par ailleurs, repris, le 13 mai, une idée avancée plus tôt dans le cadre des discussions sur ces mêmes accords. On ouvrira donc, avant la fin de l’année, un « centre multifonction », au Niger, pour identifier et trier les migrants. Des personnes interceptées dans les eaux libyennes pourraient directement y être conduites. De nombreuses voix ont immédiatement dénoncé la création de centres de concentration au cœur de l’Afrique, sans garantie de respect de la dignité et des droits humains.

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Valls en défaut de bilan sur le CICE, le PS reprend les propositions des frondeurs

Posté par jacques LAUPIES le 7 août 2015

 

 SANS COMMENTAIRES, IL FAIT TROP CHAUD !

fonds publics
Sébastien Crépel
Jeudi, 6 Août, 2015
L’Humanité

 

valls1201.jpg

Photo : Philippe Wojazer/Reuters

Manuel Valls (à droite) a admis qu’il y a eu « des failles » dans la surveillance des trois criminels.
Photo : Philippe Wojazer/Reuters
Majorité La bataille pour un autre cap économique est relancée par la prise de position de la direction du PS en faveur d’une réorientation d’une partie des sommes restantes du pacte de responsabilité. Le Medef s’indigne, Manuel Valls joue la montre.

Le patronat voit d’un mauvais œil la progression à gauche de l’idée d’une remise en cause du pacte de responsabilité. Tout indique en effet que les 40 milliards d’aides sans contreparties accordées aux employeurs constitueront à nouveau la pomme de discorde entre le gouvernement et sa majorité, à l’occasion de la préparation du budget pour 2016. Avec une nouveauté de taille : la partie ne se joue plus seulement entre une poignée de députés « frondeurs » et la majorité des députés socialistes fidèles au premier ministre, mais entre la direction du PS et Manuel Valls. Le 27 juillet dernier, les responsables de la rue de Solférino ont adopté un texte qui fait déjà office de casus belli avec le chef du gouvernement et le Medef. Sous la plume de l’ex-frondeur Jean-Marc Germain, rallié à la majorité du congrès de Poitiers dans le sillage de Martine Aubry, le PS entend ferrailler pour rouvrir à la discussion le « dosage des politiques d’offre et de demande ». En clair : obtenir une réorientation d’une fraction des sommes restantes du pacte de responsabilité des entreprises vers les ménages et les collectivités locales, conformément à l’orientation du PS décidée à Poitiers. Un texte de congrès qui, pour ratisser large au PS et réduire l’influence des frondeurs, a repris une partie des idées de ces derniers.

Sans être révolutionnaires, les propositions du PS constituent une entorse suffisante à la ligne Valls pour déclencher les hostilités : 6 milliards seraient ainsi réservés aux collectivités en 2016 et 2017, et 8 aux ménages via une « réduction dégressive » de CSG, sur les 20 milliards du pacte restant à utiliser. Le CICE n’en ferait pas les frais, maintenu dans sa forme et dans son volume, essentiellement parce qu’« aucune évaluation n’est disponible à ce stade sur l’usage qu’ont fait les entreprises du CICE », notent les auteurs, les premières études étant attendues « à l’été 2016 ». Une carence bienvenue pour le gouvernement, guère pressé de vérifier les craintes sur les effets sur l’emploi de ses mesures. Manuel Valls avait pourtant promis, le 8 avril dernier, « un bilan en vue des prochaines étapes du pacte avant l’été » 2015, rappelle fort à propos le PS… On y est, et ce bilan n’a pas vu le jour.

Dans l’attente, le rapport propose de s’en prendre à un autre dispositif pour « rendre pleinement effectives les contreparties demandées aux entreprises » : il s’agirait de conditionner « la dernière tranche de baisse de cotisations patronales » à un accord de branche ou d’entreprise. Le document propose aussi de geler le nombre d’entreprises bénéficiaires d’un abattement de la cotisation sociale de solidarité pour « réinjecter plus directement les près de 5 milliards d’euros ainsi dégagés dans la croissance et l’emploi ». C’en est trop pour le président du Medef, Pierre Gattaz, qui demande « au gouvernement de ne surtout pas toucher au pacte de responsabilité ». Pour l’instant, Manuel Valls a exclu de « changer de cap ».

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