Quand le gouvernement cessera-t-il de s’attaquer à ces droits sociaux fondamentaux ?

Posté par jacques LAUPIES le 16 juin 2018

 

Pensions de reversion

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Par / 12 juin 2018

Quand le gouvernement cessera-t-il de s’attaquer à ces droits sociaux fondamentaux ?

Je vous remercie, monsieur le président.

Madame la ministre des solidarités et de la santé, depuis un an, le gouvernement auquel vous appartenez mène une véritable guerre contre les salariés, les retraités, les familles, les jeunes. De la diminution des APL à la hausse de la CSG, vous brisez le caractère solidaire de notre système social au profit d’une vision libérale du chacun pour soi, laissant le champ libre aux appétits des grands groupes privés.

C’est précisément dans cette logique que les premières pistes de votre future réforme des retraites évoquent toutes l’objectif de proportionnalité entre les cotisations versées et les pensions versées, sans aucune prise en compte des accidents de la vie et des situations particulières qui sont pourtant au fondement du système de protection sociale à la française.

Le document de travail du haut-commissaire chargé de la réforme des retraites, M. Jean-Paul Delevoye, fait peser en ce sens de lourdes menaces sur les pensions de réversion qui permettent aujourd’hui à presque quatre millions de personnes déjà touchées par la suppression de la demi-part fiscale de garder la tête hors de l’eau, et à la solidarité nationale de s’exprimer à l’égard de celles et de ceux qui sont dans l’épreuve.

Madame la ministre, il s’agit pourtant du fruit des cotisations de leurs maris le plus souvent, ou de leurs épouses décédées.

Ces pensions de réversion permettent par ailleurs de compenser en partie les inégalités salariales entre les femmes et les hommes.

Madame la ministre, ma question est simple : quand le Gouvernement cessera-t-il de s’attaquer à ces droits sociaux fondamentaux ? (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste et sur quelques travées du groupe socialiste et républicain.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre des solidarités et de la santé.

Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé. Madame la sénatrice Céline Brulin, vous faites au Gouvernement un procès d’intention. Aujourd’hui, la réforme des retraites est en cours de concertation avec l’ensemble des organisations syndicales.

La méthode choisie – permettez-moi d’y insister –, découle du constat suivant, connu de tous les Français : notre système de retraite est illisible, inéquitable, et les jeunes ne croient plus qu’ils auront accès à la retraite. Nous sommes donc confrontés à un problème de solidarité intergénérationnelle.

Face à ce constat, le Président de la République a souhaité proposer aux Français une réforme des retraites visant à rendre notre système plus lisible, plus compréhensible, plus équitable et à redonner confiance à notre jeunesse dans le système des retraites.

Jean-Paul Delevoye, que nous avons nommé haut-commissaire chargé de la réforme des retraites, consulte depuis six mois la totalité des organisations syndicales et prend en compte toutes les contributions.

M. Pierre-Yves Collombat. Nous savons tout cela !

Mme Éliane Assassi. Et les pensions de réversion ?

Mme Agnès Buzyn, ministre. Nous en sommes à la première phase de la concertation, qui, je le rappelle, porte sur trois sujets, dont celui qui concerne les droits contributifs et non-contributifs, c’est-à-dire la part de la solidarité dans la réforme des retraites.

Aujourd’hui, la part de la solidarité dans les retraites et les pensions de retraites est de l’ordre de 20 % et il est prévu de maintenir ce ratio. C’est le souhait exprimé par l’ensemble des organisations syndicales.

Le document dont vous faites état est un document de travail (Exclamations sur quelques travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste.) qui fait aujourd’hui l’objet de consultations et sur lequel nous attendons le retour de l’ensemble des organisations afin de poursuivre la coconstruction de cette réforme si importante pour les Français. (Applaudissements sur des travées du groupe La République En Marche. – MM. Didier Guillaume et Jean-Marc Gabouty applaudissent également.)

Mme Éliane Assassi. Vous n’avez pas répondu à la question !

M. le président. La parole est à Mme Céline Brulin, pour la réplique.

Mme Céline Brulin. Madame la ministre, loin de nous l’idée de faire des procès d’intention. Toutefois, comme on le dit chez nous, chat échaudé craint l’eau froide. Or nous avons vu sur différents sujets ce que vous entendiez par concertation – je pense tout particulièrement aux retraités agricoles, à qui vous refusez avec obstination une retraite équivalant à 85 % du SMIC.(Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste et du groupe socialiste et républicain, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains.)

Voilà pour le moins une redistribution qui serait urgente ! (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, ainsi que sur quelques travées du groupe socialiste et républicain et du groupe Les Républicains.)

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Allez les cheminots ! Allez…

Posté par jacques LAUPIES le 15 juin 2018

 

Vous me direz : c’est facile d’encourager les cheminots tranquillement devant son ordinateur » Je vous répondrai on fait ce qu’on peut.

Après tout si parmi les quelques centaines de lecteurs de ce blog il en est qui pourraient échapper à la vision objective de ce conflit, ce sera toujours ça de gagné et cela ne m’aura couté que quelques minutes de retard dans ma marche quotidienne…

 

Réforme ferroviaire. Le train de la grève ne marque pas l’arrêt au terminus parlementaire

Marion d’Allard
Vendredi, 15 Juin, 2018
L’Humanité
Les ordonnances concernent la réalisation de l’ouv erture à la concurrence et la question épineuse de la gestion des gares. Régis Duvignau/Reuters<br /><br /><br /><br />

es ordonnances concernent la réalisation de l’ouv erture à la concurrence et la question épineuse de la gestion des gares. Régis Duvignau/Reuters
 

Alors que le Sénat a entériné jeudi le pacte ferroviaire, l’intersyndicale appelle les cheminots à poursuivre la grève. Ils entendent peser face au patronat de la branche sur la rédaction de la convention collective et face à la direction SNCF sur l’accord d’entreprise.

Le gouvernement et ses relais parlementaires le répètent à l’envi : la loi est votée, la réforme va s’appliquer, la grève doit s’arrêter. Mais face aux incantations de l’exécutif, les syndicats conservent la constance des arguments de fond. Ainsi mercredi, au sortir d’une réunion intersyndicale, les quatre organisations représentatives à la SNCF à l’origine, dans l’unité et depuis le 22 mars dernier, du plus long conflit de l’histoire récente de l’entreprise publique, ont une nouvelle fois appelé l’ensemble des cheminots « à maintenir la pression sur les prochaines séquences de grève », avec, en point d’orgue, « une grosse journée d’action » le 28 juin (dernier jour de grève du calendrier prédéfini au printemps).

Mais rien, pour l’heure, ne permet de dire que la grève ne perdurera pas au-delà de cette date. La CGT, syndicat majoritaire, a d’ailleurs déjà évoqué une poursuite de la mobilisation. SUD rail également. « Nous ne nous faisons pas d’illusions sur une mobilisation continue durant l’été, mais nous appellerons à des actions précises et à des grèves à certaines dates clés », note érik Meyer, secrétaire fédéral de SUD rail. Face à un gouvernement qui « joue le jeu irresponsable du pourrissement », dénonce Laurent Brun, secrétaire général de la CGT cheminots, les syndicats ne comptent donc pas baisser la garde. Et ce malgré l’adoption définitive de la réforme par le Parlement jeudi, avec l’approbation du Sénat, par 245 voix pour et 83 contre, du texte de compromis de la commission mixte paritaire issue des deux assemblées. Un acte qui parachève le marathon parlementaire du projet gouvernemental, après le vote similaire des députés, la veille.

« 80 % du projet de loi restent à écrire »

La combativité des syndicats est renforcée par les résultats de la Vot’action, soigneusement éludée dans les discours de la direction et du gouvernement, mais à l’occasion de laquelle 95 % des cheminots se sont déclarés opposés au pacte ferroviaire porté par le gouvernement et la direction de la SNCF. « Comment, dès lors, imposer à des cheminots qui la contestent la mise en œuvre de cette réforme ? » interrogeait Laurent Brun il y a quelques jours. D’autant qu’avec la méthode des ordonnances choisie par le gouvernement et qui a très largement participé à crisper le dialogue, « 80 % du projet de loi reste à écrire », précise Jocelyn Portalier, secrétaire fédéral de la CGT cheminots. Loin d’être cantonnées aux simples « aspects techniques de la réforme », comme voudrait le faire croire Élisabeth Borne, ministre des Transports, ces ordonnances concernent la réalisation de l’ouverture à la concurrence (notamment tout le volet sur le transfert du matériel roulant), la négociation collective, les contrats de performance, le tarif des péages ferroviaires et l’organisation interne de la SNCF, avec en particulier la question épineuse de la gestion des gares. Des ordonnances auxquelles s’ajoutent « neuf décrets d’application » accolés à la loi et devant préciser, entre autres, le « statut des sociétés par action, le mode de calcul des salariés transférés (en cas de reprise d’une ligne par une entreprise privée – NDLR) » ou encore « les conditions de maintien des droits à la retraite en cas de transfert » et la politique de tarification sociale, rappelle la CGT.

Une nouvelle phase de la bataille des cheminots

Des sujets de fond que les syndicats comptent bien poser sur la table de la réunion tripartite de vendredi. Arrachée à Édouard Philippe par la mobilisation, cette rencontre qui réunit, sous l’égide du ministère, les syndicats et le patronat de la branche ferroviaire, marque la nouvelle phase de la bataille des cheminots. Entamées en 2014 après que la loi du 4 août a créé une branche ferroviaire qui n’existait pas jusque-là, les négociations de la convention collective doivent se poursuivre sur au moins dix-huit mois. L’enjeu est de taille. Car l’abandon du recrutement de cheminots au statut à compter du 1er janvier 2020 – désormais inscrit dans la loi – concentre le socle des droits sociaux de tous les cheminots (du privé comme de l’entreprise publique) dans le cadre de la branche. Et pour les syndicats, pas question de laisser le gouvernement tenir en la matière un rôle de simple observateur. « L’État doit prendre ses responsabilités », martèle la CGT. « Il faut qu’on sorte (de cette réunion tripartite) avec une note d’intention du ministère des Transports (…) sur une volonté de créer une convention collective attractive et de haut niveau », a pour sa part déclaré Roger Dillenseger, secrétaire général de l’Unsa ferroviaire. Quant à la CFDT cheminots, son secrétaire général Didier Aubert l’a rappelé cette semaine, « la fin des recrutements au statut doit être transformée en garanties sociales de haut niveau pour toute la branche ». L’engagement d’« une extension des droits à l’ensemble des salariés de la branche », poursuit le syndicaliste, demeurant une condition sine qua non « pour entrevoir le début de l’issue du conflit ».

Continuer de combattre la réforme en agissant sur les décrets d’application et le contenu des ordonnances, ouvrir de véritables négociations au niveau de la branche et peser en interne sur l’élaboration de l’accord d’entreprise : pour les cheminots, la bataille se mène plus que jamais sur tous les fronts. « Ce gouvernement est l’un des plus durs que nous avons connu ces dernières années », constate la CGT. Et parce que « les slogans ne suffisent pas, poursuit le syndicat, nous devons maintenir la pression sans faillir ».

La maintenance sabordée au nom de la concurrence

Une fois la SNCF ouverte à la concurrence, que deviennent les trains et les ateliers de maintenance ? Loin d’être anecdotique, cette question a fait l’objet d’un « deal entre sénateurs de droite et gouvernement » et « a été tranchée par le dogme libéral », s’insurge la CGT. Ainsi, la réforme prévoit la transformation de la maintenance – aujourd’hui intégrée à la filière matériel, sous maîtrise nationale – en « un marché indépendant ». Une aubaine pour les constructeurs comme Alstom ou Bombardier, qui réclament de longue date des contrats de maintenance, bien plus rentables que la construction. Mais au-delà des questions de sécurité que cela soulève, « ce sont 12 900 cheminots qui risquent d’être “sortis” de l’entreprise », dénonce la CGT, qui plaide pour le retour à « une maintenance intégrée ».

journaliste

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Il ose tout cet oiseau !

Posté par jacques LAUPIES le 15 juin 2018

 

Mépris de classe contre conscience de classe

Dans une vidéo diffusée par son service de communication, Emmanuel Macron étale une nouvelle fois tout son mépris pour les « pauvres » : « On met un pognon de dingue dans des minima sociaux et les gens sont quand même pauvres. On n’en sort pas. Les gens qui naissent pauvres, ils restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres, ils restent pauvres. On doit avoir un truc qui permet aux gens de s’en sortir! Par l’éducation … Il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté.« 

 

Evidemment à la lecture de cette réflexion officialisée par sa publication émanant des proches conseillers du Président, on peut s’offusquer, mais en relisant ce texte on constate que cela peut-être interprété comme étant un « désarroi plein de compassion » de la part du Chef de l’Etat. Sans doute le but recherché  dans cette opération médiatique ?

Comme une sorte d’incompréhension des origines de cette pauvreté si couteuse  à ses yeux.

Certes on peut comprendre que le Président énarque   n’est pas marxiste mais de la à avoir la naïveté de penser qu’il ignore les mécanismes d’exploitation qui fondent les profits, dont il s’avère être un ardent défenseur il y a un pas que le cheminot retraité titulaire d’un CAP et d’un Certificat d’Etude Primaire ne peut franchir.

Ce Président cependant et tous ses collaborateurs et députés LREM et LR (alliés de fait) ses Ministres et tout le bazar de commentateurs à sa botte, qui le soutiennent dans son entreprise de démolition des acquis de 1936, de la résistance, de mai 68 et des acquis grignotés au fil des  sessions parlementaires ou la gauche à pu être un peu de gauche, n’ont qu’un objectif faire avaler des couleuvres à un peuple qui commence à grogner !

Il est grand temps que ce peuple puisse discerner ceux qu’il a produit et peu produire demain pour sa défense plus que légitime contre les agresseurs de  ses droits !

Vus voyez ce que je veux dire…

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On se demande qui est le plus dégueulasse !

Posté par jacques LAUPIES le 14 juin 2018

 

 

Un parlement ou plus de 400 députés (de droite, du centre et de la « macronie ») approuvent une réforme qui livre le rail aux projets d’une bourgeoisie qui  tôt ou tard espère se faire des profits sur le dos des cheminots et des contribuables ?

Un Président son illustre commis qui plume les plus pauvres et enrichit ses commanditaires du MEDEF ? Et va se faire introniser dans un Congrès mutualiste, probablement amers

La patronne du Rassemblement National qui approuve haut et fort les « néo fascistes » italiens avec la bénédiction du « souverainiste » Dupont d’Aignan ? Avec en plus la révélation de ses intentions haineuses !

Les dirigeants Européens qui préfèrent refiler le « pognon » des contribuables aux banques plutôt que de  sauver quelques centaines de milliers de pauvres bougres qui crèvent de peur et de faim ?

Je pourrais y ajouter ces dizaine de milliers de petits bourgeois,  ou qui se considèrent comme tels, et n’ont pas compris qu’ils ont plus à gagner aux côtés de la classe ouvrière qu’auprès des escrocs qui piquent 80 milliards en fraudant la nation ?

Sur le marché une vieille dame qui vivait de la pension de réversion de son défunt mari, me disait parlant des politiques de ce pays : « ils sont tous les mêmes : une fois élus ils se moquent de nous ! « 

Non Madame, ils ne sont pas tous les mêmes et si vous avez entendu le Député Communiste Roussel, ce mercredi après midi, intervenir pour contester la réforme de la SNCF et toutes les atteintes sociales du pouvoir qui vous concernent, peut-être ferez vous la différence entre élus de droite notamment et élus communiste.

Un peut comprendre la confusion qui vous habite mais on se doit d’en révéler la nocivité.

Vous avez le droit de juger qui est le plus dégueulasse parmi ceux qui vous trompent mais vous avez le devoir de reconnaître ceux qui se battent bec et ongle pour défendre vos intérêts !

 

 Bernard Lavilliers – Croisières méditerranéennes

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Emmanuel Macron veut encore plus de précarité pour les pauvres

Aides sociales
Lionel Venturini
Jeudi, 14 Juin, 2018
L’Humanité
Le 26 mai, lors de la «	Marée populaire	» à Paris, à l’ appel de plus de 60 associations, syndicats et partis de gauche. Julien Jaulin/HL<br /><br /><br />

Le 26 mai, lors de la « Marée populaire » à Paris, à l’ appel de plus de 60 associations, syndicats et partis de gauche. Julien Jaulin/HL
 

À l’occasion d’un discours devant les mutuelles françaises, le chef de l’État est revenu plus largement sur les contours de la société dont il rêve pour le pays. Pourfendant les « statuts », il propose, au nom de la « mobilité », une protection moindre, dans un marché de dupes.

La publication par les communicants du président d’une vidéo où Emmanuel Macron affirme qu’on « met un pognon de dingue dans les minima sociaux et les gens ne s’en sortent pas », en prélude à son discours devant la mutualité française, n’est pas un accident. Depuis plusieurs semaines déjà, la petite musique d’une vaste refonte des aides sociales est jouée au gouvernement. Gabriel Attal, porte-parole du parti LREM, a beau dire qu’il n’y aurait « pas de diminution des aides individuelles qui sont perçues aujourd’hui par les Français », dans une interview au JDD, la ministre de la Santé affirmait le contraire. Le gouvernement, assure Agnès Buzyn, ne fera pas d’économies « sur le dos des pauvres », mais sans s’interdire de « réinterroger » un dispositif d’aides sociales « s’il ne produit pas les résultats attendus ». « Il faut prévenir la pauvreté et responsabiliser les gens pour qu’ils sortent de la pauvreté. Et sur la santé, c’est pareil », affirme le président. En termes plus directs, « lui qui d’un côté n’a pas hésité à augmenter le point de CSG, y compris pour les retraités, à réduire le montant de l’aide personnalisée au logement, à affaiblir tous les bailleurs sociaux et à supprimer les emplois aidés… n’a en revanche pas lésiné à redistribuer vers les plus riches en supprimant l’ISF ou créant la flat tax », a commenté l’ex-ministre socialiste Martine Aubry.

Devant le congrès de la Mutualité française, Emmanuel Macron a redit son credo, de vouloir « mieux responsabiliser tous les acteurs », à commencer donc par les pauvres eux-mêmes, qui sont un peu responsables de leur sort, selon la pensée classique à droite. À plusieurs reprises, le chef de l’État hier a redit vouloir en finir avec « une société de statuts ». Son discours, qui réhabilite le fantasme de pesanteurs françaises, opère en fait un curieux retournement : ce qui était protecteur, le statut, serait désormais un frein. En réalité, Emmanuel Macron passe ainsi d’une logique de protection collective qu’apporte le statut, qui doit ici être vu au sens large d’un ensemble de droits ouverts, à une logique de l’individu. Où au passage chacun perd la protection antérieure qu’apportait le statut. La « disruption » chez Macron, comme le soulignait récemment Bernard Stiegler, est d’abord une manière de tétaniser, une stratégie « pour prendre de vitesse ses compétiteurs et ses régulateurs ». Macron est le premier à reconnaître qu’il n’y aura pas de « grand tournant social », mais ne dit pas que, pour « rendre les droits effectifs », il faudra en rogner, alors que les minima sociaux que perçoivent un peu plus de 10 % de la population sont déjà sous le seuil de pauvreté.

Les cheminots sont les premiers à en faire les frais

Pour l’heure, dans la mise à bas de cette « société de statuts » qui prépare l’extension du travail précaire, les cheminots en font les premiers les frais. D’autres pourraient venir : rencontrant des journalistes récemment, un proche du président reprenait la formule de « société de statuts » pour résumer la première année du quinquennat, expliquant que son enterrement avait déjà commencé quand « travail et mérite se retrouvent dans toute une série de réformes ».

Dans Challenges en 2016, Emmanuel Macron se faisait clair, « la solution est que l’État protège non les statuts ni les rentes de manière diffuse, mais les individus de manière transparente : c’est vers cela qu’il faut aller ». Que comprendre, sinon que l’État ne devrait assurer qu’une protection minimale, en échange de garantir une hypothétique mobilité sociale ? En 2016, Macron affirmait déjà « notre société n’est pas la plus inégalitaire, mais elle est l’une des plus immobiles ». « Ce sont, ajoute-t-il, des morceaux de la société qui se sont organisés pour défendre leurs intérêts (…). Des professions ont créé des barrières à l’accès des plus jeunes. »

C’était avant d’être élu, avant même d’annoncer la réforme de la SNCF, dont l’un des volets est d’en finir avec le statut des cheminots, pour les futurs embauchés. Or, jamais n’est expliqué en quoi le statut des actuels cheminots est un frein à la mobilité sociale. La réponse est simple : il n’y a pas de rapport. Ce n’est pas le statut des cheminots qui empêche les jeunes des quartiers populaires ou ceux qui ont basculé dans la précarité de s’inventer un avenir.

Le « plan pauvreté », promis pour le mois prochain, à peine esquissé hier par le chef de l’État, qui en est resté aux grands principes, participe de la même logique. Objectif, selon l’Élysée, « davantage d’investissement social que de lutte monétaire contre la pauvreté, fondée sur la redistribution d’allocations ».

Le paradoxe est que, « protégés par leur statut, leur activité ou leur diplôme, les classes aisées ferment les yeux sur l’armée des flexibles qui font tourner l’économie en décalé et exercent les tâches les plus ingrates, à la maison comme dans l’entreprise », écrit Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités (lire également l’entretien ci-contre). Le futur président avouait encore en 2016 être « contre l’égalitarisme, qui est une promesse intenable ». S’il n’y a plus de redistribution, alors il est aisé « de passer à une société de la mobilité et de la reconnaissance, où chacun occupe une place différente ». La mobilité devient un paravent pour ouvrir la voie à la déréglementation.

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La paix grâce à la bombe ?

Posté par jacques LAUPIES le 13 juin 2018

Les trou du cul de l’information télévisée sont déboussolés : Trump qui a sa part de responsabilité dans leur désorientation et Kim – ce « dictateur » dont le communisme est éminemment discutable – ont enclenché ce qui peut être considéré comme un processus de paix.

De quoi évidemment bousculer les petites têtes qui font hélas l’info et interprètent l’histoire au gré de leur pensée imbibée de soi disant défense des droits de l’homme, de  démocratie, de liberté, valeurs qui ornent leur soumission camouflée aux classes dominantes.

Certes ils ne sont pas tous comme ça ! 

Et puis il leur arrive parfois, en leur qualité de journaliste et commentateur de rencontrer l’objectivité et sur certains sujets, ou l’on ne se mouille pas trop ! Existent tout de même des professionnels de l’info et de l’analyse politique qui osent la vérité

Certains même donnent le ton comme ce commentateur sur un plateau de la 5 qui se hasarde au constat : cette rencontre prometteuse entre les deux leaders est due à l’existence de la bombe atomique rappelant ainsi que le rapport de force militaire peut avoir un sens pour qui ne bénéficie pas d’un bon rapport de force économique. Et d’en conclure que si Kadhafi et Bachar El Assad en avait disposé les occidentaux auraient regardé à deux fois avant d’intervenir militairement !

Ce qui devrait inciter les partisans du désarmement général à ne pas omettre que personne n’a le droit de prétendre imposer aux autres de se désarmer si lui même ne met un terme à son propre armement.

Au nom de quoi un pays peut il se prévaloir plus responsable qu’un autre ! De la démocratie ou de la démocratie qu’il pratique ? On peut en effet se poser la question car de Trump à son homologue chinois en passant par Macron et sa consœur anglaise sans oublier le Président israélien, ce n’est pas la démocratie qui commande mais le rapport de force de classe. Et là le pire est à craindre !

Cela dit l’humanité au stade précaire ou elle en est, malgré ses nombreux progrès, se doit de se libérer des armements et elle ne peut supporter de vivre avec l’épée de Damoclès.

Alors la solution, la vraie réponse ne peut provenir que de la volonté populaire qui ne peut évidemment se satisfaire de la forme de démocratie électorale mais de sa propre capacité d »organisation et d’action.

Comme c’est bizarre : la aussi ?

Diapositive 1 sur 17: Dimanche 10 juin, Kim Jong-un quitte Pyongyang.

 

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Agro-carburants : un révélateur du double jeu du président Macron

Posté par jacques LAUPIES le 12 juin 2018

Gérard Le Puill
Lundi, 11 Juin, 2018
Humanite.fr
Blocage de la rafinnerie de Donge, ce matin. Photo : Stéphane Mahé/Reuters

Blocage de la rafinnerie de Donge, ce matin. Photo : Stéphane Mahé/Reuters

Comme annoncé la semaine dernière, les militants des syndicats agricoles FNSEA et Jeunes Agriculteurs ont bloqué 13 raffineries et dépôts de carburant en France. Au-delà de l’opposition des deux syndicats aux importations massives d’huile de palme pour alimenter la raffinerie rénovée de Total à La Mède. Cette action met en cause le double langage ainsi que le double jeu du président de la République et de son gouvernement. 

Avec leurs tracteurs et le matériel indispensable pour tenir un siège de quelques jours, des groupes de 70 à 160  militants paysans ont bloqué cette nuit et ce matin les 13 sites qu’ils avaient ciblé. Dans une tribune signée de Christiane Lambert, présidente de la FNSEA et de Jérémy Decerle, président des Jeunes Agriculteurs, les deux dirigeants nationaux justifient cette action et critiquent la politique du gouvernement en ces termes :

« D’un côté, ce dernier propose une loi « Etats généraux de l’alimentation » qui, tant bien que mal, tente de redéfinir le cadre  d’un plus juste partage de la valeur ajoutée entre l’agriculteur et son aval, tout en engageant  l’agriculture vers une meilleure performance sociale, et environnementale (…) D’un autre côté, le gouvernement ouvre grand les portes à l’importation distorsive de produits alimentaires qui ne respectent pas les standards de production français, par la signature ou l’acceptation d’accords de libre échange (CETA, Mercosur, Mexique, Australie, Nouvelle Zélande…). Le CETA permet, par exemple, l’importation de produits contenant 46 molécules interdites en France ». Les deux dirigeants syndicaux dénoncent une « stratégie  édifiante qui va encore accélérer le déclin de l’agriculture française qui, rappelons le, emploie avec l’ensemble des secteurs qui lui sont liés 14% des actifs. Un moteur essentiel de l’activité économique des territoires ruraux. Ainsi, le gouvernement exige toujours plus des agriculteurs en leur imposant des contraintes supplémentaires et « en même temps», il les expose à une concurrence  déloyale mortifère », soulignent Christiane Lambert et Jérémy Decerle.

On notera à ce propos que les seules critiques et propositions d’amendements venues des rangs des députés du groupe LREM à l’Assemblée nationale n’ont guère consisté à mieux rémunérer les paysans français par des prix décents mais à les handicaper par la concurrence intra et extra-européennes en proposant d’interdire l’utilisation du glyphosate en France dans trois ans, sans se soucier du fait que ce ne serait pas le cas pour les produits importés des autres pays membres de l’Union européenne comme des pays tiers via les accords de libre échange.

Pour « des standards européens qui protègent le consommateur »

Estimant qu’une autre voie est possible, la déclaration commune de Christiane Lambert et Jérémy Decerle affirme que l’Europe doit porter « l’ambition de définir des normes communes applicables sur l’ensemble du territoire afin de supprimer les distorsions internes inacceptables. L’ambition, par la, taille du marché européen, d’imposer des standards européens qui protègent le consommateur, les sols, la biodiversité, les ressources ( …) Au niveau Français ensuite, en étant cohérent et en interdisant l’importation de tout produit des pays tiers ne correspondant pas, aux standards de production français et en mesurant les impacts économiques de toutes nouvelles normes décidées en France ».

C’est dans ce contexte que l’importation annuelle de quelques 300.000 tonnes annuelles d’huile de palme par Total pour son unité de La Mède qui travaillera 650.000 tonnes de matières premières pour produire du diester. Dans  ce chiffre global interviendrait un volume indéterminé d’huiles de fritures recyclables et environ 50.000 tonnes d’huile de colza, soit moins de10%  de la production annuelle. Or la trituration de chaque tonne de colza permet de disposer de 500 kilos de tourteaux qui entrent dans l’alimentation des herbivores ruminants, des porcs et des volailles alors le fruit du palmier ne laisse que 11%de son poids en tourteaux. Sans être vertueuse dans la lutte contre  le réchauffement climatique, l’utilisation du colza pour produire des agro-carburants dans les installations existantes a l’avantage de rendre la France moins dépendante des tourteaux de soja importés d’Amérique du sud.

Stéphane Travert donne carte blanche à Total

Intervenant ce lundi matin sur RTL, le ministre de l’Agriculture a déclaré d’emblée que le gouvernement « ne reviendra pas » sur l’autorisation donnée à Total pour importer de l’huile de palme. Considérant que ces blocages de sites sont « illégaux», il ajouté que « ce n’est pas en bloquant les raffineries qu’on trouvera les solutions qu’on trouvera les solutions adéquates ».

Mais comment les trouver alors ? Au micro de RTL Stéphane Travert a émis le vœux suivant : « je souhaite que demain, Total et les entreprises agricoles qui produisent des biocarburants, puissent se mettre d’accord sur une base de prix, sur un contrat, qui permettrait d’offrir des débouchés à la filière colza française».

Tout dépendra donc de la bonne volonté, ou pas, du PDG de Total. C’est sans doute pour cela que Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, continue de se taire.

Journaliste et auteur

 

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Élections européennes. À gauche, on cherche à éviter un mauvais remake de 2017

Posté par jacques LAUPIES le 11 juin 2018

Pas le temps de commenter cet article d’autant que personnellement je suis très sceptique  sur l’opportunité  de partir encore une fois dans une idée de rassemblement qui ne semble d’ailleurs pas très partagée.

Et que cela mérite un temps de réflexion…

 

 

 
Lionel Venturini et Maud Vergnol
Lundi, 11 Juin, 2018
L’Humanité
Benoît Hamon et Yanis Varoufakis ont appelé au rassemblement de tous ceux «	qui partagent le même sentiment d’urgence de ne laisser l’Europe ni aux libéraux ni aux nationalistes	». Nicolas Messyasz/Sipa<br />

Benoît Hamon et Yanis Varoufakis ont appelé au rassemblement de tous ceux « qui partagent le même sentiment d’urgence de ne laisser l’Europe ni aux libéraux ni aux nationalistes ». Nicolas Messyasz/Sipa
 

Vendredi, Benoît Hamon et Yanis Varoufakis ont lancé l’idée d’une primaire en amont du scrutin européen. Une proposition fraîchement accueillie à gauche. Pour le PCF, « le problème n’est pas celui du casting, mais du scénario ».

Chacun partira-t-il dans son couloir ? À moins d’un an désormais des prochaines élections européennes (on devrait voter le 26 mai 2019 en France), les forces de gauche s’avancent pour le moment en ordre dispersé. Coup sur coup ce week-end, Génération·s, fondé par Benoît Hamon, EELV, mais aussi le PS ont planché sur l’équation. Pour l’heure, celle-ci ressemble furieusement à celle de la présidentielle : morcelée. Vendredi soir, Benoît Hamon et Yanis Varoufakis, entourés de représentants de différentes formations du Printemps européen, la liste transnationale lancée en mars par l’ancien ministre grec, ont présenté les contours de leur plateforme électorale pour les européennes. L’occasion d’appeler au rassemblement de tous ceux « qui partagent le même sentiment d’urgence de ne laisser l’Europe ni aux libéraux ni aux nationalistes », et de lancer l’idée d’une sorte de « primaire » européenne des forces progressistes, pour faire barrage à la droite européenne réunie au sein du PPE. « Nous proposons une consultation sur les contenus, le projet, le dispositif politique et humain que nous aurons… » a lancé Benoît Hamon. Cette consultation porterait tant sur le projet que sur le « Spitzenkandidat ». Sous ce vocable allemand, se cache la « tête de liste » destinée à s’imposer comme le président de la Commission européenne, dont la désignation, selon les traités, ressort en principe du huis clos des chefs d’État des 28.

Europe écologie-les Verts pose ses conditions

Une liste avec Génération·s ? Une partie des écologistes d’EELV n’y seraient pas hostiles, même si l’eurodéputé Yannick Jadot, candidat à la dernière présidentielle avant de se retirer en faveur de… Benoît Hamon, milite ardemment pour une candidature autonome de son parti. « Soit le projet de Génération·s, c’est de recomposer la gauche traditionnelle et c’est un projet estimable mais qui n’est pas le nôtre, soit le projet de Génération·s, c’est de construire l’écologie et la force politique du XXIe siècle pour battre le libéralisme et battre le populisme, et là, il n’y a pas de raison qu’on ne le fasse pas ensemble », a affirmé samedi David Cormand, à l’issue du conseil fédéral d’EELV. Autrement dit, si EELV peut envisager de faire liste commune avec Génération·s, c’est à la condition d’« une ligne clairement écologiste » et d’en avoir le « leadership » – le nom de Noël Mamère est sérieusement avancé. « Laissons les citoyens de gauche décider quel sera le meilleur projet, balaie Benoît Hamon. Nous n’avons a priori aucune exclusive, même si nous observons que certains, avec beaucoup de constance, rejettent la possibilité d’un rassemblement en Europe », visant la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Estimant que le nom de Noël Mamère comme tête de liste est une « bonne possibilité » – qui dispenserait Hamon de porter la responsabilité d’un éventuel échec et lui permettrait de se rendre disponible pour 2022 – le leader de Génération·s a aussi indiqué avoir invité Ian Brossat, chef de file du PCF pour les européennes, à la convention de son mouvement, le 30 juin à Grenoble.

Le PCF n’a pas enterré l’idée d’une liste de rassemblement

« Le problème n’est pas celui du casting, mais du scénario. Donc la primaire ne me paraît pas l’instrument adapté pour y répondre », a réagi hier Ian Brossat. Le PCF, qui compte défendre son propre projet pour sortir de l’affrontement entre pro et anti-Européens, n’a pas pour autant enterré l’idée d’une liste de rassemblement. « Macron veut piéger le débat des européennes, dénonçait, lundi dernier, Pierre Laurent lors d’une conférence de presse. Il faut opposer à cela une perspective sociale de coopération dans toute l’Europe qui tire les droits sociaux vers le haut, qui tire l’Europe vers un véritable projet social, écologique et démocratique. » Le secrétaire national du PCF rappelait également qu’« une liste large de la gauche sociale et politique est possible et nécessaire ». « Le choix que nous avons fait de désigner un chef de file ne doit pas être compris comme une renonciation à l’idée de rassemblement. Au contraire. Mais proposons à nos potentiels partenaires de parler du fond », abonde Ian Brossat. C’est le sens de l’invitation lancée le week-end dernier par le PCF, à l’issue de son conseil national, « aux forces de la gauche sociale et politique et à plusieurs centaines de personnalités » pour un rendez-vous de travail le 2 juillet.

La France insoumise veut faire cavalier seul

Mais, si les lignes téléphoniques à gauche ne sont pas coupées, certaines sonnent dans le vide. C’est le cas de la France insoumise, déterminée à partir en solo. Car le scrutin européen sera déterminant à plus d’un titre pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, qui prétend toujours incarner à lui seul l’alternative à Emmanuel Macron. Aujourd’hui, la FI ne compte qu’un député au Parlement européen, Younous Omarjee, qui s’est fait connaître récemment sur l’interdiction de la pêche électrique. Grâce au nouveau mouvement européen lancé avec l’espagnol Podemos et le portugais El Bloco, Jean-Luc Mélenchon compte bien défendre sur la scène européenne son « plan A » – c’est-à-dire la renégociation des traités – et, en cas de désaccord, son « plan B », la sortie de l’Union européenne, se laissant la liberté de disputer ainsi à l’extrême droite de Marine Le Pen le terrain, lucratif, de l’euroscepticisme. La liste FI, dont 70 noms ont été dévoilés le 4 juin, devrait être conduite par Manuel Bompard, le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon pendant la présidentielle, ou Charlotte Girard, la coauteure du programme de la FI. Cette liste doit encore être soumise au vote des insoumis, avant la fin du mois de juin. Mais la stratégie hégémonique du mouvement pourrait s’avérer beaucoup plus compliquée que pour l’élection présidentielle. L’incroyable dynamique politique de 2017, qui avait porté la gauche alternative, derrière la candidature de Jean-Luc Mélenchon, à près de 20 %, est aujourd’hui en cale sèche. Le dernier sondage réalisé par Elabe, les 29 et 30 mai, ne crédite la FI que de 10 % des intentions de vote, avec seulement 30 % pour l’ensemble de la gauche… En face, Emmanuel Macron et Marine Le Pen se taillent la part du lion (respectivement crédités de 24 % et 19,5 %). Alors, sans électrochoc pour mobiliser à gauche les classes populaires, l’élection européenne risque de jouer un mauvais remake de l’élection présidentielle.

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Santé publique : le renoncement intensif face aux lobbies

Posté par jacques LAUPIES le 10 juin 2018

 

PIA DE QUATREBARBES ET LATIFA MADANI
Jeudi, 7 Juin, 2018
Humanité Dimanche
Santé publique : le renoncement intensif face aux lobbies dans POLITIQUE

Getty Images

Emmanuel Macron a choisi : c’est « business » d’abord. La santé publique, elle, passe à la trappe. Dernier exemple : la loi agriculture et alimentation, qui devait promouvoir « une alimentation saine ».

Protéger la santé des Français et agir pour le climat. Emmanuel Macron candidat en avait fait sa ligne rouge. Il n’a cessé de la franchir. En lançant les états généraux de l’alimentation, il s’engageait pour « une alimentation saine et durable ». Mais la loi agriculture et alimentation adoptée le 30 mai ne contient aucune mesure en ce sens, ou presque. Mêmes celles portées au sein de sa majorité ont été rejetées. Exit la limitation des épandages de pesticides près des habitations, l’interdiction des pubs pour les aliments trop gras et trop sucrés destinées aux enfants ou la sortie du glyphosate « dans les trois ans ».

Le bilan du gouvernement pour la santé des Français est celui d’une série de renoncements. Ça a commencé par le Ceta, le traité de libre-échange entre le Canada et l’UE, qui s’exonère du principe de précaution. Il y a eu ensuite, sur les perturbateurs endocriniens, reconnus toxiques, l’alignement, à la baisse, de la France sur une définition trop permissive de la Commission européenne, alors même que Paris promettait de porter le combat contre ces substances chimiques que l’on retrouve dans les aliments, les meubles, l’air que l’on respire…

Même chose sur la lutte contre la pollution atmosphérique. La France de Macron – et de son « Make our planet great again » – est traînée devant la justice européenne pour avoir allègrement dépassé les seuils autorisés. Alors que chaque jour qui passe apporte son lot de mauvaises nouvelles sur l’effondrement de la biodiversité, le président préfère donner des gages aux multinationales de l’agrochimie pour qu’elles puissent continuer impunément à nous polluer et à nous intoxiquer. En voici 5 exemples des plus emblématiques.

1 Glyphosate et pesticides : le grand bond en arrière

Un pas en avant, un pas en arrière… Et rien n’avance. Le glyphosate, l’herbicide le plus utilisé au monde, est classé « cancérogène » probable par le Centre international de recherche sur le cancer. En France, 8 000 tonnes sont déversées chaque année. Pendant des mois, le gouvernement a hésité : interdiction totale, voulait Nicolas Hulot à l’écologie, autorisation pendant 5 à 7 ans, prônait Stéphane Travert à l’agriculture. Le 27 novembre, la France demandait une autorisation de 3 ans… Raté, le glyphosate a été réautorisé par l’Union européenne pour 5 ans. Mais Emmanuel Macron promettait : « La France l’interdira dans 3 ans. » Au Salon de l’agriculture en février, il allait encore plus loin face à un céréalier « J’aurai à répondre de ce que je fais… Les ouvriers agricoles, les consommateurs demain diront : “Vous aviez le glyphosate, vous le saviez et vous n’avez rien fait !” Ils me regarderont les yeux dans les yeux, ils n’iront pas vous chercher, vous. »

Le 28 mai, l’amendement du député macroniste Matthieu Orphelin, proche de Nicolas Hulot, signé par 70 députés, voulait inscrire dans la loi cette promesse : l’interdiction au 1er juillet 2021. En séance, il est rejeté par 63 députés macronistes (20 ont voté pour). Le gouvernement, lui, propose un bilan d’ici 18 à 24 mois pour évaluer l’avancée des recherches… Idem sur les pesticides. Le plan pesticides réaffirme l’objectif du précédent : 50 % de réduction des pesticides en 2025. En 5 ans, leur quantité a pourtant augmenté de 5 %. « Il n’y a pratiquement rien dans ce plan, il va se résumer à la séparation de la vente de pesticides et du conseil en agriculture. Le gouvernement veut limiter le scandale en affichant le nombre de traitements de pesticides faits sur les produits », dénonce Emmanuel Aze, en charge du dossier pesticides à la Confédération paysanne (lire entretien page 46). Pour lui, c’est « techniquement impossible, notamment dans le cadre des coopératives dont les coopérants n’ont pas les mêmes pratiques. Et en plus, ça ne dit rien de la dangerosité des produits ».

2 La santé des enfants, ce n’est rien face aux recettes de pub !

Un enfant sur six est en surpoids ou obèse en France, mais le marketing alimentaire a de beaux jours devant lui. Sur l’avis du gouvernement, l’Assemblée nationale a refusé d’interdire les publicités pour les produits alimentaires trop gras, trop sucrés et trop salés à destination des enfants… Plusieurs députés LREM, Modem, PCF et FI ont alors proposé de rendre obligatoire le Nutri-Score dans les spots publicitaires visant les moins de 16 ans. Un amendement soutenu par 80 députés LREM, mais pas par le gouvernement ! Pourtant, ce logo aux 5 couleurs – du vert à l’orange – délivre une information claire sur la qualité nutritionnelle. Mis en œuvre en octobre 2017, le Nutri-Score n’est pas obligatoire sur les emballages, mais il aurait pu l’être dans les pubs. « Aucun argument juridique ne l’empêchait », souligne Serge Hercberg, professeur de nutrition à l’université Paris-XIII et l’un des concepteurs du logo (lire encadré page suivante). Pour lui, les lobbys ont gagné. La preuve : la lettre des patrons des chaînes de télévision qui s’y opposait par peur de perdre « 650 millions d’euros de recettes publicitaires ». En réalité, selon Santé publique France, l’argent de la pub pour la « malbouffe » était déjà de 3 milliards en 2013. Selon plusieurs études, il suffit d’une pub pour que les enfants augmentent leur consommation de sucreries de 84 % à 130 %. Mais, pour le gouvernement, il faut plutôt « responsabiliser les parents ». « Des éléments de langage habituels de l’agroalimentaire », décrypte Serge Herc­berg… Et le gouvernement de renvoyer au « rôle régulateur du Conseil supérieur de l’audiovisuel ». « Mais le CSA n’a aucune compétence en matière de nutrition », s’indigne le directeur de recherche.

3 Sécurité sanitaire : les amendements manqués

Pendant des mois, la salmonelle de l’usine de Craon de Lactalis a contaminé le lait infantile. Résultat : 27 nourrissons malades. Le scandale éclate en décembre… Et depuis, rien ! Emmanuel Besnier, le patron de Lactalis, est convoqué le 7 juin devant la commission d’enquête parlementaire chargée de tirer les enseignements de l’affaire Lactalis. Le gouvernement, lui, n’en tire rien. Lactalis s’ajoute à une longue liste de scandales sanitaires. Il faut dire que l’industrie agroalimentaire est sans garde-fou. Depuis 2005, les entreprises s’autocontrôlent. Les effectifs du ministère de l’Agriculture chargés de les contrôler fondent. À la direction de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF), même chose. Les agents ne sont plus en mesure de faire leur travail efficacement. Résultat : 4 000 contrôles annuels dans les années 1990, 2 700 en 2017. Et le gouvernement a décidé à l’automne de supprimer 45 postes en 2018.

4 Feu vert au Ceta, un danger pour le climat et la santé

Depuis le 21 septembre, le Ceta, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, est appliqué, en France, à titre provisoire en attendant la ratification par les États membres d’ici l’automne. L’accord abolit la quasi-totalité des droits de douane. Et, au passage, il balaie les réglementations qui nous protègent sur le plan sanitaire, social et environnemental.

Emmanuel Macron a fait fi des critiques et réserves du comité d’évaluation dont il avait lui-même nommé les membres et commandé le rapport, remis l’été 2017. Il a renié son engagement à en respecter les conclusions. Pourtant, celles-ci mettent en garde sur les risques considérables que fait peser le Ceta, notamment sur la sécurité sanitaire et sur le principe de précaution. ONG, syndicats, associations, agriculteurs, magistrat, élus, citoyens relancent les mobilisations pour empêcher la ratification du traité. Ils sont de plus de plus nombreux à réclamer un référendum sur le sujet.

5 La France de « Make our planet great again » en justice

Près de 3 ans après l’accord « historique » de Paris, la France a été renvoyée devant la Cour de justice de l’Union européenne, le 17 mai, pour dépassement des valeurs limites de dioxyde d’azote. Elle risque une amende de 11 millions d’euros et des astreintes journalières de 240 000 euros. 10 ans qu’elle recevait des avertissements, sans jamais prendre les mesures nécessaires. La feuille de route présentée à Bruxelles le 13 avril par le ministre de l’Écologie a été jugée insuffisante. Nicolas Hulot compte… sur la loi sur les mobilités qui sera présentée en juin.

La pollution de l’air cause chaque année 48 000 décès prématurés selon Santé publique France. Un bébé sur 100 naît en sous-poids à cause de la pollution de l’air aux particules, alertaient des épidémiologistes dans une étude publiée le 15 mai dans la revue « Archives de pédiatrie ». Les particules fines(diamètre inférieur à 10 ou à 2,5 micromètres) pénètrent profondément dans l’appareil respiratoire et les autres organes, dont la barrière placentaire.

Malgré les promesses de campagne pour améliorer la qualité de l’air d’Emmanuel Macron, aucun signal n’a été émis depuis 1 an. Au contraire. Les modes de transport les plus polluants, comme les cars et le fret routier, sont privilégiés au détriment du ferroviaire. 80 % des marchandises sont transportées par la route.

«Nutri-score, un système d’information clair et transparent à défendre»
 
 dans POLITIQUE
Serge Hercberg directeur de recherche en nutrition à l’Inserm
 
«Quand on travaille en santé publique, on a intérêt à ne pas se décourager », lâche Serge Hercberg. Si le Nutri-Score n’est pas obligatoire sur les emballages, c’est à cause des articles 35 et 36 du règlement européen Inco (information consommateur). « C’est le résultat d’un long processus enclenché en 2000 par les industriels, qui ont dépensé un milliard pour torpiller un système d’information nutritionnelle transparent et clair. » À la place, «?des tableaux à l’arrière des emballages, très compliqués à lire ». Mais la bataille n’est pas perdue?: de nouvelles discussions doivent avoir lieu à la fin de l’année dans l’UE pour harmoniser les logos européens. « La France va devoir être porteuse pour rendre obligatoire le Nutri-Score. Car déjà les industriels préparent un autre logo, manipulé et qui fait “pâlir les couleurs”. » « Une pétition a été lancée (1). Un groupe de citoyens bénévoles a créé Open Food Facts, une application sur smartphone qui permet d’accéder au Nutri-Score en scannant les emballages. Il est déjà accessible pour 100?000 produits. C’est une manière de faire pression sur les industriels qui ne veulent pas afficher les informations sur l’emballage. Grâce aux milliers de consommateurs, on les contourne ! » 

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La désinfomation commence par la selection des nouvelles : l’omission de ce qui éveille et le trop plein de ce qui abrutit

Posté par jacques LAUPIES le 9 juin 2018

 

Guy Debord, critique des fakes news

Jean-Jacques Régibier
Vendredi, 8 Juin, 2018
Humanite.fr
Capture d'écran de la vidéo de l'exposition : Guy Debord, un art de la guerre

Capture d’écran de la vidéo de l’exposition : Guy Debord, un art de la guerre

En 1988, dans les « Commentaires sur la société du spectacle, » Guy Debord analysait de manière approfondie le phénomène de la « désinformation, » terme anglicisé depuis sous le nom de fake news. Au delà des débats actuels, mais y faisant écho, son apport théorique est fondamental pour comprendre comment les Etats modernes manipulent les fausses nouvelles pour obtenir la soumission des citoyens aux impératifs de l’ordre dominant.

«  Ce qui peut s’opposer à la seule vérité officielle doit être forcément une désinformation émanant de puissances hostiles, ou au moins de rivaux, et elle aurait été intentionnellement faussée par la malveillance. »
 
Ces mots écrits il y a exactement 30 ans par Guy Debord, dans ce qui sera son dernier grand livre théorique – Les « Commentaires sur la société du spectacle » (1), une version concentrée et actualisée du livre fondateur du situationnisme ( la Société du Spectacle ) parue 19 ans plus tôt -, semblent renvoyer ( le mimétisme est sans doute involontaire ), aux propos du député LREM chargé de défendre le projet de loi Macron sur les fake news :
 
« la dissémination de fausses informations répond souvent à une véritable stratégie politique, financée parfois par des Etats tiers à la frontière orientale de l’Union européenne ( suivez mon regard… ndlr ) visant à affaiblir nos sociétés et à affaiblir le projet européen. » (2)
 
On notera que dans cette « démonstration » qui devrait servir en principe à justifier une loi, absolument aucune information vérifiée n’est donnée. On reste dans le domaine du sous-entendu, de l’accusation à la fois vague dans son contenu et suffisamment précise pour désigner un coupable, mais coupable de quoi, on ne sait pas.
 
Ce qui confirme cet autre verdict de Debord pour qui « le concept confusionniste de désinformation est mis en vedette pour réfuter instantanément, par le seul bruit de son nom, toute critique que n’aurait pas suffi à faire disparaître les diverses agences de l’organisation du silence. »
 
C’est pourquoi, et c’est l’un des points clé de l’analyse de Debord – grand féru de stratégie -, la fonction des fake news est toujours « contre-offensive. » Ce qui signifie que la manipulation de la désinformation n’est jamais destinée à mener directement une attaque contre un opposant ou un ennemi éventuel
 
( « là où le discours spectaculaire n’est pas attaqué, il serait stupide de le défendre », dit Debord ), mais bien à répliquer à une attaque par une autre.
 
L’actualité des derniers mois nous en fournit des preuves convaincantes, en confirmant au passage l’autre thèse fondamentale de Debord sur la désinformation, à savoir que ce sont d’abord les Etats, et ceux qui concourent pour s’en assurer le contrôle, qui sont les premiers pourvoyeurs de fake news.
 
Vérification impossible
 
Le débat sur les fake news a ressurgi de manière spectaculaire au niveau mondial avec cette accusation, qui a fait immédiatement le tour de la planète, selon laquelle la Russie aurait interféré dans la campagne présidentielle de 2016 pour favoriser la candidature de Donald Trump – et avec sa complicité -, au détriment de la candidate républicaine, Hillary Clinton (on ne porte bien entendu aucun jugement sur les tenants et aboutissants de ce type d’opération, il s’agit d’examiner comment fonctionnent nos sociétés.)
Ces soupçons d’intervention russe sont sortis dès octobre 2016, soit un mois avant les élections présidentielles américaines – au moment où les sondages annonçaient la défaite d’Hillary Clinton comme de plus en plus probable. Trump a immédiatement qualifié ces informations de fake news, et par la suite, tous les protagonistes se sont mutuellement accusés de produire et de colporter de fausses infos, renforçant sans le vouloir la thèse de Guy Debord sur la fonction contre-offensive du recours à la désinformation.
La masse d’informations, de contre-informations, de témoignages, de « preuves » et de contre preuves, de « confidences », de démentis, d’enquêtes et de contre-enquêtes, etc… générée par cette affaire véhiculée par tous les médias mondiaux fonctionnant comme de gigantesque caisses de résonnance, est monumentale. Elle n’a pourtant abouti à aucune conclusion incontestable, bien que tous les acteurs prétendent détenir les preuves de la « vérité », mais sans les donner.
 
Debord n’aurait sans doute jamais imaginé un tel festival de fake news, rendu possible par la puissance des techniques d’information que permettent les outils modernes, mais il est clair qu’il en a fourni la compréhension. Ce passage des «  Commentaires » mérite d’être cité en entier :
 
«  si parfois une sorte de désinformation désordonnée risque d’apparaître, au service de quelques intérêts particuliers passagèrement en conflit, et d’être crue elle aussi, devenant incontrôlable et s’opposant par là au travail d’ensemble d’une désinformation moins irresponsable, (… ) c’est simplement parce que la désinformation se déploie maintenant dans un monde où il n’y a plus de place pour aucune vérification » ( c’est Debord qui souligne. )
 
Ce point est en effet capital, parce qu’il porte sur ce qu’est devenu le statut de la vérité sous le règne de l’avalanche d’informations perpétuelles qui est la marque de notre temps. Il pourrait être dit d’une autre manière : ce dont on nous parle le plus, on ne saura rien. L’affaire de l’intervention russe présumée dans les présidentielles américaines, en fournit une brillante illustration.
 
Un autre exemple récent – qui concerne cette fois, non pas des « intérêts particuliers » entre deux camps rivaux dans la même élection, mais les rapports entre Etats – relève exactement de la même analyse ( avec des conséquences diplomatiques sérieuses ) : l’affaire de l’ancien espion russe, Sergueï  Skripal, que la première ministre britannique Theresa May accuse la Russie d’avoir tenté d’empoissonner. Dans ce cas, aucune preuve n’a été apportée à l’appui des accusations lancées, non pas par de simples « trolls », mais par une cheffe d’Etat, suivie tête baissée par d’autres, toujours sans la moindre preuve. On remarquera que peut se vérifier, là encore, l’idée de Debord selon laquelle l’usage des fake news se fait toujours en situation de contre-attaqeu, ou de diversion( Theresa May en difficulté intérieure majeure à cause du Brexit)
 
Ajoutons un autre exemple, toujours venant du même « camp » et contre la même cible, et toujours en position de contre-offensive : la fausse mort du journaliste russe Arkadi Babtchengko, orchestrée par l’Ukraine – pays soutenu à bout de bras par l’Union européenne et les Etas-Unis, contre la Russie –, affaire qui prouve elle aussi que ce sont bien les Etats – en l’occurrence, l’Ukraine – qui sont à la manœuvre dans la manipulation des fausses nouvelles. Ce qui confirme le pronostic de Guy Debord selon lequel, contrairement aux discours officiels ( les fausses nouvelles seraient produites de l’extérieur pour déstabiliser les démocraties ), « la pratique de la désinformation ne peut que servir l’Etat ici et maintenant, sous la conduite directe, ou à l’initiative de ceux qui défendent les mêmes valeurs. »
 
Avec, dans le cas Babtchenko, cette « innovation » ( qu’une partie des commentateurs n’a pas manqué de trouver « géniale » ) : les auteurs de la fake news ( relayée à satiété par tous les médias mondiaux )sont aussi ceux qui, 24 heures après, ont dénoncé la désinformation, en la justifiant comme une mesure préventive destinée à éviter une menace sur laquelle ils ne fournissent par ailleurs aucune preuve.
Génial en effet.
Garanti sans désinformation.
A l’heure où le gouvernement Macron tente, avec beaucoup de mal, de faire voter sa loi sur les « fake news » – alors même que tous les spécialistes du Droit ont démontré que l’arsenal juridique pour lutter contre les fausses nouvelles est déjà amplement suffisant et qu’il n’y a donc pas là matière à nouvelle loi -, l’analyse que fait Debord de la façon dont le pouvoir instrumentalise la désinformation, va bien au delà de la critique la plus répandue aujourd’hui, celle qui voit dans cette loi un risque de dérives anti-démocratiques, notamment contre la liberté de la presse.
 
Pour Debord, en effet, le fait d’agiter l’épouvantail des fausses nouvelles, ou d’affirmer sa volonté de lutter contre la manipulation de l’information, est en réalité une technique de gouvernement conforme à toutes celles qui servent à assurer la domination de l’oligarchie et de l’Etat qui la défend.
 
Cette technique présente, selon Debord,  plusieurs avantages, sachant que, pour lui, le concept de désinformation est toujours employé par un pouvoir ( ou par des gens qui détiennent un fragment d’autorité économique ou politique, ) « pour maintenir ce qui est établi. » 
 
 
 
Dans son analyse sur la fonction de la désinformation dans les techniques de gouvernement, Debord aborde directement et de façon, incroyablement actuelle, le projet, déjà agité vers la fin des années 80 en France, « d’attribuer officiellement une sorte de label à du médiatique « garanti sans désinformation. » C’est ce projet qu’Emmanuel Macron a remis à nouveau sur le tapis en voulant nommer une « autorité certificatrice, » chargée de démêler le vrai du faux en matière d’information.
 
Pour Debord, une telle tentative est un contresens, qui plus est, voué à l’échec, toujours au nom du principe selon lequel le concept de désinformation n’a pas à être employé défensivement et encore moins, souligne Debord, « dans une défense statique, en garnissant une Muraille de Chine, une ligne Maginot, qui devrait couvrir un espace censé être interdit à la désinformation. » Pour lui, c’est l’intérêt de l’Etat que la désinformation reste « fluide », qu’elle puisse passer partout. Il voit, pour l’Etat toujours, plusieurs inconvénients d’un tel encadrement rigide de l’information.
 
D’abord, dit-il, les autorités n’ont « aucun besoin réel de garantir qu’une information précise ne contiendrait pas de désinformation. » Ensuite, les autorités en question n’en ont pas les moyens. Et, sur le fond, Debord explique que la lutte contre la désinformation « s’userait extrêmement vite », en voulant défendre des points « qui doivent au contraire éviter de mobiliser l’attention », car pour lui les autorités « ne sont pas si respectées », et elles ne feraient « qu’attiser la suspicion sur l’information en cause. »
 
Il est donc beaucoup plus profitable pour l’Etat, selon Guy Debord, de dénoncer une désinformation, non pas par une loi générale mettant en place des structures de contrôle permanentes et lourdes, mais plutôt au coup par coup. C’est pourquoi, il voyait dans cette tentative d’instaurer un label « à du médiatique garanti « sans désinformation », « sans doute une erreur », à moins plutôt, disait-il, que ce ne soit « un leurre délibéré. »
 
Il n’est pas impossible que les semaines qui viennent nous le confirment.
 
 
 
Au final, le fondateur du situationnisme rappelait que, du point de vue des dirigeants de l’Etat, celui qui lance la désinformation « est coupable », et que celui qui la croit, est « imbécile.»
 
En termes plus prudents, c’est presque un hommage que lui a rendu lundi, la ministre de la culture, Françoise Nyssen, en confirmant qu’en matière de fake news « la capacité de discernement des citoyens ne suffit plus. »(3) Et ce jugement sur la « capacité de discernement » en baisse chez les citoyens, pourrait bien être également l’une des raisons pour laquelle le débat fait rage.
 
 
 
Jean-Jacques Régibier / vendredi 8 juin 2018
 
 
 
(1) Il faut rappeler que ce que Debord entend par « société du spectacle » n’a rien à voir ni avec la musique, ni avec le théâtre, la danse, une manifestation sportive, ou la télé. Dans sa terminologie, le « spectacle » désigne « le règne autocratique de l’économie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable, et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne. » Parmi ces techniques, la manipulation de la catégorie de désinformation occupe pour Debord une place centrale. Folio prépare pour cette année une réédition des « Commentaires. »
 
 
 
(2) Pieyre Alexandre Anglade, député LREM devant la commission parlementaire, le 22 mai
 
 
 
(3) Françoise Nyssen, conférence de presse sur la loi sur la manipulation de l’information, lundi 4 juin 2018

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Faire le constat des reculs économiques et sociaux c’est bien, en convaincre les autres et agir pour y mettre un terme c’est mieux

Posté par jacques LAUPIES le 8 juin 2018

 

Ce gouvernement de commis, biberonnés par le grand capital, qui pratiquent une politique de droite et, médias à l’appui, se font décerner des brevets de modernisme, de réformisme progressiste. Leurs opposants – on le sent bien -sont de plus en plus nombreux et en colère.

Ces Ministres auraient selon eux une légitimité alors que le programme qu’ils défendent t appliquent est à peine soutenu par 2 français sur 10.

Pas de qui pavoiser et s’ils peuvent encore forcer la destruction du système social déjà mal en point, ce n’est que parce que la protestation n’a pas, malgré quelques points marqués ici ou là, n’a pas atteint la force nécessaire.

Alors ce qui importe à ce jour c’est de ne rien lâcher dans les luttes entreprises et de les amplifier. Nous allons entrer dans une importante phase d’un combat de classe qui au fond s’identifie au combat de tout un peuple contre une minorité nationale avec ses ramifications internationales.

Le temps de l’union et du rassemblement arrive mais il ne sera que si les salariés et la jeunesse en particulier prennent la voie de l’engagement politique  partout, dans chaque élection certes mais aussi dans les luttes sociales.

Pour les arguments je vous recommande entre autre les textes ci dessous que j’ai sélectionnés…

Pourquoi la politique de Macron tourne le dos à

l’émancipation humaine

 

Recul des services publics, sélection à l’université, etc..
Mercredi, 30 Mai, 2018
L’Humanité
Photo : Martin Bureau/AFP

Photo : Martin Bureau/AFP
 

Avec Clémentine Autain, députée France insoumise de Seine-Saint-Denis, André Bellon, président de l’Association pour une Constituante et Marie-Jean Sauret, psychanalyste et auteur.

Rappel des faits. En évoquant ce fil conducteur de « l’émancipation » pour guider sa politique, le chef de l’État prend le risque d’être contesté sur ses finalités.

  • La liberté doit s’articuler à l’égalité par Clémentine Autain, députée France insoumise de Seine-Saint-Denis

Clementine Autain, France's Left Front candidate for the 2014 municipal elections, poses in Sevran in Seine-Saint-Denis on December 20, 2013. AFP PHOTO / BERTRAND GUAY / AFP PHOTO / BERTRAND GUAYLes tenants du libéralisme surfent sur une ambiguïté fondamentale qui se cristallise dans la proximité du terme avec celui de « liberté ». Par un tour de passe-passe, éminemment sonore, ils prétendent donc « libérer les énergies », comme l’entonne du matin au soir la Macronie, et ainsi contribuer à l’émancipation des individus et de la société. L’entourloupe est aussi ancienne que le libéralisme économique. En revendiquant, voire s’arrogeant le principe de liberté, il s’agit de promouvoir une économie de la concurrence, de la dérégulation, de l’accaparement des richesses par un capital toujours plus affamé et son sinistre corollaire consumériste. Nous connaissons le funeste résultat de ces politiques qui sont menées depuis des décennies partout en Europe et qu’Emmanuel Macron a choisi d’accélérer et d’amplifier. Plus le profit et la rente sont libérés de contraintes, de ponctions redistributives, plus la pauvreté et les inégalités explosent.

La politique économique libérale contrevient à l’intérêt concret des catégories populaires qui voient leur qualité de vie s’abaisser. Avec d’autres, comme Martha Nussbaum, le prix Nobel d’économie Amartya Sen a développé l’idée simple selon laquelle la liberté n’est qu’un mirage si l’on n’a pas de toit sur la tête, de quoi manger, se soigner, s’éduquer, se cultiver. Une société qui progresse est une société qui développe les « capabilités » des individus, autrement dit les possibilités pour chaque personne de devenir autonome, libre parce que pleinement sujet de sa vie. La liberté chevillée au corps de la Macronie est celle du capital et des puissants. Elle ne peut être autre chose.

Le propos du ministre Christophe Castaner sur ces sans-abri qui refuseraient une place en centres d’hébergement par « liberté » doit être pris au sérieux. Nous sommes au bout d’une logique qui considère que chacune, chacun possède a priori toutes les clés de son autonomie, et donc la faculté de choisir sa vie. Cette assertion est une négation des processus de domination, d’exploitation, d’aliénation. Viser l’émancipation suppose a contrario de battre en brèche les mécanismes qui fondent ces rapports sociaux, et non de les ignorer. Pour ne pas être réservée aux dominants, la liberté doit s’articuler à l’égalité.

Le libéralisme économique a, par ailleurs, pour corollaire le renforcement du contrôle social et l’affaiblissement de la démocratie. La fable selon laquelle la liberté du capital irait de pair avec la démocratie et les libertés relève d’un conte pour enfants du XXe siècle. La France de Macron enfourche le pas d’un binôme cohérent : libéralisme économique et contrôle social accru. Oui, le recours aux ordonnances, la chasse aux migrants ou la brutalité vis-à-vis d’une jeunesse rebelle vont de pair avec une politique de dérégulation de l’économie. Dans le monde ultralibéral, la surveillance des libertés devient nécessaire pour affirmer le pouvoir de l’État qui s’en est dépossédé sur le terrain économique, pour limiter les espaces de contestation et mieux laminer les possibilités d’insoumission. Ajoutez une pincée de méritocratie, laissant accroire que notre société n’est pas favorable aux héritiers et aux rentiers mais à celles et ceux qui auraient tout simplement la volonté de réussir. Complétez d’une bonne dose de technocratie, augmentant la distance entre les inclus et les exclus. Le résultat est à la hauteur des crises sociales et démocratiques que nous traversons. Nous voici dans Moi, Daniel Blake de Ken Loach. À des années-lumière de l’émancipation humaine.

Dernier ouvrage paru : Notre liberté contre leur libéralisme. 1968-2018 (Éditions du Cerf, 2018).
  • Les principes de la souveraineté populaire par André Bellon, président de l’Association pour une Constituante

André BellonDRÀ l’occasion du premier anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron (ah, ce goût pour les commémorations stupides !), on entend se développer en boucle un refrain selon lequel le président respecte le programme pour lequel il a été élu. Il n’est pas inutile de rappeler que, si l’actuel titulaire de l’Élysée a bien été constitutionnellement élu, ce n’est pas son programme que les citoyens ont avalisé. Au premier tour, qui caractérise justement le soutien à un programme, Emmanuel Macron a obtenu à peine plus de 18 % des inscrits. Le deuxième tour exprimait surtout le refus du Front national, non un appui à un projet et, même dans ce contexte, l’heureux élu n’a pas atteint 44 % des inscrits. Prétendre qu’un tel résultat engageait un programme n’est qu’une triste plaisanterie.

Il revient à l’esprit, à l’occasion de ces déclarations, une thèse très à la mode dans les milieux philosophico-politiques depuis des décennies. Tocqueville aidant, on nous met en garde quant à une présumée « dictature de la majorité ». Certes, la nécessité de contre-pouvoirs ne fait aucun doute, et notre Constitution en manque cruellement, mais l’idée d’une « dictature de la majorité » est plus que douteuse. Imagine-t-on qu’une dictature de la minorité soit préférable ? Et n’est-ce pas le danger qui nous guette ? Car il n’est pas acceptable qu’un pouvoir aussi absolu que celui du président de la République procède d’une légitimité électorale aussi faible.

La question des institutions est depuis longtemps au cœur de la crise politique et sociale. Elle devient encore plus dramatique lorsqu’un pouvoir aussi faible veut imposer des mesures fort minoritaires, renforcer le pouvoir présidentiel, aussi bien sur le territoire national en écrasant les collectivités locales que dans une vision européenne bien éloignée de la volonté du peuple. Cette situation engendre des tentatives tout aussi minoritaires, certaines prônant la violence, d’autres contestant les principes mêmes de la souveraineté populaire, du citoyen et de son droit au vote, attaquant l’essence même du suffrage universel. Rien de malheureusement plus logique, ces tentatives condamnables trouvant naissance dans la forme de dictature engendrée par le système.

Une telle situation nous mène à des affrontements graves et des phénomènes de violence de plus en plus manifestes. La solution se trouve dans le retour aux principes fondamentaux de la démocratie, à partir des citoyens, dans les communes comme dans les quartiers. Ce travail permettra la redéfinition d’un contrat social, fondement nécessaire à l’équilibre national comme à la réaffirmation de saines relations internationales. Tel est le sens du processus menant à l’élection d’une Constituante en France qui, loin des solutions clés en main de tous les pouvoirs autoproclamés, est la seule solution pacifique, démocratique et rassembleuse aux défis du moment que nous traversons.

  • La tiédeur de l’eau par Marie-Jean Sauret, psychanalyste et auteur

Marie-Jean SauretCrédit : D.R.(photo libre de droits fournie par Marie-Jean Sauret)Pourquoi ces gesticulations contre le Venezuela ou encore Cuba, et cette complaisance envers l’Arabie saoudite et Israël ? Les crimes que l’on dénoncerait là ne disqualifient-ils pas la morale prêchée ici ? Le cours du pétrole tient-il lieu d’éthique ? 18,24 % des inscrits à un premier tour et 43,6 % à un second (Macron) sont démocratiques, et 29 % des inscrits (Maduro) n’est pas légitime, et 23,86 % des exprimés valent mieux que 68 % des exprimés ? L’ingérence étrangère et les « sanctions » internationales sont légitimes là quand la suspicion d’une ingérence de Moscou ici est un scandale ? Le référendum est paré de toutes les vertus si le résultat conforte la logique néolibérale, et un danger pour la démocratie quand il va contre (Constitution européenne, Grèce, Air France, SNCF…) ?

Les référendums d’entreprise ont dénoncé la casse alors que présidentielle et législatives ont privilégié les casseurs. Un clivage affecterait l’électeur qui vote non à la politique et oui au politicien ? Certes, ce sujet partagé est une fiction : beaucoup des salariés confirmeraient la cohérence de leurs votes. Pourtant, il faut bien suspecter quelques-uns de cette division pour rendre compte de la macronisation. Cette partition nous inquiète. Mais ne devrions-nous pas nous réjouir de cette part qui, chez chacun, objecte au néolibéralisme ? Cette comptabilité subtile échappe aux prévisionnistes, mais elle donne la majorité aux candidats pour une autre société. Si nous savons la réveiller.

Jusqu’où ira Emmanuel Macron ? Il donne l’impression d’une urgence à casser les services publics les uns après les autres, comme s’il se savait sur un siège éjectable. Pervers, il tient parfois un discours humaniste, juste assez pour leurrer son monde et obtenir le soutien de certains dont il fait les poches. Le moment venu, comme nombre de politiques, il disparaîtra sur un poste lucratif où il recevra ses dividendes pour service rendu. Jamais gouvernement n’aura été aussi cynique. Après avoir trahi ses amis de gauche, mimé le philosophe, Brutus devient Jupiter, révélant qu’il ne connaît d’autre fidélité que celle de l’argent, des actionnaires, des banques, des grandes entreprises, de la Bourse, etc. La France est le pays où les inégalités de classes (richesse, héritage, métiers…) seraient les plus stables. Bien sûr, ce sont des inégalités à combattre comme telles. Cette stabilité est due, outre la vigilance des salariés (certains syndicats et partis), à la redistribution permise justement par les services publics : imposition, allocations, Sécurité sociale, retraites, santé, transport, éducation… Et voilà que l’on prétexte de la stabilité des inégalités pour justifier la privatisation ou la destruction des dispositifs qui les contiennent !

L’objectif d’E. Macron est donc clair – servir à tout prix le néolibéralisme – et nous en connaissons les armes, de la traîtrise à l’autoritarisme en passant par le mensonge. Jusqu’où allons-nous supporter cela ? Jusqu’à quand ferons-nous jouer cette division qui nous fait protester contre la casse et trouver courageux des réformes qu’aucun programme électoral n’a exposées ? Entre la glace de l’extrême droite et le feu de la gauche, l’électeur a choisi l’eau tiède, de gré ou de force au second tour. Mais la tiédeur de l’eau n’a rien à voir avec la chaleur du feu : tôt ou tard, elle l’éteindra et finira en glace. Nous n’avons donc pas l’éternité devant nous pour souffler sur les braises, tant qu’il y en a. Et il y en a en cette période de lutte. Pour ce faire, nous pouvons compter sur cette part qui, chez soi comme chez chacun, logiquement, proteste – même s’il l’ignore…

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